Io mi sentii svegliar dentro allo core....
_Ce sonnet a plusieurs parties_.
_La première dit comment je sentis s'éveiller en moi le tremblement bien
connu de mon coeur, et comment il me sembla que l'amour venait à
m'apparaître de loin tout joyeux. La deuxième dit comment il me sembla
que l'amour parlait dans mon coeur et ce qu'il me semblait dire. La
troisième dit comment, après qu'il fut resté ainsi avec moi un peu de
temps, je vis et j'entendis certaines choses_.
_La deuxième partie commence à_: et il disait ... _la troisième commence
à_: et comme mon Seigneur....
_Cette troisième partie se divise en deux: dans la première, je dis ce
que j'ai vu; et dans la deuxième, ce que j'ai entendu. Et elle commence
à_: l'amour me dit....
* * * * *
Ceci nous fait assister à la réconciliation de Dante avec Béatrice. Il a
plu au Poète de donner à ce récit une forme presque sibylline, sans
doute à cause du caractère solennel qu'il lui attribuait. Il paraîtra
peut-être difficile d'en saisir au premier abord la signification: voici
l'interprétation qui peut en être donnée.
Guido Cavalcanti «le premier des amis de Dante», avait aussi une amie,
qui se nommait _Giovanna_. Dante la vit donc s'approcher de lui, et
derrière elle marchait Béatrice. Voilà tout ce que contient le récit.
Cette Giovanna, qui était connue sous le nom de _Primavera_ qu'on lui
avait donné sans doute à cause de son genre de beauté, il traduit son
nom de Primavera par celui de _Prima verrà_(celle qui viendra la
première). Et il trouve en outre que le nom de Giovanna lui convient
parce qu'il lui vient de celui de Giovanni (saint Jean), qui avait
annoncé la vraie lumière (_Vox clamantis_ ...).
Ici la vraie lumière, c'est Béatrice. Et c'est Giovanna qui la précède
et l'annonce, s'étant sans doute chargée de ramener Béatrice à Dante, et
de mettre fin à la brouille qui les séparait.
Tout ceci est bien alambiqué et typique de l'époque, ainsi que cette
intrusion d'allusions sacrées au simple fait du rapprochement de deux
amans brouillés par suite d'un malentendu. Mais il ne faut pas oublier
que nous sommes au XIIIe siècle.
* * * * *
Voici encore un sonnet, compris dans les _rime spettanti alla Vita
nuova_, qui se rapporte à ce même incident, et dont les termes mêmes ne
permettent aucun doute sur son authenticité.[1]
J'ai vu une gracieuse compagnie de femmes,
C'était le jour de la Toussaint passée.
Et l'une d'elles venait presque la première,
Menant avec elle l'amour à sa droite.
Ses yeux jetaient une lumière
Qui semblait un esprit enflammé:
Et ayant eu la hardiesse de regarder son visage,
J'y vis la figure d'un ange.
Cette douce et sainte créature
Saluait de ses yeux
Ceux qui en étaient dignes.
Et le coeur de chacun s'imprégnait de sa vertu.
Je crois que c'est dans le ciel qu'est née cette merveille.
Et qu'elle est venue sur la terre pour notre salut.
Heureuses donc celles qui l'accompagnent.