XIX Encore Bodmilcar.

Notre navigation fut d’abord facile et heureuse. Je retrouvai sans

peine le cap oriental de Preudayn, puis le cap occidental, puis les

îles de l’Étain. Sortant de là, je reconnus l’archipel d’Armor, la

haute terre rocheuse et les îles minées par les flots. Le bon Hannon

les reconnut aussi.

« Voilà, s’écria-t-il, où j’ai appris à croasser ; et voici, là-bas,

le rocher d’où Jonas et moi nous avons pêché tant de poissons avec

des hameçons d’os. Et voilà l’île où sont leurs prêtresses, l’île de

leurs mystères, où les femmes se peignent le visage de bleu et de

noir, et où ils ont voulu nous raser la barbe avec des rasoirs faits

de coquillages tranchants.

— Ils sont donc les ennemis jurés de toutes les barbes phéniciennes ?

dit Himilcon. Ceux des îles de l’Étain ont déjà nettoyé les mentons

d’Hannibal et de Chamaï.

— Si, dit Hannon, on pouvait leur confier le menton de Bodmilcar....

— Et qu’ils le rasent d’un peu près, interrompit Hannibal, entre les

oreilles et les épaules, à hauteur de la gorge, avec une épée bien

affilée....

— A ce propos, demanda Hannon, que peut être devenu ce Tyrien de

malédiction, après que vous avez eu pendu son Hazaël ?

— Certainement, dit Hannibal, si mon coup d’épée n’avait pas glissé

sur une côte, je l’éventrais aussi sûrement que Joab éventra Abner,

fils de Ner. Mais voilà, j’ai haussé la main en frappant ; je

n’aurais pas dû le faire.

— Qui sait ? observa Chamaï. Nous le rencontrerons peut-être encore ;

mon cœur me dit que nous le rencontrerons, et alors....

— Et alors, dit Hannon, il est à moi et à personne d’autre. La

vengeance sur lui m’appartient, et je ne me laisserai devancer par

personne.

— Excepté par une flèche, grommela Bicri, assis en compagnie de

Guébal et de Dionysos, sur la vergue, à dix coudées au-dessus de

notre tête.

— Ce Bicri, dit Hannon en riant, à force de vivre avec un singe, il

est devenu singe lui-même ! Toujours grimpant, toujours sautant,

toujours perché ! Ses pieds ne touchent plus le pont du navire ! Et

Dionysos ne l’abandonne guère : il perd son temps à baguenauder avec

lui.

— Appelles-tu baguenauder de tirer de l’arc, cria Bicri du haut de

son perchoir, et d’exercer la souplesse de ses membres, et

d’apprendre la culture de la vigne ?

— Par les dieux Cabires, non ! s’écria Himilcon qui traversait le

navire, allant de l’avant à l’arrière. Cultiver la vigne est presque

une aussi bonne action que boire le jus de son fruit.

— Or, çà, toi, Dionysos, dit Hannon, profites-tu un peu des leçons de

Bicri, et sais-tu au moins lire le phénicien ?

— Comment le lui enseignerais-je, exclama Bicri, ne le sachant pas

moi-même ? A-t-on besoin de lire du phénicien pour marcher dans la

montagne, attraper les chèvres sauvages à la course, cultiver un

coteau et mettre une flèche dans la cible à cent pas ? »

Hannon se mit à rire.

« Tu sauras plus tard, Bicri, que le roseau dont on fait les plumes

touche le but aussi droit et de plus loin que le roseau dont on fait

les flèches. Mais puisque tu ne sais pas lire, je te l’apprendrai, à

Dionysos et à toi, si vous voulez.

— Je le veux, dit l’archer. Puisque tu le dis, cela doit être bon. »

A ces mots, il saisit une corde attachée à la vergue et se laissa

glisser sur le pont. Dionysos le suivit par le même chemin, quittant

à regret Guébal qui s’enfuit au sommet du mât.

« Or çà, dit Hannon, je ferai un accord avec vous. Je vous

enseignerai à lire à tous deux, et Bicri m’enseignera le tir de

l’arc.

— Fort bien ! s’écria l’archer enthousiasmé. Je veux qu’en un mois tu

piques ta flèche dans un but pas plus grand que ma main, d’un bout à

l’autre du navire. »

C’est ainsi que se passaient nos journées. Hannon enseignait les

lettres à l’archer et au jeune Phokien. Himilcon dirigeait le navire,

en gémissant sur sa sobriété forcée. Chamaï et Hannibal bâillaient

ensemble, ou jouaient aux osselets. Les deux femmes bavardaient dans

leur cabine et Jonas causait avec Guébal de leurs grandeurs futures.

Nous dépassâmes le cap extrême de Tarsis, et enfin, après un mois et

demi de navigation, je reconnaissais les deux colonnes de Melkarth,

et nous rentrions dans le port de Gadès. L’amiral, Tsiba, toutes nos

connaissances, nous croyaient perdus et noyés. Leur joie fut grande

en nous revoyant tous ensemble, et leur admiration ne fut pas moindre

quand je leur montrai mon chargement d’étain et d’ambre.

Mon premier soin fut de m’enquérir de Bodmilcar. Il avait disparu,

lui et sa troupe, et personne ne put me donner de ses nouvelles.

« Il faut, dis-je à mes compagnons, que ce scélérat ait péri,

massacré dans l’intérieur des terres.

— Ou, me dit l’amiral, qu’il ait trouvé des navires par quelque

fourberie. Dans tous les cas, on a trouvé les débris de deux des

siens à l’embouchure de l’Illiturgis, brisés par la mer ; quant au

troisième, au grand gaoul, il est envolé. Personne ne l’a revu. »

Le jour même de notre arrivée à Gadès, en entrant dans le port, je

voyais Himilcon, impatient, faire des signes d’intelligence à son ami

Gisgon. Je connaissais trop le motif des signaux de l’altéré pilote

borgne et du non moins altéré pilote sans oreilles, pour leur

infliger le supplice de les retenir longtemps à bord. D’ailleurs

dix-huit mois d’un régime aquatique avaient usé la force et la

patience d’Himilcon : il dépérissait, faute d’un arrosage

substantiel. Je le laissai donc aller avec son fidèle ami.

Nous-mêmes, nous n’attendions pas sans impatience une coupe de vin et

un repas tolérable, et la première chose dont s’enquit Hannibal, dès

qu’il fut à terre, ce fut de quelque marchand vendant du vin de

Phénicie. Quant à Jonas, il suivit fidèlement le capitaine, tenant

tout prêts dans sa main quelques sicles dont je l’avais gratifié.

« Pourquoi ne mets-tu pas cet argent dans ta bourse ? lui dis-je.

— A quoi bon ? me répondit-il, il aura plus vite fait de passer de ma

main dans celle du marchand, et du cellier du marchand dans mon

gosier, que si j’avais à le chercher au fond d’une bourse.

— Tu parles bien, trompette ! s’écria Hannibal ; marche derrière moi,

et cherchons quelque endroit où nous régaler. Pour moi, je

t’achèterai, dès ce soir, une tunique magnifique, pour que tu fasses

honneur à ma troupe, maintenant que nous sommes de retour dans des

pays policés. »

Hannon, Chamaï, les deux femmes et moi, nous allâmes souper chez

Tsiba. Quant à Bicri et Dionysos, ils s’étaient sauvés des premiers,

sans attendre ma permission, pour aller vagabonder dans les rues et

dans les jardins qui entourent la ville.

Deux jours se passèrent, pour nous, nous restaurer, et à nous

divertir. Le soir du deuxième jour, comme je remontais sur l’Astarté,

je rencontrai Himilcon et Gisgon l’œil brillant et le teint enluminé.

Un matelot phénicien qui m’était inconnu marchait entre eux.

« Bonnes nouvelles, capitaine ! me cria Himilcon du plus loin qu’il

me vit. Bonnes nouvelles ! Nous avons des nouvelles de Bodmilcar ! »

Dans mon impatience, je courus au-devant d’eux.

« Parlez vite ! m’écriai-je, que savez-vous ?

— Cet homme que tu vois ici, me répondit Himilcon, vient tout droit

des navires de ce scélérat. Voyant à qui il avait affaire, il s’est

enfui. Nous l’avons rencontré à la taverne, fort altéré....

— Et comme nous étions fort altérés nous-mêmes, dit Gisgon....

— Et qu’on ne doit pas laisser un honnête marin souffrir de la soif,

reprit Himilcon, qui titubait légèrement, nous avons fait venir

double ration pour ce garçon. Voilà !

— Mais où est Bodmilcar dans tout ceci ? m’écriai-je, irrité des

lenteurs du pilote ivrogne. Parle donc, et laisse là tes coupes et

tes rations, et ta soif sempiternelle.

— Laisser ma soif ? dit Himilcon. Par les Cabires ! c’est ma soif qui

ne me laisse pas. Mais il faut me donner le temps de dire les choses

comme il faut, si tu veux les apprendre en ordre et convenablement.

— Que Khousor Phtah t’écrase ! m’écriai-je exaspéré. Il est entré

tant de vin dans ta bouche qu’il n’en sortira rien de sensé. Parle,

toi, matelot, et dis-moi d’où tu viens ?

— Il vient du cabaret, de la taverne, comme nous ! » s’écria

Himilcon.

Je fermai la bouche du pilote d’un coup de poing. Il prit le parti de

se taire.

« Je viens, dit le matelot, d’une baie peu fréquentée qui est entre

une île et la côte, cent cinquante stades au sud est.

— La baie de l’Ile-Plate ?

— C’est cela, la baie de l’Ile-Plate.

— Bon. Et les navires de Bodmilcar y étaient ?

— Non ; il n’y avait qu’un seul navire, un gaoul, le Melkarth ; mais

à présent il y a en plus trois galères.

— Et comment cela ?

— Bodmilcar a enrôlé, outre son équipage, des sauvages de Tarsis.

— Tu ne m’avais pas dit cela ! s’écria Himilcon.

— Te tairas-tu, malencontreux ivrogne ! tonnai-je.

— Oui, reprit le matelot, il a un équipage de malfaiteurs, de

déserteurs et d’Ibères qu’il retient de gré ou de force. Par un gros

temps, nos galères avaient relâché dans cette baie, où nous l’avons

rencontré. Il s’est fait passer pour un capitaine marchand venant du

Rhône et a su gagner la confiance de nos commandants ; voilà que,

pendant la nuit, il s’est jeté sur nos équipages sans méfiance, a

massacré une partie des nôtres et fait le reste prisonnier. Il nous a

ensuite proposé de rester avec lui. Quelques-uns ont accepté ; les

autres ont refusé : j’étais de ceux-ci. J’ai pu m’échapper et revenir

à pied le long de la côte, et me voilà. J’irai faire ma déposition au

suffète amiral.

— Depuis combien de temps t’es-tu séparé de Bodmilcar ? demandai-je,

et où se propose-t-il d’aller ?

— Depuis six jours, et il se proposait d’aller chez les Rasennæ

d’abord, et en Ionie après.

— C’est bien, dis-je à cet homme. Je t’engage à mon bord. Mon voyage

est de retourner à Tyr et à Sidon, et si jamais nous rencontrons ce

Bodmilcar....

— Tu peux compter sur moi, s’écria le matelot, et sur mon désir de me

venger de lui. »

Trois jours après, nous partions, complétement ravitaillés et

impatients de revoir notre patrie. Le quatrième jour, comme

l’apercevais déjà Calpé et Abyla, le vent fraîchit, et je dus

louvoyer pour entrer dans la passe. A la tombée de la nuit, j’aperçus

une grande galère qui venait en sens inverse. Je la hélai, mais il

nous était difficile d’approcher à cause du temps. Je détachai alors

une des barques, avec six matelots et Himilcon, pour savoir les

nouvelles. Ma nouvelle recrue, qui revenait de la cale, fut des

premiers à sauter dans la barque et à prendre les rames.

La barque venait à peine de quitter notre bord qu’un homme monta tout

effaré et courut à moi.

« Capitaine, me dit-il, nous avons une voie d’eau.

— Une voie d’eau ! répondis-je stupéfait, et comment cela ?

— Je ne sais, capitaine, me dit le matelot, mais il y a de l’eau là

en bas. »

Je fis allumer une lampe et je me précipitai dans la cale avec deux

maîtres matelots et un timonier. Un spectacle terrible m’y

attendait : l’eau faisait irruption ! Je m’y jetai aussitôt ; j’en

avais jusqu’aux genoux, et elle montait rapidement. La mer était

très-grosse et le navire roulait violemment. Si, dans un quart

d’heure, nous ne trouvions pas la voie d’eau, et si nous ne

réussissions pas à l’aveugler, nous étions perdus sans ressource.

Dans mon angoisse, j’avais saisi un levier, sondant partout et

courant de droite et de gauche. La fatale nouvelle s’était répandue

et de toutes parts on descendait du pont ; mais je renvoyai tout le

monde, ne gardant avec moi que mes trois hommes et le petit Dionysos,

qui s’était faufilé par là et clapotait bravement dans l’eau

jusqu’aux épaules.

Tout à coup, des cris confus, partant du pont du navire, attirèrent

mon attention. Il me sembla distinguer les mots de Melkarth et de

Bodmilcar. Le timonier, debout sur l’échelle, la lampe à la main, se

jeta vivement de côté pour éviter quelqu’un qui se ruait par le

panneau, glissant le long de l’échelle plutôt qu’il ne la descendait.

Je regardai l’homme qui se précipitait ainsi, et à la clarté fumeuse

de la lampe je reconnus Himilcon, nu-tête, les cheveux en désordre et

le coutelas à la main.

Au moment même où Himilcon tombait dans la cale devant moi,

j’entendis au-dessus de ma tête le son de la trompette, des

trépignements confus et la voix éclatante d’Hannibal qui criait :

« Garnissez les machines ! Les archers aux bordages !

— Par tous les dieux ! m’écriai-je, que se passe-t-il ?

— Il se passe, s’écria Himilcon, que le matelot que nous avions

embarqué était un homme de Bodmilcar, que je me suis dégagé de leur

bord le coutelas à la main, que la barque est sauve et que le

Melkarth et deux autres galères manœuvrent pour nous attaquer. »

Himilcon n’avait pas fini que le bruit du combat commença sur le

pont. Nous étions attaqués du dehors, et au dedans nous coulions bas.

« L’homme de Bodmilcar a sabordé le navire ! nous sommes perdus ! »

m’écriai-je.

Himilcon ne put retenir un cri. Un autre cri lui répondit. C’était la

voix de Dionysos qui le poussait.

« A moi ! exclamait le jeune garçon ; j’ai le pied dans un trou, je

coule. »

Au même moment il disparut sous l’eau ; mais au même moment aussi

Himilcon, piquant son coutelas dans l’échelle, criait d’une voix de

triomphe :

« Nous sommes sauvés ! L’enfant a mis le pied dans la voie d’eau ! »

D’un bond le brave pilote fut à l’endroit où l’enfant venait de

disparaître, et plongea. D’un bond aussi je fus à l’échelle et je

criai à pleins poumons :

« Quinze matelots et le charpentier en bas ! »

Illustration : D’un bond je fus à l’échelle.

Himilcon sortit Dionysos de l’eau et le passa à un matelot, qui le

mit à l’échelle. Pour nous, à la clarté des lampes, dans le

clapotement, sans nous soucier du bruit du combat qui continuait

au-dessus de notre tête, nous travaillâmes avec rage, pour aveugler

la voie d’eau que le traître émissaire de Bodmilcar avait percée au

flanc de notre bon navire.

Par la protection d’Astarté nos efforts furent couronnés de succès et

le trou fut bouché d’une manière provisoire. Attendant le moment où

le roulis nous penchait sur un flanc et découvrait l’ouverture, nous

arrivâmes enfin à la fermer. Nous venions de finir, et je remontais

sur le pont quand le bruit du combat cessait. Quelques morts étaient

étendus. L’Adonibal et le Cabire nous flanquaient de droite et de

gauche. Les vaisseaux de Bodmilcar avaient disparu dans la nuit.

« Les misérables ! s’écria Chamaï, furieux. Ils nous échappent encore

cette fois !

— Ces chiens, lâches et méchants, dit Hannibal, n’ont pas osé venir à

l’abordage, et se sont enfuis quand nous avons été à eux. Si je les

tenais sur terre ferme, je les hacherais en petits morceaux à moi

tout seul. »

Hannon, détendant son arc, me dit :

« Dans cette nuit noire, je cherchais Bodmilcar, et si je l’avais

aperçu, je ne l’aurais pas manqué.

— Après moi, dit Bicri. Mais on ne distinguait pas un homme de

l’autre.

— Eh bien, s’écria Himilcon, moi, j’en ai bien distingué un tout à

l’heure à leur bord, et s’ils n’avaient pas été deux ou trois mille

sur moi....

— Deux ou trois mille hommes dans un bateau ! dit Hannibal surpris,

te moques-tu, Himilcon ?

— Oh ! ils étaient bien une demi-douzaine tout de même, reprit

modestement le pilote ; ils étaient bien une demi-douzaine qui se

sont jetés ensemble sur moi. Mais il y en a un que je n’oublierai

pas.

— Et qui donc ? dis-je à mon tour.

— L’homme de Tarsis qui m’a crevé l’œil il y a douze ans ! s’écria

Hirnilcon, éclatant de colère. Oui, lui-même, le vil gueux, il est

avec Bodmilcar ; et je n’ai pas pu le prendre à la gorge, et tout à

l’heure je mordais mon frein, pendant que je bouchais la voie d’eau

creusée par l’abominable coquin que Gisgon et moi avons abreuvé à

Gadès ! Un homme auquel j’ai fait boire du vin d’Helbon ! Du vin à un

sicle la mesure ! Perfidie humaine ! Qui jamais aurait cru cela ? Ce

vin était si bon ! »

Je mis un terme aux doléances du pilote en l’envoyant à son poste. La

bourrasque devenait tempête, et par cette mer furieuse nous avions

dérivé hors de vue de la passe, et nous étions là au hasard,

ballottés dans la nuit, avec un navire avarié qui pouvait refaire de

l’eau d’un moment à l’autre, et sans savoir au juste où nous allions.

Toute cette nuit, personne ne dormit. On se relayait dans la cale

pour écoper l’eau que nous avions embarquée. Enfin la voie d’eau fut

dégagée, et je pus faire consolider et calfater intérieurement les

matériaux qui la bouchaient. Au bout de cinq heures de travail, nous

étions saufs de ce côté. Au jour, nous ne voyions plus la côte, et la

tempête nous chassait devant elle avec une rapidité effrayante. Je

fis lâcher des pigeons, mais ils ne purent se maintenir contre le

vent, qui dépassait en violence tout ce que j’avais vu jusqu’à ce

jour. Je dus renoncer à lutter, et je me laissai chasser par

l’ouragan qui me poussait vers l’inconnu.

Les aventures du capitaine Magon ou une exploration phénicienne mille ans avant l'ère chrétienne · 第 38 / 51 题