(ATHOR, ATHYR, APHRODITE, VÉNUS.)
ON a déjà vu les Dieux _Ammon-Cnouphis_, _Nèith_ et _Phtha_ se
montrer tour-à-tour, sur les monuments, avec une tête humaine ou avec
celle des divers animaux qui leur étaient consacrés. Cette alliance
de différentes parties de quadrupèdes, d'oiseaux, d'insectes ou de
reptiles, avec un corps humain, fut tout-à-fait dans l'esprit des
anciennes nations orientales; et les temples de l'Égypte, de l'Inde et
de l'Éthiopie nous offrent une foule d'exemples de ces compositions
bizarres et monstrueuses que repoussa constamment le goût plus épuré
des Grecs.
Mais les Égyptiens qui cultivèrent les arts du dessin dans le seul but
de les appliquer à l'expression de la pensée, et dont les peintures,
les statues et les bas-reliefs n'étaient, en quelque sorte, que des
_caractères_ ou des _phrases_ de la _grande écriture monumentale_,
trouvèrent convenable, lorsqu'ils traçaient l'image d'un Dieu,
d'exprimer d'un seul trait sa qualité principale ou son attribution
particulière, en métamorphosant la tête humaine, commune à toutes les
divinités, en la tête de l'animal symbole de la qualité divine qu'on
adorait dans chaque personnage mythique. Les Grecs se contentèrent
de représenter ces animaux symboliques, placés aux pieds des Dieux
auxquels ils furent consacrés.
Notre planche 18[263] nous offre _Hathôr_, _la Vénus Égyptienne_,
ayant pour tête celle d'une _Vache_; la légende hiéroglyphique (nº 1):
_Hathôr, dame du Ciel, fille du Soleil_, qui est constamment placée à
côté de cette singulière image, ne permet aucun doute à cet égard.
Cette représentation d'_Hathôr_ est souvent reproduite sur les
monuments d'ancien style égyptien. Elle existe, par exemple, semblable
à celle que nous publions ici, sur un grand bas-relief qui appartient à
M. Prunelle de Lierre, et dont je dois un dessin très-exact à l'amitié
de M. Artaud, conservateur du Musée de Lyon. La Vénus Égyptienne à
tête de Vache, est aussi sculptée à la suite de _Phtha_, son époux, sur
un sarcophage de granit, dont la commission d'Égypte a donné la gravure
très-détaillée[264]. On la retrouve enfin sur un monument fort-curieux,
envoyé tout récemment, de Memphis, à M. Saulnier qui l'a cédé à M.
Durand. C'est une sorte de buste de grandeur naturelle, représentant un
individu très-jeune; sur son front est sculptée une image de _Phtha_,
le Dieu principal de Memphis; sur sa poitrine, celle d'Osiris, adorée
par deux personnages, le défunt et sa sœur; des deux côtés de la figure
d'Osiris sont rangées toutes les divinités particulièrement adorées à
Memphis, et parmi lesquelles on distingue, en première ligne, _Phtha_,
_Hathôr à tête de Vache_, et le Bœuf _Apis_, accompagnés de leurs noms
et de leurs titres en caractères hiéroglyphiques. Ce monument est d'un
très-beau travail.
Il est aisé de voir aussi que toutes ces statuettes égyptiennes de
bronze, ou de toute autre matière, qui figurent une déesse à _tête de
Vache_, sont des images de la Vénus Égyptienne, d'_Hathôr_, et non
pas celles d'_Isis_, déesse avec laquelle les Grecs paraissent avoir
souvent confondu l'épouse de _Phtha_.
L'Hephaistus ou le Vulcain Égyptien, _Phtha_, étant _le père de tous
les Dieux_[265], la déesse Hathôr, sa compagne fidèle, dut passer sinon
pour leur mère, du moins pour leur nourrice. On connaît, en effet,
plusieurs statues d'Hathôr, présentant son sein à différens Dieux
placés sur ses genoux, toujours sous la forme d'un enfant. Il est
probable que la _Vache_ a été consacrée à cette déesse pour rappeler
qu'elle a allaité la plupart des Dieux du second et du troisième ordre,
fils ou petit-fils de Phtha.
[263] Indiquée, par erreur, sous le nº 17.4 dans le texte explicatif
de la pl. 17.2.
[264] Description de l'Égypte, Antiq. vol. V, _Memphis_.
[265] _Voyez_ l'Explication de notre planche 13.
[Illustration: 18.]