DANS L'AFRIQUE ALLEMANDE

Une dépêche du Cap, en date du 20 septembre, annonçait un nouvel et

grave échec des troupes allemandes dans la campagne entreprise pour la

répression des indigènes rebelles: pendant la marche du général de

Trotha contre Henrik Witboï, celui-ci, se dérobant à la colonne

principale, attaqua son long convoi près de Keetmansoop surprit

l'escorte et l'anéantit complètement: mille têtes de bétail, une

centaine de fourgons de munitions, quantité de fusils auraient été pris.

C'est, on s'en souvient, au commencement de l'année dernière, qu'éclata

la révolte des Herreros, une des peuplades de la colonie allemande du

Sud-Ouest africain, dont elle occupe la partie septentrionale, le long

du littoral de l'océan Atlantique, jusqu'à la colonie portugaise de

Mossamedès [2] Les Herreros ou Beest-Damara (Damara du bétail)

appartiennent à une des plus belles races de l'Afrique; ils sont de

haute stature, vigoureux, de physionomie assez ouverte, mais de

caractère irritable et, pour peu que la lutte les surexcite, enclins à

la férocité. Au nombre de cent mille, ils ont pu mettre sur pied environ

trente mille guerriers, aujourd'hui bien entraînés; quoique la plupart

d'entre eux aient conservé la tenue sommaire des sauvages, ils ont

emprunté aux Européens certaines de leurs façons de combattre et savent

faire «parler la poudre», le fusil à la main.

[Note 2: Voir _L'Illustration_ du 30 janvier 1904.]

Il fallait compter sérieusement avec de pareils adversaires, favorisés

d'ailleurs par les conditions naturelles du pays et par l'agitation

belliqueuse de peuplades voisines, Hottentots, Ovambas. L'Allemagne l'a

constaté à ses dépens: depuis bientôt deux ans que dure cette campagne,

elle lui a déjà coûté la vie de près de deux mille soldats et plus de

trois cents millions de francs; à diverses reprises, et récemment

encore, elle a dû expédier là-bas des renforts considérables, hommes,

chevaux, artillerie, matériel, service d'ambulances.

Le général de Trotha va, il est vrai, avoir un successeur en qualité de

gouverneur de la colonie: M. de Lindiquist, ancien consul général au

Cap, qui se fait fort de réaliser promptement la pacification par des

mesures énergiques; un avenir prochain nous apprendra si sa tâche est

aussi aisée qu'il le présume.

En somme, au bout de vingt ans, l'Allemagne n'a pas réussi à consolider

définitivement sa domination dans le Sud-Ouest africain. Après s'y être

établie en 1884, elle n'y a ménagé ni les hommes, ni les capitaux; elle

y a multiplié les ouvrages fortifiés, les casernes; elle s'est efforcée

d'y attirer les Boers, notamment à l'époque de la guerre du Transvaal,

et, malgré tout, son oeuvre coloniale n'est guère plus avancée qu'au

début. Aussi, ces soulèvements d'indigènes, cette résistance prolongée

des Herreros, ne sont-ils pas, à l'heure présente, un des moindres

soucis du gouvernement de Berlin.

[Illustration: Une rue indigène à Swakopmund, sur la côte de

l'Atlantique.]

[Illustration: Un beau type de Herreros.]

L'Illustration, No. 3266, 30 Septembre 1905 · 第 17 / 37 题