CHAPITRE X.

_Malcolm donne l'assaut au château d'Athlin, il est repoussé et blessé à

mort.--Prise du château de Dunbayne.--Malcolm, avant de mourir fait à la

baronne et au comte Sant-Morin, l'aveu de ses crimes; il déclare que

c'est lui qui a enlevé son fils unique. Il lègue tous ses biens à la

baronne.--Mort de ce chef.--Osbert rend à la baronne le château de son

époux.--Recherches inutiles de celle-ci pour trouver son fils.--Amour de

Sant-Morin pour Marie; il la demande en mariage.--Refus de

Marie.--Osbert se prépare à épouser Laure--Accident qui donne au comte

des soupçons sur l'honneur d'Alleyn, et qui détermine celui-ci à quitter

secrètement le château d'Athlin._

Le comte de Sant-Morin se promenait sur les remparts du château,

enseveli dans ses pensées, lorsqu'Osbert s'approcha; dont les pas lents

et l'air décontenancé annonçaient à son coeur le rejet de sa demande. Il

dit au comte que Marie ne sentait pas encore pour lui ces sentimens

d'affection qui pouvaient justifier l'acceptation de ses offres. Cette

information, quoiqu'elle affaiblît l'espoir du comte ne le détruisit pas

tout-à-fait; car il s'imagina que le tems et son assiduité pourraient

encore réaliser ses désirs. Tandis que ces deux amis étaient appuyés sur

les murs du château, engagés dans une conversation sérieuse, ils

remarquèrent sur une colline voisine un nuage qui paraissait sur

l'horizon, dont la couleur de poussière laissa apercevoir une lumière

subite; au même instant ils découvrirent l'éclat des armes, et une

troupe armée parut successivement sur la colline et descendit dans la

plaine. Osbert crut reconnaître la tribu du baron. C'était le baron

lui-même qui s'avançait à la tête de ses vassaux, pour chercher cette

vengeance qu'il n'avait pu jusqu'alors se procurer, et qui, déterminé à

vaincre, avait amené avec lui une armée qu'il regardait comme plus que

suffisante pour emporter d'assaut le château de son ennemi.

Malcolm avait retenu prisonnier le messager porteur du cartel, et avait

en même-tems hâté ses préparatifs pour surprendre le château d'Athlin.

La détention de son serviteur avait éveillé les soupçons du comte, et il

avait pris des précautions pour prévenir les desseins de son ennemi. Il

avait averti sa tribu de se tenir prête à repousser une attaque

soudaine, et avait fortifié son château contre tout événement. Il envoya

donc à la tribu les ordres nécessaires, arrangea son plan de défense, et

se posta sur les remparts pour observer les mouvemens de l'ennemi.

Sant-Morin, en armure, se tint à ses côtés. Alleyn, avec un parti, fut

chargé de défendre la grande porte.

Le baron s'avança rapidement avec ses gens et cerna les murs du château.

Tout, dans l'intérieur, était tranquille, tout annonçait la plus

profonde sécurité, et le baron, certain de la victoire, comptait déjà

sur le succès de son entreprise, quand il aperçut un homme qu'il ne

reconnut pas à cause de son armure; il le somma de se rendre, lui et son

chef, aux armes de Malcolm. C'était Osbert lui-même qui lui répondit en

lui décochant une flèche qui manqua le baron, mais qui perça un soldat

de sa suite. Les archers, placés derrière les murailles, se montrèrent

alors et firent pleuvoir sur lui une grêle de flèches; en même-tems

toutes les parties du château parurent garnies des soldats du comte, qui

lancèrent sur les assaillans des piques et d'autres armes défensives

avec une rapidité inconcevable. Le tocsin sonna et donna le signal à

cette partie de la tribu postée en dehors; elle fondit immédiatement sur

l'ennemi, qui, étonné de cette attaque inattendue, eut à peine le tems

de se défendre. Le cliquetis des armes retentit dans les airs avec les

cris des vainqueurs, et les gémissemens des mourans.

La terreur qu'inspirait le baron, et qui était le principal mobile de

l'obéissance de ses vassaux, fut dans ce moment surmontée par la

surprise et la crainte de la mort; ils abandonnèrent leurs rangs en

grands nombres et s'enfuirent vers les montagnes voisines. En vain il

s'efforça de rallier ses soldats et de les ramener à la charge, ils

cédèrent à une impulsion plus forte que les menaces de leur chef, qui

resta au pied des murailles avec moins de la moitié de ses gens. Le

baron, étranger à la lâcheté, dédaignant la retraite, continua

l'attaque. A la fin les portes du château s'ouvrirent, et un parti, à la

tête duquel étaient Osbert et Sant-Morin, fit une sortie sur les

assaillans. Ils se séparèrent pour chercher Malcolm; mais leurs

recherches furent également inutiles. Enfin Osbert, craignant qu'il ne

s'introduisît dans le château par stratagême, retournait vers les portes

lorsqu'il reçut un coup d'épée dans l'épaule. Son armure rompit la force

du coup et il n'eut qu'une légère blessure. Il se tourna à l'instant

pour faire face à l'ennemi et découvrit un homme du parti de Malcolm qui

l'attaqua en désespéré. Le combat fut long et furieux; une adresse et

une valeur égale semblaient animer les combattans. Alleyn, ayant

remarqué de son poste le danger du comte, vola à son assistance; mais la

crise était passée lorsqu'il arriva; Osbert avait blessé son adversaire

au côté et il tomba par terre. Il le désarma, et tenant son épée sur sa

poitrine, lui dit de demander la vie. «Je n'ai point de grâce à

demander», répondit Malcolm, dont le comte reconnut alors la faible

voix: «Si j'en avais une, c'est la mort que je vous prierais de me

donner. O! maudit soit...»

Il aurait voulu finir la phrase, mais le sang coulait abondamment de sa

blessure et il s'évanouit. Le comte jeta son épée, appela ses gens, leur

confia le soin du baron et leur ordonna de prendre possession du château

de Dunbayne. Le reste de l'armée de Malcolm, ayant appris que son chef

était mortellement blessé, avait abandonné les murailles. Les troupes

d'Osbert s'avancèrent sans interruption, et prirent possession du

château, sans rencontrer la moindre opposition.

On examina les blessures du baron lorsqu'il fut arrivé à Dunbayne, et

l'opinion des chirurgiens fut incertaine. Son visage annonçait d'une

manière sensible les tourmens de son ame; il jeta avidement les yeux

autour de l'appartement, comme s'il cherchait quelqu'un.

Après avoir plusieurs fois, inutilement, essayé de parler, il dit: «Ne

me flattez pas des espérances de la vie; je sens qu'elle me fuit avec

rapidité; mais pendant que j'ai encore le pouvoir de parler, faites-moi

voir la baronne». Elle vint et, se tenant suspendue sur son lit en

silence et remplie d'horreur, elle reçut ces paroles: «Madame, je crains

bien qu'il ne soit pas en mon pouvoir de réparer les torts que je vous

ai faits. Dans le peu de momens qu'il me reste à vivre, permettez-moi de

soulager ma conscience en vous découvrant mon crime et mes remords». La

baronne tressaillit, appréhendant la phrase qui allait suivre. «Vous

aviez un fils». «Eh bien qu'y a-t-il au sujet de mon fils?» «Vous aviez

un fils, que mon ambition démesurée a voulu priver de son héritage et

dont je vous ai fait croire la mort pendant votre absence». «Où est mon

enfant», s'écria la baronne? «Je n'en sais rien», reprit Malcolm, «je

l'ai confié au soin d'un homme et d'une femme qui vivaient alors dans

une partie éloignée de mes terres; mais quelques années après, ils

disparurent et je n'ai jamais depuis entendu parler d'eux. Je le fis

passer pour un enfant trouvé que j'avais sauvé de la mort. Il n'y eut

qu'un de mes domestiques qui fut instruit du secret; je trompai les

autres. Je vous dis cela, madame, afin de vous engager à faire des

recherches et pour soulager les angoisses d'une conscience coupable.

J'ai d'autres faits...» La baronne n'en put entendre davantage; elle fut

portée sans sentiment hors de l'appartement. Laure, effrayée de sa

situation, fut informée de ce qui en était la cause, et sa tendresse

filiale veilla sur elle avec l'attention la plus assidue.

Osbert, en quittant Malcolm, était retourné sur-le-champ au château; il

apporta le premier la nouvelle d'un événement qui probablement vengerait

la mémoire de son père, et terminerait les malheurs de sa famille. La

vue du comte et la nouvelle qu'il communiquait rendirent la vie à la

comtesse et à Marie, qui pendant l'assaut s'étaient, pour plus de

sûreté, retirées dans l'intérieur du château, et qui, durant le combat,

avaient éprouvé toutes les terreurs dont leur situation était

susceptible. Ils furent peu après rejoints par Sant-Morin et Alleyn,

dont la conduite avait attiré l'attention du comte. Les joues de Marie

se colorèrent au récit de cette nouvelle preuve de son mérite; et Alleyn

fut bien récompensé en observant son émotion. Il y avait dans le coeur

d'Osbert un sentiment qui combattait l'orgueil de la naissance. Il

aurait désiré récompenser les services et le noble courage de ce jeune

homme par les vertus de Marie; mais des préjugés invétérés faisaient

taire cette impulsion de la reconnaissance, et effaçaient de son coeur

les impressions de la vérité.

Le comte et Sant-Morin se hâtèrent alors de se rendre au château de

Dunbayne, pour consoler la baronne et sa fille par leur présence. A

mesure qu'ils s'en approchaient, le silence et la désolation des lieux

annonçaient l'état de son seigneur; ses soldats étaient entièrement

dispersés, on n'apercevait que quelques sentinelles éparses devant la

porte de l'Est, qui, n'ayant pas fait de résistance, y avaient été

laissées par les troupes du comte. On ne voyait qu'un très-petit nombre

des vassaux du baron, ce petit nombre était désarmé et offrait l'image

de la grandeur déchue. En traversant la plate-forme, le souvenir du

passé s'empara de l'esprit d'Osbert. Les angoisses qu'il y avait

éprouvées, l'image de la mort qu'il avait devant les yeux et les

circonstances ignominieuses qui accompagnaient sa destinée, la présence

de Malcolm, puissant dans l'injustice et cruel dans le pouvoir, dont le

visage exprimait par un affreux sourire le triomphe de la vengeance,

pénétrèrent son coeur d'un trait perçant. Chaque circonstance de torture

se présenta à son imagination sous les couleurs frappantes de la vérité;

il frémit en passant, et le contraste de la scène présente l'affecta

vivement. Il vit le pouvoir inné et vigilant de la justice, qui parcourt

toutes les circonstances de la vie comme un principe vital, et qui darde

sur les hommes vertueux, à travers l'obscurité des actions humaines, les

rayons de la félicité, et sur les coupables la lumière destructrice de

l'éclair.

Ayant demandé la baronne, on leur dit qu'elle était dans l'appartement

de Malcolm, qui touchait à sa fin. On annonça le comte Sant-Morin, et le

baron ayant entendu son nom, désira de le voir. Louise sortit pour

recevoir son parent avec toute la joie qu'une rencontre si désirable et

si inespérée pouvait inspirer. En voyant Osbert, les larmes coulèrent en

abondance de ses yeux; et elle le remercia de ses soins généreux, d'une

manière qui découvrit la profonde impression qu'avaient faite sur elle

ses services. Le laissant, elle conduisit le comte à Malcolm, qui était

sur un lit de repos, environné de toutes les horreurs de la mort.

Il leva la tête et laissa apercevoir un visage égaré et épouvantable,

sur lequel était répandue une pâleur mortelle. La belle Laure, attendrie

par une pareille scène, était pendue sur son lit et versait abondance de

larmes. «Monsieur, dit Malcolm d'une voix basse, vous voyez devant vous

un malheureux qui cherche du soulagement aux angoisses d'un esprit

coupable. Mes crimes ont détruit la paix de cette dame,... l'ont privée

d'un fils,... mais elle vous instruira de toute ma scélératesse, que je

n'ai pas maintenant le tems de vous raconter. Je reçois, depuis

plusieurs années, comme vous le savez fort bien, les revenus de ces

terres étrangères qui lui appartiennent; comme une légère compensation

des torts qu'elle a éprouvés, je lui légue toutes les possessions qui me

sont échues par droit d'héritage, et je la remets sous votre protection.

Vous demander, madame, ainsi qu'à vous, monsieur, l'oubli du passé est

une chose que je n'ose point me permettre; cependant ce serait une

consolation pour moi d'obtenir votre pardon». La baronne était trop

affectée pour répondre autrement que par un regard qui témoignait son

assentiment; Sant-Morin l'assura de son pardon, et le pria de composer

ses esprits pour subir le sort qui l'attendait. «La paix, monsieur,

n'est plus en mon pouvoir; ma vie n'a été qu'un tissu de crimes et ma

mort est accompagnée de remords inutiles. J'ai connu la vertu, mais j'ai

préféré le vice. Je ne regrette point à présent d'être puni, parce que

je l'ai mérité». Le baron retomba sur son lit, poussa un profond soupir

et expira. Ainsi se termina la vie d'un homme, qui aurait pu parvenir au

bonheur de la vertu, mais dont les actions n'offrent que le tableau du

crime.

La baronne, le comte et Laure quittèrent cette triste scène pour se

retirer dans l'appartement de la première, où Osbert attendait leur

retour avec la plus grande inquiétude. Quand il apprit la mort de

Malcolm, la sévérité de sa justice se relâcha un peu, et son coeur

aurait poussé un soupir de pitié, si le souvenir de son père n'était

revenu à son esprit, et n'avait arrêté cette impulsion. «Je puis

maintenant, madame», dit-il, en s'adressant à la baronne, «remettre

entre vos mains une partie de ces possessions qui appartenaient

autrefois à votre époux, et qui auraient dû être l'héritage de votre

fils; ce château désormais vous appartient, je le rends au propriétaire

légitime».

La baronne fut accablée du souvenir de ses services et ne put guères lui

témoigner sa reconnaissance que par ses larmes. On fit venir le

domestique, dont le baron avait fait mention pour être le confident de

ses iniquités. Interrogé touchant l'enfant dont il avait été chargé, on

n'en tira pas beaucoup de consolation; car toutes les réponses qu'il fit

furent qu'il avait, par ordre de son maître, porté l'enfant à une

chaumière à l'extrémité de ses terres, où il l'avait remis entre les

mains d'une femme qui l'habitait avec son mari. Il leur avait en même

tems donné une somme d'argent, et fait une promesse qu'ils recevraient

d'autres remises. Il avait pendant quelques années été ponctuel dans le

paiement des sommes que le baron lui avait confiées; mais à la fin il

avait cédé à la tentation et se les était appropriées; et s'étant

quelques années après informé de ces gens-là, il avait appris qu'ils

avaient abandonné l'endroit. La condition que la baronne mit à son

pardon fut qu'il ferait les recherches les plus scrupuleuses pour

découvrir les personnes auxquelles il avait confié le soin de son

enfant. Elle se consulta ensuite avec ses amis sur les moyens les plus

efficaces pour réussir dans cette recherche, et envoya aussitôt des

messagers dans différentes parties du pays pour tacher d'obtenir des

renseignemens.

La baronne se trouvait délivrée de l'oppression et de la captivité; elle

était réinstallée dans ses anciennes propriétés auxquelles étaient

ajoutés tous les biens de Malcolm, ainsi que sa fortune personnelle;

elle se voyait environnée de ceux qu'elle aimait, et au milieu de gens

dont elle était adorée; cependant les crimes du baron avaient laissé

dans son coeur un mélange de fiel qui remplissait d'amertume toutes les

sources de son bonheur, et qui rendait sa vie triste et douloureuse.

Sant-Morin lui faisait alors des visites; sa présence lui causait

beaucoup de consolation, et Laure était souvent égayée par la

conversation d'Osbert, auquel elle était fortement attachée et dont les

fréquentes visites au château n'étaient dévouées qu'à elle et à l'amour.

La félicité de Maltida était alors aussi parfaite et aussi durable que

cela est compatible avec la nature humaine. La mémoire de son mari était

vengée, et son fils conservé pour faire la consolation de sa vieillesse.

Le père de Laure avait toujours été l'ami de la maison d'Athlin, et sa

délicatesse n'éprouvait aucune répugnance à l'alliance que proposait

Osbert. Son bonheur était néanmoins imparfait: elle voyait la constante

tristesse de sa fille, car l'amour minait sourdement le coeur de Marie,

et résistait à tous ses efforts. La comtesse aurait voulu effectuer ce

mariage avec Sant-Morin, qui, à ce qu'elle s'imaginait, rétablirait la

paix dans le sein de sa fille, et assurerait son bonheur futur. Elle ne

laissait échapper aucune occasion de plaider sa cause; elle s'en

acquittait cependant avec beaucoup de ménagement pour ne point choquer

la sensibilité de Marie, qui ne répondait jamais que quelques mots, et

qui ne pouvait souffrir une longue conversation sur ce sujet. Son refus

constant d'écouter Sant-Morin fit enfin perdre toute espérance à la

comtesse et la convainquit de l'inutilité de ses efforts. Elle jugea

qu'il ne serait pas honnête de le nourrir d'un vain espoir, et elle fut

forcée de dire à Osbert de le détromper sur cet article.

Depuis plusieurs mois la baronne faisait des recherches inutiles pour

retrouver son fils; elle n'en apprenait aucune nouvelle, on ne pouvait

point découvrir les gens qui en avaient été chargés. Sa détresse était

inexprimable. Enfin désespérant de réussir, elle était réduite à

déplorer en secret la confiance facile qui avait pu l'abandonner à des

êtres qui l'avaient trahi. Mais quoiqu'elle fût elle-même incapable de

goûter le bonheur, elle ne voulait point en priver ceux qui en étaient

susceptibles, et elle céda aux sollicitations d'Osbert, en plaidant sa

cause auprès de Laure, pour accélérer leur union.

Osbert avait présenté la comtesse et Marie à la baronne et à sa fille,

et une conformité de sentimens n'avait pas tardé à cimenter entre ces

deux mères respectables une amitié durable. Marie et Laure n'étaient pas

moins satisfaites l'une de l'autre. L'abattement de Sant-Morin en

présence de la soeur du comte, témoignait la violence de sa passion, et

aurait excité dans le sein de celle-ci quelque chose de plus que de la

pitié si son coeur n'avait pas été préoccupé. Alleyn qui, par rapport à

Marie, était restreint à ne point s'écarter des bornes de la pensée,

errait solitairement dans le château d'Athlin, comme un spectre qui

visite les lieux où est enseveli son bonheur. Sa prudence formait des

résolutions que sa passion lui faisait à l'instant rejeter; trompé par

l'amour, quoique poursuivi par le désespoir, il différait constamment

son départ, et l'illusion du jour était toujours l'illusion du

lendemain. Attaché à ses vertus et reconnaissant ses services, le comte

lui aurait volontiers accordé tous les honneurs, excepté le seul qui

pouvait faire le bonheur de sa vie, et que sa fierté lui permettait

d'accepter. Ses refus étaient néanmoins accompagnés d'une modestie si

gracieuse, qu'ils étaient plutôt capables de concilier la bienveillance

que d'offenser la générosité.

Dans une galerie qui était au nord du château, pleine de tableaux de

famille était un portrait de Marie. Elle était peinte dans l'habit

qu'elle portait le jour de la fête, lorsqu'elle fut amenée par le comte

dans la salle, et présentée à Alleyn. La ressemblance était frappante et

exprimait tous les charmes de l'original. Toutes les fois qu'Alleyn

pouvait se dérober à l'observation, il se retirait dans cette galerie

pour contempler le portrait de celle qui était toujours présente à son

esprit. Là, il pouvait pousser ce soupir que réprimait sa présence, et

répandre ces larmes auxquelles elle défendait de couler. Un jour qu'il

était dans cet endroit, enseveli dans la tristesse, son oreille fut

frappée des sons d'une agréable musique, qui paraissaient venir du fond

de la galerie. L'instrument était touché avec une délicatesse extrême,

et dans les douces ondulations de la voix qui flottait dans les airs, il

distingua les paroles suivantes, qu'il se ressouvint être une ode

composée par Osbert, et présentée à Marie, qui l'avait la veille mise en

musique.

Les châteaux d'Athlin et de Dunbayne (2/2), Histoire arrivée dans les Montagnes d'Écosse. · 第 10 / 13 题