A CELUI QUI FUT CRUCIFIÉ

Mon esprit s’unit au tien, cher frère,

Ne t’inquiète pas de ce que beaucoup qui chantent les

louanges de ton nom ne te comprennent pas,

Car moi, qui ne chante pas les louanges de ton nom,

je te comprends,

C’est avec joie, ô mon camarade, que je te mentionne

spécialement pour te saluer et pour saluer ceux

qui furent avec toi, avant et depuis, et aussi ceux

qui viendront,

Afin que tous nous travaillions ensemble,--transmettant

la même charge et le même héritage,

Nous, le petit nombre des égaux, à qui importent peu

les pays et les temps,

Nous, qui embrassons tous les continents, toutes les

castes, qui admettons toutes les théologies,

Nous, les compatissants, les discerneurs, nous la commune

mesure des hommes,

Nous qui nous promenons en silence au milieu des disputes

et des affirmations, mais qui ne rejetons pas

les disputeurs ni rien de ce qu’on affirme,

Nous entendons leurs braillements et leur tumulte

assourdissant, de toute part nous assaillent leurs

divisions, leurs jalousies, leurs récriminations,

Ils forment autour de nous un cercle péremptoire pour

nous enfermer, mon camarade,

Pourtant, rebelles aux emprises, nous parcourons librement

la terre entière, nous voyageons dans tous

les sens jusqu’à ce que nous imprimions notre

marque ineffaçable sur le temps et sur les âges

divers,

Jusqu’à ce que nous saturions le temps et les âges, afin

que les hommes et les femmes des races, des âges

à venir, s’attestent frères et amis comme nous le

sommes.

Poèmes de Walt Whitman · 第 45 / 73 题