«Laah, le 11 juillet 1809, deux heures du matin.
«Monsieur le général Marmont, l'officier de génie italien que vous avez
expédié est arrivé à minuit. Il a donc mis six heures pour faire cette
mission: depuis, il n'est arrivé personne. Cet officier pouvait
s'égarer; les règles de la guerre voulaient que vous en envoyassiez
trois à demi-heure de distance les uns des autres. Je n'ai trouvé à Laah
aucun commandant, aucune garnison, pas même un poste à vos ponts;
cependant, si les hussards qui rôdent dans la plaine étaient venus les
brûler, votre retraite eût été compromise: vous n'avez pas appris cette
insouciance en servant avec moi. Comment n'avez-vous pas laissé des
postes de cavalerie pour jalonner la route et pour que vos nouvelles
arrivassent promptement? Le duc d'Auerstädt avait ordre de vous appuyer;
vous l'avez si peu pressé de venir à vous, qu'il s'est porté à
Nikolsbourg, c'est-à-dire à deux journées de vous: heureusement qu'hier
je l'ai fait venir ici. La lettre que vous lui écrivez n'est pas assez
pressante; il est tout simple qu'aucun général n'aime à venir en seconde
ligne. Je monte à cheval avec toute la cavalerie; mais il est déjà deux
heures du matin; ayez soin de ne rien engager de sérieux jusqu'à ce que
je sois à portée de vous. Le général Oudinot, qui a pris une direction
à gauche, a dû vous envoyer un officier pour avoir des nouvelles.
Envoyez-moi quelqu'un qui connaisse bien votre position et celle de
l'ennemi. Quel est le village pris et repris? Faites-m'en un croquis que
vous m'enverrez en route.»