On a procédé récemment à l'inauguration de deux monuments destinés à
perpétuer la mémoire d'illustrations nationales ayant des titres divers
à ce définitif hommage.
A Paris d'abord, le 22 septembre, date anniversaire de la proclamation
de la première République, en 1792, la statue de Camille Desmoulins,
dont, au cours d'une cérémonie solennelle, M. Henry Maret, député,
président du comité; M. Dujardin-Beaumetz, sous-secrétaire d'État des
Beaux-Arts, et M. Clémentel, ministre des Colonies, furent les éloquents
panégyristes. Le nom seul du tribun journaliste suffit pour évoquer la
fameuse scène historique racontée par les moindres précis scolaires et
popularisée par l'image: au Palais-Royal, le 12 juillet 1789, un jeune
avocat juché sur une table, jetant à la foule irritée du renvoi de
Necker un vibrant appel aux armes, arborant la cocarde verte qu'aussitôt
ses auditeurs cueillent aux branches des arbres; faisant, en un mot, le
geste décisif qui entraîna le peuple à l'assaut de la Bastille. Le
souvenir matérialisé de cet épisode avait sa place dans le jardin du
Palais-Royal, à l'endroit même où l'orateur révolutionnaire prononça ses
paroles enflammées, en face du passage central conduisant à la galerie
d'Orléans; c'est là que, exhaussé d'un socle de granit assez bas,
debout, le bras droit étendu, la jambe et le bras gauches appuyés sur
une chaise, se dresse le Camille Desmoulins de M. Boverie, à qui on doit
déjà une statue remarquée de Baudin.
Hippolyte Taine, lui, n'a pas participé à l'histoire comme acteur; mais,
homme d'étude, investigateur patient et sagace, esprit indépendant, il
l'a rigoureusement passée au crible de la critique et sa méthode, son
enseignement, ont exercé une influence considérable sur plus d'une
génération. Au-dessous des dates de sa naissance et de sa mort,
1828-1893, l'inscription lapidaire du monument qui vient de lui être
érigé à Vouziers, devant sa maison natale, dans la rue maintenant
baptisée de son nom, résume d'une façon aussi exacte que concise le
caractère du penseur et de l'écrivain: elle atteste la sérénité, la
fermeté d'une intelligence appliquée, avec l'unique amour de la vérité,
à la recherche des causes les plus hautes des choses en matière
philosophique, historique et littéraire. Dimanche dernier, en présence
de M. Dujardin-Beaumetz et des notabilités locales, on découvrait
l'oeuvre du sculpteur ardennais Stanislas Martougen, un buste sévère,
supporté par une stèle au pied de laquelle une Muse est accoudée sur une
pile de volumes représentant l'énorme labeur de l'auteur de _Thomas
Graindorge_ et des _Origines de la France contemporaine._
[Illustration: Monument de Taine, à Vouziers.]
[Illustration: Comment on repeint un mât de pavillon au sommet d'une
maison gratte-ciel à New-York.--_Phot. Grantham Bain._]
_UN FAÎTE VERTIGINEUX._
Nous constatons chez nous, depuis quelques années, une tendance marquée
à bâtir dans les grandes cités, à Paris surtout, des maisons beaucoup
plus hautes qu'autrefois; mais, sous ce rapport, la France est encore
bien loin d'égaler l'Amérique: nos immeubles à sept ou huit étages ne
sont que des jouets lilliputiens auprès de ces constructions
gigantesques qui en comptent douze, dix-huit et même davantage. A
New-York, par exemple, le Park-Row building, l'édifice privé le plus
élevé de la ville, domine tous les autres de son dôme décoré de statues
colossales et couronné d'une lanterne au sommet de laquelle flotte un
drapeau. S'agit-il de réparer la toiture, de repeindre le mât terminal:
après l'ascension à l'intérieur, où ne manquent sans doute ni les
ascenseurs ni les échelles, l'ouvrier chargé de ce soin est obligé de se
hisser extérieurement jusqu'au faîte et de s'accrocher dans le vide au
moyen de cordes. Voilà certes un homme qui doit faire preuve d'une rare
agilité de gymnaste, avoir la tête solide et n'être point sujet aux
terribles affres du vertige.
[Illustration: Monument de Camille Desmoulins, au Palais-Royal.]