XXIII Où nous réglons nos comptes avec Bodmilcar.

Le jour était très-avancé pendant que nous redescendions. N’osant

franchir la barre dans les ténèbres, je m’établis, pour la nuit,

vis-à-vis d’un petit camp chaldéen, après avoir pris toutes les

précautions requises. Je craignais quelque mauvais coup de la part du

Terrible.

Sur la berge étaient des huttes de feuillage où des marchands

phéniciens vendaient aux soldats assyriens du vin et de la pacotille

et leur achetaient leur butin. Himilcon, Gisgon et quelques autres ne

purent résister à l’envie d’y descendre, pour y boire et y bavarder.

Je les y autorisai, à condition qu’ils ne s’éloigneraient pas du

navire plus loin que la portée de la voix. Environ deux heures après,

je descendis moi-même dans ce marché éclairé de torches nombreuses.

J’étais curieux de voir ce qui s’y passait. Bicri et Jonas

m’accompagnèrent. Au moment où j’arrivais à terre, deux grandes

galères de construction phénicienne descendaient le fleuve pour venir

mouiller en aval de nous. Avec elles était un gaoul que je ne

distinguai que vaguement, car il serrait la rive opposée à celle où

j’étais, et le fleuve était bien large. Je n’y fis d’ailleurs pas

autrement attention, la navigation étant très-active, par suite du

grand trafic d’esclaves qui se faisait avec l’armée du roi d’Assyrie.

Illustration : Sur la berge étaient des huttes.

Je trouvai Himilcon et Gisgon en discussion avec des guerriers

chaldéens, qui traitaient leurs récits de hâbleries et de mensonges.

Illustration : Je trouvai Himilcon et Gisgon en discussion avec des

guerriers chaldéens.

« Comment, dit Himilcon à un chef qui était là, tu ne veux pas croire

que nous avons tenu le soleil à notre gauche ? O grand sot ! Demande

plutôt au brave Bicri, ici présent, qui a tué des cerfs de dix palmes

de haut, et à cet honnête Jonas, qui a été dieu dans le pays de

l’huile de poisson !

— Que me dis-tu là ? s’écria le Chaldéen en colère. Que me

brouilles-tu de tes cerfs et de ton huile de poisson ? Veux-tu me

faire croire qu’il y a des hommes assez stupides pour adorer un autre

homme comme dieu ?

— Vous adorez bien Nitsroc, vous autres ! dit Bicri.

— Et vous vous laissez donner des coups de fouet par votre Binlikhous

et votre Balazou ! ajouta Gisgon.

— Par le nom du roi ! vieux coquin sans oreilles, s’écria le Chaldéen

furieux, je ne souffrirai pas que tu blasphèmes mes dieux, mon roi et

mon général. Je briserai tous les os que tu as dans le corps !

— Essaye un peu ! cria le Celte d’une voix goguenarde. Échangeons

quelques coups : sais-tu donner des coups de poing à la manière de

Preudayn, des coups de tête à la manière d’Armor, des coups de bâton

à la manière d’Aitzcoa, dis, ô homme ignorant qui n’as jamais quitté

la terre ferme ?

— Connais-tu le fleuve Illiturgis, et les monts Pyrènes, et le cap

Chariot des Dieux, et les Iles Fortunées où l’on donne de l’or pour

des bouteilles vides ? s’écria Himilcon. Réponds, ô tête de bétail.

Connais-tu les Sicules, les Garamantes, les Souomi, les Guermani et

les Goti, tous peuples que nous avons vaincus ? Les connais-tu, bœuf

chaldéen ? »

Le guerrier courba la tête, abasourdi par ce flot de noms inconnus.

La conscience de son ignorance le rendit muet.

« Enfin, dit-il après quelques instants de silence, vous autres

Sidoniens, vous allez si loin que vous voyez des choses

extraordinaires. Moi, je suis Carduque, et je trouve que c’est déjà

bien loin de mes montagnes à ce lieu où nous sommes. Je ne savais pas

que la terre était si grande.

— Eh bien, moi, dit un autre, je connais le Tarsis, et j’ai vu un

homme de ce pays.

— Tu as vu un homme de Tarsis, toi ? dit Himilcon surpris. Et où cela

l’as-tu vu ?

— Au camp du roi, répondit l’autre. Je me suis entretenu avec ce

capitaine phénicien, qui est récemment entré au service de notre roi,

et je sais ce que c’est que Tarsis, et j’ai vu un homme de ce pays

avec ce capitaine-là. »

Un frisson me courut par le corps. Je pensai aux galères et au gaoul

qui venaient de passer devant nous.

« Le nom de ce capitaine ! m’écriai-je, le nom de ce capitaine, et je

te donne un sicle d’or ! »

Le Chaldéen cligna de l’œil d’un air sournois.

« Donne deux sicles et je te dirai le nom, puisque tu y tiens tant, »

répondit-il en tendant la main.

J’y jetai les deux sicles d’or, que l’homme serra dans sa bourse sans

se presser. Je tressaillais d’impatience.

« A présent que j’ai mes sicles, dit le Chaldéen, pourquoi te

dirais-je le nom de l’homme ? »

Furieux, je fus sur le point de le saisir à la gorge.

« Allons, Rabchaké, cria un des marchands phéniciens qui étaient là,

cesse tes sottes plaisanteries. Capitaine, le nom de notre

compatriote qui est ici, au service du roi, est Bodmilcar Tyrien. »

Je jetai un cri.

« A nos navires, et tout de suite ! »

Je n’eus pas besoin de le dire deux fois. Mes compagnons avaient

entendu le nom de Bodmilcar aussi bien que moi. Un instant après,

nous étions embarqués.

Je réunis aussitôt tous mes chefs sur l’arrière de l’Astarté, et je

leur rendis compte de tout ce qui venait de se passer.

« Compagnons, ajoutai-je, à quelques encablures d’ici, Bodmilcar est

là, qui nous guette dans l’ombre. Derrière nous, le Balazou arrive

sans doute avec ses bandes féroces. Nous avons, dans le flanc de nos

navires, de quoi faire notre fortune à tous. Nous laisserons-nous

prendre misérablement au terme de notre voyage ?

— Non, non ! s’écrièrent-ils tous. Le moment de combattre vaillamment

est arrivé. Aux rames, et tombons dessus !

— Que j’arrive à l’abordage, s’écria Chamaï, et Bodmilcar est mon

homme.

— Il est à moi, cria Hannon, que je vis en colère pour la première

fois de sa vie. Il est à moi seul ; je ne veux pas qu’il m’échappe !

— Jeunes fous, leur dis-je, vous aurez assez affaire tout à l’heure

pour ne pas vous quereller maintenant. Il nous reste une heure de

nuit : profitons-en pour nous rapprocher de la mer le plus

possible. »

Nos navires partirent avec précaution, l’Astarté tenant le milieu du

chenal, l’Adonibal la droite et le Cabire serrant la berge à gauche.

Tout le monde était en armes. Tous nos feux étaient éteints. Nous

étions debout et prêts dans les ténèbres, et le cœur nous battait

plus vite qu’à l’ordinaire.

Bicri, accroupi à l’avant, avait répandu ses flèches sur le pont

devant lui et tenait son arc tout prêt dans sa main. A ses côtés

étaient Dionysos, l’arc bandé, et Jonas, une grande hache passée dans

la ceinture et la trompette à la main. Himilcon, à l’arrière,

dirigeait les timoniers, le bouclier au bras et le coutelas au poing.

Hannibal et Chamaï, debout à la tête de leurs gens, se dressaient sur

la pointe des pieds pour apercevoir l’ennemi les premiers.

Enfin le soleil se leva, et en même temps j’entendis le bruit du flot

sur la barre, et je vis les trois navires de Bodmilcar nous barrant

le passage, le Melkarth au milieu. Sur leur pont, c’était un

fourmillement de lances et de casques. Les deux rives étaient

désertes.

« Nous avons le courant pour nous, dis-je tout de suite. Commençons

par des brûlots. »

Aussitôt nos matelots lancèrent les planches chargées de matières

inflammables. La trompette de Jonas donna le signal, auquel

répondirent nos autres navires. Des fanfares de défi répondirent du

côté de Bodmilcar. Nous nous rapprochâmes rapidement à portée de

trait. Une volée de flèches nous arriva, à laquelle nous répondîmes.

La bataille était engagée.

Je connaissais bien le Melkarth, je l’avais construit. Sur ses

robustes flancs, un coup d’éperon ne pouvait avoir d’effet, et dans

une tentative d’abordage, haut comme il l’était, il pouvait

impunément nous accabler de projectiles et effondrer notre pont, en

laissant tomber sur nous de lourdes masses de pierres et de bronze.

Son faible était qu’il était lourd à la manœuvre. En un instant mon

parti fut pris.

« Tu tiens bien le chenal ? dis-je à Himilcon.

— Je le tiens, répondit le pilote. Avec son tirant d’eau, le Melkarth

ne peut s’en écarter que d’une encablure à droite ou à gauche. J’ai

passé dix fois sur la barre et je la connais.

— Bien, répondis-je. Qu’on remplisse nos deux barques de tout ce qui

nous reste de matières inflammables. Qu’on signale au Cabire de me

ranger. Je veux passer à son bord avec toi et le piloter moi-même. »

Un instant après, je fus à bord du Cabire avec Himilcon, après avoir

donné mes instructions à Asdrubal et à Amilcar. Lesflèches pleuvaient

comme grêle. Bodmilcar combattait sur place, en homme sûr de son

affaire. Il nous barrait le passage et attendait le Balazou.

Amilcar me remplaça sur l’Astarté. Himilcon et Gisgon prirent les

timons du Cabire et je me mis entre eux deux. Le Cabire pouvait se

vanter d’être gouverné et timonné comme pas un autre navire au monde,

j’ose le dire.

Je pris la remorque des deux barques, je fis allumer les matières

incendiaires et je gouvernai droit sur le Melkarth.

A un demi-jet de flèche, Bodmilcar se dressa par-dessus le bord. Je

le vis debout, menaçant.

« Salut, Magon ! me cria-t-il. Je te revois enfin ! Ici, nous ne

sommes ni en Égypte, ni à Tarsis, ni dans le détroit de Gadès ! J’ai

trois revanches à prendre, et je les prends d’un coup. Je te tiens !

Avant ce soir, tu seras pendu à ma vergue ! »

Il n’avait pas fini qu’il se rejeta en arrière d’un bond. Une flèche

venait de le frapper.

« Touché ! cria la voix de Bicri par-dessus le bruit de la bataille.

— Manqué ! répondit la voix de Bodmilcar. Ma cuirasse est à l’épreuve

du trait !

— Eh bien, m’écriai-je, voyons si elle est à l’épreuve du feu ! »

Au même instant, le Cabire se glissa entre le Melkarth et la galère

de droite, et Himilcon avec Gisgon donnèrent un double coup de timon

si habile qu’en voulant nous éviter, le gaoul alla se coller contre

nos deux barques. L’incendie y éclatait justement. Un jet de flamme

et de fumée monta par-dessus le bordage du Melkarth.

Je coupai ma remorque au milieu d’une grêle de flèches, dont une me

blessa à la joue, et dont une autre traversa la cuisse de Gisgon.

Mais le brave pilote continua de gouverner à genoux.

Le Cabire rasa le flanc opposé du Melkarth si vite qu’une masse de

pierre qu’on nous jeta tomba dans notre sillage, s’engouffrant dans

l’eau avec un bruit terrible.

« Bodmilcar ! criai-je du haut de ma poupe, te voilà brûlé comme la

galère égyptienne à Tanis.

— Cela t’apprendra à prendre le dessous du courant, marin d’eau

douce, » ajouta l’impitoyable Himilcon.

En quelques coups de rame je fus sur l’Astarté.

« Et maintenant, m’écriai-je, ils sont à nous ! Que l’Adonibal et le

Cabire se jettent sur la galère de droite et forcent de vitesse celle

de gauche ! En avant ! »

Nous nous jetâmes avec fureur sur l’une des galères.

Elle fit une manœuvre désespérée pour nous éviter et prendre le

dessus du courant ; mais elle la fit trop tard. Je lui tombai sur le

flanc, et pendant que je l’effondrais d’un côté, le choc la colla

contre le Melkarth et nos barques en flammes de l’autre. Aussitôt je

vis, dans la fumée, que les gens du Melkarth sautaient audacieusement

sur le pont de l’Adonibal, engagé entre l’autre galère et lui. Les

six navires ne faisaient plus qu’une seule masse, qui brûlait à un

bout. A l’autre, les coups de pique, d’épée, de hache et de coutelas

commençaient.

« A l’abordage ! m’écriai-je, nous les tenons !

— A l’abordage ! » répétèrent Hannibal et Chamaï.

Hannon fut le premier sur le pont de l’Adonibal, où les gens de la

galère intacte et du gaoul se jetaient en même temps que nous et nos

compagnons du Cabire.

« A moi, Bodmilcar ! à moi ! criait le scribe. Où es-tu ? montre

aujourd’hui que tu es un homme !

— Me voici, me voici, mauvais efféminé ! répondit Bodmilcar. Toi le

premier, les autres après. »

Ils se jetèrent l’un sur l’autre, l’épée haute. Pour moi, entouré

d’un flot d’ennemis, je le perdis de vue. Mais Himilcon, qui ne me

quittait pas, poussa tout à coup un cri terrible.

« Ah ! coquin, scélérat, gueux très-vil, éborgneur infâme, je te

retrouve enfin ! »

C’était son homme de Tarsis, son Ibère qu’il cherchait depuis

quatorze ans, et qu’il venait de rencontrer. Il bondit sur lui avec

une telle violence qu’il le renversa du choc. Tous deux roulèrent sur

le pont, cherchant à se maintenir l’un l’autre.

« Tiens-le bien, Himilcon ! s’écria Bicri qui passait par là, l’épée

ensanglantée à la main ; tiens-le bien !

— Le gueux me mord le bras, s’écria le pilote. Tire-moi de

dessous ! »

En ce moment le bras d’Himilcon passa au-dessus du dos de l’homme de

Tarsis. Bicri lui glissa lestement son couteau dans la main. Le

pilote le planta dans les reins de son adversaire, qui fit un

soubresaut en râlant.

« Merci, dit Himilcon en se relevant couvert de sang, mais radieux.

Je suis vengé. Toi, chien, crève ! »

Jonas, armé de sa hache, faisait des prodiges. Aminoclès le secondait

en brave homme. Hannibal et Chamaï, leur armure toute faussée,

finirent par jeter par-dessus bord tout ce qui était à l’avant.

Amilcar fut tué. Asdrubal, quoique blessé, réussit à déblayer le

timon ; je le rejoignis, et faisant manœuvrer au milieu de la

bataille, nous réussîmes à dégager l’Adonibal de l’incendie qui

menaçait de le gagner. L’autre galère, toute vide, s’en allait à la

dérive. Les quelques hommes qui étaient restés sur l’Astarté et le

Cabire les maintenaient sous vent à nous.

« A moi tout le monde ! » m’écriai-je.

Comme je disais ces mots, Hannon, couvert de sang, son épée brisée

dans la main, se dressa devant moi.

« Il m’échappe ! s’écria-t-il. Le flot des combattants nous a

séparés !

— Nous le tenons, au contraire, répondis-je. Il est à nous ! »

Sur mon signal, nous leur abandonnâmes l’avant du navire, où

grouillait leur foule pressée, et maîtres de l’arrière, maîtres de

gouverner, nous laissâmes porter sur l’Astarté et sur le Cabire.

« Tout le monde à notre bord ! » m’écriai-je.

Hannibal et Chamaï, à la tête de leurs hommes, formés en rang serré,

barrèrent le passage aux gens de Bodmilcar et nous permirent

d’évacuer le navire. Puis, leur tour, ils se jetèrent qui sur le

Cabire, qui sur l’Astarté, suivis du flot de nos ennemis dont

quelques-uns passèrent sur notre pont avec nous. Mais ils furent tués

tout de suite.

Cette fois Bodmilcar était pris, et bien pris. Embarrassé sur

l’Adonibal, incapable de manœuvrer au milieu des débris du combat et

des rames en pantenne, il était livré sans défense à nos machines et

à nos flèches. Le Melkarth n’était plus qu’un brasier. L’une des

galères était coulée, et l’autre, entraînée à la dérive, avait

disparu.

Pendant une demi-heure, je l’accablai de projectiles, malgré sa

défense désespérée. Puis je me jetai de nouveau à l’abordage par son

arrière. Bodmilcar, le visage en sang, nous attendait à l’avant, à la

tête d’une trentaine d’hommes qui restaient debout.

« Faut-il l’abattre ? dit Bicri en encochant sa flèche.

— Non, répondis-je en lui arrêtant le bras. Un autre genre de mort

l’attend. »

Les gens de Bodmilcar vendirent chèrement leur vie. Pour lui, au

moment où il se précipitait sur moi, Jonas le cueillit dextrement et

me l’offrit.

« Voilà, me dit le bon trompette, voilà ton ennemi. Allons, ne te

trémousse pas ainsi, toi, ou tu feras que je te casserai quelque

membre. »

Bodmilcar, écumant de fureur, resta immobile. Il ne répondit à aucune

de mes questions et garda un farouche silence jusqu’au moment où on

le pendit.

C’est ainsi que finit ce scélérat.

Illustration : C’est ainsi que finit ce scélérat.

Pour nous, nous revînmes sans encombre à Tyr par le canal du Pharaon,

après avoir visité la reine de Saba et le roi Salomon. Notre

navigation fut belle et joyeuse.

Une foule de peuple nous attendait sur le quai et nous fit une

réception triomphale, et le roi Hiram nous donna une fête splendide,

où il voulut que moi-même je racontasse mes aventures devant tous les

anciens assemblés.

C’est ainsi que se termina mon long voyage. Le roi me fit pré- sent

des trois bateaux qui avaient servi ma navigation, et le peuple de

Sidon me nomma suffète amiral. Je gardai avec moi Himilcon, Gisgon,

Asdrubal et Hannibal qui fut chef de mes hommes d’armes.

Ai-je besoin de raconter comment je fis flotter le bois de cèdre et

amenai les matériaux dont le roi Salomon construisit ce temple

magnifique de Jérusalem ? Tous les Sidoniens ne connaissent-ils pas

cela ? et ne connaissent-ils pas mon ami Chamaï, capitaine des gardes

du roi Salomon, quand il vient me rendre visite dans mon palais,

accompagné de sa femme Abigaïl et du grand Jonas, le chef des

trompettes royaux ? Et n’ont-ils pas vu souvent Bicri, le riche

vigneron, quand il vient vendre à Sidon ses outres et ses tonneaux,

et qu’Himilcon et Gisgon les dégustent les premiers ? Et ne

voient-ils pas, tous les ans, le navire qui part en grande pompe pour

aller chercher à Paphos Hannon, grand prêtre d’Astarté, et sa femme,

la belle Chryséis, grande prêtresse de cette déesse chez les

Hellènes ? Hannon vient sacrifier au temple de la métropole. Dionysos

l’accompagne : c’est un guerrier fameux dans son pays ; il enseigne

aux Phokiens la navigation et les lettres phéniciennes. Le vieux

Aminoclès, fier de son fils, fait aussi le voyage pour voir son

ancien amiral, et ce jour-là, quand le Cabire, orné de tentures, va

chercher mes invités au large et les conduit à mon propre

débarcadère, le peuple de Sidon acclame le hardi bateau, et se

réjouit en voyant réunis sur le pont les compagnons qui ont découvert

les îles de l’Étain, la côte de l’Ambre et les Iles Fortunées.

Le soir d’un pareil jour, Himilcon ne marche pas souvent très-droit,

et Bicri ne manque pas de siffler la chanson des Kymris et la chanson

de Benjamin ; et quand nos hôtes s’en vont, Jonas lui-même veut les

précéder, en sonnant de la trompette en leur honneur.

Les aventures du capitaine Magon ou une exploration phénicienne mille ans avant l'ère chrétienne · 第 45 / 51 题