«Ton Effendina (vice-roi), me dit-il d’un air méprisant, croyait

vaincre le Mahdi! Le maître attendu l’a battu. Pour cet ébloui,

il y aura encore de mauvais jours!» Je ne répondis rien. Madibbo

ne m’avait-il pas conseillé d’être soumis et patient? Que de fois,

pourtant, ce me fut difficile d’obéir à ses conseils!

Je pris congé de Khalid qui commençait à me faire sentir que,

maintenant, il était devenu mon supérieur.

Je partis aussitôt pour Dara. Réellement souffrant, je gardai la

chambre, sans pouvoir jouir du repos, troublé sans cesse par les

plaintes amères des malheureux auxquels on avait enlevé tout moyen

d’existence.

Sur ces entrefaites, les Mahdistes assiégèrent Fascher.

La forteresse était sise sur la colline occidentale; les rebelles

prirent position sur l’autre située à l’orient. Ces deux collines étant

séparées entr’elles par le Rahat Tendelti, ils gardèrent les puits qui

se trouvent sur les versants des collines et dans la vallée. Quoique

Saïd Djouma fut commandant en chef, Saïd Agha el Fouli et Ibrahim Agha

et Tekelaoui jouissaient d’une influence beaucoup plus grande sur la

garnison. Le premier, El Fouli, avait combattu à mes côtés à Shakka;

lorsqu’il avait été blessé je l’avais envoyé se soigner au milieu

des siens, à Fascher; le second était renommé pour sa vaillance. La

garnison manquant d’eau, un combat ne tarda pas à s’engager ayant pour

but et pour endroit de la lutte les puits situés au dehors. Djouma

avait bien à sa disposition plus de cent Remington, mais il était loin

d’en posséder le même nombre que les Mahdistes. Néanmoins, après un

sérieux combat, la garnison réussit à chasser l’ennemi des puits et

à les garder en son pouvoir. Les rebelles durent se retirer jusqu’à

Woad Berag. Des secours ne tardèrent pas à parvenir à Khalid de

Kabkabia, par le major Adam Aamir qui s’était rendu, et qui envoya le

commandant des Basingers, Babeker woled el Hadj, avec des soldats et

des munitions. Il attaqua de nouveau Fascher, s’empara des puits et

repoussa la vaillante garnison. Celle-ci tenta à plusieurs reprises,

et d’une façon héroïque de chasser l’agresseur; ce fut en vain. Le 15

janvier, après sept jours d’une lutte passionnée, elle dut se rendre à

merci. Mohammed Khalid, vainqueur, fit son entrée dans la capitale.

Les armes furent livrées et la forteresse occupée. De même qu’à Dara,

les perquisitions commencèrent et les cruautés commises furent encore

plus atroces. Saïd Djouma pour lui-même s’en tira, en somme, assez

heureusement. La plus grande partie de sa fortune fut confisquée, il

est vrai; mais, sans mauvais traitement aucun, il fut banni, lui et les

siens. Envoyé provisoirement à Kobbe, on lui assigna une demeure où

il fut au moins tranquille, tandis que ses camarades et tous ceux qui

s’étaient rendus eurent beaucoup à souffrir. Le major Hamada effendi,

ayant déclaré ne rien posséder, fut accusé par une de ses esclaves

d’avoir caché de l’argent et de l’or. Conduit devant Khalid, celui-ci

le traita de «chien d’infidèle». Le major lui répliqua en l’appelant

«misérable Dongolais». Furieux, Khalid ordonna de le fouetter jusqu’à

ce qu’il indiquât où était caché son trésor. Pendant trois jours,

Hamada effendi subit la peine du fouet, à raison de 1000 coups

journellement. Ce fut en vain; un morceau de bois se serait plutôt ému!

Aucun aveu ne sortit de sa bouche. Quand on lui demandait de livrer son

argent, il répliquait invariablement: «Eh! oui, j’en ai de l’argent,

j’en ai de l’or; mais mon trésor est enterré et il reposera avec moi,

en paix, sous la terre!»

Mohammed Khalid fit cesser enfin cette torture et remit le blessé, à

moitié mort, à la garde de ses ennemis, les Mima. Ceux-ci eux-mêmes ne

purent qu’admirer la fermeté d’un tel homme qui était trop fier pour

avouer, même au prix de sa délivrance!

Ibrahim el Tekelaoui, qu’un Emir avait traité d’esclave, après avoir

tué sa femme et ses jeunes frères se donna la mort. Saïd Fouli préféra

mourir plutôt que de subir plus longtemps pareilles humiliations. Ces

derniers incidents décidèrent enfin Khalid à mettre un frein à tant de

cruautés: il bannit en différents endroits, mais à proximité, le reste

des officiers égyptiens.

Khalid me fit alors mander à Fascher. J’arrivai dans la capitale, au

commencement de février. On m’assigna pour demeure la maison de Djouma,

avec ordre d’y faire venir mes gens et mes chevaux qui étaient restés

à Dara. On me fit entendre que, en signe de soumission, je devrais

volontairement aliéner le reste de mes biens. Je remis, comme on me le

demandait, même ce que je possédais à Fascher, à Djaber woled Thajjib,

nommé administrateur (Amin) du Bet el Mal. Il ne me restait, en somme,

que juste de quoi vivre.

Ayant appris les mauvais traitements qu’avait endurés Hamada, ainsi

que sa fermeté extraordinaire, je cherchai aussitôt à le voir. Je

le trouvai dans un état affreux. Les blessures dont tout son corps

était couvert, suppuraient et, chose horrible à dire, ses ennemis les

lavaient chaque jour avec de l’eau froide mêlée de sel et de poivre,

espérant que la douleur lui arracherait enfin un aveu.

Ils ne purent rien en tirer!

Je courus chez Khalid, lui décrivis la situation de Hamada et le priai

de vouloir bien confier à mes soins le major.

«Il est infidèle, répliqua-t-il; il tient cachée sa fortune; il m’a

offensé publiquement; il doit expier ses fautes et mourir comme un

misérable.»

Je le suppliai alors, au nom et en souvenir de notre ancienne amitié,

de me remettre le malheureux.

«Bien, dit-il enfin d’un ton moqueur; mais à la seule condition que tu

te prosternes devant moi, pour lui.»

Il n’y a pas au Soudan chose plus humiliante qu’une prosternation. Le

sang me monta à la tête. Je crois que je ne l’aurais pas fait, même

pour sauver ma propre vie; eh! bien, ce n’était pas trop pour sauver

le malheureux dont l’image effrayante, terrible, était présente à

mes yeux! Je me prosternai devant Mohammed Khalid et posai mes mains

sur ses pieds nus; mais lui rapidement les retira et me releva; il

paraissait avoir honte du sacrifice qu’il venait d’exiger de moi.

«Hamada est libre, me dit-il; je le remets entre tes mains. Mais,

donne-moi ta parole: que si tu apprends en quel endroit sont enfouies

ses richesses, tu m’avertiras sans retard.»

Je le lui promis. Il appela un de ses parents, afin qu’il m’accompagnât

et qu’on me remit le malheureux. Mes domestiques transportèrent Hamada,

sur un angareb, dans ma maison. Je lavai ses blessures et fis étendre

dessus du beurre frais; cela le soulagerait au moins; car, il ne

fallait pas espérer le sauver.

Il but un peu de bouillon; à voix basse, il prononçait parfois quelques

mots, appelant la malédiction du ciel sur ses bourreaux. Le quatrième

jour de son séjour dans ma demeure, il désira rester seul avec moi.

«Ami, murmura-t-il, je sens que mon heure dernière est venue. Que Dieu

te récompense de ce que tu as fait pour moi. Je ne puis plus rien faire

maintenant; pourtant je te donnerai un gage de ma gratitude; j’ai

enfoui mon or....»

«Arrête, lui criai-je; veux-tu m’indiquer l’endroit où ton trésor est

caché?»

«Oui, tu dois l’avoir; qu’il puisse t’être utile!»

«Non, je ne veux et je ne peux pas le posséder. Pour te délivrer de

tes persécuteurs, je me suis engagé à communiquer, le cas échéant, à

Mohammed Khalid, ton ennemi, l’endroit où est caché ton or. Tu as assez

souffert pour que ce trésor ne tombe pas entre les mains de ceux que tu

haïs; continue à garder le silence; emporte ton secret dans la tombe;

elle ne te trahira pas. Que ce soit ta consolation et ta vengeance!»

Tandis que je parlais, Hamada avait saisi ma main.

«Merci, râla-t-il, sans mon argent, tu seras encore heureux un jour.

Allah kerim! (Dieu est miséricordieux).» Il s’étendit essayant de lever

un peu l’index de la main droite.

Doucement, très doucement, il put murmurer encore. «Lâ ilahi ill Allah,

Mohammed rasoul Allah»..... puis il ferma les yeux pour toujours. Il ne

souffrait plus! Les yeux mouillés de larmes, je contemplai ce cadavre.

Que m’était-il réservé, jusqu’à ce que, à mon tour, j’entre enfin aussi

dans le repos éternel?

J’appelai mes domestiques et fis chercher quelques hommes dévoués.

On lava le corps et on l’enveloppa dans un linceul que j’avais fait

apporter.

Sur ces entrefaites, j’allai avertir Mohammed Khalid de la mort de

Hamada.

«Est-ce qu’il ne t’a pas indiqué l’endroit où est caché son trésor?» me

demanda-t-il aussitôt.

«Non, lui répondis-je, cet homme avait trop de volonté pour livrer son

secret; je n’ai rien appris.»

«Que Dieu le maudisse! s’écria l’Emir. Puisqu’il est mort chez toi,

enterre-le, quoiqu’il n’ait mérité que d’être jeté, comme un chien, sur

un tas d’immondices.»

Je m’éloignai et fis ensevelir le corps près de ma maison, après qu’on

eut récité les prières usuelles.

Mohammed Khalid était doué d’un esprit très rusé. Autant il se montra

dur envers les fonctionnaires du Gouvernement, autant il agit avec

douceur envers la population. Il n’en donna pas moins toutes les

bonnes places à ses parents et chercha à tirer du pays tout ce qu’il

put, mais, il évita soigneusement de semer la discorde, s’efforça

de tranquilliser et de rassurer les gens en cherchant à les rallier

au nouveau régime. Les impôts allèrent en majeure partie grossir sa

caisse; cependant, de temps à autre, il faisait parvenir au Mahdi et

à ses califes de jolies jouvencelles, des chevaux, des chameaux bien

gras. On remerciait le généreux donateur! Il mit sa maison sur un grand

pied et épousa Miram Ija Basi, sœur aînée d’Ibrahim, Sultan du Darfour,

bien qu’elle fut âgée de cinquante ans. Elle avait en sa possession

plus de cent esclaves des deux sexes, intelligents et bien élevés,

elle-même était capable du reste de conduire avec dignité la maison

d’un riche sultan soudanais.

Khalid trouva tout à fait inutile même de feindre de mettre en pratique

le «renoncement aux biens de ce monde»; tous les soirs il y avait chez

lui de grands festins; et la nombreuse compagnie n’y manquait pas de

célébrer le Mahdi, de féliciter et de louer l’amphitryon.

Une lettre, très vieille de date, me parvint à cette époque. Elle

venait du Caire et m’avait été adressée par le moudir de Dongola. Il

me recommandait de concentrer des troupes à Fascher, m’enjoignant de

remettre le Darfour au descendant direct des rois de cette province,

Abd esh Choukour ibn Abd er Rahman Chattout, de me rendre à Dongola

avec tous mes soldats et le matériel de guerre. Ce fils de roi, qui

se trouvait encore à Dongola, n’avait pu trouver ni le chemin, ni les

moyens de parvenir jusqu’à moi et même si on l’avait écouté à temps,

cela n’aurait rien pu changer à la face des choses.

Une concentration complète des troupes à Fascher aurait déjà été rendue

impossible par l’opposition des officiers et des soldats. D’autre

part, si l’effectif de mes hommes avait été suffisamment élevé pour me

permettre de quitter le pays avec tout le matériel de guerre, à plus

forte raison aurais-je pu y rester et, en tout cas, mieux servir le

Gouvernement que le timide Abd esh Choukour.

Je demandai à Khalid qui m’avait remis la missive la permission

d’envoyer quelques lignes à mes partisans et de les remettre à l’Arabe

qui avait apporté le message et qui était assuré du retour. Khalid y

consentit; mais, comme c’était à prévoir, ma lettre ne parvint jamais à

son adresse.

Je passai mon temps très tranquille, chez moi, sans voir beaucoup de

monde, attendant du Mahdi les ordres concernant ma personne.

Au milieu de mai, Mohammed Khalid m’apprit que le Mahdi, à cause

soi-disant du manque d’eau, avait quitté El Obeïd et s’était retiré à

Rahat. Il exprimait le désir de faire ma connaissance et m’ordonnait de

faire mes préparatifs de voyage.

A cette époque survint la reddition de la province du Bahr el Ghazal

par Lupton bey.

En même temps que Khalid, le Mahdi avait nommé Karam Allah, Emir du

Bahr el Ghazal, et l’avait envoyé dans cette province. Karam Allah

habitait autrefois chez son frère Korgosaui, qui était commandant des

Basingers de Lupton bey. Ayant appris la nouvelle de la rébellion

du Mahdi, il quitta le pays avec le consentement de son frère et se

dirigea sur El Obeïd où le Mahdi le reçut avec tous les honneurs

possibles.

Nommé Emir, il rentra dans sa province. Son frère et les Basingers

qu’il commandait, la plupart des fonctionnaires du Gouvernement et

enfin le remplaçant de Lupton, Arbab Zobeïr, autrefois si fidèle, se

joignirent à lui. Lupton bey abandonné dut capituler sans combat.

Si le soulèvement n’avait pas été fomenté par ses gens, mais bien par

les tribus nègres de la province, Lupton aurait pu tenir pendant des

années, en raison surtout du manque d’union des dites tribus. Trahi

par les siens, il ne lui était resté, à lui qui était connu pour sa

bravoure, qu’à se rendre à l’ennemi, sans même tirer un coup de fusil.

Mohammed Khalid manifesta le désir que je pris avec moi Saïd bey

Djouma, alors encore à Kobbe; je me déclarai toujours prêt à le

satisfaire, malgré les intrigues qu’autrefois ce dernier avait

suscitées à mon égard. Dimitri Zigada, un marchand grec résidant depuis

longtemps au Darfour et qui fournissait la viande aux garnisons de

Fascher et de Kabkabia me demanda l’autorisation de se rendre avec moi

au Kordofan. Mohammed Khalid auquel j’en référai donna son consentement.

Dimitri avait à réclamer du Gouvernement, pour ses livraisons 8,000

L. E. (207,000 francs environ). Il portait les bons que je lui avais

signés avant la capitulation, toujours sur lui, cousus dans une

ceinture et dans des chiffons de toile.

Je me procurai les chameaux nécessaires. A cette époque de l’année, on

trouve très peu d’eau sur le chemin du Kordofan; je dus donc limiter au

strict nécessaire le nombre de ces animaux. Le prix des chevaux étant,

d’autre part, très élevé au Kordofan, j’en pris quatre avec moi, avec

l’intention de les vendre là-bas pour réduire les frais de voyage.

J’avais fait don à Khalid, sur le désir qu’il m’en avait exprimé, de

l’étalon que Gordon m’avait donné jadis à Dourrah el Khadra.

Saïd bey Djouma était arrivé de Kobbe; la séparation de ses quatre

femmes et de ses sept enfants lui avait été particulièrement pénible.

Vers le milieu de juin 1884, je partis de Fascher, en compagnie de

Djouma et de Zigada. J’étais presque joyeux de pouvoir quitter ce pays

où j’avais passé par tant de chagrins et de surprises amères.

Mohammed Khalid nous adjoignit une escorte de dix hommes commandée par

le Fakîh Shahir de la race des Berti, pour nous protéger en route,

prétendait-il, mais bien en réalité pour nous surveiller.

Nous prîmes congé de lui.

Je le remerciai des diverses bontés qu’il m’avait témoignées et lui

recommandai ceux que nous laissions à ses soins; puis nous prîmes le

chemin de Woda et de Fafa, pour atteindre Taouescha. En route, nous

fûmes exposés non seulement à la curiosité générale, mais encore nous

dûmes subir de nombreux propos railleurs sur notre situation actuelle,

situation qu’on trouvait, de l’avis de tous, encore beaucoup trop belle

en raison de nos prétendus méfaits d’antan!

Cinq jours après, nous atteignîmes Taouescha; notre guide Fakîh Shahir,

natif de cet endroit, trouva bon d’y séjourner pendant plusieurs

jours. Nous dûmes l’attendre. Quoiqu’il nous traitât en hôtes et nous

hébergeât de son mieux, nous ne demandions qu’à continuer notre voyage;

il se décida enfin à quitter sa ville natale.

Pendant notre séjour, je fis cadeau à ses petites filles de bracelets

en ivoire, très recherchés dans le Darfour et que j’avais emportés sur

moi comme argent pour le voyage.

A lui-même, je donnai quelques-uns des rares écus que j’avais pu me

procurer à Fascher; je gagnai ainsi sa confiance. Il me communiqua

alors en secret que Mohammed Khalid l’avait chargé d’épier toute notre

conversation; les remarques que nous pouvions faire sur le Mahdi ou

sur son administration devaient être rapportées rigoureusement et

consciencieusement au calife Abdullahi. Il me pria d’avertir mes

compagnons de voyage, un seul mot imprudent pouvant nous compromettre.

Je le remerciai cordialement et recommandai à tous la plus grande

prudence.

Après avoir traversé Dar Hamr, nous arrivâmes vers la mi-juillet

à El Obeïd, non sans avoir souffert du manque d’eau et avoir été

importunés à plusieurs reprises par les Arabes Messeria. Le Mahdi

avait laissé dans cette ville un de ses parents, autrefois marchand

d’esclaves, nommé Sejjid Mahmoud, pour le remplacer. Je le trouvai

accroupi sur le sol, au milieu de nombreux marchands, en train de se

disputer violemment avec eux. Je me présentai; mais quoiqu’averti de

mon arrivée, il resta quelques minutes sans paraître m’apercevoir. Il

finit enfin par me saluer et ordonna à un de ses serviteurs de nous

accompagner dans une maison sise non loin de là et qu’on nous assigna

comme quartier.

Une heure après, on nous apporta un mouton et un sac de blé, en nous

recommandant d’assister aux prières publiques. Dimitri Zigada s’étant

déclaré malade, nous nous rendîmes, Djouma et moi, au lieu des prières,

où depuis midi jusqu’au soir, Sejjid Mahmoud et ses compagnons nous

entretinrent de la grandeur du Mahdi, et de la sainteté de sa doctrine.

Sur tous les tons et continuellement, on exigeait fidélité et respect

au Mahdi, sous peine de cruelles punitions sur cette terre et de

condamnation éternelle dans l’autre monde. Epuisés de fatigues, il nous

fut permis enfin de regagner notre logis.

Le lendemain Sejjid Mahmoud nous avertit d’avoir à continuer notre

voyage; nous quittâmes El Obeïd pour atteindre, à une journée de marche

environ, Rahat où le Mahdi avait établi son camp.

FOOTNOTES:

[1] Chiatin en arabe pluriel de chaïtan, signifie “Diables”; tel est le

surnom donné à Slatin Pacha dans le territoire du Mahdi.

[2] Romolo Gessi, né en 1831 à Constantinople, combattit en Crimée

à côté des Anglais et y fit la connaissance de Gordon qui l’appela

en 1874 au Soudan où, après diverses campagnes, il fut enfin nommé

gouverneur de la province du Bahr el Ghazal.

[3] Le Dabarek est un réservoir maçonné, rond et bas, d’environ trois

mètres de diamètre, qui reçoit l’eau du puits et sert à abreuver le

bétail.

[4] —village assez vaste et dépéndant de la province de Dara.

[5] Il faut comprendre par écu «écu-medjidieh» monnaie turque qui vaut

environ 2 frs. 50 cts.

[6] La _Nahas_ est un tambour de guerre, en cuivre. La _Nugara_

représente un tambour immense fait avec un tronc d’arbres creusé

et couvert des deux côtés d’une peau tannée. L’Umbaia est une dent

d’éléphant creusée.

[7] Mahdi signifie chez les musulmans, le rédempteur attendu pour la

fin des temps «celui qui remplira de justice le monde qui auparavant

était rempli d’iniquité.»

[8] La formule consacrée de la Baïa (du serment) est la suivante:

Au nom de Dieu clément et miséricordieux. Nous promettons à Dieu, au

Prophète, à notre Mahdi et à toi, de nous confier en Dieu, de ne jamais

douter de Lui, de ne jamais voler, de ne commettre ni adultère, ni faux

témoignage, et de ne pas nous montrer ingrats à ses bienfaits; nous te

promettons de renoncer au monde et de ne jamais abandonner la guerre

sainte.

[9] D’après Mohammed Ibn Taher, on fait une distinction entre le «Faïd»

c’est-à-dire le butin d’un pays qui s’est soumis sans résistance, et le

«Ranima,» c’est-à-dire, le butin de guerre. Le Mahdi ne reconnaissait

que le principe du «Ranima», c’est-à-dire le pillage absolu.

Fer et feu au Soudan, vol. 1 of 2 · 第 25 / 25 段