D'après une respectable opinion (opinion très accréditée), Pise tire son
origine d'une colonie grecque, qui y serait venue du Péloponèse bien
avant l'ère vulgaire.
Pélops, fils de Tantale, roi de Phrygie, fut, dit-on, celui qui, arrivé
en Italie sur le rivage de la Méditerranée, à l'embouchure de l'Arno,
ayant trouvé dans le voisinage de la mer une plaine délicieuse arrosée
par deux fleuves, l'Arno et le Serchio, y bâtit cette ville, qu'en
mémoire de son ancienne patrie d'Elide, il appela _Pise_.
Virgile, le grand poète latin, nous apprend dans son _Enéide_, au liv.
Xe, qu'un valeureux capitaine nommé Asila, vint au secours d'Enée à la
tête de mille guerriers pisans; d'où il résulte que déjà dans ces temps
reculés notre Pise était puissante.
Pour attester l'origine de Pise, je citerai ces vers de Virgile traduits
en italien par Beverini:
Degli uomini e degli Dei terzo scorreva
Asila.................................
Mille lance da Pisa egli traeva
In sembianze a vedersi orride e belle;
Città, se fama il ver già non offusca,
D'origin Greca e di tirreno Etrusca.
Elle dut par la suite devenir une ville étrusque, et, sous les Romains,
elle fit partie de la _Tribu Galéria_. Sa fidélité aux aigles romaines
lui valut le nom de _Colonie Julie obséquieuse_. Elle fut alors ornée de
temples magnifiques, de superbes thermes, de cirques et de théâtres.
A la chute de l'empire Romain, elle devint, comme les autres villes
d'Italie, la proie des barbares et fut assujettie aux Longobards.
Cette cité est célèbre pour son port muni de trois tours qui reçut le
nom de _Triturrita_. Il y avait encore jadis une grande quantité de
tours dans la ville et dans ses environs, qui ont presque toutes
disparu.
La puissance de Pise et son commerce furent très considérables au
Moyen-Age; les exploits militaires de ses habitants la rendirent célèbre
et lui procurèrent des privilèges et de grands honneurs.
Les Pisans défirent les Sarrasins près de Rome, en 1003; à Reggio de
Calabre, en 1006, à Carthage, en 1030, à Palerme, en 1063, et plusieurs
fois en Sardaigne. Ils prirent part à la première croisade en 1099; et
l'un d'eux, _Cucco de Ricucchi_, fut le premier à monter sur les
remparts de Jérusalem vaincue, dont l'archevêque Daïbert, pisan, devint
patriarche. Tandis que Cucco de Ricucchi, portant l'étendard surmonté
d'une croix en métal avec le Christ, était attentif à la bataille, la
hampe tourna dans sa main, et le Christ se trouva la face vers lui.
Alors il s'écria: _Continuez, Chrétiens, la victoire est à nous!_ ce qui
advint. De là l'usage des Pisans de porter le crucifix la face tournée
vers le porteur.
Il est de tradition qu'en mémoire de ce miracle, le pontife Pascal II
adopta depuis le même usage ainsi que les patriarches, les primats, les
archevêques, les évêques et les prélats, qui ont pour privilège l'usage
de la croix.
Les Pisans construisirent sur le mont Sion une forteresse qui porte
encore le nom de _Tour des Pisans_.
En 1117, après une guerre longue et acharnée, les Pisans s'emparèrent
des îles Baléares et firent prisonniers la femme et le fils du roi
Nazaréodole.
La reine veuve de Nazaréodole et son fils Lambert se firent chrétiens.
Une inscription, sur la façade du _Duomo_, indique qu'elle fut ensevelie
dans cette ville.
Ces exploits et d'autres entreprises de la République de Pise, contre
les barbares, accrurent sa puissance, sa richesse et sa renommée; mais
les guerres fréquentes et surtout les luttes qu'elle eut à soutenir
contre les Florentins, les Lucquois, les Génois et d'autres peuples
voisins, troublèrent trop souvent sa tranquillité et sa prospérité.
En 1134, les Pisans combattirent contre le roi Roger de Naples. Deux ans
après ils surprirent Amalfi, la pillèrent et emportèrent le célèbre Code
Justinien, c'est-à-dire les Pandectes.
Partisans de l'empereur Frédéric, ils s'attirèrent la haine d'une grande
partie de l'Italie; plus tard ayant embrassé le parti des Gibelins, ils
reconnurent son successeur et d'autres empereurs allemands.
L'inimitié entre Pise, Gênes et Florence fut continuelle. La paix de
temps à autre conclue entre les trois rivales fut toujours de courte
durée.
La catastrophe de la _Méloria_, en 1284, abattit irréparablement la
puissance de Pise. Un grand nombre de ses enfants tombèrent en
combattant auprès de ce fatal écueil, et empourprèrent de leur sang les
eaux de la mer; un grand nombre d'autres allèrent remplir les prisons de
Gênes. Alors le soupçon de la trahison suffit pour soulever les Pisans
contre le Comte Ugolin de la Gherardesca. Celui-ci expia ses complots
dans la _Tour_,--à jamais mémorable,--_de la Faim_.
Gouvernée alternativement par les Gherardesca, par Dell'Agnello et par
les Gambacorti, Pise subit bien des vicissitudes. Le 14 octobre 1406,
cette illustre ville, affaiblie par ses discordes intestines et
lâchement trahie par ses chefs, tomba au pouvoir des Florentins conduits
par le fameux _Gino Capponi_.
Quatre-vingt-huit ans après, les Pisans, fatigués d'un lourd esclavage,
se soulevèrent pour secouer le joug de leurs voisins, et les femmes
autant que les hommes firent des prodiges de valeur pour reconquérir
l'indépendance de la patrie; mais ce fut en vain, car, abandonnés par le
roi de France et à bout de ressources, ils durent se plier aux
conditions des Florentins et subir de nouveau leur domination, au mois
de juin de l'année 1509.
Sous les grands-ducs de Médicis, Pise se releva de son abaissement. Sa
célèbre Université brilla d'une nouvelle splendeur en 1543, et, en 1561,
l'Ordre des Chevaliers de Saint-Etienne y établit son siège principal.
En 1571, elle eut encore la gloire d'avoir ses galères à la fameuse
bataille de Lépante, où les susdits Chevaliers de l'Ordre de
Saint-Etienne remportèrent une éclatante victoire sur Sélim II, près des
îles Curzolari. Ferdinand Ier l'enrichit, l'embellit d'importants
édifices, et lui procura le bienfait d'eaux salubres amenées par de
longs aqueducs qui d'Asciano viennent jusqu'à Pise. Cette ville a reçu
un grand nombre de bienfaits de la dynastie de Lorraine, et sous le
gouvernement actuel elle n'a pas été moins favorisée parmi les villes du
royaume, ce qui lui a permis de réaliser de grands progrès. Elle se
promet, avec raison, d'obtenir de nouveaux et importants avantages,
grâce à la vigilance de son syndic, M. le Com. Thomas Simonelli, et au
zèle de son Député, M. le Prof. Ulisse Dini, lequel est toujours guidé
par l'amour de sa patrie. Son préfet actuel, M. le baron François
Brescia-Morra, bien que n'étant pas de la région, ne montre pas moins
d'empressement à faire régner l'ordre et à donner une bonne direction à
toutes choses. En 1859, son Université a recouvré la Faculté de
Jurisprudence qui avait été transférée à Sienne. Elle a été embellie de
nouveaux quartiers, de nouveaux édifices et de nouveaux Instituts pour
la jeunesse.
De plus, elle a eu l'avantage d'avoir été choisie pour point central du
réseau de la voie ferrée, ce qui contribue beaucoup à l'affluence des
étrangers.