CHAPITRE VIII

Piangete amanti perchè piange Amore....

_Ce premier sonnet se divise en trois parties. Dans la première,

j'appelle et je sollicite les fidèles de l'Amour à pleurer, et je dis

que leur Seigneur pleure et que, en entendant ce qui le fait pleurer,

ils m'écoutent avec attention. Dans la deuxième partie, je raconte la

raison de ses pleurs. Dans la troisième, je parle de l'honneur que

l'Amour rend à cette femme. La seconde partie commence à_: l'Amour

entend ... _la troisième à_; écoutez comment l'amour....

* * * * *

Morte villana, di pietà nemica....

_Ce sonnet se divise en quatre parties. Dans la première, j'appelle la

Mort par quelques-uns des noms qui lui appartiennent. Dans la deuxième,

m'adressant à elle, je dis les raisons pour lesquelles je me mets à

l'accuser. Dans la troisième, je la flétris. Dans la quatrième, je me

mets à parler à une personne indéfinie, bien que dans ma pensée elle

soit bien définie_.

_La deuxième partie commence à_: puisque tu as donné ... _la troisième

à_: et si je te refuse ... _la quatrième à_: celui qui ne mérite pas....

* * * * *

Les accens _douloureux_ qu'inspire à Dante la mort de cette jeune femme,

dont il put contempler le corps charmant, gisant au milieu de femmes

éplorées, sont de nature à laisser croire que son coeur avait pris une

part assez particulière à ce douloureux événement. Mais il faut tenir

compte de l'exaltation facile de sa sensibilité, et de l'exubérance

habituelle propre à la poésie trécentiste. D'ailleurs son âme a toujours

été hantée par la pensée de notre fin mortelle, elle s'y complaisait; et

l'on pourrait dire que le poète de la _Divine comédie_ a vécu dans la

mort.

Dès les premières expressions de son amour juvénile et craintif et dans

les courts épanouissemens de ses béatitudes, on sent toujours planer

au-dessus de ses joies comme de ses douleurs la conscience que l'image

de son idole ne tardera pas à s'évanouir, et une ardente aspiration à

s'en aller avec elle.

Mais ce n'est pas seulement un des caractères les plus originaux de la

poésie de Dante; c'est également un des caractères de toute la poésie du

_dolce stil nuovo_, cette mélancolie qui jette son ombre sur les

manifestations les plus joyeuses et les plus passionnées[1]. C'est ainsi

que, peu après lui, Pétrarque célébrait les triomphes de la Mort, entre

les triomphes de l'Amour et ceux de la Renommée.

Laissons passer plusieurs siècles, et nous entendrons le poète de la

tristesse et de la désespérance nous redire, comme les rimeurs du _dolce

stil nuovo_, que: _con l'amoroso affetto un desiderio di morte si

sente_. On connaît le beau poème de Leopardi: _Amore e morte_.

Le destin a engendré en même temps

Deux frères, l'Amour et la Mort.

Il n'y a dans le monde, il n'y a dans les étoiles

Nulle autre chose aussi belle.

De l'une naît le bien

Et naissent les plus grands plaisirs

Qui se rencontrent dans la mer de l'Être.

L'autre détruit tous les maux

Et toutes les douleurs....

Ne serait-ce pas un sujet intéressant que de rapprocher et comparer

entre elles les mélancolies issues des terres ensoleillées du Midi, et

les tristesses, filles des régions embrumées du Nord?

La Vita Nuova (La Vie Nouvelle) · 第 115 / 170 题