LE MARÉCHAL MARMONT AU MINISTRE DE LA GUERRE

«Laybach, le 15 juillet 1810.

«Monsieur le duc, les détails que je me suis fait donner sur

l'administration des mines d'Idria, dans la visite que j'y ai faite,

m'ont convaincu que cette administration difficile et compliquée ne peut

être dirigée à une grande distance. La nécessité de nourrir toute la

population d'une manière régulière, les soins de tous les instants, qui

soumettent cette population plus qu'au même régime que ne le serait un

corps de troupes, exigent que l'autorité, qui dispose des ressources et

des moyens, soit sur les lieux. Si l'administration de l'ordre des

Trois-Toisons veut administrer sans intermédiaire, elle échouera. Si

elle donne toute espèce de pouvoirs à un administrateur qui sera sur les

lieux, il faut qu'elle fasse choix d'un homme important, qui offre

toutes les garanties; et, dès lors, elle doit le payer fort cher.--Mais

cet homme, même bien choisi, ne pourra pas obtenir, à beaucoup près, les

mêmes résultats que l'administration des provinces illyriennes, parce

qu'il faut sans cesse le concours de l'autorité, et qu'elle est

indispensable aux progrès et aux améliorations dont cet établissement

important est susceptible.

«Je pense donc que le moyen de faire prospérer l'établissement des

mines, et d'accroître beaucoup ses produits, serait d'en rendre

l'administration au gouverneur des provinces, sauf à verser chaque mois

dans la caisse des Trois-Toisons, en argent, ou dans les mains d'un de

ses agents, la quantité d'argent ou de mercure déterminée pour former la

dotation de l'ordre des Trois-Toisons, qui est à sa charge.

«Si la somme de cinq cent mille francs, déterminée par Sa Majesté,

restait la même, les provinces illyriennes y gagneraient beaucoup, car

on peut calculer que, par la sollicitude de l'autorité d'une

administration bien entendue, le produit des mines doit s'élever à un

million, somme très-supérieure a celle que les Autrichiens en ont jamais

tirée.

«Dans tous les cas, l'Empereur ferait connaître sa volonté pour la somme

à verser dans la caisse des Trois-Toisons, et, le gouvernement des

provinces illyriennes dût-il ne rien avoir, il y aurait toujours un

avantage considérable pour le pays, en raison de l'accroissement de

l'industrie et des produits.

«Telles sont, monsieur le duc, les réflexions que m'ont fait naître la

connaissance que j'ai prise de l'administration des mines d'Idria et mon

zèle pour le service de Sa Majesté.»

Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (3/9) · 第 120 / 136 题