La Figue

La patrie du figuier, lit-on, dans «_Cosmos_», paraît être l'Asie

Mineure: de là, il s'est répandu dans toute l'Europe méridionale, puis

il a été introduit en Amérique, où il en existe plus de 400 variétés, en

Californie, au Texas, en Floride. Le midi et l'ouest de la France en

possèdent une trentaine de variétés donnant toutes de très bons

produits.

La figue est non seulement, d'une manière générale, un aliment très

sain, c'est encore un fruit de choix très apprécié, mais en se

desséchant il semble descendre de son rang, et sauf quelques exceptions,

les gourmets qui l'ont le plus recherché, en été, le relèguent en hiver

parmi les fruits les plus vulgaires, _les mendiants_, qui ne paraissent

que sur les tables médiocres.

Pourquoi cette différence de traitement entre la datte et la figue? La

date reste toujours un dessert de luxe: cet honneur, la figue ne le

connaît que passagèrement. C'est un plaisir délicat que de cueillir et

de savourer en Provence, pendant les chaudes journées d'été, une belle

coucourelle ou une roussanne parfumée; mais, en décembre, elles seront

exilées de la table des riches, on ne les sert jamais dans les repas de

corps ou dans les dîners officiels! Et pourtant ces deux fruits, figue

et datte, se valent: le sucre miellé et odorant de la figue peut

soutenir la comparaison avec la datte la plus savoureuse.

Il nous a semblé intéressant de rechercher la véritable raison pour

laquelle la figue sèche n'a pas, à l'heure du repas, la place à laquelle

elle a droit par la délicatesse et la douceur de sa pulpe.

Examinons une belle figue sèche de Smyrne.

Le fruit paraît d'abord recouvert d'une sorte de matière blanche

pulvérulente. Bien des personnes croient voir en cette substance une

moisissure, et cette pensée les rend circonspectes. Or, cette poussière

est constituée par un sucre à peu près pur, la glucose, qui s'est

desséché et concrété sur la surface du fruit entraînant avec lui une

faible quantité d'un autre sucre: la mannite.

Ouvrons maintenant la figue:

Un tissu pulpeux, délicat et mince, enveloppe un miel coloré par tous

les sucs parfumés qui gorgeaient les fleurs du figuier.

Il est de règle, chez les arbres de nos vergers, qu'un seul fruit

corresponde à un seul réceptacle floral. Tel est le cas des cerises,

pêches, abricots, etc.

Le figuier a été conçu sur un autre plan. Au point de vue botanique, la

figue est un fruit composé formé par une substance charnue renfermant à

l'intérieur de nombreux fruits dont chacun contient une graine.

La figue est verte quand elle est fraîche, puis elle devient rouge à

l'intérieur et extérieurement brun pourpre ou jaunâtre.

Les fleurs du figuier sont unisexuées et distribuées à la surface d'un

réceptacle commun plus ou moins globuleux, ouvert à son sommet (oeil).

C'est ce réceptacle improprement appelé fruit qui, après la fécondation,

se renfle en une masse saturée de matières sucrées pour constituer la

figue.

Grâce à cet entassement de fleurs sur un seul support, la matière sucrée

de la figue a le parfum et les caractères d'un véritable miel, mais nous

croyons bien aussi que cet arrangement est la cause initiale de la

déchéance que nous infligeons à la figue, dès qu'elle a perdu sa

fraîcheur.

Nous venons de voir, en effet, que chaque fleur porte une graine; or, le

réceptacle floral contient, suivant les variétés de figues, des

quantités de fleurs variant de mille à trois mille et même davantage.

Nous avons pratiqué quelques numérations sur diverses espèces, et voici

les résultats moyens que nous avons obtenus:

Bulletin de Lille, 1916.06 publié sous le contrôle de l'autorité allemande · 第 83 / 150 题