Tanto gentile e tanto onesta pare....
_Ce sonnet est si facile à comprendre, après le récit gui précède, qu'il
n'a besoin d'aucune division. Je n'y insisterai donc pas_.
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Il est remarquable que, parmi toutes les expressions de pieuse adoration
que le poète adresse à sa bien-aimée, nous ne percevions aucun indice
propre à la personne même de Béatrice.
Il nous dit bien: «quand on la voyait passer, on répétait: ce n'est pas
une femme, c'est un des plus beaux anges de Dieu.» Ou bien: «c'est une
merveille, béni soit Dieu qui a fait une oeuvre si belle!» Mais nous ne
connaissons rien de plus.
Était-elle brune ou blonde? Nous ne savons pas la couleur de ses yeux,
de ses beaux yeux, _begli occhi_, qui lui versaient ses joies et ses
douleurs. Elle ne reste pour nous qu'un pur esprit, une âme impalpable
et insaisissable.
Si, dans les oeuvres consacrées à la représentation des passions
humaines, on aime à apercevoir quelques lueurs immatérielles, on n'aime
pas moins à voir une oeuvre idéale et mystique s'éclairer de quelques
rayons humains.
Aussi je n'ai pu vivre avec elle, comme j'ai vécu, sans chercher à m'en
faire une représentation sensible.
Je la vois d'une taille moyenne, blonde comme la Laure de Pétrarque,
mais sans la froideur un peu hautaine que nous montre le profil de
celle-ci conservé à la _Lauranziana_ de Florence. Ses yeux sont
changeants comme la surface de la Méditerranée, tantôt d'un saphir
étincelant et tantôt d'une teinte assombrie. Elle a la démarche d'une
Déesse et le charme d'une Grâce. Nous reconnaissons, dans la pâleur de
perle que son poète lui attribue, la pâle morbidesse de celles qui
doivent mourir jeunes....
Et, si nous voulons compléter cette représentation tout idéale des
traits plus marqués que, plus tard, elle laissera entrevoir à celui
qu'elle guidera sur le chemin du Paradis, nous distinguerons alors, sous
une beauté fulgurante que les yeux auront souvent de la peine à
supporter, cette expression maternelle que les femmes aiment à prendre
auprès de ceux qu'elles sentent asservis à leurs charmes, un sourire
doux, indulgent, et par instant légèrement ironique.