«Quartier général de Znaïm, 11 juillet 1809.
«Sire, j'ai reçu la lettre que Votre Majesté m'a fait l'honneur de
m'écrire; je crois pouvoir me justifier des reproches qu'elle contient.
«L'uniformité des rapports m'a autorisé à croire que l'armée ennemie
avait dépassé Znaïm, et que, tout au plus, une simple arrière-garde s'y
trouvait: j'ai pu croire, d'après ce qui m'a été affirmé, que deux
régiments de cavalerie et deux régiments d'infanterie, ainsi qu'on le
disait, occupaient seulement la ville de Znaïm, se disposant à la
retraite, ayant entendu le canon le 9, presque dans la direction de
cette ville. L'ennemi ne m'a d'abord présenté que de la cavalerie,
ensuite quelques tirailleurs. Plusieurs de ces tirailleurs pris ne m'ont
parlé que de quatorze bataillons de grenadiers, qui venaient d'être
envoyés ici pour protéger la retraite, et j'ai dû me croire assez fort
pour les battre.
«Ce n'est qu'après deux heures de combat que j'ai pu juger que l'ennemi
avait environ trente mille hommes, divisés par la rivière, et que le
maréchal Masséna marchait à eux.
«Dans cette situation, je me trouvais encore à même d'obtenir les plus
grands succès sans secours.--Plus tard enfin, les mouvements de
cavalerie m'ont donné l'occasion de voir encore trente mille hommes à
une lieue de moi, et j'ai jugé alors que le concours du général Davoust
était nécessaire, et je lui ai écrit en toute hâte. J'aurais cru manquer
à mes devoirs de le faire plus tôt, puisque j'aurais influé sur les
combinaisons de Votre Majesté par une alarme prématurée. J'ai envoyé
trois officiers au général Davoust, et l'officier de génie italien était
le premier. Ainsi je n'ai négligé aucun moyen de lui donner de mes
nouvelles.
«Une fois maître de la position que j'avais attaquée, j'ai dû la
conserver, parce que tous les mouvements de l'ennemi indiquaient
évidemment l'intention de se retirer, parce que ma position était bonne,
et que je pouvais, pendant cinq à six heures, soutenir tous les efforts
de l'armée ennemie, ma gauche étant appuyée à la rivière dans un endroit
qui n'est pas guéable et où les rives sont escarpées: mon front, couvert
par un ravin extrêmement facile à défendre et par un village offensif et
défensif; ma droite, par deux fermes qui sont voûtées, que j'ai fait
créneler, qui sont deux forteresses et qui sont placées précisément à la
distance convenable pour soutenir et rendre inexpugnables les quatre
mille chevaux que j'ai; enfin la ferme la plus à droite, étant appuyée
par un bois très-vaste, complète tout le système de défense. En dernier
lieu, je devais toujours faire entrer en balance le concours du maréchal
Masséna, dont j'avais vu le feu, et la terreur d'un ennemi qui se
retire, qui est tourné, et la vigueur des troupes que je commande.
«Quant à ce qui regarde la communication, Sire, voilà ce que j'ai fait.
J'ai laissé le 7e régiment de chasseurs à Laah, jusqu'à huit heures du
matin, partie au pont de Ruhauf et partie à Schonau sur la route de
Nikolsbourg, et il n'a quitté cette position que quand j'ai connu
officiellement que l'avant-garde du maréchal Davoust était arrivée à
Nikolsbourg, et que les postes du 1er dragons occupaient le cours de la
rivière; enfin, Sire, j'ai eu constamment deux escadrons occupés à
observer les bords de la Taya, depuis la position que j'occupe jusqu'à
deux lieues en arrière de nous.
«Sire, j'espère que Votre Majesté agréera avec bonté l'exposé de ces
faits, et qu'il rétablira dans son opinion autant ma prudence que mon
désir de bien faire.
«J'ai l'honneur d'envoyer à Votre Majesté le croquis qu'elle m'a
demandé.»