forme, de tous les côtés, des terrasses en amphithéâtre d'où la vue
embrasse tout le jardin, a, pour ces allées, des issues sur toutes les
rues qui l'environnent[295], de manière que les promeneurs peuvent y
aborder de tous les côtés. Le milieu du parterre, dont les
compartiments sont dessinés avec goût et simplicité, est occupé par un
grand bassin octogone avec jet d'eau; des pentes douces en fer à
cheval lient cette partie du jardin, à son extrémité méridionale, avec
les terrasses sur lesquelles s'élève le bois dont elle est entourée;
les murs de ces terrasses sont revêtus de massifs disposés en talus et
revêtus d'un gazon sur lequel on a planté des rosiers qui forment
autour du jardin comme une immense ceinture de fleurs. On communique
encore du parterre aux terrasses par plusieurs escaliers.
[Note 295: Les rues de Vaugirard, d'Enfer, de Fleurus et de
l'Ouest.]
Enfin les deux entrées, du côté de la rue de Vaugirard où se trouve la
façade du château, offrent un couvert d'arbres par lequel on arrive à
la grande terrasse placée vis-à-vis de la façade opposée. De l'un et
de l'autre côté, cette terrasse est accompagnée de deux grands espaces
entourés de grillages et remplis de rosiers greffés sur des
églantiers, et des espèces les plus rares et les plus variées. Ainsi,
de quelque côté qu'on entre dans ce jardin, on y trouve de l'ombrage
et les aspects les plus séduisants.
Sur les terrasses et dans la partie circulaire du parterre, on a placé
comme ornement un assez grand nombre de statues.
STATUES ET AUTRES ORNEMENTS DU JARDIN DU LUXEMBOURG.
_Sur la terrasse, à droite._ _Sur la terrasse, à gauche._
Vulcain. Flore.
La Pudicité. Mars.
Romain. Guerrier romain.
Cérès. Bacchus.
Bacchus. L'Été.
Méléagre. Vertumne.
L'Été. Mercure.
Guerrier romain. Apollon.
Romain. Bacchus.
Vénus. Vénus.
Cérès. Méléagre.
Le Gladiateur Borghèse. Diane chasseresse.
_Autour du parterre._ _Autour du parterre._
Minerve. Diane.
Junon. Diane.
Vénus. Bacchus.
Flore. Vénus.
_Dans le parterre, aux angles des grands tapis de verdure._
Quatre grands vases en marbre, forme de Médicis.
_À l'origine des balustrades qui bordent le fer à cheval._
Des groupes d'enfants supportant des cuvettes.
_Aux deux extrémités du fer à cheval._
Des copies des lutteurs, d'après les deux groupes antiques de la
galerie de Florence.
_Au milieu du tapis de verdure, dans la partie du bois, à
droite._
Un grand vase, forme de Médicis.
_Dans le carré de rosiers, du même coté._
Une statue de Mercure.
_À l'entrée de la grande allée._
Sur deux piédestaux carrés, deux lions en marbre. Les deux portes
qui donnent sur les rues de Fleurus et d'Enfer sont ornées des
mêmes animaux sculptés en pierre.
_Dans la partie du bois qui borde la rue d'Enfer._
Trois statues allégoriques.
La plupart de ces statues sont copiées d'après l'antique. Les
meilleures de ces copies sont médiocres, ce qui ne peut choquer dans
des figures destinées à l'ornement d'un jardin public; mais plusieurs
d'entre elles offrent des nudités, et ces nudités sont choquantes,
même pour l'oeil le moins scrupuleux.
Les honnêtes gens s'étonnent avec juste raison que, dans la capitale
d'un royaume où la religion chrétienne est du moins reconnue comme
_religion de l'État_, on laisse encore subsister, dans des lieux
ouverts à toute une population[296], et dont n'écartent ni le sexe ni
l'âge, ces monuments hideux de la licence du paganisme, sur lesquels
du moins on jettoit autrefois un voile, lorsque, très imprudemment
encore, on les exposoit aux regards de la multitude. Puisqu'on juge à
propos de ne point les y soustraire, la pudeur publique exigeroit
qu'on leur rendît du moins ce voile, qui en a été arraché pendant les
saturnales de la révolution.
[Note 296: Le jardin des Tuileries offre également, et de
toutes parts, les mêmes nudités. On les retrouve encore dans
le parc de Versailles et dans d'autres endroits publics. Le
jardin du Palais-Royal, où de tels monuments sembleroient
moins déplacés qu'ailleurs, n'en avoit point encore: il
vient d'en recevoir un, c'est la copie en bronze de
l'Apollon du Belvédère.
Penseroit-on que, dans tels cas, la perfection du travail
dût demander grâce pour l'indécence du sujet? ce seroit là
une erreur bien grossière: les yeux du vulgaire ne
comprennent rien à cette perfection.]
THÉÂTRE-FRANÇOIS.
Ce théâtre, devenu, il y a quelques années, la proie d'un nouvel
incendie qui, de même que le premier, en avoit détruit toutes les
constructions intérieures, a été très promptement rétabli. La salle,
dont la coupe est la même, offre une décoration élégante, exécutée
sous la direction et d'après les dessins de M. Lafitte. Dans les
compartiments du plafond, disposé en éventail, sont représentées les
Muses et autres divinités du paganisme qui président aux beaux arts;
vers l'entablement sont rassemblés, dans des médaillons, les portraits
des grands auteurs tragiques, grecs et romains. Les autres parties de
cette salle sont richement décorées en arabesques où domine l'or, au
milieu d'une grande variété de couleurs. À l'extérieur, le fronton a
été remplacé par un attique.
NOUVEAU MARCHÉ SAINT-GERMAIN.
Cette belle construction se compose, dans sa partie principale, d'un
grand bâtiment carré-long, qui occupe tout l'espace sur lequel étoit
placée autrefois la Foire Saint-Germain. Les deux façades du nord et
du midi sont percées chacune de vingt-et-une arcades, dont trois
seulement sont ouvertes au milieu, et deux à chacun des angles; les
façades du levant et du couchant, qui n'ont que dix-sept arcades,
présentent également trois arcades ouvertes au milieu, et une à chaque
angle. Une rue sépare au midi ce bâtiment d'un autre qui sert de
boucherie, et se prolonge dans toute la longueur de cette façade
méridionale. Il contient aussi vingt-et-une arcades, et présente des
ouvertures toutes semblables. Les toits de ces deux constructions sont
plats et couverts de tuiles rondes; des ouvertures pratiquées au
dessus de chaque arcade y entretiennent la libre circulation de l'air
et y maintiennent la salubrité.
Au milieu de la cour du grand marché a été transportée une fontaine,
autrefois placée sur la place Saint-Sulpice, et dont les dimensions
étoient hors de proportion, et avec le monument en face duquel elle
avoit été élevée, et avec la place immense dont elle devoit faire
l'ornement. La composition en est simple et de bon goût: c'est une
espèce de cippe carré, orné de quatre bas-reliefs, représentant le
Commerce, l'Agriculture, les Sciences et les Arts. Ces bas-reliefs
sont dus à M. Espercieux.
Au milieu du bâtiment destiné aux bouchers, s'élève une autre fontaine
que surmonte une figure colossale en moulage.
Ce monument, pour la pureté de son exécution, la noble simplicité de
ses lignes et l'accord parfait de toutes les convenances
architecturales, peut être offert comme un modèle qu'il seroit
difficile de surpasser.
THÉÂTRE FORAIN DU LUXEMBOURG.
Ce théâtre, très fréquenté par le peuple qui habite les quartiers
environnants, est situé dans la rue de Fleurus, et à l'entrée du
jardin du Luxembourg.
BARRIÈRE DU MONT-PARNASSE.
En dehors de cette barrière, est situé l'ancien cimetière de la
Charité, que l'on a considérablement agrandi, et que l'on nomme
maintenant cimetière du Midi. C'est là que la plupart des habitants de
la rive méridionale de la Seine ont leur sépulture. Près de ce
cimetière s'élève un petit théâtre très fréquenté, dans la belle
saison, par les classes populaires de Paris. L'espace entre cette
barrière et celle du midi est couvert de guinguettes de la
construction la plus élégante, et dont plusieurs pourroient soutenir
la comparaison avec les hôtels les plus brillants de la
Chaussée-d'Antin.
RUES ET PLACES NOUVELLES.
_Rue d'Assas._ Elle donne d'un côté dans la rue du Cherche-Midi, de
l'autre dans la rue de Vaugirard. Elle a été ouverte sur l'ancien
terrain des Carmes-Déchaussés.
_Rue Clément._ Elle longe le côté nord du marché neuf Saint-Germain,
et d'une part aboutit à la rue de Seine, de l'autre à la rue Mabillon.
_Rue de l'Est._ Elle commence au boulevard et vient aboutir dans la rue
d'Enfer, à l'endroit où est ouvert le passage de Saint-Jacques-du-Haut-Pas.
_Rue Félibien._ Cette rue, formée par la façade méridionale du marché
Saint-Germain et par le bâtiment qui lui est parallèle, aboutit d'un
côté à la rue Neuve-de-Seine, et de l'autre à la rue Mabillon.
_Rue de Fleurus._ Cette rue aboutit d'un côté à la grille du
Luxembourg (côté du couchant), de l'autre au cul-de-sac de la rue
Notre-Dame-des-Champs, auquel elle a donné son nom.
_Rue des Fourneaux._ Cette rue, ouverte dans la rue de Vaugirard,
vient aboutir à la barrière dont elle porte le nom.
_Rue Duguay-Trouin._ Elle est ouverte sur la rue de Fleurus, et vient
aboutir en équerre à la rue de l'Ouest.
_Rue Jean-Bart._ Cette rue, ouverte dans la rue de Vaugirard et
vis-à-vis la rue Cassette, donne par son extrémité dans la rue de
Fleurus.
_Rue de la Caille._ Elle donne d'un côté dans la rue d'Enfer, et de
l'autre aboutit aux nouveaux boulevards.
_Rue Mabillon._ Elle longe le côté occidental du marché
Saint-Germain, et aboutit d'un côté à la rue des Aveugles, de l'autre
à celle du Four Saint-Germain.
_Rue Montfaucon._ Elle aboutit d'un côté dans la rue Clément, de
l'autre dans celle du Four Saint-Germain. C'est l'ancienne rue de
Bissi.
_Rue Neuve-de-Seine._ Elle commence à la rue des Quatre-Vents, aboutit
d'un côté à la rue de Seine, et de l'autre fait le prolongement de la
rue de Tournon.
_Rue de l'Ouest._ Elle commence dans la rue de Vaugirard, longe
l'ancien enclos des Chartreux, et vient aboutir au boulevard.
_Place Saint-Sulpice._ Elle a été formée devant l'église dont elle
porte le nom, et là viennent aboutir les rues Palatine, Férou,
Pot-de-Fer, du Vieux-Colombier, des Canettes et des Aveugles.
_Rue Toustain._ Elle aboutit d'un côté à la rue Félibien, de l'autre à
la rue Neuve-de-Seine.
_Rue du Val-de-Grâce._ Elle a été ouverte en face de ce monastère, et
vient aboutir à la rue d'Enfer.
_Cul-de-sac Vaugirard._ Il a été ouvert dans la rue dont il porte le
nom, près de la maison de l'Enfant-Jésus.
BOULEVARD.
_Boulevard d'Enfer._ Il prend naissance au boulevard du Mont-Parnasse,
et vient aboutir à la barrière dont il porte le nom[297].
[Note 297: Vers le milieu de ce boulevard, on a ouvert un
passage qui donne dans la rue Notre-Dame-des-Champs.]
FONTAINES.
_Fontaine Garancière._ Elle est située à l'entrée de cette rue, du
côté de celle de Vaugirard, et avoit été construite, en 1715, aux
frais de la princesse Anne, palatine de Bavière, veuve de Henri-Jules
de Bourbon-Condé, ainsi que l'indique l'inscription suivante, détruite
pendant la révolution, et qui a été rétablie:
_Aquam præfecto et ædilibus acceptam hic, suis impensis, civibus
fluere voluit serenissima princeps Anna Palatina ex Bavariis,
relicta serenissimi principis Henrici-Borbonii, principis Condæi,
anno Domini M. D. CC. XV._
_Fontaine de la rue du Regard._ Cette fontaine, qui existe depuis
long-temps à l'angle de cette rue et de celle de Vaugirard, est ornée,
depuis quelques années, d'un bas-relief de peu de saillie et d'un bon
style, lequel représente une Naïade qui se joue avec des cignes.
FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE DU QUATRIÈME VOLUME.
TABLE DES MATIÈRES.
QUATRIÈME VOLUME.--PREMIÈRE PARTIE.
QUARTIER DU LUXEMBOURG.
Page
Paris sous Louis XIV. 1
Origine du quartier. 207
Saint-Sulpice. 208
Les Religieuses de Notre-Dame-de-la-Miséricorde. 227
Les Orphelines de Saint-Sulpice. 230
Les Filles du Saint-Sacrement. 234
Les Prémontrés réformés. 239
L'abbaye de Notre-Dame-aux-Bois. 242
Le prieuré du Chasse-Midi. 244
Les Filles de Saint-Thomas-de-Villeneuve. 247
Les Petites-Maisons. 250
Les Filles du Bon-Pasteur. 253
Hospice des Hibernois. 256
Les Filles de l'Annonciation. _Ib._
Les Incurables. 257
Les Bénédictines de Notre-Dame-de-Liesse. 260
Hospice Saint-Sulpice. 262
Les Filles de l'Enfant-Jésus. 263
Les Filles de Notre-Dame-des-Prés. 265
Les Filles de Sainte-Thècle. 267
Les Carmes-Déchaussés. 269
Les Religieuses du Précieux-Sang. 273
Les Religieuses de Lorraine. 275
Noviciat des Jésuites. 277
Les Filles de l'Instruction-Chrétienne. 279
Les Dames du Calvaire. 281
Le palais du Luxembourg. 285
Comédie Françoise. 302
Les Feuillants-des-Anges-Gardiens. 324
Les Chartreux. 326
L'abbaye de Port-Royal. 338
L'Institution de l'Oratoire. 343
La Foire Saint-Germain. 345
Colléges, Écoles, etc. 353
Hôtels. 363
Rues et Places du quartier du Luxembourg. 369
Monuments nouveaux. 396
Rues et Places nouvelles. 408
Fontaines. 411
FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES.
IMPRIMERIE ET FONDERIE DE J. PINARD,
RUE D'ANJOU-DAUPHINE, Nº 8.
[Notes au lecteur de ce fichier numérique:
Seules les erreurs clairement introduites par le typographe ont été
corrigées. L'orthographe de l'auteur a été conservée.
Corrections effectuées:
--Note 55: "Les travaux qu'il fit faire à cette effet" a été remplacé
par "Les travaux qu'il fit faire à cet effet".
--Note 114: "une véritable force d'aine" a été remplacé par "une
véritable force d'ame".
--Page 409: "au cul-de-sac de la rue Notre-Dame-des-Champs, auquelle"
a été remplacé par "au cul-de-sac de la rue Notre-Dame-des-Champs,
auquel".]