_Edmund entre dans la prison d'Osbert et l'informe du projet de ses
amis.--Consternation de la comtesse et de Marie qui ne reçoivent aucune
nouvelle d'Alleyn.--Le comte fait ses adieux à la baronne et à Laure, et
déclare son amour à cette dernière.--Joie qu'éprouvent ces dames en
apprenant la probabilité de l'évasion d'Osbert.--Malcolm est instruit du
projet d'évasion du comte, il prend des mesures pour l'empêcher et pour
s'emparer de ceux de ses vassaux qui le seconderaient dans cette
entreprise.--Prise d'Alleyn; sa délivrance.--Fuite du comte.--Fureur de
Malcolm en apprenant cette évasion.--Arrivée du comte au château
d'Athlin.--Joie que cause cette arrivée.--Alleyn reçoit les remercimens
de la famille.--Le comte envoye secrètement un cartel au baron Malcolm._
Osbert venait d'ouvrir le panneau et entrait dans sa chambre, quand à la
faible lueur du feu il aperçut indistinctement la figure d'un homme, et
entendit au même instant le bruit d'une armure. La surprise et l'horreur
le glacèrent d'effroi; il s'arrêta et fut quelques momens indécis s'il
devait avancer ou reculer. Un silence terrible suivit; la personne qu'il
croyait avoir vue disparut dans l'obscurité de l'appartement; le bruit
d'armes cessa, et il commença à croire que ce qu'il avait vu et entendu
n'était que la vision d'une imagination malade, que l'agitation de ses
esprits, la solemnité de l'heure et la désolation du lieu avaient
enfantée.
Les articulations d'une voix inconnue vinrent alors frapper doucement
son oreille; elles parlaient d'auprès de lui. Il fit un saut en avant et
saisit l'acier d'une armure, tandis que le bras qu'elle renfermait
faisait tous ses efforts pour se dégager. «Malheureux», s'écria Osbert,
parle, qui es-tu? le feu jetant alors un éclat de lumière lui laissa
apercevoir un soldat du baron. Son agitation l'empêcha, pendant quelque
tems, de remarquer que le visage de cet homme annonçait plus de peur que
de dessein de nuire; mais ses appréhensions firent place à la surprise,
lorsqu'il apperçut le soldat à ses pieds. C'était Edmund qui était entré
dans la prison, sous prétexte d'y apporter du bois, mais en effet pour
conférer avec Osbert. Quand le comte eut appris qu'il venait de la part
d'Alleyn, il fut pénétré de la plus vive reconnaissance envers ce
généreux jeune homme, dont le zèle et l'activité ne s'étaient jamais
ralentis depuis le moment où il s'était engagé dans sa cause. On peut
juger de ses transports lorsqu'il fut instruit des projets que l'on
formait pour sa délivrance. La circonstance qui avait presque fait
perdre toute espérance à ses amis ne l'effraya pas puisque la découverte
de la porte secrète, avec l'assistance d'un guide à travers les avenues
souterraines du château, lui offrait un moyen certain de s'évader.
Edmund connaissait bien tous ces passages tortueux.
Le comte l'informa de la découverte du faux panneau, lui dit d'apprendre
cette heureuse nouvelle à Alleyn, et de se préparer, le premier jour
qu'il serait de garde à la prison, à l'aider dans son évasion. Edmund
connaissait les appartemens qu'Osbert venait de lui décrire, ainsi que
le grand escalier qui conduisait à une partie du château depuis
long-tems abandonnée, et d'où il était facile de passer, sans être
découvert, dans les caves qui communiquaient aux passages souterrains du
rocher.
Alleyn entendit avec transport le rapport de Jacques et il eut envie de
partir sur-le-champ pour le château d'Athlin, afin de dissiper le
chagrin de ses habitans; mais considérant que son absence subite du camp
pourrait donner des soupçons et faire découvrir leurs projets, il
renonça à son premier mouvement, et céda malgré lui à la dure nécessité
qui condamnait la comtesse et Marie aux horreurs de l'incertitude.
Cependant la comtesse dont le dessein, fortifié par la ferme résolution
de Marie, n'avait point été ébranlé par le message du comte qu'elle ne
regardait que comme l'effet d'une impulsion momentanée, voyait avec la
plus vive inquiétude l'approche de ce jour malheureux qui devait décider
du sort de ses enfans. Elle ne recevait aucune nouvelle du camp, aucune
parole de consolation de la part d'Alleyn; et la confiance qui avait
jusqu'ici soutenu son existence était prête à faire place au plus
affreux désespoir. Marie tâchait de donner à sa mère cette consolation
dont elle avait elle-même un égal besoin; elle s'efforçait par le
courage avec lequel elle se résignait d'adoucir la rigueur des
souffrances qui menaçaient la comtesse; et elle contemplait l'approche
de la tempête avec le sang-froid d'un esprit qui ne connaît rien
au-dessus de la vertu; mais en vain faisait-elle tous ses efforts pour
écarter Alleyn de sa pensée; sa conduite noble et désintéressée excitait
en elle des émotions qui ébranlaient son courage et qui lui rendaient
plus pénible le sacrifice qu'elle allait faire.
Brûlant du désir d'informer la baronne de sa prochaine délivrance, de
l'assurer de ses services, de dire adieu à Laure, et de saisir la
dernière occasion qu'il aurait peut-être jamais de lui déclarer son
admiration et son amour, le comte se hâta de se rendre de nouveau dans
les appartemens de ces dames infortunées. La baronne éprouva un vrai
plaisir en apprenant la probabilité de son évasion; et Laure, dans la
joie qu'elle ressentit, oublia les chagrins de sa propre situation, elle
oublia ce que son coeur ne tarda pas à lui rappeler, qu'Osbert allait
quitter le lieu de sa détention, et que vraisemblablement elle ne le
reverrait plus. Cette pensée répandit une ombre subite sur ses traits et
leur redonna cette teinte de mélancolie qui ne les quittait presque
jamais. Le comte remarqua ce changement momentané, et son coeur lui dit
de saisir cette occasion.
«Ma joie est mêlée d'amertume, dit-il, car au milieu de la félicité de
ma délivrance prochaine, je ne quitte pas ma prison sans éprouver des
regrets cuisans, regrets qu'il est peut-être inutile de faire connaître,
mais que ma sensibilité ne me permet pas actuellement de cacher. Je
laisse dans ces murs que je quitte avec allégresse un coeur pénétré de
la plus tendre passion; un coeur qui, tant qu'il aura un souffle de vie,
portera l'empreinte de l'image de Laure; si j'avais l'espoir qu'elle
n'est point insensible à mon attachement, je m'en irais en paix et
défierais tous les obstacles. Mais fussé-je même certain qu'elle est
indifférente à mon amour, si elle daigne accepter mes services, je me
fais fort de la délivrer, ou de périr dans l'entreprise».
Laure était muette, elle aurait voulu témoigner sa reconnaissance et
craignait en même tems de découvrir son amour; mais la douce timidité de
ses yeux et la rougeur de ses joues dévoilaient le secret qui expirait
sur ses lèvres. La baronne remarqua son désordre, et remerciant le comte
des services qu'il voulait bien leur offrir, refusa de les accepter.
Elle le pria de ne plus exposer sa tranquillité et celle de sa famille,
en tentant une entreprise accompagnée de tant de dangers et qui pourrait
lui coûter la vie. Les argumens de la baronne ne furent point capables
de persuader Osbert; il plaida sa cause avec tant de chaleur, et insista
avec tant de force sur la nécessité d'une prompte décision à cause de
son prochain départ, qu'elle cessa de s'opposer à son dessein, et le
silence de Laure témoigna son approbation. Après un tendre adieu et les
souhaits les plus sincères pour sa sûreté, le comte quitta les
appartemens plein des plus vives espérances.
Cependant Malcolm avait été instruit du projet de son évasion, et
s'était occupé des moyens de la prévenir. La sentinelle avait communiqué
sa découverte à quelques-uns de ses camarades, qui, n'ayant point assez
de vertu ou assez de courage pour quitter le service du baron, voulaient
obtenir sa faveur, et ne manquèrent pas de saisir une si belle occasion
d'accomplir leur dessein. Ils communiquèrent donc à leur chef les
informations qu'ils avaient reçues.
Celui-ci, voulant cacher qu'il était instruit de l'affaire, afin de
surprendre ceux de la tribu qui devaient venir au devant du comte, avait
souffert qu'Edmund retournât au poste de la prison, où il avait
secrètement placé les délateurs, et avait pris toutes les autres
précautions nécessaires pour intercepter leur fuite, en cas qu'ils
parvinssent à éluder la vigilance de ces argus, ainsi que pour s'assurer
de ceux qui s'approcheraient du château dans l'espoir d'y rencontrer
leur chef. Cela fait, il se croyait dans la plus grande sécurité, et
assuré de triompher de ses ennemis en les prenant ainsi dans leurs
propres filets.
Après bien des momens d'impatience du côté d'Alleyn et d'attente du côté
du comte, la nuit dont dépendait l'événement de toutes leurs espérances
arriva. Il fut convenu qu'Alleyn, avec quelques soldats choisis,
attendrait l'arrivée du comte dans la caverne où aboutissait le passage
souterrain. Ce jeune homme n'avait quitté Jacques que dans l'agitation
la plus violente et revint dans sa tente pour remettre un peu ses
esprits.
La nuit était alors au milieu de sa course. Un profond silence regnait
dans tout le château de Dunbayne, lorsqu'Edmund, tirant doucement les
verroux de la porte de la prison, appela le comte. Celui-ci s'élança en
avant, ouvrit aussitôt le panneau, qu'ils refermèrent après eux, afin
d'éviter d'être découverts, et après avoir traversé à pas tremblans les
appartemens froids et silencieux qui étaient devant eux, ils
descendirent par le grand escalier dans la salle, dont la faible lumière
de la torche qu'Edmund avait à la main ne servait qu'à faire voir
l'étendue et la désolation, et dont les voûtes sonores répétaient leurs
pas incertains. Après plusieurs détours ils descendirent dans les caves;
en traversant leur affreuse longueur, ils s'arrêtèrent souvent pour
prêter l'oreille au sifflement des vents qui s'engouffrant dans les
passages semblaient annoncer le bruit et l'alarme d'une poursuite. Ils
parvinrent enfin à l'extrémité des caves, où Edmund chercha une trappe
ensevelie dans la terre et dans la boue; l'ayant trouvée, ils la
levèrent avec peine; car il y avait long-tems qu'elle n'avait été
ouverte; d'ailleurs le fer dont elle était couverte la rendait
extrêmement pesante. Ils entrèrent et, laissant retomber la trappe après
eux, ils descendirent un escalier étroit qui les conduisit à un passage
tortueux que fermait une porte donnant sur la grande avenue par où
Alleyn s'était échappé. Ayant gagné cette avenue, ils marchèrent alors
avec confiance; car ils n'étaient pas fort éloignés de la caverne où
Alleyn et ses compagnons attendaient leur arrivée. Le coeur de ce jeune
homme battait alors de joie, car il aperçut une faible clarté sur les
murs de l'avenue et il crut entendre les pas redoublés de quelqu'un qui
s'approchait. Impatient de se jeter aux pieds du comte, il entra dans le
souterrain. La lumière réfléchissait plus fortement sur les murs; mais
une pointe du rocher dont la projection formait un détour, l'empêchait
d'apercevoir les personnes qu'il cherchait avec tant d'ardeur.
L'approche du bruit des pas était alors sensible et Alleyn en gagnant le
rocher tourna subitement sur trois soldats du baron. Ils le firent à
l'instant prisonnier. L'étonnement le priva pour un moment de toute
autre sensation; pendant qu'ils le conduisaient, cet affreux revers le
pénétra de douleur, et il fut persuadé que le comte avait été arrêté et
reconduit dans sa prison.
Comme il marchait en faisant cette réflexion, une lumière parut à
quelque distance, venant d'une porte qui donnait sur l'avenue, et
découvrit deux hommes qui, les ayant aperçus, se retirèrent
précipitamment et fermèrent la porte après eux. Deux des soldats
quittant Alleyn poursuivirent les fuyards et disparurent. Alleyn se
trouvant seul avec un soldat, profita de l'occasion et fit un effort
désespéré pour recouvrer son épée. Il réussit, et la vivacité de
l'attaque lui procura aussi celle de son antagoniste, qui tomba à ses
pieds et lui demanda la vie. Le jeune homme la lui accorda. Le soldat
reconnaissant et craignant la vengeance du baron, désira fuir avec lui
et s'enrôler à son service. Ils quittèrent ensemble le souterrain. En
rentrant dans la caverne, Alleyn n'y trouva plus ses amis, qui, ayant
entendu le cliquetis des armes et les voix menaçantes des soldats,
s'étaient doutés de ce qui lui était arrivé, et craignant d'être
accablés par le nombre, avaient fui pour éviter la même catastrophe.
Alleyn retourna à sa tente confondu et désespéré. Tous les efforts qu'il
avait faits pour la délivrance du comte avaient été sans succès; et ce
projet, sur lequel était fondée sa dernière espérance, avait été détruit
au moment où il croyait le voir réussir. Il se jeta par terre et, perdu
dans ses réflexions, il ne s'aperçut qu'on ouvrait les rideaux de sa
tente, que lorsqu'il entendit un bruit subit. Il regarda et aperçut le
comte. La terreur le retint à sa place et il crut, pendant un moment, à
la tradition des visions de son pays. Cependant la voix bien connue
d'Osbert ne tarda pas à le détromper, et l'ardeur avec laquelle il
embrassa ses genoux, le convainquit que ce n'était point un songe.
Les soldats, dans l'ardeur de la poursuite, n'avaient point aperçu la
porte par où Osbert s'était retiré, et en avaient pris une autre
au-dessous, qui, après les avoir engagés dans des recherches inutiles
par divers passages tortueux, les avaient conduits dans un endroit
écarté du château d'où ils étaient enfin sortis avec beaucoup de
difficulté et après avoir perdu un tems considérable. Le comte, qui
avait rétrogradé à la vue des soldats, s'était efforcé de regagner la
trappe; mais lui et Edmund avaient fait d'inutiles efforts pour la
r'ouvrir. Forcé de faire face au danger qui les menaçait, le comte avait
pris l'épée de son compagnon, résolu de renverser ses adversaires et
d'effectuer sa sortie ou de périr et de mettre fin à ses maux. Dans
cette intention il s'avança intrépidement dans le passage, et arrivé à
la porte, il s'arrêta pour découvrir les mouvemens des soldats: tout
était tranquille. Après être resté quelque tems dans cette attitude, il
ouvrit la porte, examina d'un oeil tout-à-la-fois ferme et inquiet, la
longueur de l'avenue qu'éclairait la torche et n'aperçut aucun être
vivant. Il s'avança avec précaution vers la caverne, s'attendant à
chaque instant à voir sortir les soldats de quelque cachette pour fondre
sur lui. Il y parvint néanmoins sans interruption; et surpris de sa
délivrance inattendue, il se hâta avec Edmund de rejoindre ses fidèles
vassaux.
Les soldats qui gardaient la prison, ne connaissant d'autre issue par où
le comte pouvait s'échapper que la porte où ils étaient postés, avaient
laissé entrer Edmund dans l'appartement sans se douter de rien. Ils
furent long-tems à s'apercevoir de leur erreur; surpris de ce qu'il ne
revenait point, ils ouvrirent la porte de la prison, et demeurèrent
stupéfaits de n'y trouver personne. Ils examinèrent les portes et les
trouvèrent comme à l'ordinaire; ils visitèrent tous les coins de
l'appartement; mais ils ne découvrirent point le panneau mouvant, et
après avoir terminé leurs recherches sans pouvoir s'imaginer par où le
comte avait quitté sa prison, ils furent saisis de terreur, attribuèrent
son évasion à un pouvoir surnaturel et alarmèrent immédiatement le
château. Le baron éveillé par le bruit, fut informé de ce qui était
arrivé, et, soupçonnant l'intégrité de ses gardes, monta lui-même dans
les appartemens; les ayant examinés sans avoir découvert par où Osbert
avait pu s'échapper, il n'hésita plus à prononcer que les sentinelles
étaient complices de l'évasion du comte. La frayeur naturelle qu'ils
firent paraître fut regardée comme un artifice, et ils furent déclarés
traîtres et punis comme tels. On les jeta dans le cachot du château. On
envoya sur le champ des soldats à la poursuite des fuyards; mais le tems
qui s'était écoulé avant que les sentinelles fussent entrées dans la
prison, avait procuré au comte la facilité de s'évader. Quand la
certitude de la fuite fut communiquée au baron, toutes les passions qui
rendent l'homme misérable, se réunirent pour le tourmenter; et sa fureur
portée au comble n'offrit à son esprit que les images les plus terribles
de la vengeance.
La baronne et Laure que le tumulte avait éveillées, avaient été dans de
grandes appréhensions pour le comte, jusqu'à ce qu'elles furent
informées de la cause du désordre universel: leurs espérances et leur
joie ne tardèrent pas à être confirmées; car elles furent peu de tems
après instruites des recherches inutiles des soldats.
Le dernier jour de l'époque fixée par la comtesse pour envoyer sa
réponse était arrivé et elle n'avait point entendu parler d'Alleyn, car
celui-ci occupé de projets dont l'événement avait jusqu'alors été
indécis, n'avait encore pu rendre aucun compte. Tout espoir de la
délivrance du comte paraissait évanoui, et dans l'amertume de son coeur,
la comtesse se préparait à donner la réponse qui devait livrer sa
malheureuse fille au meurtrier de son époux. Marie qui affectait un
courage au-dessus de ses forces, tâchait d'adoucir la rigueur des
souffrances de sa mère; mais ses efforts étaient inutiles, elles
défiaient tous les pouvoirs de la consolation. Elle signa le fatal
accord; mais elle attendit jusqu'au dernier moment pour le remettre
entre les mains du messager. Il était néanmoins nécessaire que le baron
le reçût le lendemain matin, de peur que l'impatience ne le portât à
mettre le comte à mort à l'expiration du délai. Elle envoya donc
chercher le messager, qui était un vétéran de la tribu, et lui remit le
message avec une extrême agitation; la douleur la suffoqua, elle fut
incapable de lui parler; il attendait ses ordres lorsque la porte
s'ouvrit et le comte et Alleyn se jetèrent à ses pieds. Elle poussa un
cri perçant et tomba sur sa chaise. Marie, en croyant à peine ses yeux,
s'efforçait de modérer le torrent de joie qui se précipitait vers son
coeur et menaçait de le briser.
Le château d'Athlin ne fut plus qu'une scène de tumulte à la nouvelle de
cet heureux événement; les cours se remplirent de ceux de la tribu que
leurs infirmités avaient empêchés de suivre leurs camarades au camp, et
que le bruit du retour du comte, qui s'était répandu avec la rapidité
d'un éclair, y avait attirés; le vestibule retentit de toutes parts, et
ces braves gens pouvaient à peine s'empêcher de se précipiter dans
l'endroit où était leur chef, pour le féliciter de son évasion.
Quand les premiers transports de leur réunion furent passés, le comte
présenta Alleyn à sa famille comme son ami et son libérateur, dont il ne
pourrait jamais oublier, ni assez récompenser l'attachement et les
services signalés. Ce tribut d'éloges accordé à Alleyn répandit sur les
joues de Marie une rougeur expressive du plaisir et de la
reconnaissance; et l'approbation qui éclata dans ses yeux récompensa le
jeune homme de sa générosité et de ses travaux. La comtesse le reçut
comme le libérateur de ses deux enfans et raconta à Osbert l'aventure du
bois. Le comte embrassa Alleyn, qui reçut les remercimens de la famille
avec une modestie naturelle. Osbert n'hésita point de dire que le baron
était l'auteur de ce complot; son coeur brûlait du désir de venger les
injures réitérées de sa famille, et il résolut de lui envoyer un cartel.
Il considéra le renouvellement du siége comme un projet inutile; et un
cartel, quoique son adversaire en fut indigne, lui parut le seul moyen
honorable qui lui restât de se venger. Il se garda bien d'en parler à la
comtesse, sachant que sa tendresse s'opposerait à cette mesure, et
éleverait des difficultés qui l'embarrasseraient, sans le détourner de
son dessein. Il fit mention des malheurs de la baronne et de l'amabilité
de sa fille, et il excita l'estime et la pitié de ses auditeurs.
Les clameurs des paysans pour voir leur seigneur, parvinrent alors
jusqu'à l'appartement de la comtesse, et il descendit dans le vestibule,
accompagné d'Alleyn, pour satisfaire leur empressement. Un cri de joie
universel fit retentir les murs lorsqu'il parut. A la vue de ses fidèles
vassaux le visage du comte rayonna de plaisir; et les délices du moment
lui donnèrent des preuves non équivoques des avantages d'un bon
gouvernement. Impatient de témoigner sa reconnaissance, il introduisit
Alleyn à la tribu, comme son ami et son libérateur, et offrit à son père
une portion de terre, où il pourrait terminer ses jours dans la paix et
dans l'abondance. Le vieil Alleyn remercia le comte de ses bontés, mais
refusa de l'accepter. Il dit qu'il était attaché à sa chaumière, et
qu'il jouissait déjà des aisances de la vie.
Le lendemain matin, un messager fut secrètement envoyé au baron avec un
cartel de la part du comte. Ce cartel était conçu dans les termes de la
plus haute indignation, il y était dit qu'il n'y avait que le manque de
succès de tout autre moyen qui pût engager le comte à condescendre de
combattre à armes égales le meurtrier de son père.
Le bonheur avait donc encore une fois reparu à Athlin. La conservation
inattendue de ses deux enfans électrisait la comtesse. Le comte
paraissait alors, pour quelque tems, en sûreté au sein de sa famille,
et, quoique son impatience de venger les injures de ceux qui lui étaient
les plus chers, et d'arracher des mains de l'oppression les belles
prisonnières de Dunbayne, ne lui permît pas d'être tranquille, il
affectait néanmoins une gaieté inconnue à son coeur, et tous les jours
se passaient dans les fêtes et dans la joie.