J'ai déjà signalé cet aveu du Poète, qu'il avait aperçu plus d'une fois
sur le visage de Béatrice cette même pâleur (couleur d'amour) qu'il
retrouve sur le visage de cette femme. Qu'il s'agisse de la voix de
Béatrice ou de sa physionomie, ce n'est ainsi que comme pur surprise et
comme dans un moment d'oubli qu'il laisse échapper les témoignages qu'il
a pu recevoir de sentimens correspondans aux siens.
Il y a quelque chose de bien touchant dans le soin qu'il prend de tenir
l'image de sa bien-aimée enveloppée d'un nuage où l'oeil ne découvre que
de rares éclaircies, presque imperceptibles. Ce nuage ne se déchirera
que lorsque, dans les régions célestes, l'enfant habillée de rouge et la
jeune fille «couronnée de bonté et de modestie» sera transfigurée en une
sainte auréolée d'un nimbe éblouissant. Mais alors la tendresse de
Béatrice sera devenue toute maternelle.