Mon esprit s’unit au tien, cher frère,
Ne t’inquiète pas de ce que beaucoup qui chantent les
louanges de ton nom ne te comprennent pas,
Car moi, qui ne chante pas les louanges de ton nom,
je te comprends,
C’est avec joie, ô mon camarade, que je te mentionne
spécialement pour te saluer et pour saluer ceux
qui furent avec toi, avant et depuis, et aussi ceux
qui viendront,
Afin que tous nous travaillions ensemble,--transmettant
la même charge et le même héritage,
Nous, le petit nombre des égaux, à qui importent peu
les pays et les temps,
Nous, qui embrassons tous les continents, toutes les
castes, qui admettons toutes les théologies,
Nous, les compatissants, les discerneurs, nous la commune
mesure des hommes,
Nous qui nous promenons en silence au milieu des disputes
et des affirmations, mais qui ne rejetons pas
les disputeurs ni rien de ce qu’on affirme,
Nous entendons leurs braillements et leur tumulte
assourdissant, de toute part nous assaillent leurs
divisions, leurs jalousies, leurs récriminations,
Ils forment autour de nous un cercle péremptoire pour
nous enfermer, mon camarade,
Pourtant, rebelles aux emprises, nous parcourons librement
la terre entière, nous voyageons dans tous
les sens jusqu’à ce que nous imprimions notre
marque ineffaçable sur le temps et sur les âges
divers,
Jusqu’à ce que nous saturions le temps et les âges, afin
que les hommes et les femmes des races, des âges
à venir, s’attestent frères et amis comme nous le
sommes.