«Milan, 16 août 1806.
«Je profite, mon cher colonel général, du départ du courrier pour me
rappeler à votre souvenir. Il y a longtemps que je n'ai reçu directement
de vos nouvelles, et je désire que vous en soyez moins avare. Nous
n'avons rien de nouveau ici.
«Les avis de Paris disent que la paix avec la Russie y a fait infiniment
de plaisir, et qu'on paraît beaucoup compter sur celle de l'Angleterre.
On fait grand bruit, dit-on, de la rigidité qui a été ordonnée dans
l'examen de la comptabilité des armées. Ceci n'est point amusant pour
ceux qui, comme vous et moi, commandent en chef et n'ont rien à se
reprocher, parce qu'il en résulte des retards dans les payements, et des
mécontentements fâcheux. L'Empereur s'en est expliqué, à ce qu'il
paraît, très-vivement dans un comité particulier. Il a parlé de
n'épargner ni les généraux ni leurs amis, voulant, a-t-il dit, voir
cesser toutes les dilapidations commises dans la campagne de l'an XIV;
mais, après ce grand tapage, l'Empereur a parlé des récompenses qu'il
destine à ses généraux de la grande armée, et je vous répète avec
plaisir ce qui a été dit à votre égard, que vous n'auriez plus rien à
désirer après la distribution de ces récompenses. Votre conduite au sac
de Pavie, en l'an V, a été citée avec éloge. Voilà les nouvelles, mon
cher colonel général. Je suis flatté de tout ce qui se rapporte à vous.
Donnez-moi de vos nouvelles, et croyez à mes anciens sentiments.»