Le jour était très-avancé pendant que nous redescendions. N’osant
franchir la barre dans les ténèbres, je m’établis, pour la nuit,
vis-à-vis d’un petit camp chaldéen, après avoir pris toutes les
précautions requises. Je craignais quelque mauvais coup de la part du
Terrible.
Sur la berge étaient des huttes de feuillage où des marchands
phéniciens vendaient aux soldats assyriens du vin et de la pacotille
et leur achetaient leur butin. Himilcon, Gisgon et quelques autres ne
purent résister à l’envie d’y descendre, pour y boire et y bavarder.
Je les y autorisai, à condition qu’ils ne s’éloigneraient pas du
navire plus loin que la portée de la voix. Environ deux heures après,
je descendis moi-même dans ce marché éclairé de torches nombreuses.
J’étais curieux de voir ce qui s’y passait. Bicri et Jonas
m’accompagnèrent. Au moment où j’arrivais à terre, deux grandes
galères de construction phénicienne descendaient le fleuve pour venir
mouiller en aval de nous. Avec elles était un gaoul que je ne
distinguai que vaguement, car il serrait la rive opposée à celle où
j’étais, et le fleuve était bien large. Je n’y fis d’ailleurs pas
autrement attention, la navigation étant très-active, par suite du
grand trafic d’esclaves qui se faisait avec l’armée du roi d’Assyrie.
Illustration : Sur la berge étaient des huttes.
Je trouvai Himilcon et Gisgon en discussion avec des guerriers
chaldéens, qui traitaient leurs récits de hâbleries et de mensonges.
Illustration : Je trouvai Himilcon et Gisgon en discussion avec des
guerriers chaldéens.
« Comment, dit Himilcon à un chef qui était là, tu ne veux pas croire
que nous avons tenu le soleil à notre gauche ? O grand sot ! Demande
plutôt au brave Bicri, ici présent, qui a tué des cerfs de dix palmes
de haut, et à cet honnête Jonas, qui a été dieu dans le pays de
l’huile de poisson !
— Que me dis-tu là ? s’écria le Chaldéen en colère. Que me
brouilles-tu de tes cerfs et de ton huile de poisson ? Veux-tu me
faire croire qu’il y a des hommes assez stupides pour adorer un autre
homme comme dieu ?
— Vous adorez bien Nitsroc, vous autres ! dit Bicri.
— Et vous vous laissez donner des coups de fouet par votre Binlikhous
et votre Balazou ! ajouta Gisgon.
— Par le nom du roi ! vieux coquin sans oreilles, s’écria le Chaldéen
furieux, je ne souffrirai pas que tu blasphèmes mes dieux, mon roi et
mon général. Je briserai tous les os que tu as dans le corps !
— Essaye un peu ! cria le Celte d’une voix goguenarde. Échangeons
quelques coups : sais-tu donner des coups de poing à la manière de
Preudayn, des coups de tête à la manière d’Armor, des coups de bâton
à la manière d’Aitzcoa, dis, ô homme ignorant qui n’as jamais quitté
la terre ferme ?
— Connais-tu le fleuve Illiturgis, et les monts Pyrènes, et le cap
Chariot des Dieux, et les Iles Fortunées où l’on donne de l’or pour
des bouteilles vides ? s’écria Himilcon. Réponds, ô tête de bétail.
Connais-tu les Sicules, les Garamantes, les Souomi, les Guermani et
les Goti, tous peuples que nous avons vaincus ? Les connais-tu, bœuf
chaldéen ? »
Le guerrier courba la tête, abasourdi par ce flot de noms inconnus.
La conscience de son ignorance le rendit muet.
« Enfin, dit-il après quelques instants de silence, vous autres
Sidoniens, vous allez si loin que vous voyez des choses
extraordinaires. Moi, je suis Carduque, et je trouve que c’est déjà
bien loin de mes montagnes à ce lieu où nous sommes. Je ne savais pas
que la terre était si grande.
— Eh bien, moi, dit un autre, je connais le Tarsis, et j’ai vu un
homme de ce pays.
— Tu as vu un homme de Tarsis, toi ? dit Himilcon surpris. Et où cela
l’as-tu vu ?
— Au camp du roi, répondit l’autre. Je me suis entretenu avec ce
capitaine phénicien, qui est récemment entré au service de notre roi,
et je sais ce que c’est que Tarsis, et j’ai vu un homme de ce pays
avec ce capitaine-là. »
Un frisson me courut par le corps. Je pensai aux galères et au gaoul
qui venaient de passer devant nous.
« Le nom de ce capitaine ! m’écriai-je, le nom de ce capitaine, et je
te donne un sicle d’or ! »
Le Chaldéen cligna de l’œil d’un air sournois.
« Donne deux sicles et je te dirai le nom, puisque tu y tiens tant, »
répondit-il en tendant la main.
J’y jetai les deux sicles d’or, que l’homme serra dans sa bourse sans
se presser. Je tressaillais d’impatience.
« A présent que j’ai mes sicles, dit le Chaldéen, pourquoi te
dirais-je le nom de l’homme ? »
Furieux, je fus sur le point de le saisir à la gorge.
« Allons, Rabchaké, cria un des marchands phéniciens qui étaient là,
cesse tes sottes plaisanteries. Capitaine, le nom de notre
compatriote qui est ici, au service du roi, est Bodmilcar Tyrien. »
Je jetai un cri.
« A nos navires, et tout de suite ! »
Je n’eus pas besoin de le dire deux fois. Mes compagnons avaient
entendu le nom de Bodmilcar aussi bien que moi. Un instant après,
nous étions embarqués.
Je réunis aussitôt tous mes chefs sur l’arrière de l’Astarté, et je
leur rendis compte de tout ce qui venait de se passer.
« Compagnons, ajoutai-je, à quelques encablures d’ici, Bodmilcar est
là, qui nous guette dans l’ombre. Derrière nous, le Balazou arrive
sans doute avec ses bandes féroces. Nous avons, dans le flanc de nos
navires, de quoi faire notre fortune à tous. Nous laisserons-nous
prendre misérablement au terme de notre voyage ?
— Non, non ! s’écrièrent-ils tous. Le moment de combattre vaillamment
est arrivé. Aux rames, et tombons dessus !
— Que j’arrive à l’abordage, s’écria Chamaï, et Bodmilcar est mon
homme.
— Il est à moi, cria Hannon, que je vis en colère pour la première
fois de sa vie. Il est à moi seul ; je ne veux pas qu’il m’échappe !
— Jeunes fous, leur dis-je, vous aurez assez affaire tout à l’heure
pour ne pas vous quereller maintenant. Il nous reste une heure de
nuit : profitons-en pour nous rapprocher de la mer le plus
possible. »
Nos navires partirent avec précaution, l’Astarté tenant le milieu du
chenal, l’Adonibal la droite et le Cabire serrant la berge à gauche.
Tout le monde était en armes. Tous nos feux étaient éteints. Nous
étions debout et prêts dans les ténèbres, et le cœur nous battait
plus vite qu’à l’ordinaire.
Bicri, accroupi à l’avant, avait répandu ses flèches sur le pont
devant lui et tenait son arc tout prêt dans sa main. A ses côtés
étaient Dionysos, l’arc bandé, et Jonas, une grande hache passée dans
la ceinture et la trompette à la main. Himilcon, à l’arrière,
dirigeait les timoniers, le bouclier au bras et le coutelas au poing.
Hannibal et Chamaï, debout à la tête de leurs gens, se dressaient sur
la pointe des pieds pour apercevoir l’ennemi les premiers.
Enfin le soleil se leva, et en même temps j’entendis le bruit du flot
sur la barre, et je vis les trois navires de Bodmilcar nous barrant
le passage, le Melkarth au milieu. Sur leur pont, c’était un
fourmillement de lances et de casques. Les deux rives étaient
désertes.
« Nous avons le courant pour nous, dis-je tout de suite. Commençons
par des brûlots. »
Aussitôt nos matelots lancèrent les planches chargées de matières
inflammables. La trompette de Jonas donna le signal, auquel
répondirent nos autres navires. Des fanfares de défi répondirent du
côté de Bodmilcar. Nous nous rapprochâmes rapidement à portée de
trait. Une volée de flèches nous arriva, à laquelle nous répondîmes.
La bataille était engagée.
Je connaissais bien le Melkarth, je l’avais construit. Sur ses
robustes flancs, un coup d’éperon ne pouvait avoir d’effet, et dans
une tentative d’abordage, haut comme il l’était, il pouvait
impunément nous accabler de projectiles et effondrer notre pont, en
laissant tomber sur nous de lourdes masses de pierres et de bronze.
Son faible était qu’il était lourd à la manœuvre. En un instant mon
parti fut pris.
« Tu tiens bien le chenal ? dis-je à Himilcon.
— Je le tiens, répondit le pilote. Avec son tirant d’eau, le Melkarth
ne peut s’en écarter que d’une encablure à droite ou à gauche. J’ai
passé dix fois sur la barre et je la connais.
— Bien, répondis-je. Qu’on remplisse nos deux barques de tout ce qui
nous reste de matières inflammables. Qu’on signale au Cabire de me
ranger. Je veux passer à son bord avec toi et le piloter moi-même. »
Un instant après, je fus à bord du Cabire avec Himilcon, après avoir
donné mes instructions à Asdrubal et à Amilcar. Lesflèches pleuvaient
comme grêle. Bodmilcar combattait sur place, en homme sûr de son
affaire. Il nous barrait le passage et attendait le Balazou.
Amilcar me remplaça sur l’Astarté. Himilcon et Gisgon prirent les
timons du Cabire et je me mis entre eux deux. Le Cabire pouvait se
vanter d’être gouverné et timonné comme pas un autre navire au monde,
j’ose le dire.
Je pris la remorque des deux barques, je fis allumer les matières
incendiaires et je gouvernai droit sur le Melkarth.
A un demi-jet de flèche, Bodmilcar se dressa par-dessus le bord. Je
le vis debout, menaçant.
« Salut, Magon ! me cria-t-il. Je te revois enfin ! Ici, nous ne
sommes ni en Égypte, ni à Tarsis, ni dans le détroit de Gadès ! J’ai
trois revanches à prendre, et je les prends d’un coup. Je te tiens !
Avant ce soir, tu seras pendu à ma vergue ! »
Il n’avait pas fini qu’il se rejeta en arrière d’un bond. Une flèche
venait de le frapper.
« Touché ! cria la voix de Bicri par-dessus le bruit de la bataille.
— Manqué ! répondit la voix de Bodmilcar. Ma cuirasse est à l’épreuve
du trait !
— Eh bien, m’écriai-je, voyons si elle est à l’épreuve du feu ! »
Au même instant, le Cabire se glissa entre le Melkarth et la galère
de droite, et Himilcon avec Gisgon donnèrent un double coup de timon
si habile qu’en voulant nous éviter, le gaoul alla se coller contre
nos deux barques. L’incendie y éclatait justement. Un jet de flamme
et de fumée monta par-dessus le bordage du Melkarth.
Je coupai ma remorque au milieu d’une grêle de flèches, dont une me
blessa à la joue, et dont une autre traversa la cuisse de Gisgon.
Mais le brave pilote continua de gouverner à genoux.
Le Cabire rasa le flanc opposé du Melkarth si vite qu’une masse de
pierre qu’on nous jeta tomba dans notre sillage, s’engouffrant dans
l’eau avec un bruit terrible.
« Bodmilcar ! criai-je du haut de ma poupe, te voilà brûlé comme la
galère égyptienne à Tanis.
— Cela t’apprendra à prendre le dessous du courant, marin d’eau
douce, » ajouta l’impitoyable Himilcon.
En quelques coups de rame je fus sur l’Astarté.
« Et maintenant, m’écriai-je, ils sont à nous ! Que l’Adonibal et le
Cabire se jettent sur la galère de droite et forcent de vitesse celle
de gauche ! En avant ! »
Nous nous jetâmes avec fureur sur l’une des galères.
Elle fit une manœuvre désespérée pour nous éviter et prendre le
dessus du courant ; mais elle la fit trop tard. Je lui tombai sur le
flanc, et pendant que je l’effondrais d’un côté, le choc la colla
contre le Melkarth et nos barques en flammes de l’autre. Aussitôt je
vis, dans la fumée, que les gens du Melkarth sautaient audacieusement
sur le pont de l’Adonibal, engagé entre l’autre galère et lui. Les
six navires ne faisaient plus qu’une seule masse, qui brûlait à un
bout. A l’autre, les coups de pique, d’épée, de hache et de coutelas
commençaient.
« A l’abordage ! m’écriai-je, nous les tenons !
— A l’abordage ! » répétèrent Hannibal et Chamaï.
Hannon fut le premier sur le pont de l’Adonibal, où les gens de la
galère intacte et du gaoul se jetaient en même temps que nous et nos
compagnons du Cabire.
« A moi, Bodmilcar ! à moi ! criait le scribe. Où es-tu ? montre
aujourd’hui que tu es un homme !
— Me voici, me voici, mauvais efféminé ! répondit Bodmilcar. Toi le
premier, les autres après. »
Ils se jetèrent l’un sur l’autre, l’épée haute. Pour moi, entouré
d’un flot d’ennemis, je le perdis de vue. Mais Himilcon, qui ne me
quittait pas, poussa tout à coup un cri terrible.
« Ah ! coquin, scélérat, gueux très-vil, éborgneur infâme, je te
retrouve enfin ! »
C’était son homme de Tarsis, son Ibère qu’il cherchait depuis
quatorze ans, et qu’il venait de rencontrer. Il bondit sur lui avec
une telle violence qu’il le renversa du choc. Tous deux roulèrent sur
le pont, cherchant à se maintenir l’un l’autre.
« Tiens-le bien, Himilcon ! s’écria Bicri qui passait par là, l’épée
ensanglantée à la main ; tiens-le bien !
— Le gueux me mord le bras, s’écria le pilote. Tire-moi de
dessous ! »
En ce moment le bras d’Himilcon passa au-dessus du dos de l’homme de
Tarsis. Bicri lui glissa lestement son couteau dans la main. Le
pilote le planta dans les reins de son adversaire, qui fit un
soubresaut en râlant.
« Merci, dit Himilcon en se relevant couvert de sang, mais radieux.
Je suis vengé. Toi, chien, crève ! »
Jonas, armé de sa hache, faisait des prodiges. Aminoclès le secondait
en brave homme. Hannibal et Chamaï, leur armure toute faussée,
finirent par jeter par-dessus bord tout ce qui était à l’avant.
Amilcar fut tué. Asdrubal, quoique blessé, réussit à déblayer le
timon ; je le rejoignis, et faisant manœuvrer au milieu de la
bataille, nous réussîmes à dégager l’Adonibal de l’incendie qui
menaçait de le gagner. L’autre galère, toute vide, s’en allait à la
dérive. Les quelques hommes qui étaient restés sur l’Astarté et le
Cabire les maintenaient sous vent à nous.
« A moi tout le monde ! » m’écriai-je.
Comme je disais ces mots, Hannon, couvert de sang, son épée brisée
dans la main, se dressa devant moi.
« Il m’échappe ! s’écria-t-il. Le flot des combattants nous a
séparés !
— Nous le tenons, au contraire, répondis-je. Il est à nous ! »
Sur mon signal, nous leur abandonnâmes l’avant du navire, où
grouillait leur foule pressée, et maîtres de l’arrière, maîtres de
gouverner, nous laissâmes porter sur l’Astarté et sur le Cabire.
« Tout le monde à notre bord ! » m’écriai-je.
Hannibal et Chamaï, à la tête de leurs hommes, formés en rang serré,
barrèrent le passage aux gens de Bodmilcar et nous permirent
d’évacuer le navire. Puis, leur tour, ils se jetèrent qui sur le
Cabire, qui sur l’Astarté, suivis du flot de nos ennemis dont
quelques-uns passèrent sur notre pont avec nous. Mais ils furent tués
tout de suite.
Cette fois Bodmilcar était pris, et bien pris. Embarrassé sur
l’Adonibal, incapable de manœuvrer au milieu des débris du combat et
des rames en pantenne, il était livré sans défense à nos machines et
à nos flèches. Le Melkarth n’était plus qu’un brasier. L’une des
galères était coulée, et l’autre, entraînée à la dérive, avait
disparu.
Pendant une demi-heure, je l’accablai de projectiles, malgré sa
défense désespérée. Puis je me jetai de nouveau à l’abordage par son
arrière. Bodmilcar, le visage en sang, nous attendait à l’avant, à la
tête d’une trentaine d’hommes qui restaient debout.
« Faut-il l’abattre ? dit Bicri en encochant sa flèche.
— Non, répondis-je en lui arrêtant le bras. Un autre genre de mort
l’attend. »
Les gens de Bodmilcar vendirent chèrement leur vie. Pour lui, au
moment où il se précipitait sur moi, Jonas le cueillit dextrement et
me l’offrit.
« Voilà, me dit le bon trompette, voilà ton ennemi. Allons, ne te
trémousse pas ainsi, toi, ou tu feras que je te casserai quelque
membre. »
Bodmilcar, écumant de fureur, resta immobile. Il ne répondit à aucune
de mes questions et garda un farouche silence jusqu’au moment où on
le pendit.
C’est ainsi que finit ce scélérat.
Illustration : C’est ainsi que finit ce scélérat.
Pour nous, nous revînmes sans encombre à Tyr par le canal du Pharaon,
après avoir visité la reine de Saba et le roi Salomon. Notre
navigation fut belle et joyeuse.
Une foule de peuple nous attendait sur le quai et nous fit une
réception triomphale, et le roi Hiram nous donna une fête splendide,
où il voulut que moi-même je racontasse mes aventures devant tous les
anciens assemblés.
C’est ainsi que se termina mon long voyage. Le roi me fit pré- sent
des trois bateaux qui avaient servi ma navigation, et le peuple de
Sidon me nomma suffète amiral. Je gardai avec moi Himilcon, Gisgon,
Asdrubal et Hannibal qui fut chef de mes hommes d’armes.
Ai-je besoin de raconter comment je fis flotter le bois de cèdre et
amenai les matériaux dont le roi Salomon construisit ce temple
magnifique de Jérusalem ? Tous les Sidoniens ne connaissent-ils pas
cela ? et ne connaissent-ils pas mon ami Chamaï, capitaine des gardes
du roi Salomon, quand il vient me rendre visite dans mon palais,
accompagné de sa femme Abigaïl et du grand Jonas, le chef des
trompettes royaux ? Et n’ont-ils pas vu souvent Bicri, le riche
vigneron, quand il vient vendre à Sidon ses outres et ses tonneaux,
et qu’Himilcon et Gisgon les dégustent les premiers ? Et ne
voient-ils pas, tous les ans, le navire qui part en grande pompe pour
aller chercher à Paphos Hannon, grand prêtre d’Astarté, et sa femme,
la belle Chryséis, grande prêtresse de cette déesse chez les
Hellènes ? Hannon vient sacrifier au temple de la métropole. Dionysos
l’accompagne : c’est un guerrier fameux dans son pays ; il enseigne
aux Phokiens la navigation et les lettres phéniciennes. Le vieux
Aminoclès, fier de son fils, fait aussi le voyage pour voir son
ancien amiral, et ce jour-là, quand le Cabire, orné de tentures, va
chercher mes invités au large et les conduit à mon propre
débarcadère, le peuple de Sidon acclame le hardi bateau, et se
réjouit en voyant réunis sur le pont les compagnons qui ont découvert
les îles de l’Étain, la côte de l’Ambre et les Iles Fortunées.
Le soir d’un pareil jour, Himilcon ne marche pas souvent très-droit,
et Bicri ne manque pas de siffler la chanson des Kymris et la chanson
de Benjamin ; et quand nos hôtes s’en vont, Jonas lui-même veut les
précéder, en sonnant de la trompette en leur honneur.