NÈITH GÉNÉRATRICE.

(ATHÈNE, PHYSIS, MINERVE.)

SELON les débris de la doctrine Égyptienne, épars dans les écrits

des derniers Platoniciens et dans les livres Hermétiques, la déesse

_Nèith_, ou la Minerve Égyptienne, ne formait qu'un seul tout avec

le Démiurge Amoun, à l'époque même qui précéda la création des ames

et celle du monde physique. C'est en la considérant dans cet état

d'absorption en l'Être premier, que les Égyptiens qualifièrent _Nèith_

de divinité à la fois mâle et femelle. Le monde étant composé de

parties mâles et de parties femelles[75], il fallait bien que leurs

principes existassent dans le dieu qui en fut l'auteur. Aussi, lorsque

le moment de créer les ames et le monde arriva, Dieu, suivant les

Égyptiens, _sourit, ordonna que la nature fût, et, à l'instant, il

procéda de sa voix un être femelle parfaitement beau_ (c'était la

nature, le principe femelle, _Nèith_.), _et le Père de toutes choses

la rendit féconde_[76]. On retrouve dans cette naissance de _Nèith_,

émanation d'Ammon, la naissance même de l'Athène des Grecs, sortie du

cerveau de Zeus.

Notre planche représente _Nèith, mâle et femelle_, la déesse

Ἀρσενόθηλυς d'Horapollon[77]. La tête centrale de femme est celle même

de la déesse (voyez pl. nº 6.), surmontée de la coiffure _Pschent_,

emblême de la domination sur les régions supérieures et inférieures; la

tête de gauche est celle d'un _vautour_, symbole de la _maternité_ et

du principe _femelle_; et celle de droite, qui est une tête de _lion_,

caractérise _la force_. Proclus nous apprend, en effet, que _Nèith_

était regardée par les Égyptiens, comme _la force de la nature qui meut

tout_[78]. La déesse étend ses bras auxquels sont attachées deux ailes

immenses, ce qui caractérise parfaitement encore la Minerve Égyptienne,

qui, selon Athénagore, était un _esprit étendu en tous lieux_[79]. Le

corps de _Nèith_, couvert d'une tunique soutenue par deux bretelles,

est celui d'une femme auquel est adapté le signe spécial du principe

mâle; des pieds de lion portent cette image panthée de _Nèith_, comme

l'image panthée du Démiurge _Amon-Râ_ (voyez pl. nº 5).

Cette singulière représentation de _Nèith_, mâle et femelle, se trouve

plus ou moins complète dans les peintures des grands manuscrits

hiéroglyphiques. La légende (A) qui s'y rapporte, signifie simplement

LA MÈRE; ailleurs, _le vautour_, caractère principal de ce nom, et

l'emblême spécial de la déesse, est combiné avec le fouet (B), ou suivi

de plusieurs autres signes (C) qui formaient la légende Ⲧⲙⲁⲩ ⲧϫⲣ ⲛⲏⲃ,

_Mater magna Domina_. Il est évident qu'un des noms hiéroglyphiques

de _Nèith_, composé du _vautour_ et du _scarabée_, nom expressément

indiqué par Horapollon[80], se rapportait à _Nèith_ Ἀρσενόθηλυς; ces

deux caractères exprimaient, en effet, le premier le _sexe féminin_ et

la _maternité_, le second le _sexe masculin_ et la _paternité_.

La croyance populaire voulait que _Nèith_ eût été l'inventrice de

l'art de filer[81]; c'est là une nouvelle conformité entre la déesse

Égyptienne et l'Athène des Grecs. La troisième grande fête des

Égyptiens était célébrée à Saïs, et dans toute l'Égypte, en l'honneur

de _Nèith_; pendant cette nuit solennelle, chacun allumait en plein

air des lampes autour de sa maison; cette fête porta le nom de _Fête

des lampes ardentes_, et l'on donnait une raison sainte de ces

illuminations[82].

C'est d'un très-beau manuscrit égyptien hiéroglyphique rapporté

d'Égypte par le courageux voyageur Belzoni, que nous avons extrait

l'image de _Nèith_-Panthée, figurée sur cette planche. D'autres

manuscrits ne donnent à la déesse, toujours mâle et femelle, que la

tête seule de lion.

[75] HORAPOLLON, liv. I, nº 12.

[76] HERMÈS, _liber sacer_, apud JOAN. STOB. _Eclog._ lib. I.

[77] HORAPOLLON, liv. I, nº 13.

[78] PROCLUS, _in Timæum_ PLAT., p. 30.

[79] ATHENAGOR. _Legat. pro Christian._, p. 24, B.

[80] HORAP. liv. I, nº 12.

[81] EUSTATHE, sur Homère, _Iliade_ I.

[82] HÉRODOTE, II, §. 63.

[Illustration: 6.3.]

Panthéon égyptien · 第 28 / 96 题