SOVK.

(SUCHUS, CRONOS, SATURNE.)

LE dieu _Sovk_, qui, dans la planche nº 21, est totalement de forme

humaine, se montre ici avec la tête de l'animal qui lui était

spécialement consacré; c'est celle d'un crocodile, amphibie redoutable,

qui peuple le grand fleuve auquel l'Égypte doit sa prospérité, et

presque son existence. Les médailles grecques de l'Égypte, prouvent, en

effet, que le crocodile fut l'emblême du Cronos Égyptien; une médaille

d'Antonin, frappée à Alexandrie, montre, à son revers, le dieu grec

Cronos, la tête surmontée d'un disque, en sa qualité de planète, la

harpè dans la main gauche, et un _crocodile_ sur la main droite. C'est

ainsi que sur les médailles grecques des nomes d'Apollonopolis, de

Thèbes, de Tentyra, d'Hermopolis, de Mendès, etc., les dieux Égyptiens

répondant à Apollon, Zeus, Aphrodite, Hermès et Pan, se montrent au

revers de ces médailles, costumés à la grecque, mais tenant aussi sur

leurs mains un épervier mithré, un bélier, un épervier, un ibis et un

bouc, animaux que les Égyptiens avaient consacrés à ces divinités, qui,

presque toutes, en empruntent la tête sur les monuments du premier

style.

Le crocodile fut choisi de préférence à tout autre animal, pour devenir

le symbole de _Souk_, le Cronos ou Saturne Égyptien, le dieu du temps,

parce que, selon la doctrine sacerdotale, cet amphibie est l'emblême

_du temps_[318]. Dans le systême hiéroglyphique, diverses parties

isolées du crocodile, expriment, de plus, des phénomènes célestes, qui

tous ont servi de base aux divisions du temps. Les _deux yeux_ de cet

animal signifient le _lever_ du Soleil ou d'un astre (Ἀνατολὴ); le

crocodile _recourbé_ désignait _le coucher_ (Δύσις), et _sa queue_,

les ténèbres, l'obscurité de la nuit (Σκότος)[319]. Les écrivains

Grecs nous font connaître les villes de l'Égypte dans lesquelles le

crocodile, ou plutôt le dieu dont cet animal fut l'emblême spécial,

était principalement adoré; ce furent surtout Ombos, Coptos, et Arsinoé

qui, avant le règne des Lagides, portait parmi les Grecs le nom de

Crocodilopolis.

Les bas-reliefs du grand temple d'Ombos offrent, en effet, l'image du

dieu à tête de crocodile, accompagné de son nom hiéroglyphique Ⲥⲃⲕ

ou Ⲥⲃϭ _sovk_, _Sovg_, reproduite un très-grand nombre de fois, et

occupant le premier rang dans une moitié du temple qui a été construit

par les Égyptiens, en l'honneur des dieux SOVK et Aroëris, sous le

règne de Ptolémée Philométor et de Ptolémée Évergète II son frère, dont

les légendes royales couvrent toutes les parties de ce superbe édifice.

Les médailles du nome Ombite, portent à leur revers un _crocodile

ayant la queue recourbée_, absolument semblable à celui qui, sur les

bas-reliefs Égyptiens, termine le nom hiéroglyphique du dieu SOVK[320],

ou qui seul tient la place de ce nom lui-même, comme caractère

figuratif.

Les médailles de _Crocodilopolis_ ou _Arsinoé_, portent à leur revers

soit un crocodile semblable, soit, comme les médailles de Coptos,

l'image même de Cronos. Dans les temps antiques, on nourrissait

dans le lac voisin d'Arsinoé, un crocodile qui, à l'époque même de

Strabon, vivait des offrandes, en vin et en mets de différente nature,

apportées par les dévots, et que les prêtres mettaient dans la gueule

de l'amphibie apprivoisé. Ce savant géographe nous apprend aussi que

ce crocodile sacré s'appelait Σουχος (Souchos), ce qui est le nom

même du dieu SOVK, dont il était l'emblême; c'est ainsi que le bœuf

sacré de Memphis et le bouc de Mendès, se nommaient Apis et Mendès,

comme les dieux dont ils étaient les symboles; c'est encore ainsi

que sur les bas-reliefs Égyptiens, les images des animaux sacrés,

le bélier, l'ibis, le schacal, le crocodile, etc., portent les noms

hiéroglyphiques _Amon_, _Thouth_, _Anébo_ et _Sovk_, qui sont ceux des

dieux mêmes qu'ils représentent symboliquement.

[318] CLÉMENT d'Alexandrie, Stromat., liv. V, page 566.

[319] HORAPOLLON, liv. I, hierogl. 68, 69 et 70.

[320] Voyez la planche au signe (3).

[Illustration: 22.]

Panthéon égyptien · 第 66 / 96 题