CHAPITRE XVI

Ce sonnet, après que je l'eus écrit, m'amena à dire encore quatre choses

sur mon état, qu'il me semblait n'avoir pas encore exprimé.

La première est que je souffrais souvent quand ma mémoire venait

représenter à mon imagination ce que l'amour me faisait endurer.

La seconde, que l'amour m'envahissait souvent tout à coup avec tant de

violence qu'il ne restait de vivant en moi qu'une pensée, celle qui me

parlait de ma Dame.

La troisième est que, quand cette bataille de l'amour se livrait en moi,

je partais tout pâle pour voir cette femme, croyant que sa vue ferait

cesser ce conflit, et oubliant ce qui m'était arrivé en m'approchant

d'elle.

La quatrième est comment cette vue ne venait pas à mon secours, mais

venait finalement abattre ce qui me restait de vie. Tel est le sujet du

sonnet suivant.

Souvent me revient à l'esprit[1]

L'angoisse que me cause l'amour.

Et il m'en vient une telle pitié que souvent

Je dis: hélas, cela arrive-t-il à quelqu'un d'autre

Que l'amour m'assaille si subitement

Que la vie m'abandonne presque,

Et il ne me reste alors de vivant pour me sauver

Qu'un seul esprit, parce qu'il me parle de vous.

Puis, je m'efforce de venir moi-même à mon aide;

Et tout pale et dépourvu de tout courage

Je viens vous voir, croyant me guérir:

Et si je lève les yeux pour regarder,

Mon coeur se met à trembler si fort

Que ses battements cessent de se faire sentir.[2]

La Vita Nuova (La Vie Nouvelle) · 第 46 / 170 题