CHAPITRE XVIII

Il faut admettre, d'après les dernières paroles qui venaient de lui être

adressées, que le Poète s'était plaint hautement de la, sévérité de sa

Dame, soit en paroles, soit dans des vers qui auraient reçu déjà quelque

publicité. Et nous voyons qu'il en est honteux et repentant; et il

exprime la résolution «de prendre toujours désormais ses louanges pour

sujet de ses paroles», et il se demande comment il a pu parler

différemment.

On sait que la _Vita nuova_ ne nous donne pas la reproduction intégrale

des pièces qu'il a composées à l'honneur ou à propos de Béatrice. Il en

est un certain nombre qui datent certainement de la même époque et qu'il

aura probablement éliminées lui-même, que l'on trouve généralement

annexées au texte de la _Vita nuova_.

Mais il y avait alors des élémens de publicité dont il est difficile de

nous faire une idée précise, et un côté de cette Société qui nous

échappe complètement.

Nous voyons que le premier sonnet de la _Vita nuova_, purement

symbolique, a été adressé à des rimeurs notables. «Sitôt que ce sonnet

fut répandu», dit le poète. Et nous connaissons quelques-unes des

réponses qui lui furent faites. Parlant du sonnet _Donne ch'avete

intelletto d'amore...._ (chap. XX), il dit encore: «Après que ce sonnet

eut été répandu dans le monde....» (chap. XX).

Il y avait certainement là un mode de correspondance analogue à cette

correspondance par petits vers, madrigaux, sonnets, que nous retrouvons

dans le XVIIIe siècle, et dont Voltaire faisait un si large

usage.

N'y avait-il pas également alors quelque chose d'analogue à ce qu'on

appelait, au dernier siècle, des bureaux d'esprit? Nous voyons un de ses

amis (le frère de Béatrice) venir demander à Dante de dire quelque chose

à propos d'une femme qui venait de mourir (chap. XXXIII). Un autre de

ses amis (Forese) le prie de lui dire ce que c'est que l'amour (sonnet,

page 57). De nobles dames viennent lui demander de ses vers (chap.

LXII), et il en écrit de nouveaux pour mieux leur faire honneur.

Les Florentins avaient l'habitude de se réunir le soir, _al fresco dei

marmi_, sur les bancs de marbre que l'on voit encore autour de la

cathédrale (_Santa Maria del fiore_), et où l'on montre _il sasso di

Dante_, la pierre où Dante venait s'asseoir.

C'est là que devaient s'échanger les racontars de la ville et les

commérages du jour, et se communiquer les productions journalières des

rimeurs à la mode. N'est-ce pas la fidèle représentation des cafés et

des cercles de nos villes de province?

La Vita Nuova (La Vie Nouvelle) · 第 126 / 170 题