LE PRINCE EUGÈNE À MARMONT.

«Milan, le 24 mai 1807.

«J'ai soumis à Sa Majesté, monsieur le général Marmont, les projets que

m'avait adressés le général Poitevin pour les travaux à faire cette

année aux fortifications de la Dalmatie. Sa Majesté ne veut et ne

connaît en Dalmatie d'autre place forte que Zara. Je fais connaître au

général Poitevin les ordres de l'Empereur à cet égard, et je m'empresse

de vous en prévenir.

«Je vois avec beaucoup de peine, monsieur le général Marmont, que le

décret de Sa Majesté pour la formation d'une légion dalmate ne s'exécute

pas. Il n'y a encore que trente-sept à trente-huit hommes, y compris les

officiers que j'ai nommés, tandis que cette légion devrait être portée à

quatre mille hommes. Vous devez sentir de quelle importance il serait,

dans les circonstances actuelles, que ce décret de Sa Majesté reçût son

exécution. Si les troupes françaises qui sont en Dalmatie venaient à

partir pour une expédition, cette légion seule pourrait vous fournir du

monde pour garder vos places et votre littoral. Veuillez bien, je vous

prie, vous occuper des moyens qui pourraient faciliter la levée de cette

légion, vous en entendre avec le provéditeur, et me faire connaître

quels sont les obstacles qui s'y opposent. Il est vraiment ridicule que,

dans un pays où les Autrichiens ne se gênaient pas pour faire marcher

les hommes à coups de bâton, nous ne puissions rien obtenir par les

mesures les plus douces, et, pour ainsi dire, par des politesses. Quoi

qu'il en soit, Sa Majesté a ordonné la formation de cette légion; elle y

compte, et il est important qu'elle se forme. Mettez-y donc, je vous

prie, tous vos soins et tout votre intérêt. Je saisis avec bien du

plaisir cette occasion de vous renouveler l'assurance de mes sentiments;

et sur ce, monsieur le général Marmont, je prie Dieu qu'il vous ait en

sa sainte garde.»

Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (3/9) · 第 26 / 136 题