«Laybach, le 29 mai 1810.
«Monsieur le duc, je viens de recevoir la lettre que Votre Excellence
m'a fait l'honneur de m'écrire le 16 mai, par laquelle vous m'annoncez
que l'Empereur voit avec peine que j'emploie des troupes françaises dans
les démêlés de la frontière. Votre Excellence aura reçu, peu de jours
après, mon rapport du 9 et du 11, qui vous aura instruit comment ces
événements se sont passés, et que la tranquillité est rétablie d'une
manière stable: ces résultats auront sans doute justifié les
dispositions que j'ai prises. Je demande à Votre Excellence de prier Sa
Majesté d'observer que c'est au déploiement que j'ai fait de forces
considérables que j'ai dû de n'avoir presque pas eu à combattre; que, si
je n'avais envoyé que peu de troupes, j'aurais eu certainement dix à
douze mille hommes sur les bras, qui forment la force totale des Turcs
de la frontière, qui ont pris part primitivement à la rébellion, tandis
qu'il y en a à peine quatre mille en tête des cantons qui ont été tentés
de résister, tant à Bihacz qu'à Czettin; que c'est à ce déploiement de
forces que j'ai dû la terreur profonde qui a fait évacuer Czettin, qui
pouvait se défendre longtemps, et qui se serait défendue sans cela; que
je ne pouvais employer les Croates seuls, puisque alors à peine deux
mille avaient reçu des armes; enfin que je ne pouvais plus retarder un
seul moment la rentrée en possession de ce territoire, sous peine de
renoncer aux avantages qu'il pouvait procurer aux Croates cette année,
puisque nous étions arrivés à la dernière époque de la saison où il est
possible d'ensemencer les terres.
«Tels sont, monsieur le duc, les motifs qui m'ont déterminé, et j'espère
qu'ils paraîtront fondés à Sa Majesté. Au surplus, je n'ai éprouvé
aucune espèce de perte.»