Ballata, io vo'che tu ritruovi amore....
_Cette ballade se divise en trois parties: Dans la première, je lui dis
où elle doit aller, et je l'encourage pour qu'elle s'en aille plus
hardiment, et je lui dis quelle compagnie elle doit prendre pour aller
en sécurité et sans courir aucun danger. Dans la seconde partie, je dis
ce qu'il lui appartient de faire entendre. Dans la troisième, je la
laisse libre de partir quand elle voudra en recommandant son voyage à la
fortune. La seconde partie commence à_: Dis-lui d'abord avec douceur....
_La troisième à_: ma gentille ballade....
_On pourrait m'adresser un reproche, et dire que l'on ne saurait pas à
qui je me serais adressé à la seconde personne, parce que cette ballade
n'est autre chose que mes propres paroles: aussi je dis que ce doute,
j'entends le résoudre et l'éclaircir dans ce petit livre, ainsi qu'un
doute plus grand encore. Et alors comprendra celui qui doutera encore et
qui voudra me le reprocher de cette manière_.
* * * * *
Si jusqu'ici nous n'avons guère vu dans la partie lyrique qu'une
répétition ou un développement de la prose qui la précède, nous trouvons
ici deux sujets différans dont l'un est la préparation de l'autre.
Le Poète, dont la pensée, suivant son habitude, s'abrite sous la fiction
de l'Amour, se laisse d'abord aller à ses réflexions. Il sent bien qu'il
s'est mis dans un mauvais cas. La femme dont il a voulu faire la
nouvelle défense de son amour a été compromise (_ha ricevuto alcuna
noia_) par les bavardages auxquels ont donné lieu ses assiduités
simulées. Béatrice (laquelle est _contraria di tutta la noia_) ne se
soucieras de se trouver mêlée à tous ces commérages, et elle en veut à
celui qui y a donné lieu. Dante en a conscience et cherche à corriger
les choses. Il fait son plan, et la ballade en est l'exécution.
Peut-être trouvera-t-on que le lyrisme dont la _nota suave_ est pleine
de charme, recouvre plus de politique que d'inspiration. Mais cela même
témoigne de la sincérité du Poète et de la réalité de son récit.
Quant à la ballade elle-même, elle nous représente une scène à quatre
personnages, l'amoureux qui l'a écrite, l'aimée à qui elle est destinée,
la ballade qui est chargée de présenter les excuses et les explications,
enfin, l'Amour qui devra l'accompagner pour la faire agréer.
Il faut remarquer les précautions infinies que prend le premier.
D'abord, il n'ose s'adresser directement à celle qui s'est crue
offensée. Puis, il multiplie les formes les plus délicates et les plus
pressantes de la courtoisie et de l'humilité. Il espère que la forme
harmonieuse de son apologie disposera en sa faveur celle dont il implore
le pardon: mais il ne se fie pas suffisamment à sa propre éloquence et à
ses bonnes raisons. Alors il invoque l'Amour afin qu'il témoigne pour
lui et qu'il plaide sa cause. Mais ce n'est pas seulement à l'amour qui
habite son propre coeur, qu'il fait appel, c'est peut-être et surtout à
l'amour même de Béatrice.