Était-ce la chambre inconnue, ses nerfs trop vibrants, la griserie de
l'air parfumé, Claude dormit très mal.
Quand la femme de chambre vint frapper à sa porte, à l'heure matinale
qu'elle avait indiquée, il y avait bien peu de temps qu'elle venait de
s'endormir d'un lourd sommeil. Pourtant, vite, elle se leva et
s'habilla, avide d'errer à travers la campagne délicieuse dont elle
voyait la jeune verdure s'ouvrir dans la lumière. Et telle était sa hâte
d'être dehors, qu'elle ne s'assit même pas pour boire le déjeuner que
la femme de chambre avait apporté sur un plateau.
Alors elle descendit dans le parc. Il était solitaire. La plupart des
fenêtres apparaissaient closes encore par les persiennes. Seuls, les
appartements du rez-de-chaussée étaient large ouverts.
A pleines lèvres, elle but l'air frais. Debout dans une allée inondée de
soleil, elle demeurait immobile, allongeant devant elle, d'un geste
d'enfant, ses bras nus à demi, pour sentir la chaude caresse sur sa
peau.
--Déjà en promenade? dit une voix à ses côtés. Pourquoi ne m'avez-vous
pas dit hier soir que vous vouliez, dès l'aube, explorer la Saulaye?
J'aurais eu soin d'être prêt à temps pour vous en faire les honneurs...
Les yeux de Raymond de Ryeux l'enveloppaient de leur allégresse
triomphante tandis qu'il lui tendait la main. Simplement, elle répondit:
--Cela me tentait de m'en aller seule à l'aventure!
--Est-ce là un avis discret pour que je vous laisse?...
--Non, si vous n'exigez pas que je me comporte en dame bien élevée et
vous tienne conversation...
--Vous ferez... comme vous voudrez!... Je ne vous demande pas si vous
avez bien dormi... Vous êtes fraîche autant qu'un bébé!
--Vraiment?... Eh bien, j'ai très mal dormi, au contraire. Sans doute...
parce que je ne suis pas habituée au grand air de la campagne!
Lentement, ils s'étaient mis à marcher à travers le parc où la rosée
étincelait au soleil matinal, avivant le vert éclat des pelouses.
Respectueux du souhait qu'elle avait exprimé, il ne parlait pas; mais
insatiable, il la regardait, voulant la jouissance de contempler la
ligne du profil, libre jusqu'au front, car les boucles capricieuses
frôlaient l'autre tempe seule; ses yeux embrassaient d'un regard ravi,
le jeune corps souple, depuis les pieds fins, bien chaussés, jusqu'au
visage passionné et mystérieux qu'ombrait la capeline de paille. Elle
portait une robe blanche tout unie; mais la forme en était impeccable;
et la blouse de linon dont le col rabattu dégageait le cou, était garnie
d'une précieuse broderie. Lui, notait tous ces détails; et difficile sur
le raffinement de la toilette féminine, il lui savait gré d'être ainsi
élégante, dans sa simplicité voulue.
Soudain, elle s'exclamait:
--Comme c'est bon de ne plus voir des maisons lépreuses, des cheminées,
de pauvres rues poussiéreuses, de la misère. C'est bon... C'est bon!...
Je voudrais qu'Élisabeth fût ici! Elle me comprendrait, elle qui aime
tant la nature... En cela, du moins, nous nous ressemblons!
--Rien qu'en cela?
--Je le crains...
Elle s'arrêta, une ombre sur le visage, comme si, brusquement, se fût
fermée devant elle une porte ouverte sur l'espace lumineux.
Silencieuse, elle continua de marcher. Ils étaient sortis du parc. La
route, devant eux, fuyait toute blonde entre ses deux bordures d'herbe
fraîche où pointaient les corolles pâles de milliers de coucous. Les
branches, sous la brise, découpaient sur la route l'ombre de leur jeune
verdure, luisante de soleil. Une clarté transparente dorait les verts
tendres, les verts acides, les verts de chaude émeraude. Elle avançait,
le visage à demi penché. Derrière elle, monta la voix de Raymond, un peu
assourdie, avec un accent d'ardente prière:
--Claude, ce m'est une torture de voir fuir, si mal employés, ces
pauvres instants de solitude près de vous!
Vive, elle tourna vers lui sa tête volontaire, soudain dressée.
--«Claude!» Mais... vous ai-je jamais permis de m'appeler par mon nom?
Je ne me le rappelle pas du tout!
Presque rudement, il dit, se rapprochant d'elle, car le sentier devenait
plus étroit, fuyant vers une clairière:
--Est-ce que, par hasard, vous vous imaginez que, pour moi, vous êtes la
farouche Mlle Suzore qui contemple les hommes du haut de son orgueilleux
féminisme?
--Non?... Vraiment non?... Je ne suis pas Mlle Suzore?... Et alors, que
suis-je donc?
Elle continuait de marcher lentement, sans plus le regarder. Sa main, au
passage, frôlait les feuilles d'un geste inconscient.
--Pour moi, vous êtes la créature unique qui ne ressemble à aucune
autre, l'enfant, la femme dont j'ai peur et près de laquelle pourtant,
je suis invinciblement ramené... toujours!... Comment avez-vous pu me
donner une pareille soif de vous!... dont je ne peux pas me guérir!...
Vous avez dormi cette nuit... Moi, ça m'a été impossible! J'étais...
ivre, à l'idée que vous vous trouviez là!... près de moi, bien près!...
et pourtant si loin!...
Il y avait dans sa voix une sorte de colère; s'il n'avait été absorbé
par sa propre pensée, il eût vu qu'elle était devenue très pâle. Mais
comme elle continuait à regarder droit devant elle, vers la clairière
ensoleillée, il ne pouvait s'apercevoir de l'étrange expression des yeux
qui avaient un éclat sombre. Comme si le souffle lui eût manqué soudain,
elle respira profondément. Puis, sa voix de contralto devenue presque
dure, elle jeta:
--Quelles folies dites-vous donc, ce matin? Ainsi vous parleriez, à la
première coquette quelconque, dans votre monde!... Moi, je n'ai jamais
été coquette avec vous!...
Du même accent, contenu et violent, il articula:
--Mieux eût valu, pour moi, que vous le fussiez!... J'aurais su me
défendre! Je ne me serais pas laissé envoûter, comme je le suis...,
misérablement...
Apre, elle interrompit:
--Dites «stupidement»... puisque vous reconnaissez que je n'ai rien fait
pour... pour vous induire en tentation. Si vous êtes incapable
d'approcher une femme jeune, en ami...--c'est ce que vous m'avez dit
vouloir être pour moi!--alors...
Il y eut une imperceptible pause dans ses paroles:
--...alors, c'est très simple, nous ne nous verrons plus... Ainsi, soyez
sans inquiétude à ce sujet... Vous arriverez bien vite à oublier
votre... fantaisie pour moi!
--Ah! vous pensez que c'est une «fantaisie?» Vous vous faites vraiment
trop peu d'honneur!... Ne plus vous voir!... Sincèrement, vous vous
imaginez que j'accepterais cela?
--Mais... il le faudra bien!
--Pourquoi?
--Parce que... je l'ai compris... cela doit être...
Lentement, la voix dure, elle prononça les derniers mots; et elle avait
la bizarre impression que ce n'était pas elle qui parlait; mais la
Claude de jadis, l'enfant élevée par Élisabeth Ronal, qui prononçait,
par la force de l'habitude, des mots qu'on lui avait appris... et
auxquels elle ne croyait plus...
Avec emportement, il répétait:
--Parce que cela doit être?... Mais qu'est-ce que cela me fait ce qui
doit, ou ne doit pas être?... Je ne sais qu'une chose, le besoin que
j'ai maintenant de votre présence, de votre voix, de vos yeux, de votre
sourire, de la douceur de vos lèvres...
La voix frémissante, elle jeta, l'interrompant:
--Taisez-vous! Taisez-vous donc!... C'est de la littérature tout
cela!... Et j'ai l'horreur du roman... Vous feriez mieux d'articuler
franchement la vérité... que je ne comprends que trop!... Ah! je le sais
ce que vous voudriez... Ce que je ne veux pas, moi!... Et ce qui ne sera
pas! Vraiment, si vous pouviez mesurer le mépris que j'ai de vous... Ah!
vous perdriez bien l'envie de me revoir jamais plus!
--Claude!... Eh bien, prenez-le, ce droit, de me mépriser!
D'un geste soudain, impérieux, il l'enlaçait... Et sa bouche s'abattit
sur les lèvres frémissantes, en un baiser avide, profond... Un baiser
lourd sous lequel s'étouffa son cri de colère:
--Oh! c'est indigne!
Elle s'était raidie, cherchant à dérober son visage. Mais il était le
maître... Si étroitement, il la tenait, que son effort se brisait... Une
brutale défaillance de ses nerfs, tout à coup, l'immobilisa sur la
poitrine où elle sentait les battements fous du coeur, sous la caresse
des lèvres, qui ne se détachaient pas des siennes...
Du plus intime de son être bouleversé, une pensée montait:
--C'est divinement doux, un baiser... Comme ils m'ont tous trompée, à me
dire que l'amour ne vaut pas le prix qu'il coûte...
Ses paupières s'abaissaient comme pour voiler la défaite de son orgueil.
Il lui semblait qu'elle s'abîmait dans un gouffre où la jetait un
vertige enivrant...
Mais ce ne fut qu'une seconde...
Déjà une révolte la soulevait; et ces lèvres qui ne voulaient pas
quitter les siennes, elle les mordit...
Il se redressa avec un cri de colère. Des gouttes de sang pointaient à
sa lèvre.
--Claude!
D'un bond, elle s'était écartée.
--Eh bien, quoi?... Je me défends comme je peux!
Devant la clairière tachetée de soleil, ils se tenaient debout l'un
devant l'autre, comme deux ennemis qui se mesurent. Et cependant...
cependant en eux... obscurément, criait le désir de recommencer la
caresse délicieuse.
Mais l'orgueil les gardait.
Fiévreusement, elle passait la main sur sa bouche comme pour en rejeter
l'empreinte des lèvres qui venaient de les brûler, ainsi que le feu
même.
--C'est lâche, ce que vous venez de faire... Oh! que c'est lâche!...
Lui était très pâle. Une lueur flambait dans ses prunelles.
--C'est lâche... Surtout, c'est fou!... Je vous demande pardon...
Naturellement, si j'avais réfléchi, j'aurais essayé de mieux me
maîtriser... Vous devez me pardonner, Claude, car je vous aime... Ah! je
vous aime... misérablement!
--Que voulez-vous que cela me fasse! jeta-t-elle avec une violence
orgueilleuse. C'est lâche, lâche, lâche! d'avoir profité de ce que
j'étais chez vous... de ce que je marchais confiante près de vous, pour
prendre mes lèvres, de force... comme un voleur.
Elle lui lançait les mots au visage, les dents serrées... Et il ne
pouvait savoir que, dans tout son être frémissant, il y avait autant de
colère contre lui, que contre elle qui avait aimé l'ardente caresse de
son baiser.
Les bras croisés, droit devant elle, il la contemplait:
--Vous êtes dure!... C'est que vous ne savez pas... Vous ne pouvez pas
savoir ce que c'est la tentation, pour l'homme!... Croyez-vous donc que,
tout l'hiver, je n'aie pas lutté contre cette hantise torturante que
vous m'avez donnée de vous? Vraiment, il a fallu, je crois, la surprise
de vous trouver ici, pour que je trahisse ma folie!
--Dites votre infamie...
--Une infamie?... Est-ce ma faute, si je suis ivre de vous? Ah! oui! je
pourrais le dire, que je regrette... ce qui vient d'arriver. Ce serait
une hypocrisie... Non, je ne le regrette pas... J'ai connu une de ces
secondes qui se payent de n'importe quel prix... Et ce prix, dans la
minute présente, c'est votre colère... Et la soif de vos lèvres... que
je n'ose reprendre...
--Avez-vous fini de déraisonner? interrompit-elle durement. Son visage
était aussi blanc que sa robe; mais une lueur de
tempête--splendide--flambait dans ses yeux. Pour qui donc me
prenez-vous?
--Est-ce que je sais?... Pour moi, vous n'êtes plus que l'amour...
Seulement l'amour!...
Sans un mot cette fois, elle se détourna vers le chemin de la Saulaye.
Mais dans son allure il n'y avait aucune hâte. Il ne fallait pas qu'il
pût imaginer qu'elle avait peur de lui...
Dans l'air, des sonneries de cloches tintaient... Y avait-il longtemps?
Pour la première fois, elle les entendait et elle tressaillit toute.
--Oh! les cloches de la messe!... Et je suis ici! Et l'on m'attend
là-bas...
Elle se redressait comme une créature soudain réveillée; et en courant,
elle descendait l'allée lumineuse; sa fièvre calmée une seconde par
cette nécessité d'agir... et d'agir sans retard! L'impression
l'enveloppait qu'elle venait de faire un songe redoutable et exquis...
Sur le perron, se tenait la vieille marquise, très agitée, l'air aussi
mécontent que pouvait le prendre sa douce figure:
--Mais, ma petite, où étiez-vous donc? Je vous ai fait chercher
partout!... Le premier coup de la messe est sonné; et l'organiste vous
réclamait pour répéter avec vous...
Claude se jugeait dans son tort et elle subit l'algarade, sans
impatience; même, elle voulut calmer les inquiétudes de Mme de Ryeux.
--Ne soyez pas tourmentée, madame. J'ai répété déjà à Paris avec votre
organiste. Tout ira bien. Je pars tout de suite, après avoir pris mon
violon...
--La voiture va vous attendre, mon enfant...
--Non... non... c'est inutile... je préfère aller à pied.
D'instinct, elle redoutait que le repos ne ressuscitât le sentiment
qu'elle n'avait pas rêvé. Au plus profond de son être, elle sentait
grandir une tempête où luisaient d'éblouissants éclairs, qu'étouffaient
des rafales; et des mots... inentendus jusqu'alors... bruissaient
incessamment dans son cerveau...--Dans son coeur aussi, hélas!
La messe commençait quand elle entra dans l'église. En quelques
secondes, elle eut grimpé l'escalier conduisant à la tribune.
L'organiste, à sa vue, jeta une exclamation d'allégement.
--Ah! mademoiselle, que j'étais inquiet en ne vous voyant pas arriver!
Je comptais que nous aurions, comme il était convenu, une répétition
avant la messe...
Machinalement, elle dit:
--Je regrette... Mais... une circonstance imprévue m'a retardée... Tout
ira bien sûrement... Ne vous inquiétez pas!
Telle était sa probité d'artiste qu'il lui était pénible d'avoir manqué
à sa parole. Seulement, elle savait aussi qu'avec la fièvre qui dévorait
ses nerfs, elle jouerait comme en ses meilleurs jours.
Du haut de la tribune, elle apercevait tous les hôtes de Mme de Ryeux.
Au premier rang, se tenait la vieille marquise, la tête penchée sur son
livre de prières; près d'elle, Charlotte, dont les cheveux de soie
blonde luisaient sous la paille sombre de son chapeau, et Lola, arrivée
le matin avec sa tante, la grosse Argentine; puis les douairières et
leurs suivantes. Lui... lui n'était pas là.
Un soupir de délivrance souleva sa poitrine, mais s'étouffa aussitôt.
Car, au moment même, elle l'apercevait qui entrait, correct, calme avec
son aisance audacieuse. Comment avait-elle pu supposer qu'il ne
viendrait pas, quand ce n'eût été que pour sa mère qu'il entourait
toujours--elle l'avait constaté--d'un affectueux respect...
En gagnant sa place, il leva la tête vers la tribune. Mais il ne pouvait
la voir, car elle s'était adossée au mur, en arrière, loin de l'orgue;
de toute sa volonté, raidie contre l'orage qui la bouleversait toute.
Avec une âme étrangère, elle regardait les petites, voilées de blanc
pour la procession, les garçonnets, gauches dans leurs vêtements de
fête; les abbés disposés en couronne dans les stalles, autour de
l'évêque, solennel en son fauteuil de cérémonie couronné d'un dais; et
le prêtre qui officiait, revêtu de l'étincelante chasuble, offerte par
Mme de Ryeux; et les chantres dont les voix campagnardes clamaient les
prières liturgiques; et la foule endimanchée des fidèles...
Elle ne priait pas. Car il n'y avait pas de foi ni d'élan religieux dans
son âme absorbée par le seul souci de la vie. Et selon la parole du
livre saint: «La grâce ne fructifie pas en ceux qui ont le goût des
choses de la terre.»
Dans ses yeux, dans son cerveau, dans son coeur, elle avait l'obsédante
vision d'une clairière ensoleillée, d'un visage d'homme penché vers le
sien avec une expression que jamais encore elle n'y avait vue... Sur ses
lèvres, bien qu'elle les eût inondées d'eau froide, dans sa chambre, il
lui semblait sentir encore la bouche frémissante qui lui avait murmuré
des mots que leur accent rendait inoubliables...
Comment, pourquoi ne s'était-elle pas révoltée mieux contre la brutalité
du geste?... Comment l'avait-elle subi un instant, non pas seulement
vaincue par la force... mais grisée soudain comme par un philtre
enivrant et terrible... Oh! cette défaillance inexplicable qu'elle avait
eue là!... Quelle colère, elle en éprouvait contre elle-même! Quel
mépris pour la misérable créature qu'elle avait été en cette seconde-là;
la même créature qui, dans le mystère de son coeur, tressaillait d'une
allégresse insensée, quand il lui disait «qu'elle était tout pour lui...
L'amour... seulement l'amour...» Et il était ivre d'elle...
--A quoi bon tenter de m'illusionner! précisait-elle, impitoyable, ces
paroles m'étaient douces comme elles l'auraient été à la première gamine
venue... Mais quelle fille suis-je donc! Est-ce que Sonia aurait dit
vrai?... Est-ce que je ne serais qu'une pauvre créature faite pour
l'amour?...
--Mademoiselle Suzore, venez-vous? C'est le moment.
Elle tressaillit, arrachée au cercle de feu qui l'enserrait.
--Oui, je viens.
Elle était comme une créature qui reprend conscience d'elle-même; et
elle eut une aspiration lente pour faire entrer dans son être, l'air
qui chasserait le poids appesanti sur elle; puis elle prit son violon et
vint se placer près de l'orgue.
Alors, ainsi que le programme l'avait décidé, elle commença cet _Aria_
de Bach, qu'ils avaient, _lui_ et elle, joué si souvent durant l'hiver,
qu'ils avaient joué encore le soir précédent...
Aux premières notes, les têtes se dressèrent vers la tribune. Elle ne
regardait pas; et cependant, elle vit se tourner vers
elle,--invisible,--le visage de l'homme qui l'aimait...
«Qui l'aimait...» Elle le savait bien, ce que, pour lui, _aimer_
signifiait! Alors, comment ne l'avait-elle pas souffleté, au lieu de
demeurer entre ses bras, pareille à une esclave docile?...
La pensée déchira son cerveau et une flamme lui empourpra les joues.
Mais aussitôt, résolument, elle chassa l'humiliant souvenir et chercha
le baume de la musique. Peu à peu, comme toujours, l'harmonie prenait
tout son être d'artiste. Ah! que c'était bon d'oublier la honteuse
minute et de se ressaisir!...
Jusqu'à la fin de la messe, elle demeura ainsi, la volonté tendue, pour
ne pas se souvenir, ni penser, dans les intervalles où elle ne jouait
pas. Elle songeait seulement:
--Si je pouvais partir tout de suite... ne plus le voir...
Partir?... Mais ce lui était impossible! Il fallait encore qu'elle jouât
au _Salut_, à trois heures; elle s'y était engagée. Et jusque-là, elle
ne pouvait pourtant se terrer dans sa chambre pour être sûre qu'il
n'arriverait pas à l'approcher...
--Ce serait trop lâche! Est-ce que je ne suis pas capable de le tenir à
distance?
Les cloches vibraient en sonneries, joyeuses, annonçant la fin de la
cérémonie... Les mêmes cloches qu'elle avait entendues, là-bas, dans le
sentier, près de la clairière...
--Oh! mademoiselle Suzore, quel talent vous avez! dit l'organiste
enthousiasmé.
Ainsi, elle avait bien joué. Elle n'en avait pas eu conscience... Elle
avait joué dans l'orage. Mais la musique, pour elle, était la langue de
son âme; et dans son jeu, il y avait eu l'écho de l'ouragan qui grondait
en elle.
Tous les hôtes de la Saulaye l'attendaient. _Lui_ aussi, enfermé dans
son personnage d'homme du monde, alors que, courtoisement, il lui
adressait ses félicitations, au vu et su de tous... Ce clubman
strictement bien élevé, était-ce le même homme qui, trois heures plus
tôt, penchait vers elle un visage brûlé de passion? Puis, il demanda
avec une tranquille aisance:
--Mademoiselle Suzore, vous qui aimez la campagne, revenez-vous à pied?
--Non, si j'ai le choix... J'ai été debout presque toute la matinée. Je
suis un peu lasse...
Sans insister, il ouvrit devant elle, la portière du break, où étaient
déjà Charlotte, Lola et les plus jeunes invitées de Mme de Ryeux... Et
puis lui-même sauta près d'elle, prenant la dernière place vide.
--Comment, Raymond, vous revenez en voiture? jeta Charlotte, surprise.
--Pourquoi non, puisqu'il y a une place pour moi? Cela ne m'amuserait
pas du tout de rentrer tout seul, comme un gamin en pénitence.
J'espérais que Mlle Suzore aurait la générosité de venir me tenir
compagnie.
Elle ne répondit pas. Elle causait avec Lola qui, à son ordinaire, lui
manifestait une chaude admiration et assombrissait ainsi le visage de
Charlotte de Ryeux.
La Saulaye était tout près de l'église, et, bien vite, apparut la haute
allée de tilleuls, puis la terrasse. Mme de Ryeux et les douairières
déjà ramenées par le confortable landau, y causaient avec une jeune
femme, debout, toute mince dans son costume sombre.
A sa vue, une exclamation de joie, presque de délivrance, monta aux
lèvres de Claude:
--Oh! Élisabeth!
Tout à coup, il lui semblait être protégée, défendue contre _lui_ et
contre elle... Sans toucher la main qu'il lui tendait, elle sauta en bas
de la voiture et monta en courant les degrés de la terrasse.
--Oh! Élisabeth, quelle bonne idée vous avez eue là, de venir!
--J'ai pu m'échapper pour quelques heures; et vite, j'en ai profité.
Qu'il fait bon ici!
--Je suis sûre, grande amie, que vous vous en trouvez déjà reposée!
--Tu te moques de moi! petite fille, sans te douter que tu dis là,
pourtant, l'absolue vérité!
Gaiement, Mme Ronal riait, aspirant l'air parfumé qui rosait un peu la
pâleur de son visage fatigué.
Mais Claude n'eut pas alors le loisir de lui parler davantage. Les hôtes
de la Saulaye les entouraient; Hugaye venait à elle, lui disant, de sa
manière brusque et franche, l'impression qu'il avait éprouvée à
l'entendre, dans la petite église; et un éclatant carillon appelait au
déjeuner, servi en grande pompe.
Un déjeuner où l'élément ecclésiastique dominait; car, en l'honneur de
Monseigneur et de la cérémonie d'inauguration, Mme de Ryeux avait convié
le curé et le vicaire de son église; et aussi, d'autres prêtres de Paris
et de la région qui figuraient singulièrement auprès de Charlotte de
Ryeux et de Lola très _modern style_, dans leur élégance. Quant à
Claude, sa qualité d'artiste semblait rendre naturelle l'originalité de
son type.
En d'autres circonstances, comme la veille au soir, elle se fût
distraite à observer toutes ces personnalités diverses; à suivre la
conversation dont la seule présence d'Élisabeth Ronal élevait le niveau.
Car il y avait en elle une richesse de pensée qui, partout, toujours,
agissait comme une force suggestive et invincible.
Mais de tellement loin, Claude entendait les paroles dites autour
d'elle, qui lui semblaient prononcées dans une langue étrangère...
Tous ces êtres que préoccupaient la religion, la politique, leurs
devoirs, qui vivaient obéissants au joug des lois morales,
qu'avaient-ils de commun avec la créature révoltée qui, obscurément, se
dressait en elle?... Tout à coup, avec une espèce d'épouvante, elle
découvrait, qu'en somme, peu lui importaient les distinctions qu'on lui
avait apprises, entre ce que ses maîtres appelaient le bien ou le mal.
Docile, par le consentement de sa volonté, elle les avait écoutées. Mais
la conviction n'était pas à l'essence de son être; et sous un choc
mystérieux, ces idées, implantées en elle par l'éducation, chancelaient,
s'évaporaient comme le parfum emprisonné dans un flacon soudain
ouvert...
Voici qu'il lui apparaissait que ce devait être une jouissance
merveilleuse, de s'enivrer d'amour, sans rien penser, sans réfléchir, ni
lutter, ni craindre, les paupières closes, tressaillante aux baisers qui
caressent et qui brûlent.
--Mademoiselle, est-ce que nous aurons encore le bonheur de vous
entendre tantôt?
C'était le timide vicaire, son voisin, qui risquait cette question.
--... Quand vous jouez, on se croirait en paradis!
Elle leva sur lui ses prunelles brûlantes et dit, machinalement:
--Oui, tantôt, au _Salut_, je dois jouer encore.
Puis, d'un élan brusque, elle continua, elle si «fermée» d'ordinaire:
--Monsieur l'abbé, qu'appelez-vous la tentation?
Il la regarda, effaré par la soudaine question.
--Oh! mademoiselle... mademoiselle... la tentation?... Mais vous savez
comme moi... comme tout le monde, ce que c'est... Le désir souvent très
violent... d'une chose qui nous est interdite...
--Est-ce que vous pensez, monsieur l'abbé, que les mauvais chrétiens
peuvent y résister?
Une seconde encore, il la considéra, interdit:
--Je crois, mademoiselle, que ce leur est plus difficile qu'aux âmes
très pieuses, parce que, peut-être, ils implorent mal le secours de
Dieu.
--Et vous êtes convaincu que Dieu vient au secours de ses créatures en
péril?
--Oh! toujours, mademoiselle, quand elles le lui demandent avec foi,
avec amour, avec humilité.
Elle répéta:
--Avec foi... amour... humilité... Il faut ces trois qualités... Alors,
cela fait bien des conditions!... Et la seule volonté humaine vous
paraît insuffisante?
--Elle est bien peu de chose, je crois, quand la tentation est très
forte et que Dieu ne soutient pas, par sa grâce, l'être en péril.
Claude, cette fois, ne répondit pas... Elle n'avait ni foi, ni amour, ni
humilité; et ce prêtre lui disait que la volonté humaine était bien peu
de chose... Oh! cela, c'était vrai... Elle en avait bien peur...
Alors?...
Elle se prit à parler au petit vicaire, des oeuvres de charité de sa
paroisse. A travers la distance, encore une fois, elle sentait sur elle,
le chaud regard de Raymond de Ryeux qui appelait le sien--et lui
murmurait, dans le silence... les choses qu'elle ne voulait pas
entendre...
Elle ne pouvait soupçonner la tragique beauté que donnait soudain à son
jeune visage, la tourmente qui passait sur elle, si violente que sa
fière maîtrise d'elle-même chancelait...
Jusqu'à la fin du déjeuner, elle s'appliqua à causer avec le jeune
prêtre dont la simplicité et la charité fervente l'apaisaient un moment.
Ensuite, comme la veille, elle aida Charlotte et Lola à offrir le café;
mais elle laissa la jeune femme servir son mari. Ce fut lui qui vint à
elle sous prétexte de lui réclamer le sucrier qu'elle tenait; et
hâtivement, la voix suppliante et sourde, il lui jeta, tandis qu'autour
d'eux, tous causaient:
--Claude, ne soyez pas cruelle ainsi! Venez un instant marcher dans le
parc... Il faut que je vous parle... Je vous jure que... vous pouvez
venir avec confiance.
Elle secoua négativement la tête:
--Nous n'avons plus rien à nous dire.
Elle répondait cela... parce que son orgueil le lui dictait; mais, elle
entendait, au fond de son coeur, la misérable Claude, surgie en elle, se
révolter contre la contrainte qui lui était imposée. Libre, cette
Claude-là, elle le sentait bien, fût allée marcher dans le parc, près de
l'homme dont les paroles éveillaient en elle une volupté inconnue. Mais
elle n'était pas libre. Et la fière Claude Suzore alla s'asseoir entre
Élisabeth et Hugaye. Le grand vicaire vint les retrouver. Un cercle se
forma autour d'eux. Mais Raymond de Ryeux ne s'y mêla pas. En maître de
maison courtois, il s'occupait des hôtes de sa mère, promenait en
conscience les amateurs, à travers le parc; et les sombres robes des
prêtres se découpaient sur le sable blond des allées. Lola et Charlotte
papotaient, un peu à l'écart sur la terrasse, non loin du groupe de
Monseigneur et des douairières.
L'air était tiède; la douceur printanière baignait les êtres et les
choses; dans le bleu limpide du ciel, les hirondelles traçaient des
courbes larges. Les premiers papillons voletaient. Claude s'appliquait à
causer; mais elle était si évidemment distraite que, tout à coup, Hugaye
se pencha un peu vers elle:
--Est-ce que vous êtes souffrante? Claude.
--Souffrante?... Mais non!... pourquoi me demandez-vous cela?
Il hésita une seconde, avant de répondre.
--Vous n'avez pas votre visage accoutumé. Et vous paraissez si
lointaine.
--Je suis fatiguée, voilà tout... J'ai mal dormi.
Il ne releva pas ses paroles, un peu impatientes. Mais elle devinait
l'attention de son esprit observateur. Soudain, la peur la prit de la
clairvoyance d'Élisabeth; et brusquement, elle s'enfuit dans sa chambre,
avec le prétexte de son sac de voyage à préparer; car elle avait décidé
Élisabeth à partir aussitôt le _Salut_, se dérobant aux instances
amicales de Mme de Ryeux, pour les garder jusqu'au lendemain.
Dans sa chambre, enfin, elle était seule avec elle-même! Là, personne ne
pouvait épier son attitude... Là elle était bien sûre qu'_il_ n'oserait
la chercher... Mais là aussi, rien ne la distrayait plus d'elle-même.
Elle s'était jetée sur un fauteuil. Ah! si le sommeil avait voulu la
prendre un moment, lui apportant l'oubli.
Quel inutile souhait! Elle était aussi incapable de repos que
d'activité; son cerveau, son âme, tout son être meurtri par le
tourbillon d'impressions et de pensées qui se heurtaient en elle...
Un coup frappé à sa porte la dressa soudain. La femme de chambre venait
l'avertir que la voiture attendait pour la ramener à l'église. Déjà!...
Tant de minutes avaient donc coulé?... Si absolument, elle avait perdu
la notion du temps...
Vite, elle mit son chapeau, prit son violon et descendit. Devant le
perron, comme le matin, le break attendait; déjà étaient montées
Charlotte, Lola et Mme Ronal... Les vieilles dames et les prêtres
étaient partis depuis un long temps pour assister au début des vêpres.
Ni Hugaye, ni _lui_ n'étaient là... Ainsi, il avait renoncé à
l'approcher... Tout juste, elle le reverrait sans doute au milieu de
tous, à la minute de son départ. C'était bien ainsi, très bien...
Alors pourquoi, obscurément, en elle, cette sorte d'anxiété, pareille à
un indéfinissable regret, à la pensée que, de la sorte, ils se
sépareraient?... Elle l'avait voulu.
A l'entrée de l'église, elle laissa les jeunes femmes, pour monter à la
tribune où l'attendait l'organiste qui accompagnait le chant des vêpres.
Elle poussa la porte, entra et, sur le seuil même, s'arrêta court.
Debout près de l'organiste, à qui il parlait, se tenait Raymond de
Ryeux.
Au bruit de la porte qui se fermait, il tourna la tête. Leurs regards,
pour la première fois depuis le matin, se croisèrent, tout pleins d'une
sorte de défi.
A la seule expression de son visage, elle comprit qu'elle n'éviterait
pas son approche. Aussi clairement que s'il eût parlé, elle savait qu'il
était venu l'attendre. Elle était trop fière pour se dérober; et la
lutte, le danger l'attiraient toujours; mais ses traits prirent une
impénétrable et dure expression.
Elle l'entendit murmurer à l'organiste:
--Je vous laisse; avant de descendre, j'ai un mot à dire à Mlle Suzore.
Le vieil homme inclina la tête. Alors _lui_ vint à elle qui, lentement,
préparait son violon. Avant qu'elle eût pu prononcer une parole, tout
bas, il articulait, une prière passionnée dans la voix:
--Claude, écoutez-moi... Il est impossible que nous nous séparions
ainsi... Je ne peux pas... et je ne _veux_ pas le supporter!
Elle ne fit pas un mouvement. Ses lèvres restèrent closes. Il semblait
qu'un sceau les eût à jamais fermées pour lui... Droite, dans l'ombre de
la tribune, elle se tenait immobile, sa main serrant le dossier de la
chaise qui portait son violon. Mais de ses larges prunelles, elle le
regardait et dans ce regard, presque sévère, une lueur étrange brûlait.
La voix de l'orgue les enveloppa, chantant la béatitude des âmes dont la
pureté cherche Dieu.
Lui continuait, du même accent assourdi et frémissant:
--Depuis ce matin, vous me fuyez... Alors puisque là-bas, à la Saulaye,
vous ne m'avez pas permis de vous approcher, il m'a bien fallu venir
vous attendre ici... Claude, si je vous ai offensée, je vous en demande
pardon.
Cette fois, elle parla; ses lèvres tremblaient:
--Si vous m'avez offensée?... Vous en doutez?...
--Oui, car ce n'est pas offenser une femme que de l'adorer...
--Si!... quand on n'a le droit ni de l'adorer... ni de le lui dire...
n'étant pas libre.
Il haussa les épaules et martela:
--Libre?... Mais je le suis autant que vous-même, Claude. Et vous le
savez bien.
Elle secouait négativement la tête. Il se pencha vers elle:
--Claude, en dépit des apparences, je suis un pauvre dans la vie!... A
l'heure présente, ma richesse, le trésor que je veux garder... à tout
prix... c'est vous... Claude. Vous l'êtes devenu, malgré moi, malgré
vous... par je ne sais quelle fatalité contre laquelle il m'est inutile
de lutter... Maintenant, je ne puis pas consentir à ce que vous sortiez
de ma vie...
Elle articula:
--Vous ne pouvez pas!... Dites que vous ne _voulez_ pas, surtout...
Encore une fois, il haussa les épaules, avec emportement:
--Est-ce qu'il est possible de _vouloir_ perdre ce qui vous est une
ivresse?... Écoutez ceci, Claude... Claude, mon amour...
Elle eut un geste violent, comme pour l'arrêter. Mais il n'y prit pas
garde. Il continuait, en paroles ardentes et pressées, presque bas:
--Écoutez ceci, c'est la vérité même... Vous êtes pour moi ce que pas
une femme... _pas une_! vous entendez... pas une n'a jamais été!...
Peut-être, est-ce que je commence à prendre une impitoyable conscience
de la fuite de mes années?... Je veux maintenant sauvagement, tout ce
qu'elles peuvent encore m'accorder... Près de moi, Claude, vous êtes une
petite fille, une enfant... Alors, je ne puis vous demander que de vous
laisser aimer... Claude, ma précieuse Claude, parce que je vous ai
confessé mon fol amour, ne me refusez pas de vous voir. Et... je vous
donne ma parole de gentilhomme... de ne plus chercher vos lèvres...
malgré vous... de m'appliquer à n'être qu'un ami...
Elle tressaillit toute, et arrêta sur lui un regard plein d'une
curiosité incrédule et brûlante:
--Vous seriez capable d'un pareil effort?... Vous?
--Oui... pour ne pas vous perdre...
Elle ne répondit pas. Elle avait détourné la tête et contemplait
l'autel étincelant, la foule recueillie de ceux qui priaient, l'âme
paisible.
Elle?... elle ne priait pas... A quoi bon?... Pour aider ses créatures
en péril, le Dieu qu'invoquaient tous ces croyants, voulait être imploré
avec foi, avec amour, avec humilité... Et en elle, il n'y avait rien de
pareil... Seulement l'impression que son coeur avait été, jusqu'alors,
emprisonné dans des glaces qui fondaient sous le feu d'une flamme
qu'elle avait ignorée. Et elle le sentait qui battait follement, qui
tressaillait comme un prisonnier libéré, qu'enivre l'allégresse de la
délivrance...
Un peu surpris, l'organiste coulait un coup d'oeil vers leur groupe. Les
chants liturgiques reprenaient... Mais ç'allait être au violon de se
faire entendre; et timidement, il risqua:
--Mademoiselle Suzore, voici le moment.
Les traits de Raymond se contractèrent:
--Claude, ma parole, je vous la donne. Je vous en supplie, avant que je
vous quitte, promettez que je vous reverrai...
Très pâle, elle murmura, prenant son violon:
--Peut-être, plus tard... quand vous serez tout à fait sûr de vous...
alors oui, nous pourrons nous revoir... Oui, peut-être...
Elle disait «peut-être»... Et en prononçant le mot, elle comprenait
qu'elle mentait. C'était bien _sûr_, qu'elle le reverrait... Elle savait
que ce serait _bientôt_!... Et en l'intimité de son misérable coeur, elle
n'eût jamais accepté qu'il en fût autrement...