«Au quartier général de Klagenfurth, le 12 juin 1809.
«Monsieur le duc, le général Chasteler est parvenu à s'échapper, mais
sans chanter victoire. Sept cents prisonniers, quinze officiers, dont un
major, sont en notre pouvoir. Les environs de cette place ont été
couverts de huit cents blessés ou morts. Le général Schmidt, avec trois
mille hommes, ne doit son salut qu'à la fuite précipitée qui l'a rendu
aux pénates tyroliens. Deux mille paysans se sont dispersés dans les
bois, ayant jeté leurs armes, avec quinze cents de leur troupe de ligne.
Le général Schmidt ne s'est pas arrêté un instant à Villach, et ne s'est
cru en sûreté qu'au fort de Saxembourg, où s'est dirigée sa bande en
pleine déroute. Il allait, dit-il, en passant à Villach, prendre des
renforts pour redescendre. Voilà, monsieur le duc, le résultat de la
journée du 6, dans laquelle je ne pus disposer que de douze cents hommes
pour ne pas exposer la place de Klagenfurth.
«Notre communication, par la route de Leoben, avec le quartier général
n'a été interceptée que pendant quarante-huit heures.
«Si j'avais reçu un renfort de trois à quatre mille hommes, la bande du
Tyrol aurait été entièrement détruite.
«On remarque tous les jours des hommes égarés dans les bois depuis
Klagenfurth jusqu'à Villach.
«J'ai reçu la demande de Votre Excellence de deux cents chevaux de
selle. J'en ai fait part à la régence, qui m'a répondu que, si l'on
trouvait dans la province des chevaux propres à l'arme de la cavalerie,
elle était portée à satisfaire aux désirs de Votre Excellence. Cette
réponse ne m'a pas surpris, n'ayant pu moi-même en trouver une quinzaine
pour l'escadron de chasseurs royaux qui ont été démontés.
«À l'égard des fourgons, il y en a eu huit disponibles sur les
quatre-vingt-seize que Son Altesse Impériale le prince Eugène, général
en chef de l'armée d'Italie, a requis à la province de la Carinthie. Le
défaut d'ouvriers fait que, de longtemps, cette fourniture ne sera
remplie, malgré mes sollicitations continuelles. Je m'empresserai de
satisfaire aux désirs de Votre Excellence à l'égard de ces derniers, lui
faisant expédier les premiers terminés. Je la prie néanmoins de m'en
faire donner l'ordre par le chef de l'état-major de l'armée d'Italie.
«J'ai envoyé à Villach M. le général Bertoletti, qui a ouvert la
communication par Tarvis, Caporetto et Ponteba. Malgré cela, je compte
faire passer les prisonniers par Laybach, parce qu'ils connaissent trop
les environs de Villach et de Tarvis, et pourraient s'échapper. Ce
général me mande que _Schmidt_, rentré par Saxembourg dans le
Posterthal, se réorganise, et que, renforcé par les troupes du chef de
brigands _Saint-Vert_, et par un autre général nommé _Pul_, qui a douze
cents hommes avec lui, il tentera de s'ouvrir un passage.
«Voilà, monsieur le duc, les renseignements qui sont à ma connaissance.
«_P. S._ Je prie Votre Excellence d'excuser si je me sers de ce papier,
n'en trouvant pas d'autres. Je suis forcé, par le départ du petit
bataillon qui escorte les prisonniers jusqu'à Laybach, de tenir deux
portes de la place fermées. Je supplie Votre Excellence de les faire
escorter de Laybach à Udine par les troupes de son armée, et donner les
ordres que ce bataillon me rentre.
«Je compte à cet égard sur ses bontés.»