CHAPITRE XXIV

Io mi sentii svegliar dentro allo core....

_Ce sonnet a plusieurs parties_.

_La première dit comment je sentis s'éveiller en moi le tremblement bien

connu de mon coeur, et comment il me sembla que l'amour venait à

m'apparaître de loin tout joyeux. La deuxième dit comment il me sembla

que l'amour parlait dans mon coeur et ce qu'il me semblait dire. La

troisième dit comment, après qu'il fut resté ainsi avec moi un peu de

temps, je vis et j'entendis certaines choses_.

_La deuxième partie commence à_: et il disait ... _la troisième commence

à_: et comme mon Seigneur....

_Cette troisième partie se divise en deux: dans la première, je dis ce

que j'ai vu; et dans la deuxième, ce que j'ai entendu. Et elle commence

à_: l'amour me dit....

* * * * *

Ceci nous fait assister à la réconciliation de Dante avec Béatrice. Il a

plu au Poète de donner à ce récit une forme presque sibylline, sans

doute à cause du caractère solennel qu'il lui attribuait. Il paraîtra

peut-être difficile d'en saisir au premier abord la signification: voici

l'interprétation qui peut en être donnée.

Guido Cavalcanti «le premier des amis de Dante», avait aussi une amie,

qui se nommait _Giovanna_. Dante la vit donc s'approcher de lui, et

derrière elle marchait Béatrice. Voilà tout ce que contient le récit.

Cette Giovanna, qui était connue sous le nom de _Primavera_ qu'on lui

avait donné sans doute à cause de son genre de beauté, il traduit son

nom de Primavera par celui de _Prima verrà_(celle qui viendra la

première). Et il trouve en outre que le nom de Giovanna lui convient

parce qu'il lui vient de celui de Giovanni (saint Jean), qui avait

annoncé la vraie lumière (_Vox clamantis_ ...).

Ici la vraie lumière, c'est Béatrice. Et c'est Giovanna qui la précède

et l'annonce, s'étant sans doute chargée de ramener Béatrice à Dante, et

de mettre fin à la brouille qui les séparait.

Tout ceci est bien alambiqué et typique de l'époque, ainsi que cette

intrusion d'allusions sacrées au simple fait du rapprochement de deux

amans brouillés par suite d'un malentendu. Mais il ne faut pas oublier

que nous sommes au XIIIe siècle.

* * * * *

Voici encore un sonnet, compris dans les _rime spettanti alla Vita

nuova_, qui se rapporte à ce même incident, et dont les termes mêmes ne

permettent aucun doute sur son authenticité.[1]

J'ai vu une gracieuse compagnie de femmes,

C'était le jour de la Toussaint passée.

Et l'une d'elles venait presque la première,

Menant avec elle l'amour à sa droite.

Ses yeux jetaient une lumière

Qui semblait un esprit enflammé:

Et ayant eu la hardiesse de regarder son visage,

J'y vis la figure d'un ange.

Cette douce et sainte créature

Saluait de ses yeux

Ceux qui en étaient dignes.

Et le coeur de chacun s'imprégnait de sa vertu.

Je crois que c'est dans le ciel qu'est née cette merveille.

Et qu'elle est venue sur la terre pour notre salut.

Heureuses donc celles qui l'accompagnent.

La Vita Nuova (La Vie Nouvelle) · 第 134 / 170 题