INTRODUCTION

I

Toute l'histoire de Dante tient entre trois dates précises. Il naquit à

Florence en 1265. Il fut élevé au Priorat, la plus haute magistrature de

son pays, en 1300. Il mourut à Ravenne en 1321, âgé de 56 ans.

Après avoir pris part, pendant un temps bien court, au gouvernement de

la République florentine, il fut soudain précipité du pouvoir par le jeu

mortel des factions et, victime d'accusations infâmes, condamné en 1301

à la confiscation de sa modeste fortune, à l'exil, et au bûcher s'il

reparaissait dans sa patrie.

Son existence pendant ces longues années d'exil est demeurée fort

obscure. On sait qu'il erra d'hospitalités en hospitalités, de châteaux

en châteaux, de couvens en couvens, «montant les escaliers des autres et

mangeant le pain d'autrui». On suit sa trace à Vérone, à Padoue, à

Sienne, à Bologne, à Crémone, près de tels ou tels personnages, de ces

tyrans qui se partageaient les provinces, les villes, les châteaux,

découpant chacun à leur tour cette malheureuse Italie dont le sort lui

arrachait de si éloquentes objurgations. On le suit encore à Paris, où

son séjour a été sans aucun doute contesté à tort.

Devenu Gibelin après son exil[4], il s'était uni d'abord à quelques

efforts pour rouvrir leur patrie à ses compagnons d'exil. C'est ainsi

qu'il aurait pris part en 1304 à une tentative armée des Gibelins exilés

contre la Florence Guelfe, et que plus tard il aurait voulu entraîner

contre Florence l'empereur Henri VII, Arrigo, descendu en Italie pour y

rétablir l'autorité de l'Empire. Mais il ne tarda pas à se séparer d'un

parti qui ne lui offrait que des sujets de dégoût ou des témoignages

d'impuissance.

Son existence se manifestait alors de temps à autre par des lettres,

dont un bien petit nombre sont parvenues jusqu'à nous, par des

protestations hautaines, par quelques interventions diplomatiques, par

des proclamations empreintes du plus ardent patriotisme envers cette

Italie qui existait encore à peine, mais dont les tronçons épars

semblaient se réunir dans son coeur par une secrète divination. Pendant

ce temps, les premiers fragmens de son grand poème commençaient à se

répandre dans la foule.

La vie qu'il menait alors se révèle à nous aujourd'hui par les oeuvres

que lui dictaient ce qu'on peut appeler ses idées fixes, c'est-à-dire la

constitution monarchique de la Société civile sous le sceptre de

l'Empire, à côté de la Société théocratique sous le pallium de la

Papauté, l'ennoblissement de la langue vulgaire de son pays, le

redressement d'une société confuse et dépravée, enfin la contemplation

de la mort, à laquelle nous devons la Divine Comédie.

De la première partie de sa vie, il ne nous reste à peu près aucune

trace qu'ait pu marquer l'attention ou le souvenir de ses contemporains.

Il ne nous reste que la _Vita nuova_ qu'il nous a laissée et que l'on

pense avoir été composée en 1291 ou 1292, peut-être plus tard, mais

certainement avant 1300.

On ne peut y ajouter que quelques poésies légères, et les études

opiniâtres dont _Il Convito_ nous fait la confidence.[5] Celles-ci

doivent avoir rempli surtout le temps écoulé entre la mort de Béatrice

et son accession au pouvoir.

C'est encore à cette époque de sa vie qu'appartient son mariage. Il

s'est toujours tu sur la place que cette union avait pu tenir dans son

coeur ou prendre à la direction de sa vie. Et le nom de Gemma Donati ne

se rattache plus au nom glorieux de Dante que par la progéniture qu'elle

lui a donnée.

La Vita Nuova (La Vie Nouvelle) · 第 13 / 170 题