NUL signe particulier ne distingue la déesse figurée dans notre planche
34, des nombreuses déesses égyptiennes auxquelles conviennent également
le _disque solaire_, distinction ordinaire des Héliades, _les cornes de
vache_, symbole de la nutrition ou de la qualité de déesse Nourrice,
_le modius_, symbole de l'Abondance, qui surmontent la coiffure formée
d'un _vautour_ les ailes éployées, constant emblème de la _maternité_.
La légende hiéroglyphique seule peut, en nous donnant son nom propre,
faire distinguer cette déesse de _Mouth_, d'_Hathor_, d'_Isis_, de
_Ritho_, de _Natphé_ et de toutes les _autres déesses_ mères en général.
Le nom entier de la divinité dont cette planche reproduit l'image se
lit (lég. nº 4)ⲧⲉⲥⲱⲛⲉ ⲛⲟϥⲣ[482], _Tésoné-nofré_ ou _Tésonénoufé_; et
ce nom signifie textuellement _la sœur-bonne, la bonne-sœur_. Les
légendes numéros 1, 2 et 3 en offrent les différentes variantes et toutes
les abréviations.
_Tésonénofré_ fut, selon les mythes sacrés, l'épouse et la compagne
fidèle du dieu _Haröeri_, l'_Apollon_ égyptien; et le nom même
de _Bonne-sœur_ que portait la déesse dut, sans aucun doute, la
faire assimiler par les Grecs à leur Artémis, Diane, qui secourut
efficacement sa mère, Latone, lorsque celle-ci accoucha de son frère
Apollon. Diverses légendes de _Tésonénofré_ prouvent en effet que, dans
l'opinion même des Égyptiens, cette déesse ne fut qu'une modification
de _Tafné_, l'une des formes de _Bubastis_, la Diane ou Artémis
égyptienne.
Toutefois dans les traditions _du nome Ombite_, l'un des siéges
principaux du culte d'_Haröeri_, son épouse, _Tsonénofré_, n'était
point sa sœur de père, puisque le dieu y était donné comme fils de
_Sév_ (_Cronos_ ou _Saturne_), tandis qu'on y traitait la déesse de
_fille du dieu Phré_ ou _fille du soleil_. Cette filiation résulte de
la légende nº 1 copiée dans le grand temple d'Ombos à côté de l'image
même de la déesse: ⲧⲉⲥⲱⲛⲉ ⲛⲟϥⲣ ⲛⲉⲃ ⲛⲃⲓ ⲧⲥⲓ ⲙⲡⲣⲏ ⲛⲉⲃ ⲛⲧⲡⲉ ϩⲟⲛⲧ ⲛⲛⲉⲛⲧⲣ
ⲛⲓⲃⲓ, TÉSONÉNOFRÉ _dame d'Ombos_, FILLE DU SOLEIL, _dame du ciel,
rectrice de tous les dieux_. La même descendance a été exprimée dans la
légende nº 5.
Cette fille du soleil faisait partie de la seconde des deux triades
divines adorées dans le nome Ombite et qui se composait d'_Haröeri_
(le père), _Tésonénofré_ (la mère) et _Pnébtho_ (leur fils). Plusieurs
tableaux sculptés sur le fût des colonnes ou sur les parois intérieures
du grand temple représentent les trois membres de cette triade réunis,
recevant les offrandes de Ptolémée Philométor et de Cléopâtre sa femme.
Ailleurs la déesse accompagne son époux Haröeri ou partage avec son
fils _Pnébtho_ les adorations de Ptolémée Évergète II, ou celles de
Cléopâtre Cocce et de Ptolémée Soter II.
Outre les qualifications de _dame du ciel_, _d'œil du soleil_ et de
_dame d'Ombos_, qui appartenaient à _Tsonénofré_ comme fille du dieu
_Phré_ (le soleil), et comme l'une des divinités spéciales de la ville
d'Ombos, nous avons remarqué les titres suivants relatifs aux charmes
et à la beauté de la déesse: ⲡⲉⲥϩⲟⲛⲟϥⲣ, _déesse au beau visage_, ϩⲁⲁⲕ
ⲛⲉⲛⲧⲣ ⲛⲙⲉⲓⲟ ⲛⲉⲥⲛⲟϥⲣ, _celle qui réjouit les dieux par la vue de ses
beautés_[483].
[482] Le groupe hiéroglyphique phonétique formé du _téorbe_,
du _céraste_ et de la _bouche_, ⲛϥⲣ, répond dans tous les
textes hiéroglyphiques aux deux adjectifs coptes ⲛⲟϥⲣⲉ et ⲛⲟⲩϥⲉ
indistinctement.
[483] Ces titres sont sculptés à la suite du nom propre de la déesse
dans les inscriptions des bas-reliefs de la seconde salle du temple
d'Ombos.
[Illustration: 34.]