Après la mort de Béatrice, le roman est terminé. Mais le Poète a voulu
clore par un épilogue, la Dame compatissante, l'histoire de sa vie
nouvelle.
Cette histoire suit une évolution complète. Elle commence le jour où
Dante rencontre pour la première fois celle dont il devait faire sa
Béatitude. Elle finit le jour où, après avoir cédé à une séduction
passagère, grâce à l'obsession même de souvenirs encore vivans, il se
promet de ne plus parler que de Béatrice et de dire d'elle ce qui n'a
jamais été dit d'aucune autre femme.
C'est encore une vie nouvelle qui commence (_incipit vita nuova_),
partagée entre les _angoisses_ de l'étude et les orages de la vie
publique, pour aboutir aux rêves héroïques d'un patriotisme indomptable
et aux songes fantastiques d'une imagination effrénée.
Il poursuivra donc sa carrière, marquée d'abord d'une note d'infamie[1],
puis empreinte du sceau de la gloire et de l'immortalité. Et il fera
participer à celle-ci Béatrice, qu'il nous avait montrée d'abord parée
des grâces de l'enfance, et qu'il nous laissera nimbée de l'auréole
paradisiaque