LE GÉNÉRAL RUSCA À MARMONT.

«Au quartier général de Klagenfurth, le 5 juin 1809.

«Mon général, la dépêche de Votre Excellence, en date d'hier, m'a été

rendue ce matin, et je m'empresse de lui rendre compte que l'ennemi,

depuis hier, ne s'est plus montré. Je vais envoyer une reconnaissance

pour connaître s'il fait quelque mouvement sur Klagenfurth.

«Son point de réunion était hier à Villach; le mouvement qu'il a fait,

et ensuite des renseignements que j'ai eus, m'en donnaient l'assurance.

«Il faut cependant se méfier et prévenir le parti qu'il peut prendre,

sachant que Votre Excellence est à Laybach, et qu'il peut être arrêté

s'il se dirige sur ce point. Il doit être instruit de la position de

votre armée, et il serait possible qu'il se jetât, par Tarvis, sur

Caporetto et Gorice.

«J'oserai même croire que c'est le seul parti qui lui reste. Si Votre

Excellence fait surveiller les mouvements de l'ennemi sur Plez, elle

aura le temps de le rejoindre sur Gorice.

«De mon côté, je fais tout mon possible pour avoir des renseignements.

«Mais, dans ce pays, il est très-difficile de pouvoir réussir, même avec

beaucoup d'argent.

«Si j'avais des forces, je prendrais l'offensive et le presserais d'une

manière vigoureuse; mais je n'ai que trois mille quatre cents hommes,

officiers compris et tous recrues. Si Votre Excellence pouvait m'envoyer

cinq mille hommes, nous pourrions nous tirer cette épine.

«Des petits corps de troupes isolés filent continuellement par les

hauteurs de Gemüd, par la Styrie, et vont rejoindre l'armée ennemie.

«Je fais surveiller Saint-Veit, pour être averti s'il faisait quelque

mouvement par là; mais je pense qu'il ne s'écartera pas des trois routes

de Klagenfurth, d'Arnoldstein par Vutzenberg, et celle de Tarvis pour

Caporetto.

«Voilà les détails que je puis donner à Votre Excellence; en attendant

ses dispositions, je me maintiendrai à Klagenfurth, poste qui me

garantit d'un coup de main.»

Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (3/9) · 第 62 / 136 题