NAPOLÉON À MARMONT.

«Paris, le 20 janvier 1808

«Monsieur le général Marmont, votre aide de camp m'apporte votre lettre

du 9 janvier.--J'ai déjà écrit depuis longtemps à Sébastiani pour que

la Porte prenne des mesures telles, qu'en cas de siége de Corfou vous

ayez passage pour un corps de huit mille hommes, qui se rendrait à

Butrinto. J'ai à Corfou des moyens de transport, et votre armée, que

vous pourriez porter jusqu'à douze mille hommes, et qui serait composée

de trois divisions, passerait en peu de jours à Corfou pour se joindre

à la garnison et jeter les Anglais dans la mer.--La Porte a ordonné

également que des Tartares fussent placés depuis Butrinto jusqu'à

Cattaro pour que les officiers venant de Corfou arrivent rapidement aux

bouches, et que, de même, non-seulement les officiers que vous

expédierez puissent faire ce trajet avec la même rapidité, mais encore

pour que quelques envois de poudre, que vous pourrez faire passer par

terre, soient protégés. Commencez par expédier par terre cinquante

mulets chargés de poudre, chaque mulet portant deux barils, ce qui fera

un total de cent barils ou dix milliers. Moyennant vos négociations de

Scutari et de Bérat, vous pourrez facilement obtenir le libre passage.

Écrivez à cet effet.--Faites également partir plusieurs petits bateaux

chargés de poudre, qui iront le long des côtes, et réussiront à passer

à Corfou à travers la croisière ennemie. Il est probable que, sur cinq

bateaux, chargés de trois milliers de poudre chacun, il en arrivera

trois ou quatre. Si vous aviez moyen de faire passer aussi quelques

affûts, soit de siége, soit de côte, soit de place, faites-le: il paraît

qu'ils en ont besoin.--Envoyez régulièrement, au moins tous les quinze

jours, un de vos officiers à Corfou. Que le général César Berthier vous

en envoie un des siens aussi tous les quinze jours. Par ce moyen, vous

aurez toutes les semaines des nouvelles de Corfou, et cette grande

quantité d'officiers, passant et repassant, prendra une connaissance

parfaite des localités.--J'approuve fort l'envoi d'un agent à Bérat. Il

faut connaître à fond cette route, dont le détail, lieue par lieue,

m'intéresserait beaucoup.--Je ne conçois pas ce que vous me dites que la

Dalmatie ne peut pas fournir de chevaux; elle en fournissait plusieurs

milliers aux Vénitiens.--Tenez un agent près l'évêque des Monténégrins,

et tâchez de vous concilier cet homme.--J'ai, je crois, un consul à

Scutari; mais il ne m'écrit pas souvent. Exigez qu'il vous écrive tous

les jours. Envoyez-moi des renseignements sur les golfes de Durazzo et

de la Vallona. Des bricks ou même des frégates peuvent-elles y entrer?

Comme vous êtes le maître d'y envoyer des ingénieurs et des marins,

envoyez-y; recueillez les renseignements que des gens du pays pourraient

vous fournir, et faites-moi passer des croquis et des mémoires qui me

fassent bien connaître ce que c'est que ces deux golfes.--Je suppose

que, dans le cas où une escadre de douze ou quinze vaisseaux arriverait

à Corfou ou à Raguse, les mesures sont prises pour la mettre à l'abri

de forces supérieures. Répondez-moi cependant sur cette question.--Je

vois avec plaisir que vous n'avez pas de malades.--J'ai ordonné au

vice-roi de vous envoyer encore deux mille hommes pour renforcer vos

cadres.--Le ministre de la guerre m'a fait connaître que vous demandiez

le général Montrichard; il est parti pour prendre service sous vos

ordres.»

Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (3/9) · 第 32 / 136 题