_Quomodo sedet sola civitas plena populo? Fatta est quasi vidua domina
gentium_.[1]
Je pensais encore à la canzone qui précède, et je venais d'en écrire les
derniers mots, quand le Seigneur de la justice appela cette beauté sous
l'enseigne glorieuse de Marie, cette reine bénie pour qui cette
bienheureuse Béatrice avait une telle adoration.[2] Et, bien que l'on
aimât peut-être à savoir comment elle fut séparée de nous, je n'ai pas
l'intention d'en parler ici, pour trois raisons: la première est que
cela ne rentre pas dans le plan de cet écrit, si l'on veut bien se
reporter à la préface (_praemio_) qui précède ce petit livre; la seconde
est que, en fût-il autrement, ma plume serait inhabile à traiter un
pareil sujet; la troisième est que, si je le faisais, il faudrait me
louer moi-même, ce qui est tout à fait blâmable.[3]
Je laisse donc à un autre _glossatore_ de faire ce récit. Cependant,
comme dans ce qui précède il a été souvent question du nombre 9, ce qui
n'a pas dû être sans raison, et que ce nombre paraît jouer un grand rôle
dans son départ, il faut bien que j'en dise quelque chose, et ce sera
tout à fait à propos. Je dirai d'abord comment eut lieu son départ, et
puis je signalerai plusieurs raisons qui nous montreront que ce nombre 9
lui a toujours tenu fidèle compagnie.