MONSIEUR LE DUC,

L'état de ma santé m'oblige à rappeler à Votre Excellence les

différentes demandes que j'ai eu l'honneur de lui adresser pour obtenir

de revoir la France. Ici, on tient trop à conserver la paix, on est trop

prononcé contre l'Angleterre pour que le maintien du système actuel et

nos relations puissent se ressentir d'un changement d'individu.

Peut-être un nouveau visage réchaufferait-il même plus que je ne puis le

faire l'alliance à laquelle on nous soupçonne d'attacher moins de prix

maintenant. Quoique je coure déjà ma quatrième année d'absence, je

regarderais, Monsieur le Duc, comme mon premier devoir de me dévouer

encore si je croyais pouvoir servir l'Empereur mieux qu'un autre. Mais

dans la situation où les circonstances m'ont placé depuis un an, tout

autre après quelques mois de séjour fera avec plus d'avantage que moi

les affaires du présent, puisqu'on ne pourra lui demander compte du

passé. Cela remplacera donc bien au delà, même dès son début, l'avantage

que je puis tirer de la connaissance des individus et de l'accès que

j'ai à toute heure et en tous lieux chez l'Empereur et ses ministres. Je

parle sur cela à Votre Excellence avec la confiance d'un homme d'honneur

et la franchise d'un soldat dont la vie appartient à l'Empereur. Sa

Majesté veut-elle encore l'alliance et ses effets, peu importe celui qui

la servira ici. Sa politique ménageant les intérêts de frontière de ce

pays, qui ne gênera en rien les grands projets qu'elle peut avoir, les

choses marcheront d'elles-mêmes. Sa Majesté ne veut-elle que les froides

relations d'un simple état de paix, a-t-elle même d'autres projets, elle

ne peut tenir à ce que ce soit moi qui la représente, puisqu'un autre

individu moins près de son auguste personne donnera moins d'importance à

la mission, et que tout autre sera plus à son aise et fera donc mieux

que moi. Voilà mes réflexions, Monsieur le Duc; je vous les confie pour

ne plus conserver que la pensée de mes devoirs et le désir de prouver à

mon maître que les obstacles quels qu'ils soient, ainsi que ma mauvaise

santé, ne rebutent pas plus mon zèle qu'ils n'allèrent mon entier et

respectueux dévouement.

Que Votre Excellence agrée avec l'assurance de mes inaltérables

sentiments celle de ma haute considération.

Napoléon et Alexandre Ier (2/3) L'alliance russe sous le premier Empire · 第 69 / 72 题