La parole est le grand organe révélateur de l'esprit, la première forme
visible qu'il se donne. Telle pensée, telle parole. Pour réformer sa vie
dans le sens de la simplicité il faut veiller sur sa parole et sur sa
plume. Que la parole soit simple comme la pensée, quelle soit sincère et
qu'elle soit sûre: _Pense juste, parle franc!_
Les relations sociales ont pour base la confiance mutuelle et cette
confiance se nourrit de la sincérité de chacun. Aussitôt que la
sincérité diminue, la confiance s'altère, les rapports souffrent,
l'insécurité naît. Cela est vrai dans le domaine des intérêts matériels
et des intérêts spirituels. Avec des gens dont il faut sans cesse se
méfier il est aussi difficile de pratiquer le commerce et l'industrie
que de chercher la vérité scientifique, de poursuivre l'entente
religieuse ou de réaliser la justice. Quand il faut d'abord contrôler
les paroles et les intentions de chacun, et partir du principe que tout
ce qui se dit et s'écrit, a pour but de vous servir l'illusion à la
place de la vérité, la vie se complique étrangement. C'est le cas pour
nous. Il y a trop de malins, de diplomates, qui jouent au plus fin et
s'appliquent à se tromper les uns les autres, et voilà pourquoi chacun a
tant de mal à se renseigner sur les choses les plus simples et qui lui
importent le plus. Probablement ce que je viens de dire suffirait pour
indiquer ma pensée et l'expérience de chacun pourrait apporter ici un
ample commentaire avec illustrations à l'appui. Mais je n'en tiens pas
moins à insister sur ce point et à m'entourer d'exemples.
Autrefois les hommes avaient pour communiquer entre eux des moyens assez
réduits. Il était légitime de supposer qu'en perfectionnant et en
multipliant les moyens d'information on augmenterait la lumière. Les
peuples apprendraient à s'aimer en se connaissant mieux entre eux, les
citoyens d'un même pays se sentiraient liés par une fraternité plus
étroite, étant mieux éclairés sur tout ce qui touche la vie commune.
Lorsque l'imprimerie fut créée on s'écria: _fiat lux!_ et avec plus de
raison encore lorsque se répandirent l'usage de la lecture et le goût
des journaux. Pourquoi n'eût-on pas raisonné ainsi: deux lumières
éclairent mieux qu'une et plusieurs mieux que deux; plus il y aura de
journaux et de livres, mieux on saura ce qui se passe et ceux qui
voudront écrire l'histoire après nous seront bien heureux, ils auront
les mains pleines de documents. Rien ne semblait plus évident. Hélas! on
basait ce raisonnement sur les qualités et la puissance de l'outillage,
mais on calculait sans l'élément humain qui est partout le facteur le
plus important. Or il s'est trouvé que les sophistes, les retors, les
calomniateurs, tous gens à la langue bien pendue, et qui savent mieux
que personne manier la parole et la plume, ont largement profité de tous
les moyens de multiplier et de répandre la pensée. Qu'en résulte-t-il?
Que nos contemporains ont toutes les peines du monde à savoir la vérité
sur leur propre temps et leurs propres affaires. Pour quelques journaux
qui cultivent les bons rapports internationaux, en essayant de
renseigner leurs voisins équitablement et de les étudier sans
arrière-pensée, combien en est-il qui sèment la méfiance et la calomnie?
Que de courants factices et malsains créés dans l'opinion publique, avec
de faux bruits, des interprétations malveillantes de faits ou de
paroles? Sur nos affaires intérieures nous ne sommes pas beaucoup mieux
renseignés que sur l'étranger. Ni sur les intérêts du commerce, de
l'industrie ou de l'agriculture, ni sur les partis politiques ou les
tendances sociales, ni sur le personnel mêlé aux affaires publiques, il
n'est facile d'obtenir un renseignement désintéressé: plus on lit de
journaux, moins on y voit clair. Il y a des jours, où après les avoir
lus et en admettant qu'il les croie sur parole, le lecteur se verrait
obligé de tirer la conclusion suivante: décidément il n'y a plus que des
hommes tarés partout, il ne reste d'intègres que quelques chroniqueurs.
Mais cette dernière partie de la conclusion tomberait à son tour. Les
chroniqueurs en effet se mangent entre eux. Le lecteur aurait alors sous
les yeux un spectacle analogue à celui que représente la caricature
intitulée le combat des serpents. Après avoir tout dévoré autour d'eux
les deux reptiles s'attaquent l'un à l'autre et s'entre-dévorent,
finalement il reste sur le champ de bataille deux queues.
Et ce n'est pas l'homme du peuple seulement qui est dans l'embarras, ce
sont les gens cultivés, c'est presque tout le monde. En politique, en
finance, en affaires, même dans la science, les arts, la littérature et
la religion, il y a partout des dessous, des trucs, des ficelles. Il y a
une vérité d'exportation et une autre pour les initiés. Il s'ensuit que
tous sont trompés, car on a beau être d'une cuisine, on n'est jamais de
toutes, et ceux-là mêmes qui trompent les autres avec le plus d'habileté
sont trompés à leur tour, lorsqu'ils ont besoin de compter sur la
sincérité d'autrui.
Le résultat de ce genre de pratiques est l'avilissement de la parole
humaine. Elle s'avilit d'abord aux yeux de ceux qui la manient comme un
vil instrument. Il n'y a plus de parole respectée pour les discuteurs,
les ergoteurs, les sophistes, tous ceux qui ne sont animés que par la
rage d'avoir raison ou la prétention que leurs intérêts seuls sont
respectables. Leur châtiment est d'être contraints à juger les autres
d'après la règle qu'ils suivent eux-mêmes: _Dire ce qui profite et non
ce qui est vrai_. Ils ne peuvent plus prendre personne au sérieux.
Triste état d'esprit pour les gens qui écrivent, parlent, enseignent.
Comme il faut mépriser ses auditeurs et ses lecteurs pour aller vers eux
dans de semblables dispositions! Pour qui a gardé un fonds d'honnêteté,
rien n'est plus révoltant que l'ironie détachée d'un acrobate de la
plume ou de la parole qui essaie d'en faire accroire à quelques braves
gens pleins de confiance. D'un côté l'abandon, la sincérité, le désir
d'être éclairé, de l'autre la rouerie qui se moque du public. Mais il ne
sait pas, le menteur, à quel point il se trompe lui-même. Le capital sur
lequel il vit c'est la confiance, et rien n'égale la confiance du
peuple, si ce n'est sa méfiance aussitôt qu'il s'est senti trahi. Il
peut bien suivre un temps les exploiteurs de la simplicité. Mais, après
cela, son humeur accueillante se transforme en aversion; les portes qui
se tenaient larges ouvertes, offrent leur impassible visage de bois, et
les oreilles, jadis attentives, se sont fermées. Hélas! elles se ferment
alors non pour le mal seulement, mais pour le bien. Et c'est là le crime
de ceux qui tordent et avilissent la parole. Ils ébranlent la confiance
générale. On considère comme une calamité l'avilissement de l'argent, la
baisse de la rente, la ruine du crédit: un malheur est plus grand que
celui-là, c'est la perte de la confiance, de ce crédit moral que les
honnêtes gens s'accordent les uns aux autres, et qui fait que la parole
circule comme une monnaie authentique. À bas les faux monnayeurs, les
spéculateurs, les financiers véreux, car ils font suspecter même
l'argent loyal. À bas les faux monnayeurs de la plume et de la parole,
car ils font qu'on ne se fie plus à rien ni à personne, et que la valeur
de ce qui est dit ou écrit, ressemble à celle des billets de banque de
la Sainte-Farce.
On voit à quel point il est urgent que chacun se surveille, garde sa
langue, châtie sa plume et aspire à la simplicité. Point de sens
détournés, point tant de circonlocutions, point tant de réticences, de
tergiversations! Cela ne sert qu'à tout embrouiller. Soyez des hommes,
ayez une parole. Une heure de sincérité fait plus pour le salut du monde
que des années de roueries.
* * * * *
Un mot maintenant sur un travers national et qui s'adresse à ceux qui
ont la superstition de la parole et des démonstrations du style. Sans
doute, il ne faut pas en vouloir aux personnes qui goûtent une parole
élégante, ou une lecture délicate. Je suis d'avis qu'on ne peut jamais
trop bien dire ce que l'on a à dire. Mais il ne s'ensuit pas que les
choses les mieux dites et les mieux écrites soient celles qui sont les
plus apprêtées. La parole doit servir le fait et non se substituer à lui
et le faire oublier à force de l'orner. Les plus grandes choses sont
aussi celles qui gagnent le plus à être dites avec simplicité, parce
qu'alors elles se montrent telles qu'elles sont: vous ne jetez pas sur
elles le voile même transparent d'un beau discours, ni cette ombre si
fatale à la vérité, qu'on appelle la vanité d'un écrivain et d'un
orateur. Rien n'est fort, rien n'est persuasif comme la simplicité. Il y
a des émotions sacrées, de cruelles douleurs, de grands dévouements, des
enthousiasmes passionnés, qu'un regard, un geste, un cri traduisent
mieux que les plus belles périodes. Ce que l'humanité possède de plus
précieux dans son coeur, se manifeste le plus simplement. Pour persuader
il faut être vrai et certaines vérités se comprennent mieux si elles
sortent de lèvres simples, infirmes même, que si elles tombent des
bouches trop exercées, ou sont proclamées à la force des poumons. Ces
règles-là sont bonnes pour chacun dans la vie de tous les jours.
Personne ne peut s'imaginer quel profit il retirerait pour sa vie
morale, de la constante observation de ce principe: être vrai, sobre,
simple dans l'expression de ses sentiments et de ses convictions, en
particulier comme en public, ne jamais dépasser la mesure, traduire
fidèlement ce qui est en nous, et surtout nous souvenir. C'est là le
principal.
Car le danger des belles paroles est qu'elles vivent d'une vie propre.
Ce sont des serviteurs distingués qui ont gardé leurs titres et ne
remplissent plus leurs fonctions, comme les cours royales nous en
offrent l'exemple. Vous avez bien dit, vous avez bien écrit: c'est bien,
il suffit.
Combien y a-t-il de gens qui se sont contentés de parler et ont cru que
cela les dispensait d'agir? Et ceux qui les écoutent se contentent
d'avoir entendu parler. Il se trouve ainsi qu'une vie peut bien ne se
composer à la longue, que de quelques discours bien tournés, de quelques
beaux livres, de quelques belles pièces de théâtre. Quant à pratiquer ce
qui est si magistralement exposé, on n'y songe guère. Et si nous passons
du domaine des gens de talent aux basses régions qu'exploitent les
médiocres: là, dans le pêle-mêle obscur, nous verrons s'agiter tous ceux
qui pensent que nous sommes sur la terre pour parler et entendre parler,
l'immense et désespérante cohue des bavards, de tout ce qui braille,
jase ou pérore et après cela trouve encore qu'on ne parle pas assez. Ils
oublient tous que ceux qui font le moins de bruit font le plus de
besogne. Une machine qui dépense toute sa vapeur à siffler n'en a plus
pour faire marcher les roues. Cultivez donc le silence. Tout ce que vous
retrancherez sur le bruit, vous le gagnerez en force.
* * * * *
Ces réflexions nous amènent à nous occuper d'un sujet voisin, très digne
aussi d'attirer l'attention, je veux parler de ce qu'on pourrait nommer
l'exagération du langage. Quand on étudie les populations d'une même
contrée, on remarque entre elles des différences de tempérament dont le
langage porte les traces. Ici, la population est plutôt flegmatique et
calme: elle emploie les diminutifs, les termes atténués. Ailleurs, les
tempéraments sont bien équilibrés: on entend le mot juste, exactement
adapté à la chose. Mais plus loin, effet du sol, de l'air, du vin
peut-être, un sang chaud circule dans les veines: on a la tête près du
bonnet et l'expression outrée; les superlatifs émaillent le langage et
pour dire les plus simples choses on se sert du terme fort.
Si l'allure du langage varie selon les climats, elle diffère aussi selon
les époques. Comparez le langage écrit ou parlé de ce temps à celui de
certaines autres périodes de notre histoire. Sous l'ancien régime on
parlait autrement que sous la révolution, et nous n'avons pas le même
langage que les hommes de 1830, de 1848 ou du second empire. En général
le langage a une allure plus simple maintenant, nous n'avons plus de
perruque, nous ne mettons plus pour écrire des manchettes de dentelles;
mais un signe nous différencie de presque tous nos ancêtres, notre
nervosité, source de nos exagérations.
Sur des systèmes nerveux excités, quelque peu maladifs--et Dieu sait que
d'avoir des nerfs n'est plus un privilège aristocratique--les paroles ne
produisent pas la même impression que sur l'homme normal. Et inversement
à l'homme nerveux, le terme simple ne suffit pas, quand il cherche à
exprimer ce qu'il ressent. Dans la vie ordinaire, dans la vie publique,
dans la littérature et au théâtre le langage calme et sobre a fait place
à un langage excessif. Les moyens que les romanciers et les comédiens
ont employés pour galvaniser l'esprit public et forcer son attention, se
retrouvent à l'état rudimentaire dans nos plus ordinaires conversations,
dans le style épistolaire, et surtout dans la polémique. Nos procédés de
langage sont à ceux de l'homme posé et calme ce qu'est notre écriture,
comparée à celle de nos pères. On accuse les plumes de fer; si l'on
pouvait dire vrai!
--Les oies nous sauveraient alors. Mais le mal est plus profond, il est
en nous-mêmes. Nous avons des écritures d'agités et de détraqués; la
plume de nos aïeux courait sur le papier plus sûre, plus reposée. Ici
nous sommes en face d'un des résultats de cette vie moderne si
compliquée et qui fait une si terrible consommation d'énergie. Elle nous
laisse impatients, essoufflés, en perpétuelle trépidation. Notre
écriture comme notre langage s'en ressentent et nous trahissent. De
l'effet remontons à la source et comprenons l'avertissement qui nous est
donné. Que peut-il sortir de bon de cette habitude d'exagérer son
langage? Interprètes infidèles de nos propres impressions, nous ne
pouvons que fausser par nos exagérations l'esprit de nos semblables et
le nôtre. Entre gens qui exagèrent on cesse de se comprendre.
L'irritation des caractères, les discussions violentes et stériles, les
jugements précipités, dépourvus de toute mesure, les plus graves excès
dans l'éducation et les rapports sociaux, voilà le résultat des
intempérances de langage.
* * * * *
Et qu'il me soit permis, dans cet appel à la parole simple, de formuler
un voeu dont l'accomplissement aurait les suites les plus heureuses. Je
demande une littérature simple, non seulement comme un des meilleurs
remèdes à nos âmes blasées, surmenées, fatiguées d'excentricités, mais
aussi comme un gage et une source d'union sociale. Je demande aussi un
art simple. Nos arts et notre littérature sont réservés aux privilégiés
de la fortune et de l'instruction. Mais que l'on me comprenne bien: je
n'invite pas les poètes, les romanciers, les peintres à descendre des
hauteurs pour marcher à mi-côte et se complaire dans la médiocrité, mais
au contraire à monter plus haut. Est populaire, non pas ce qui convient
à une certaine classe de la société qu'il est convenu d'appeler la
classe populaire; est populaire ce qui est commun à tous et ce qui les
unit. Les sources de l'inspiration dont pourrait naître un art simple
sont dans les profondeurs du coeur humain, dans les éternelles réalités
de la vie devant lesquelles tous sont égaux. Et les sources du langage
populaire sont à chercher dans le petit nombre des formes simples et
fortes qui expriment les sentiments élémentaires et les lignes
maîtresses de la destinée humaine. C'est là qu'est la vérité, la force,
la grandeur, l'immortalité. N'y aurait-il pas dans un idéal semblable de
quoi enflammer les jeunes gens qui, sentant brûler en eux la flamme
sacrée du beau, connaissent la pitié et préfèrent à l'adage dédaigneux:
«Odi profanum vulgus», cette parole autrement humaine: «Misereor super
turbam».--Quant à moi je n'ai aucune autorité artistique, mais de la
foule où je vis j'ai le droit de pousser mon cri vers ceux qui ont reçu
du talent et de leur dire: Travaillez pour ceux qu'on oublie.
Faites-vous comprendre des humbles. Ainsi vous ferez une oeuvre
d'affranchissement et de pacification; ainsi vous rouvrirez les sources
où puisèrent jadis ces maîtres dont les créations ont défié les âges
parce qu'ils surent donner pour vêtement au génie, la simplicité.
V
Le devoir simple.
Quand on parle aux enfants d'un sujet qui les importune, ils vous
montrent là-haut sur les toits quelque pigeon qui donne à manger à son
petit, ou là-bas dans la rue quelque cocher qui maltraite son cheval.
Quelquefois aussi, ils vous posent malicieusement une de ces grosses
questions qui mettent l'esprit des parents à la torture: tout cela pour
détourner l'attention du sujet douloureux. Je crains que nous ne soyons
de grands enfants en face du devoir et que, lorsqu'il s'agit de lui,
nous ne cherchions plusieurs subterfuges pour nous distraire.
Le premier subterfuge consiste à se demander s'il y a un devoir en
général, ou si ce mot ne couvre pas une des nombreuses illusions de nos
ancêtres. Car enfin le devoir suppose la liberté, et la question de la
liberté nous mène jusqu'aux régions métaphysiques. Comment parler du
devoir tant que ce grave problème du libre arbitre n'est pas
résolu?--Théoriquement il n'y a rien à objecter. Et si la vie était une
théorie, si nous étions là pour élaborer un système complet de
l'univers, il serait absurde de nous occuper du devoir avant d'avoir
démontré la liberté, fixé ses conditions, ses limites.
Mais la vie n'est pas une théorie. Sur ce point de morale pratique comme
sur tous les autres, elle a devancé la théorie et il n'y a aucun lieu de
croire que jamais elle ne lui cède la place. Cette liberté, relative, je
l'admets, comme tout ce que nous connaissons d'ailleurs, ce devoir dont
on se demanda s'il existe, n'en sont pas moins à la base de tous les
jugements que nous portons sur nous et nos semblables. Nous nous
traitons les uns les autres comme responsables, jusqu'à un certain
point, de nos faits et gestes.
Le théoricien le plus enragé, dès qu'il sort de sa théorie, ne se fait
aucun scrupule d'approuver ou de désapprouver les actes d'autrui,
d'instrumenter contre ses ennemis, de faire appel à la générosité, à la
justice de ceux qu'il veut dissuader d'une démarche indigne. On ne peut
pas plus se défaire de la notion de l'obligation morale que de celle du
temps ou de l'espace, et de même qu'il faut nous résigner à marcher
avant de savoir définir cet espace que nous franchissons et ce temps qui
mesure nos mouvements, il faut aussi nous soumettre à l'obligation
morale avant d'en avoir touché de nos doigts les racines profondes. La
loi morale domine l'homme, qu'il la respecte ou l'enfreigne. Voyez la
vie de tous les jours: chacun est prêt à jeter la pierre à celui qui
n'accomplit pas un devoir évident, dût-il même alléguer qu'il n'est pas
encore arrivé à la certitude philosophique. Chacun lui dira et aura
mille fois raison de lui dire: «Monsieur, on est un homme avant tout;
payez de votre personne d'abord, faites votre devoir de citoyen, de
père, de fils, etc., vous reprendrez ensuite le cours de vos
méditations.»
Qu'on nous comprenne bien toutefois. Nous ne voulons détourner personne
de l'investigation philosophique, de la scrupuleuse recherche des
fondements de la morale. Aucune pensée qui ramène l'homme vers ces
graves préoccupations ne saurait être inutile ou indifférente; nous
défions seulement le penseur de pouvoir attendre qu'il ait trouvé ces
fondements, pour faire acte d'humanité, d'honnêteté ou de malhonnêteté,
de courage ou de lâcheté. Et surtout, nous tenons à formuler une
réponse, bonne à opposer à tous les malins qui n'ont jamais été
philosophes, à opposer à nous-mêmes lorsque nous voudrions invoquer
notre état de doute philosophique pour justifier nos manquements
pratiques. Par cela même qu'on est un homme, avant toute théorie
positive ou négative sur le devoir, on a pour règle ferme de se conduire
comme un homme. Il n'y a pas à sortir de là.
Mais on connaîtrait mal les ressources du coeur humain si l'on comptait
sur l'effet d'une semblable réponse. Elle a beau être sans réplique,
elle ne peut empêcher d'autres interrogations de surgir. La somme de nos
prétextes pour nous soustraire au devoir est égale à la somme des sables
de la mer ou des étoiles des cieux.
Nous nous retranchons donc derrière le devoir obscur, le devoir
difficile, le devoir contradictoire. Certes voilà des mots qui évoquent
de pénibles souvenirs. Être un homme de devoir et douter de son chemin,
tâtonner dans l'ombre, se voir livré aux sollicitations contraires de
devoirs différents, ou encore se trouver en face du devoir gigantesque,
écrasant, qui dépasse nos forces, quoi de plus dur? Et ces choses
arrivent. Nous ne voulons ni nier ni contester ce qu'il y a de tragique
dans certains événements et de déchirant dans certaines vies. Toutefois
il est rare que le devoir ait à se faire jour à travers un tel conflit
de circonstances et doive jaillir de l'esprit comme l'éclair de l'orage.
De si formidables secousses sont exceptionnelles. Tant mieux si nous
nous tenons bien lorsqu'elles se produisent; mais si personne ne trouve
étonnant que des chênes soient déracinés par la bourrasque, ou qu'un
marcheur trébuche la nuit sur un chemin inconnu, ou qu'un soldat soit
vaincu quand il est pris entre deux feux, personne non plus ne
condamnera sans appel ceux qui ont été battus dans les luttes morales
presque surhumaines. Succomber sous le nombre et les obstacles, n'a
jamais été une honte.
Aussi je vais tendre mes armes à ceux qui se retranchent derrière le
rempart inexpugnable du devoir obscur, compliqué, contradictoire. Pour
aujourd'hui ce n'est pas là ce qui m'occupe, et c'est du devoir simple,
je dirais presque du devoir facile, que je désire leur parler.
* * * * *
Nous avons par an trois ou quatre grandes fêtes carillonnées et beaucoup
de jours ordinaires. Pareillement il y a quelques très grands et très
obscurs combats à livrer. Mais à côté de cela il y a la multitude des
devoirs simples, évidents. Or, tandis que dans les grandes rencontres,
notre tenue est généralement suffisante, c'est précisément dans les
petites occasions qu'on nous voit faiblir. Sans craindre de me laisser
entraîner par une forme paradoxale de ma pensée, je déclarerai donc:
l'essentiel est de remplir le devoir simple, de s'exercer à la justice
élémentaire. En général ceux qui perdent leur âme, la perdent non parce
qu'ils restent au-dessous du devoir difficile et qu'ils n'accomplissent
pas l'impossible, mais parce qu'ils négligent d'accomplir _le devoir
simple_.
Illustrons cette vérité par des exemples.
Celui qui essaie de pénétrer dans les dessous humbles de la société ne
tarde pas à découvrir de grandes misères physiques et morales. À mesure
qu'il y regarde de plus près, il découvre un plus grand nombre de
plaies, et, à la longue, le monde des misérables lui apparaît comme une
vaste création noire, devant laquelle l'individu avec ses moyens de
soulagement paraît réduit à l'impuissance. Il est vrai qu'il se sent
pressé d'accourir, mais en même temps il se demande: à quoi bon?
Évidemment le cas est des plus angoissants. Quelques-uns le résolvent en
ne faisant rien, de désespoir. Ils demeurent donc stériles et ce n'est
pas pourtant la pitié, ni même les bonnes intentions, qui leur manquent.
Ils ont tort. Souvent un homme n'a pas les moyens de faire le bien en
gros, mais ce n'est pas une raison pour qu'il le néglige en détail. Tant
de gens se dispensent de faire quelque chose parce que, selon eux, il y
a trop à faire. Ils ont besoin d'être rappelés au devoir simple. Ce
devoir, le voici dans le cas qui nous occupe: que chacun, selon ses
ressources, ses loisirs et ses capacités, se crée des relations dans les
milieux déshérités. Il y a des gens qui arrivent, avec un peu de bonne
volonté, à s'introduire dans l'entourage des ministres ou à se faufiler
dans la société des chefs d'État. Pourquoi ne parviendrait-on pas à
nouer des relations avec les pauvres gens et à se faire des
connaissances parmi les ouvriers qui manquent du nécessaire? Une fois
quelques familles connues, avec leurs histoires, leurs antécédents et
leurs difficultés, vous pourrez leur être d'une utilité extrême en
faisant simplement ce que vous pouvez et en pratiquant la fraternité
sous la forme du secours moral et matériel. Vous aurez, il est vrai,
attaqué un petit coin seulement; mais vous aurez fait votre possible et
peut-être entraîné quelque autre à faire son possible aussi. En agissant
de la sorte, au lieu de constater seulement qu'il existe dans la société
beaucoup de misère, de haine sombre, de désunion, de vice, vous y aurez
introduit un peu de bien. Et pour peu que le nombre des bonnes volontés
semblables à la vôtre grandisse, le bien augmentera sensiblement et le
mal diminuera. Mais dussiez-vous même rester seul à faire ce que vous
avez fait, on pourrait vous donner ce témoignage que vous avez fait la
seule chose raisonnable, le simple et enfantin devoir qui s'offrait à
vous. Or en faisant cela vous avez découvert un des secrets de la bonne
vie.
L'ambition humaine embrasse dans ses rêves de vastes ensembles, mais il
nous est rarement donné de faire grand, et même alors le succès rapide
et sûr s'appuie toujours sur une patiente préparation. La fidélité dans
les petites choses est à la base de tout ce qui s'accomplit de grand.
Nous l'oublions trop. Pourtant, s'il y a une vérité nécessaire à
connaître, c'est celle-là, surtout aux époques difficiles et dans les
passages pénibles de l'existence. On se sauve bien en cas de naufrage
sur un débris de poutre, un aviron, un morceau de planche. Sur les flots
tumultueux de la vie, quand tout semble s'être brisé en miettes,
souvenons-nous qu'une seule de ces pauvres miettes peut devenir notre
planche de salut. La démoralisation consiste à mépriser les restes.
Vous avez été ruiné, ou un grand deuil vous a frappé, ou encore vous
venez de voir se perdre sous vos yeux le fruit d'un long labeur. Il vous
est impossible de reconstituer votre fortune, de ressusciter les morts,
de sauver votre peine perdue. Et devant l'irréparable les bras vous
tombent. Alors vous négligez de soigner votre personne, de tenir votre
maison, de surveiller vos enfants. Cela est pardonnable et combien nous
le comprenons! Mais cela est fort dangereux! Le laisser aller transforme
le mal en un mal pire. Vous qui croyez que vous n'avez plus rien à
perdre, vous allez pour cela même perdre ce qui vous reste encore.
Ramassez les débris de vos biens, ayez du peu qui vous reste un soin
scrupuleux. Et bientôt ce peu vous consolera. L'effort accompli vient à
notre secours, comme l'effort négligé se tourne contre nous. S'il ne
vous reste qu'une branche pour vous y accrocher, accrochez-vous à cette
branche, et si vous restez seul à défendre une cause qui semble perdue,
ne jetez pas vos armes pour rejoindre les fuyards. Au lendemain du
déluge quelques isolés repeuplent la terre. L'avenir peut quelquefois ne
reposer que sur une tête isolée comme il arrive qu'une vie ne tient qu'à
un fil. Inspirez-vous de l'histoire et de la nature: L'une et l'autre
vous apprendront en leurs laborieuses évolutions, que les calamités
comme la prospérité peuvent sortir des moindres causes, qu'il n'est pas
sage de négliger le détail et que surtout il faut savoir attendre et
recommencer.
En parlant du devoir simple je ne puis m'empêcher de penser à la vie
militaire et aux exemples qu'elle offre aux combattants de cette grande
lutte qui est la vie. Celui-là comprendrait mal son devoir de soldat
qui, l'armée une fois battue, s'abstiendrait de brosser ses vêtements,
d'astiquer son fusil, d'observer la discipline.--À quoi bon? direz-vous
peut-être.--À quoi bon? N'y a-t-il pas plusieurs façons d'être battu?
Serait-il indifférent d'ajouter le découragement, le désordre, la
débâcle au malheur de la défaite? Non. Il ne faut jamais oublier que le
moindre acte d'énergie dans ces moments terribles est comme une lumière
dans la nuit. C'est un signe de vie et d'espérance. Chacun comprend
aussitôt que tout n'est pas perdu.
Pendant la désastreuse retraite de 1813-1814, au coeur de l'hiver, alors
qu'il devait être presque impossible de garder une tenue quelconque, je
ne sais quel général se présentait un matin à Napoléon Ier en grande
tenue et rasé de frais. Le voyant, en pleine débâcle, aussi soigné que
s'il allait à une revue, l'empereur lui dit: _Mon général, vous êtes un
brave!_
* * * * *
Le devoir simple c'est encore le devoir prochain. Une très commune
faiblesse empêche bien des gens de trouver intéressant ce qui est tout
près d'eux; ils ne le voient que par ses côtés mesquins. Le lointain au
contraire les attire et les enchante. Ainsi se dépense inutilement une
somme fabuleuse de bonne volonté. On se passionne pour l'humanité, pour
le bien public, pour les lointains malheurs, marchant à travers la vie,
les yeux fixés sur des objets merveilleux qui nous captivent là-bas aux
confins de l'horizon, tandis qu'on marche sur les pieds des passants, ou
qu'on les coudoie sans les remarquer.
Singulière infirmité qui vous empêche de voir ceux qui sont là à vos
côtés! Plusieurs ont fait des lectures étendues, de grands voyages; mais
ils ne connaissent pas leurs concitoyens, grands ou petits; ils vivent
grâce au concours d'une quantité d'êtres dont le sort leur demeure
indifférent. Ni ceux qui les renseignent, les instruisent, les
gouvernent, ni ceux qui les servent, les fournissent, les nourrissent
n'ont jamais attiré leur attention. Qu'il y ait de l'ingratitude ou de
l'imprévoyance à ne pas connaître ses ouvriers, ses domestiques, les
quelques êtres enfin qui ont avec nous des relations sociales
indispensables, cela ne leur est jamais venu à l'esprit. D'autres vont
bien plus loin encore. Pour certaines femmes leur mari est un inconnu,
et réciproquement. Il y a des parents qui ne connaissent pas leurs
enfants. Leur développement, leurs pensées, les dangers qu'ils courent,
les espérances qu'ils nourrissent sont pour eux un livre fermé. Bien des
enfants ne connaissent pas leurs parents, n'ont jamais soupçonné leurs
peines, leurs luttes, ni pénétré leurs intentions. Et je ne parle pas
des mauvais ménages, de ces tristes milieux, où toutes les relations
sont faussées, mais d'honnêtes familles composées de braves gens.
Seulement tout ce monde est très absorbé. Chacun a son intérêt ailleurs
qui lui prend tout son temps. Le devoir lointain, fort attirant, je n'en
disconviens point, les réclame tout entiers et ils n'ont pas conscience
du devoir prochain. Je crains qu'ils ne perdent leur peine. La base
d'opération de chacun est le champ de son devoir immédiat. Négligez
cette base et tout ce que vous entreprendrez au loin sera compromis.
Soyez donc d'abord de votre pays, de votre ville, de votre maison, de
votre église, de votre atelier, et, s'il se peut, partez de là pour
aller au delà, c'est la marche simple et naturelle. Il faut que l'homme
se munisse à grands frais de bien mauvaises raisons pour arriver à
suivre la marche inverse. En tout cas, le résultat d'une si étrange
confusion des devoirs est que plusieurs se mêlent d'une foule d'affaires
sauf de ce qu'on est en droit de leur demander. Chacun s'occupe d'autre
chose que de ce qui le regarde, est absent de son poste, ignore son
métier. Voilà qui complique la vie. Il serait pourtant si simple que
chacun s'occupât de ce qui le regarde.
* * * * *
Autre forme du devoir simple. Lorsqu'un dommage est causé, qui doit le
réparer?--Celui qui l'a fait. Cela est juste, mais cela n'est que
théorie. Et la conséquence de cette théorie serait qu'il faudrait
laisser subsister le mal jusqu'à ce que les malfaiteurs soient trouvés
et l'aient réparé. Mais si on ne les trouve pas? Ou s'ils ne peuvent ni
ne veulent réparer?
Il pleut sur vos têtes par une tuile brisée, ou le vent pénètre chez
vous par un carreau cassé. Attendrez-vous pour chercher le couvreur et
le vitrier que vous ayez fait arrêter le casseur de tuile ou de carreau?
Vous trouveriez cela absurde, n'est-ce pas? C'est pourtant une bien
ordinaire pratique. Les enfants s'écrient avec indignation: «Ce n'est
pas moi qui ai jeté cet objet, ce n'est pas moi qui le ramasserai!» Et
la plupart des hommes raisonnent de même. C'est logique. Mais ce n'est
pas cette logique-là qui fait marcher le monde.
Ce qu'il faut au contraire savoir et ce que la vie vous répète tous les
jours c'est que le dommage causé par les uns est réparé par les autres.
Les uns détruisent, les autres édifient; les uns salissent, les autres
nettoient; les uns attisent les querelles, les autres les apaisent; les
uns font couler les larmes, les autres consolent; les uns vivent pour
l'iniquité, les autres meurent pour la justice. Et c'est dans
l'accomplissement de cette loi douloureuse qu'est le salut. Cela aussi
est logique, mais de cette logique des faits qui fait pâlir celle des
théories. La conclusion à tirer n'est pas douteuse. Un homme au coeur
simple la tire ainsi: étant donné le mal, la grande affaire est de le
réparer et de s'y mettre sur-le-champ; tant mieux si messieurs les
malfaiteurs veulent bien contribuer à la réparation: mais l'expérience
nous déconseille de trop compter sur leur concours.
* * * * *
Mais quelque simple que soit le devoir, encore faut-il avoir la force de
l'accomplir. Cette force, en quoi consiste-t-elle et où se
trouve-t-elle? On ne saurait se lasser d'en parler. Le devoir est pour
l'homme un ennemi et un importun tant qu'il n'apparaît que comme une
sollicitation extérieure. Quand il entre par la porte, l'homme sort par
la fenêtre et quand il nous bouche les fenêtres on s'échappe par les
toits. Mieux on le voit venir plus on l'évite sûrement. Il est pareil à
ce gendarme, représentant de la force publique et de la justice
officielle, dont un adroit filou parvient toujours à se garer. Hélas! le
gendarme réussirait-il à lui mettre la main au collet, il pourrait tout
au plus le conduire au poste mais non pas sur le droit chemin. Pour que
l'homme accomplisse son devoir il faut qu'il soit tombé aux mains d'une
autre force que celle qui dit: fais ceci, fais cela; évite ceci, évite
cela, autrement gare à toi!
Cette force intérieure est l'amour. Quand un homme déteste son métier ou
s'y livre avec nonchalance, toutes les puissances de la terre sont
inhabiles à le lui faire exercer avec entrain. Mais celui qui aime sa
fonction marche tout seul; non seulement il est inutile de le
contraindre, mais il serait impossible de le détourner. Il en est pour
tous ainsi. La grande chose, c'est d'avoir éprouvé ce qu'a de saint et
d'immortellement beau notre obscure destinée; c'est d'avoir été
déterminés par une série d'expériences à aimer cette vie pour ses
douleurs et pour son espérance, à aimer les hommes pour leur misère et
pour leur noblesse, et à être de l'humanité par le coeur, l'intelligence
et les entrailles. Alors une force inconnue s'empare de nous, comme le
vent s'empare des voiles d'un navire, et nous emporte vers la pitié et
la justice. Et cédant à cette poussée irrésistible, nous disons: _Je ne
puis faire autrement, c'est plus fort que moi._ En s'exprimant ainsi les
hommes de tous les âges et de tous les milieux désignent une puissance
qui est plus haute que l'homme, mais qui peut demeurer dans le coeur des
hommes. Et tout ce qu'il y a en nous de vraiment élevé nous apparaît
comme une manifestation de ce mystère qui nous dépasse. Les grands
sentiments comme les grandes pensées, comme les grands actes, sont chose
d'inspiration. Lorsque l'arbre verdit et donne son fruit c'est qu'il
puise dans le sol les forces vitales, et reçoit du soleil la lumière et
la chaleur. Si un homme, dans son humble sphère, au milieu des
ignorances et des fautes inévitables, se consacre sincèrement à sa
tâche, c'est qu'il est en contact avec la source éternelle de bonté.
Cette force centrale se manifeste sous mille formes diverses. Tantôt
elle est l'énergie indomptable, tantôt la tendresse caressante, tantôt
l'esprit militant qui attaque et détruit le mal, tantôt la sollicitude
maternelle qui ramasse au bord du chemin où elle se perdait quelque vie
froissée et oubliée, tantôt l'humble patience des longues recherches...
Mais tout ce qu'elle touche porte sa signature, et les hommes qu'elle
anime sentent que c'est par elle que nous sommes et que nous vivons. La
servir est leur bonheur et leur récompense. Il leur suffit d'être ses
instruments et ils ne regardent plus à l'éclat extérieur de leur
fonction, sachant bien que rien n'est grand et que rien n'est petit,
mais que nos actes et notre vie valent seulement par l'esprit qui les
pénètre.