CHAPITRE VII.

_Des Opérations relatives à la combustion proprement dite & à la

détonation._

La combustion n'est autre chose, d'après ce qui a été exposé dans la

première Partie de cet Ouvrage, que la décomposition du gaz oxygène

opérée par un corps combustible. L'oxygène qui forme la base de ce gaz

est absorbé, le calorique & la lumière deviennent libres & se dégagent.

Toute combustion entraîne donc avec elle l'idée d'oxygénation, tandis

qu'au contraire l'oxygénation n'entraîne pas essentiellement l'idée

de combustion, puisque la combustion proprement dite ne peut avoir

lieu sans un dégagement de lumière & de calorique. Il faut, pour que

la combustion s'opère, que la base du gaz oxygène ait plus d'affinité

avec le corps combustible, qu'elle n'en a avec le calorique: or cette

attraction élective, pour me servir de l'expression de Bergman, n'a

lieu qu'à un certain degré de température, qui même est différent pour

chaque substance combustible; de-là la nécessité de donner le premier

mouvement à la combustion par l'approche d'un corps chaud. Cette

nécessité d'échauffer le corps qu'on se propose de brûler, tient à des

considérations qui n'ont encore fixé l'attention d'aucun Physicien, &

auxquels je demande la permission de m'arrêter quelques instans; on

verra qu'elles ne s'éloignent pas de mon sujet.

L'état actuel où nous voyons la nature est un état d'équilibre auquel

elle n'a pu arriver qu'après que toutes les combustions spontanées

possibles au degré de chaleur dans lequel nous vivons, toutes les

oxygénations possibles ont eu lieu. Il ne peut donc y avoir de

nouvelles combustions ou oxygénations, qu'autant qu'on sort de cet

état d'équilibre & qu'on transporte les substances combustibles dans

une température plus élevée. Eclaircissons par un exemple ce que

cet énoncé peut présenter d'abstrait. Supposons que la température

habituelle de la terre changeât d'une très-petite quantité, & qu'elle

devînt seulement égale à celle de l'eau bouillante: il est évident que

le phosphore étant combustible beaucoup au-dessous de ce degré, cette

substance n'existeroit plus dans la nature dans son état de pureté

& de simplicité, elle se présenteroit toujours dans l'état d'acide,

c'est-à-dire oxygénée, & son radical seroit au nombre des substances

inconnues. Il en seroit successivement de même de tous les corps

combustibles, si la température de la terre devenoit de plus en plus

élevée; & on arriveroit enfin à un point où toutes les combustions

possibles seroient épuisées, où il ne pourroit plus exister de corps

combustibles, où tous seroient oxygénés & par conséquent incombustibles.

Revenons donc à dire qu'il ne peut y avoir pour nous de corps

combustibles, que ceux qui sont incombustibles au degré de température

dans lequel nous vivons; ou ce qui veut dire la même chose en d'autres

termes, qu'il est de l'essence de tout corps combustible de ne pouvoir

jouir de la propriété combustible, qu'autant qu'on l'échauffe & qu'on

le transporte au degré de chaleur où s'opère sa combustion. Ce degré

une fois atteint la combustion commence, & le calorique qui se dégage

par l'effet de la décomposition du gaz oxygène, entretient le degré de

température nécessaire pour la continuer. Lorsqu'il en est autrement,

c'est-à-dire, lorsque le calorique fourni par la décomposition du gaz

oxygène n'est pas suffisant pour que le degré de chaleur nécessaire à

la combustion se continue, elle cesse: c'est ce qu'on exprime lorsqu'on

dit que le corps brûle mal, qu'il est difficilement combustible.

Quoique la combustion ait quelque chose de commun avec la distillation,

sur-tout avec la distillation composée, elle en diffère cependant en

un point essentiel. Il y a bien dans la distillation séparation d'une

partie des principes du corps que l'on y soumet, & combinaison de ces

mêmes principes dans un autre ordre, déterminé par les affinités qui

ont lieu à la température à laquelle s'est opérée la distillation; mais

il y a plus dans la combustion, il y a addition d'un nouveau principe,

l'oxygène, & dissipation d'un autre principe, le calorique.

C'est cette nécessité d'employer l'oxygène dans l'état de gaz & d'en

déterminer rigoureusement les quantités, qui rend si embarrassantes les

expériences relatives à la combustion. Une autre difficulté inséparable

de ces opérations, tient à ce que les produits qu'elles fournissent se

dégagent presque toujours dans l'état de gaz: si donc il est difficile

de retenir & de rassembler les produits de la distillation, il l'est

bien davantage de recueillir ceux de la combustion; aussi aucun des

anciens Chimistes n'en a-t-il eu la prétention, & ce genre d'expérience

appartient-il absolument à la Chimie moderne.

Après avoir rappelé d'une manière générale le but qu'on doit se

proposer dans les différentes expériences relatives à la combustion,

je passe à la description des différens appareils que j'ai imaginés

dans cette vue. Je n'adopterai dans les articles qui composeront ce

Chapitre, aucune division relative à la nature des combustibles; je

les classerai relativement à la nature des appareils qui conviennent à

leur combustion.

§. I.

_De la Combustion du Phosphore & du Charbon._

J'ai déjà décrit, page 57 de cet Ouvrage, les appareils que j'ai

employés pour la combustion du charbon & du phosphore. Cependant,

comme j'avois alors plutôt en vue de donner une idée du résultat de

ces combustions, que d'enseigner le détail des procédés nécessaires

pour les obtenir, je ne me suis peut-être pas assez étendu sur la

manipulation relative à ce genre d'expériences.

On commence, pour opérer la combustion du phosphore ou du charbon,

par remplir de gaz oxygène dans l'appareil pneumato-chimique à l'eau,

_pl. V, fig. 1_, une cloche de six pintes au moins de capacité.

Lorsqu'elle est pleine à rase & que le gaz commence à dégorger

par-dessous, on transporte cette cloche A sur l'appareil au mercure,

_planche IV, fig. 3_, à l'aide d'un vaisseau de verre ou de fayance

très-plat, qu'on passe par-dessous. Cette opération faite, on sèche

bien avec du papier gris la surface du mercure, tant dans l'intérieur

qu'à l'extérieur de la cloche. Cette opération demande quelques

précautions: si on n'avoit pas l'attention de plonger le papier gris

pendant quelque tems entièrement sous le mercure avant de l'introduire

sous la cloche, on y feroit passer de l'air commun qui s'attache avec

beaucoup de ténacité au papier.

On a d'un autre côté une petite capsule D, de fer ou de porcelaine

plate & évasée, sur laquelle on place le corps qu'on veut brûler, après

en avoir très-exactement déterminé le poids à la balance d'essai; on

recouvre ensuite cette capsule d'une autre un peu plus grande P, qui

fait à son égard l'office de la cloche du plongeur, & on fait passer le

tout à travers le mercure: après quoi on retire à travers le mercure

la capsule P qui ne servoit en quelque façon que de couvercle. On

peut éviter l'embarras & la difficulté de faire passer les matières à

travers le mercure, en soulevant un des côtés de la cloche pendant un

instant presqu'indivisible, & en introduisant ainsi, par le passage

qu'on s'est ménagé, la capsule avec le corps combustible. Il se mêle

dans cette seconde manière d'opérer un peu d'air commun avec le gaz

oxygène; mais ce mêlange qui est peu considérable, ne nuit ni au

succès, ni à l'exactitude de l'expérience.

Lorsque la capsule D, _planche IV, fig. 3_, est introduite sous

la cloche, on suce une partie du gaz oxygène qu'elle contient pour

élever le mercure jusqu'en EF. Sans cette précaution, dès que le corps

combustible seroit allumé, la chaleur dilateroit l'air; elle en feroit

passer une portion par-dessous la cloche, & on ne pourroit plus faire

aucun calcul exact sur les quantités. On se sert, pour sucer l'air,

d'un siphon GHI, qu'on passe par-dessous la cloche; & pour qu'il ne

s'emplisse pas de mercure, on tortille à son extrêmité I un petit

morceau de papier.

Il y a un art pour élever ainsi en suçant une colonne de mercure à

une hauteur de plusieurs pouces au-dessous de son niveau: si on se

contentoit d'aspirer l'air avec le poumon, on n'atteindroit qu'à une

très-médiocre élévation, par exemple, d'un pouce ou d'un pouce & demi

tout au plus; encore n'y parviendroit-on qu'avec de grands efforts;

tandis que par l'action des muscles de la bouche on peut élever sans se

fatiguer, ou au moins sans risquer de s'incommoder, le mercure jusqu'à

six à sept pouces. Un moyen plus commode encore est de se servir d'une

petite pompe que l'on adapte au siphon GHI: on élève alors le mercure

à telle hauteur qu'on le juge à propos, pourvu qu'elle n'excède pas 28

pouces.

Si le corps combustible est fort inflammable, comme le phosphore, on

l'allume avec un fer recourbé MN, _planche IV, fig. 16_, qu'on fait

rougir au feu, & qu'on passe brusquement sous la cloche: dès qu'il est

en contact avec le phosphore, ce dernier s'allume. Pour les corps moins

combustibles, tels que le fer, quelques autres métaux, le charbon,

&c. on se sert d'un petit fragment d'amadoue sur lequel on place un

atôme de phosphore: on allume également ce dernier avec un fer rouge

recourbé; l'inflammation se communique à l'amadoue, puis au corps

combustible.

Dans le premier instant de la combustion, l'air se dilate & le mercure

descend; mais lorsqu'il n'y a point de fluide élastique formé, comme

dans la combustion du fer & du phosphore, l'absorption devient bientôt

sensible, & le mercure remonte très-haut dans la cloche. Il faut en

conséquence avoir attention de ne point brûler une trop grande quantité

du corps combustible dans une quantité donnée d'air; autrement la

capsule, vers la fin de la combustion, s'approcheroit trop du dôme de

la cloche, & la grande chaleur pourroit en occasionner la fracture.

J'ai indiqué, Chapitre II, §. V & VI, les opérations relatives à

la mesure du volume des gaz, les corrections qu'il faut faire à

ce volume, relativement à la hauteur du baromètre & au degré du

thermomètre; je n'ajouterai rien de plus à cet égard, l'exemple

sur-tout que j'ai cité, page 381, étant précisément tiré de la

combustion du phosphore.

Le procédé que je viens de décrire peut être employé avec succès

pour la combustion de toutes les substances concrètes, & même pour

celle des huiles fixes. On brûle ces dernières dans des lampes, & on

les allume avec assez de facilité sous la cloche, par le moyen du

phosphore, de l'amadoue & d'un fer chaud; mais ce moyen n'est pas sans

dangers pour les substances qui sont susceptibles de se vaporiser à un

degré de chaleur médiocre, telles que l'éther, l'esprit-de-vin, les

huiles essentielles. Ces substances volatiles se dissolvent en assez

grande quantité dans le gaz oxygène; quand on allume, il se fait une

détonation subite qui enlève la cloche à une grande hauteur & qui la

brise en éclats. J'ai éprouvé deux de ces détonations, dont des membres

de l'Académie ont pensé, ainsi que moi, être les victimes. Cette

manière d'opérer a d'ailleurs un grand inconvénient: elle suffit bien

pour déterminer avec quelque exactitude la quantité de gaz oxygène

absorbé, & celle d'acide carbonique qui s'est formé; mais ces produits

ne sont pas les seuls qui résultent de la combustion: il se forme

de l'eau toutes les fois qu'on opère sur des matières végétales ou

animales, parce qu'elles contiennent toutes de l'hydrogène en excès;

or l'appareil que je viens de décrire, ne permet ni de la rassembler,

ni d'en déterminer la quantité. Enfin, même pour l'acide phosphorique,

l'expérience est incomplète, puisqu'il n'est pas possible de démontrer

dans cette manière d'opérer, que le poids de l'acide est égal à la

somme du poids du phosphore & de celui du gaz oxygène absorbé. Je me

suis donc trouvé obligé de varier, suivant les cas, les appareils

relatifs à la combustion, & d'en employer plusieurs de différentes

espèces, dont je vais donner successivement une idée: je commence par

celui destiné à la combustion du phosphore.

On prend un grand ballon de verre blanc ou de cristal A, _pl. IV,

fig. 4_, dont l'ouverture EF doit avoir deux pouces & demi à trois

pouces de diamètre. Cette ouverture se recouvre avec une plaque de

cuivre jaune ou laiton usée à l'émeri, & qui est percée de deux trous

pour le passage des tuyaux _xxx_, _yyy_.

Avant de fermer le ballon avec sa plaque, on introduit dans son

intérieur un support BC surmonté d'une capsule D de porcelaine, sur

laquelle on place le phosphore. On lute ensuite la plaque de cuivre

au ballon en EF avec du lut gras qu'on recouvre avec des bandes de

linge imbibées de blanc d'œuf & saupoudrées de chaux. On laisse

sécher pendant plusieurs jours, puis on pèse le tout avec une bonne

balance. Ces préparatifs achevés, on adapte une pompe pneumatique au

tuyau _xxx_, & on fait le vuide dans le ballon; après quoi on introduit

du gaz oxygène par le tuyau _yyy_, au moyen du gazomètre représenté

_planche VIII, figure 1_, & dont j'ai donné la description, Chapitre

II, §. II. On allume ensuite le phosphore avec un verre ardent, & on le

laisse brûler jusqu'à ce que le nuage d'acide phosphorique concret qui

se forme arrête la combustion. Alors on délute & on pèse le ballon. Le

poids, déduction faite de la tarre, donne celui de l'acide phosphorique

qu'il contient. Il est bon, pour plus d'exactitude, d'examiner l'air

ou le gaz contenu dans le ballon après la combustion, parce qu'il peut

être plus ou moins pesant que l'air ordinaire, & qu'il faut tenir

compte dans les calculs relatifs à l'expérience, de cette différence de

pesanteur.

Les mêmes motifs qui m'ont engagé à construire un appareil particulier

pour la combustion du phosphore, m'ont déterminé de prendre le même

parti à l'égard du charbon. Cet appareil consiste en un petit fourneau

conique fait en cuivre battu, représenté en perspective, _plan. XII,

figure 9_, & vu intérieurement, _figure 11_. On y distingue le

fourneau proprement dit ABC, où doit se faire la combustion du charbon,

la grille _de_ & le cendrier F. Au milieu du fourneau est un tuyau GH,

par lequel on introduit le charbon & qui sert en même tems de cheminée

pour évacuer l'air qui a servi à la combustion.

C'est par le tuyau _lmn_ qui communique avec le gazomètre, qu'est amené

l'air qui est destiné à entretenir la combustion; cet air se répand

dans la capacité du cendrier F, & la pression qui lui est communiquée

par le gazomètre, l'oblige à passer par la grille _de_, & à souffler

les charbons qui sont posés immédiatement dessus.

Le gaz oxygène qui entre pour les 28/100 dans la composition de l'air

de l'atmosphère, se convertit, comme l'on sait, en gaz acide carbonique

dans la combustion du charbon. Le gaz azote au contraire ne change

point d'état; il doit donc rester, après la combustion, un mêlange de

gaz azote & de gaz acide carbonique. Pour donner issue à ce mêlange, on

a adapté à la cheminée GH un tuyau _op_ qui s'y visse en G, de manière

à ne laisser échapper aucune portion d'air. Le mêlange des deux gaz est

conduit par ce tuyau à des bouteilles remplies de potasse en liqueur &

bien dépouillée d'acide carbonique, à travers laquelle il bouillonne.

Le gaz acide carbonique est absorbé par la potasse, & il ne reste que

du gaz azote qu'on reçoit dans un second gazomètre pour en déterminer

la quantité.

Une des difficultés que présente l'usage de cet appareil, est d'allumer

le charbon & de commencer la combustion: voici le moyen d'y parvenir.

Avant d'emplir de charbon le fourneau ABC, on en détermine le poids

avec une bonne balance & de manière à être sûr de ne point commettre

une erreur de plus d'un ou deux grains; on introduit ensuite dans la

cheminée GH le tuyau RS, _figure 10_, dont le poids doit également

avoir été bien déterminé. Ce tuyau est creux & ouvert par les deux

bouts: son extrémité S doit descendre jusqu'au fond du fourneau;

elle doit porter sur la grille _de_ & l'occuper toute entière. Ce

n'est qu'après que le tuyau RS a été ainsi placé, qu'on introduit le

charbon dans le fourneau. On le pèse alors de nouveau, pour connoître

la quantité de charbon qui y a été introduite. Ces opérations

préliminaires achevées, on met en place le fourneau, on visse le

tuyau _lmn_, _figure 9_, avec celui qui communique avec le gazomètre;

on visse le tuyau _op_ avec celui qui conduit aux bouteilles remplies

de potasse: enfin au moment où l'on veut commencer la combustion, on

ouvre le robinet du gazomètre, & on jette un petit charbon allumé par

l'extrémité R du tuyau RS; ce charbon tombe sur la grille où le courant

d'air le maintient allumé. Alors on retire promptement le tuyau RS;

on visse à la cheminée le tuyau _op_ destiné à évacuer l'air, & on

continue la combustion. Pour être assuré qu'elle est vraiment commencée

& que l'opération a réussi, on a ménagé un tuyau _qrs_ garni à son

extrémité _s_ d'un verre mastiqué, à travers lequel on peut voir si

le charbon est allumé. J'oubliois d'observer que ce fourneau & ses

dépendances sont plongés dans une espèce de baquet allongé TVXY, _fig.

11_, qui est rempli d'eau & même de glace, afin de diminuer autant que

l'on veut la chaleur de la combustion. Cette chaleur au surplus n'est

jamais très-vive, parce qu'il ne peut y avoir de combustion qu'en

proportion de l'air qui est fourni par le gazomètre, & qu'il n'y a

d'ailleurs de charbon qui brûle que celui qui porte immédiatement sur

la grille. A mesure qu'une molécule de charbon est consommée, il en

retombe une autre en vertu de l'inclinaison des parois du fourneau;

elle se présente au courant d'air qui traverse la grille _de_, & elle

brûle comme la première.

Quant à l'air qui a servi à la combustion, il traverse la masse

de charbon qui n'a pas encore brûlé, & la pression exercée par le

gazomètre l'oblige de s'échapper par le tuyau _op_, & de traverser les

bouteilles remplies d'alkali.

On voit que dans cette expérience on a toutes les données nécessaires

pour obtenir une analyse complette de l'air atmosphérique & du

charbon. En effet, on connoît le poids du charbon; on a par le moyen

du gazomètre la mesure de la quantité d'air employée à la combustion;

on peut déterminer la qualité & la quantité de celui qui reste après

la combustion; on a le poids de la cendre qui s'est rassemblée dans le

cendrier: enfin l'augmentation de poids des bouteilles qui contiennent

la potasse en liqueur, donne la quantité d'acide carbonique qui s'est

formé. On peut également connoître avec beaucoup de précision, par

cette opération, la proportion de carbone & d'oxygène dont cet acide

est composé.

Je rendrai compte dans les Mémoires de l'Académie, de la suite

d'expériences que j'ai entreprises avec cet appareil sur tous les

charbons végétaux & animaux. Il n'est pas difficile de voir qu'avec

très-peu de changemens on peut en faire une machine propre à observer

les principaux phénomènes de la respiration.

§. II.

_De la Combustion des Huiles._

Le charbon, au moins quand il est pur, étant une substance simple,

l'appareil destiné à le brûler ne pouvoit pas être très-compliqué. Tout

se réduisoit à lui fournir le gaz oxygène nécessaire à sa combustion,

& à séparer ensuite d'avec le gaz azote le gaz acide carbonique

qui s'étoit formé. Les huiles sont plus composées que le charbon,

puisqu'elles résultent de la combinaison au moins de deux principes,

le carbone & l'hydrogène; il reste en conséquence, après qu'on les a

brûlées dans l'air commun, de l'eau, du gaz acide carbonique & du gaz

azote. L'appareil qu'on emploie pour ce genre d'expériences, doit avoir

pour objet de séparer & de recueillir ces trois espèces de produit.

Je me sers, pour brûler les huiles, d'un grand bocal A représenté

_planche XII, fig 4_, & de son couvercle, _figure 5_. Ce bocal est

garni d'une virole de fer BCDE, qui s'applique exactement sur le bocal

en DE, & qui y est solidement mastiquée. Cette virole prend un plus

grand diamètre en BC, & laisse entr'elle & les parois du bocal un

intervalle ou rigole _xxxx_, qu'on remplit de mercure: le couvercle

représenté _fig. 5_, a de son côté en _fg_ une virole de fer qui

s'ajuste dans la rigole _xxxx_ du bocal, & qui plonge dans le mercure;

Le bocal A peut par ce moyen se fermer en un instant hermétiquement &

sans lut; & comme la rigole peut contenir une hauteur de mercure de

deux pouces, on voit qu'on peut faire éprouver à l'air contenu dans le

bocal une pression de plus de deux pieds d'eau, sans risquer qu'elle

surmonte la résistance du mercure.

Le couvercle, _fig. 5_, est percé de quatre trous destinés au passage

d'un égal nombre de tuyaux. L'ouverture T est d'abord garnie d'une

boëte à cuir à travers laquelle doit passer la tige représentée _fig.

3_. Cette tige est destinée à remonter ou à descendre la mêche de la

lampe, comme je l'expliquerai ci-après; les trois autres trous _h_,

_i_, _k_, sont destinés, savoir, le premier au passage du tuyau qui

doit amener l'huile, le second au passage du tuyau qui doit amener

l'air à la lampe pour entretenir la combustion, le troisième au passage

du tuyau qui doit donner issue à ce même air lorsqu'il a servi à la

combustion.

La lampe destinée à brûler l'huile dans le bocal, est représentée

séparément, _fig. 2_ de la même _planche_; on y voit le réservoir à

huile a avec une espèce d'entonnoir par lequel on le remplit; le siphon

_bcdefgh_, qui fournit l'huile à la lampe; le tuyau 7, 8, 9, 10, qui

amène l'air du gazomètre à la même lampe.

Le tuyau _bc_ est taraudé extérieurement dans sa partie inférieure

_b_, & se visse dans un écrou contenu dans le couvercle du réservoir

A; par ce moyen, en tournant le réservoir, on peut le faire monter ou

descendre & amener l'huile à la lampe, au niveau où on le juge à propos.

Quand on veut remplir le siphon & établir la communication entre

l'huile du réservoir _a_ & celle de la lampe 11, on ferme d'abord le

robinet _c_, on ouvre celui _e_, & on verse de l'huile par l'ouverture

_f_, qui est au haut du siphon. Dès qu'on voit paroître l'huile dans la

lampe 11 à un niveau convenable, c'est-à-dire à trois ou quatre lignes

des bords, on ferme le robinet _k_; on continue à verser de l'huile par

l'ouverture e, pour remplir la branche _bcd_. Quand elle est remplie,

on ferme le robinet _f_, & alors les deux branches du siphon étant

pleines d'huile sans interruption, la communication du réservoir à la

lampe est établie.

La _figure 1_, même _planche XII_, représente la coupe de la lampe

grossie pour rendre les détails plus frappans & plus sensibles. On y

voit le tuyau _ik_, qui apporte l'huile; _aaaa_, la capacité qu'occupe

la mêche; 9 & 10, le tuyau qui apporte l'air à la lampe: cet air se

répand dans la capacité _dddddd_, puis il se distribue par le canal

_cccc_ & par celui _bbbb_, en-dedans & en-dehors de la mêche, à la

manière des lampes d'Argand, Quinquet & Lange.

Pour faire mieux connoître l'ensemble de cet appareil, & pour que sa

description même rende plus facile l'intelligence de tous les autres

de même genre, je l'ai représenté tout entier en perspective, _planche

XI_. On y voit le gazomètre P qui fournit l'air; l'ajutage 1 & 2 par

lequel il sort, & qui est garni d'un robinet 1; 2 & 3, un tuyau qui

communique de ce premier gazomètre à un second, que l'on emplit pendant

que le premier se vuide, afin que l'émission de l'air se fasse sans

interruption pendant tout le tems que doit durer l'opération; 4 & 5,

un tube de verre garni d'un sel déliquescent en morceaux médiocrement

gros, afin que l'air, en se distribuant dans les interstices, y dépose

une grande partie de l'eau qu'il tenoit en dissolution. Comme on

connoît le poids du tube & celui du sel déliquescent qu'il contient,

il est toujours facile de connoître la quantité d'eau qu'il a absorbée.

Du tube 4 & 5 que je nommerai tube déliquescent, l'air est conduit à

la lampe 11 par le tube 5, 6, 7, 8, 9, 10. Là il se divise; une partie

vient alimenter la flamme par-dehors, l'autre par-dedans, à la manière

des lampes d'Argand, Quinquet & Lange. Cet air, dont une partie a ainsi

servi à la combustion de l'huile, forme avec elle en l'oxygénant du

gaz acide carbonique & de l'eau. Une partie de cette eau se condense

sur les parois du bocal A, une autre partie est tenue en dissolution

dans l'air par la chaleur de la combustion: mais cet air qui est poussé

par la pression qu'il reçoit du gazomètre, est obligé de passer par

le tuyau 12, 13, 14 & 15, d'où il est conduit dans la bouteille 16 &

dans le serpentin 17 & 18, où l'eau achève de se condenser à mesure

que l'air se refroidit. Enfin si quelque peu d'eau restoit encore en

dissolution dans l'air, elle seroit absorbée par le sel déliquescent

contenu dans le tube 19 & 20.

Toutes les précautions qu'on vient d'indiquer n'ont d'autre objet que

de recueillir l'eau qui s'est formée, & d'en déterminer la quantité:

il reste ensuite à évaluer l'acide carbonique & le gaz azote. On y

parvient au moyen des bouteilles 22 & 25, qui sont à moitié remplies

de potasse en liqueur & dépouillée d'acide carbonique par la chaux.

L'air qui a servi à la combustion, y est conduit par les tuyaux 20, 21,

23 & 24, & il y dépose le gaz acide carbonique qu'il contient. On n'a

représenté dans cette figure, pour la simplifier, que deux bouteilles

remplies de potasse en liqueur; mais il en faut beaucoup davantage, &

je ne crois pas qu'on puisse en employer moins de neuf. Il est bon de

mettre dans la dernière de l'eau de chaux, qui est le réactif le plus

sûr & le plus sensible pour reconnoître l'acide carbonique: si elle ne

se trouble pas, on peut être assuré qu'il ne reste pas de gaz acide

carbonique dans l'air, du moins en quantité sensible.

Il ne faut pas croire que l'air qui a servi à la combustion, lorsqu'il

a traversé les neuf bouteilles, ne contienne plus que du gaz azote;

il est encore mêlé d'une assez grande quantité de gaz oxigène qui

a échappé à la combustion. On fait passer ce mêlange à travers un

sel déliquescent contenu dans le tube de verre 28 & 29, afin de le

dépouiller des portions d'eau qu'il auroit pu dissoudre en traversant

les bouteilles de potasse & d'eau de chaux. Enfin on conduit le

résidu d'air à un gazomètre par le tuyau 29 & 30: on en détermine la

quantité; on en prend des échantillons qu'on essaye par le sulfure de

potasse, afin de savoir la proportion de gaz oxygène & de gaz azote

qu'il contient.

On sait que dans la combustion des huiles, la mêche se charbonne au

bout d'un certain tems, & qu'elle s'obstrue. Il y a d'ailleurs une

longueur déterminée de mêche qu'il faut atteindre, mais qu'il ne faut

pas outre-passer, sans quoi il monte par les tuyaux capillaires de la

mêche plus d'huile que le courant d'air n'en peut consommer, & la lampe

fume. Il étoit donc nécessaire qu'on pût allonger ou raccourcir la

mêche de dehors & sans ouvrir l'appareil: c'est à quoi on est parvenu,

au moyen de la tige 31, 32, 33 & 34, qui passe à travers une boëte à

cuir & qui répond au porte-mêche. On a donné à cette tige un mouvement

très-doux au moyen d'un pignon qui engraine dans une crémaillère. On

voit cette tige & ses accessoires représentés séparément, _pl. XII,

fig. 3_.

Il m'a semblé encore qu'en enveloppant la flamme de la lampe avec un

petit bocal de verre ouvert par les deux bouts, la combustion en alloit

mieux. Ce bocal est en place dans la _planche XI_.

Je n'entrerai pas dans de plus grands détails sur la construction

de cet appareil, qui est susceptible d'être changé & modifié de

différentes manières. Je me contenterai d'ajouter que, lorsqu'on veut

opérer, on commence par peser la lampe avec son réservoir & l'huile

qu'elle contient; qu'on la met en place; qu'on l'allume; qu'après avoir

donné de l'air en ouvrant le robinet du gazomètre, on place le bocal

A; qu'on l'assujétit au moyen d'une petite planche BC, sur laquelle

il repose, & de deux tiges de fer qui la traversent & qui se vissent

au couvercle. Il y a de cette manière un peu d'huile brûlée pendant

qu'on ajuste le bocal au couvercle & l'on en perd le produit; il y a

également une petite portion d'air qui s'échappe du gazomètre & qu'on

ne peut recueillir; mais ces quantités sont peu considérables dans

des expériences en grand; elles sont d'ailleurs susceptibles d'être

évaluées.

Je rendrai compte dans les Mémoires de l'Académie, des difficultés

particulières attachées à ce genre d'expériences, & des moyens de

les lever. Ces difficultés sont telles, qu'il ne m'a pas encore été

possible d'obtenir des résultats rigoureusement exacts pour les

quantités. J'ai bien la preuve que les huiles fixes se résolvent

entièrement en eau & en gaz acide carbonique, qu'elles sont composées

d'hydrogène & de carbone; mais je n'ai rien d'absolument certain sur

les proportions.

§. III.

_De la Combustion de l'Esprit-de-vin ou Alkool._

La combustion de l'alkool peut à la rigueur se faire dans l'appareil

qui a été décrit ci-dessus pour la combustion du charbon & pour

celle du phosphore. On place sous une cloche A, _planche IV, fig.3_,

une lampe remplie d'alkool; on attache à la mêche un atôme de

phosphore, & on allume avec un fer recourbé qu'on passe par-dessous

la cloche: mais cette manière d'opérer est susceptible de beaucoup

d'inconvéniens. Il seroit d'abord imprudent d'employer du gaz oxygène,

par la crainte de la détonation: on n'est pas même entièrement exempt

de ce risque, lorsque l'on emploie de l'air atmosphérique, & j'en

ai fait, en présence de quelques membres de l'Académie, une épreuve

qui a pensé leur devenir funeste ainsi qu'à moi. Au lieu de préparer

l'expérience comme j'étois dans l'habitude de le faire, au moment

même où je devois opérer, je l'avois disposée dès la veille. L'air

atmosphérique contenu dans la cloche, avoit eu en conséquence le tems

de dissoudre de l'alkool: la vaporisation de l'alkool avoit même été

favorisée par la hauteur de la colonne de mercure que j'avois élevée

en EF, _planche IV, fig. 3_. En conséquence, au moment où je voulus

allumer le petit morceau de phosphore & la lampe avec le fer rouge,

il se fit une détonation violente qui enleva la cloche & qui la brisa

en mille pièces contre le plancher du laboratoire. Il résulte de

l'impossibilité où l'on est d'opérer dans du gaz oxygène, qu'on ne peut

brûler par ce moyen que de très-petites quantités d'alkool, de 10 à

12 grains par exemple, & les erreurs qu'on peut commettre sur d'aussi

petites quantités, ne permettent de prendre aucune confiance dans les

résultats. J'ai essayé dans les expériences dont j'ai rendu compte

à l'Académie (_Voy. Mém. Acad. année 1784, pag. 593_) de prolonger

la durée de la combustion, en allumant la lampe d'alkool dans l'air

ordinaire, & en refournissant ensuite du gaz oxygène sous la cloche à

mesure qu'il s'en étoit consommé; mais le gaz acide carbonique qui se

forme met obstacle à la combustion, d'autant plus que l'alkool est peu

combustible & qu'il brûle difficilement dans de l'air moins bon que

l'air commun; on ne peut donc encore brûler de cette manière que de

très-petites quantités d'alkool.

Peut-être cette combustion réussiroit-elle dans l'appareil représenté

_planche XI_; mais je n'ai pas osé l'y tenter. Le bocal A où se fait

la combustion, a environ 1400 pouces cubiques de capacité; & s'il se

faisoit une détonation dans un aussi grand vaisseau, elle auroit des

suites terribles dont il seroit difficile de se garantir. Je ne renonce

pas cependant à la tenter.

C'est par une suite de ces difficultés que je me suis borné jusqu'ici à

des expériences très en petit sur l'alkool, ou bien à des combustions

faites, dans des vaisseaux ouverts, comme dans l'appareil représenté

_pl. IX, fig. 5_, dont je donnerai la description dans le §. 5 de ce

Chapitre.

Je reprendrai dans d'autres tems la suite de ce travail, si du moins je

puis parvenir à lever les obstacles qu'il m'a présentés jusqu'ici.

§. IV.

_De la Combustion de l'Ether._

La combustion de l'éther en vaisseaux clos, ne comporte pas précisément

les mêmes difficultés que celle de l'alkool; mais elle en présente

d'un autre genre qui ne sont pas moins difficiles à vaincre, & qui

m'arrêtent encore dans ce moment.

J'avois cru pouvoir profiter, pour opérer cette combustion, de la

propriété qu'a l'éther de se dissoudre dans l'air de l'atmosphère,

& de le rendre inflammable sans détonation. J'ai fait construire,

d'après cette idée, un réservoir à éther _abcd_, _pl. XII, fig. 8_,

auquel l'air du gazomètre est amené par un tuyau 1, 2, 3, 4. Cet air

se répand d'abord dans un double fond pratiqué à la partie supérieure

_ac_ du réservoir. Là il se distribue par sept tuyaux descendans _ef_,

_gh_, _ik_, _&c._ & la pression qu'il reçoit de la part du gazomètre,

l'oblige de bouillonner à travers l'éther contenu, dans le vase _abcd_.

On peut, à mesure que l'éther est ainsi dissous & emporté par l'air, en

rendre au réservoir _abcd_, au moyen d'un réservoir supplémentaire E,

porté par un tuyau de cuivre _op_, de 15 à 18 pouces de haut, & qui se

ferme au moyen d'un robinet. J'ai été obligé de donner une assez grande

hauteur à ce tuyau, afin que l'éther qui est contenu dans le flacon E

puisse vaincre la résistance occasionnée par la pression exercée par le

gazomètre.

L'air ainsi chargé de vapeurs d'éther est repris par le tuyau 5, 6, 7,

8, 9, & conduit dans le bocal A où il s'échappe par un ajutoir très-fin

à l'extrêmité duquel on l'allume. Ce même air, après avoir servi à la

combustion, passe par la bouteille 16, _planche XI_, par le serpentin

17 & 18, & par le tube déliquescent où il dépose l'eau dont il s'étoit

chargé; le gaz acide carbonique est ensuite absorbé par l'alkali

contenu dans les bouteilles 22 & 25.

Je supposois, lorsque j'ai fait construire cet appareil, que la

combinaison d'air atmosphérique & d'éther qui s'opère dans le réservoir

_abcd_, _planc. XII, figure 8_, étoit dans la juste proportion qui

convient à la combustion, & c'est en quoi j'étois dans l'erreur: il

y a un excès d'éther très-considérable, & il faut en conséquence une

nouvelle combinaison d'air atmosphérique pour opérer la combustion

totale. Il en résulte qu'une lampe construite de cette manière brûle

dans l'air ordinaire qui fournit la quantité d'oxygène manquante pour

la combustion; mais qu'elle ne peut brûler dans des vaisseaux où l'air

ne se renouvelle pas. Aussi la lampe s'éteignoit-elle peu de tems après

qu'elle étoit enfermée dans le bocal A, _planche XII, figure 8_. Pour

remédier à cet inconvénient, j'ai essayé d'amener à cette lampe de

l'air atmosphérique par un tuyau latéral 9, 10, 11, 12, 13, 14 & 15; &

je l'ai distribué circulairement autour de la mêche: mais quelque léger

que fût le courant d'air, la flamme étoit si mobile, elle tenoit si peu

à la mêche, qu'il suffisoit pour la souffler; en sorte que je n'ai

point encore pu réussir à la combustion de l'éther. Je ne désespère

cependant pas d'y parvenir, au moyen de quelques changemens que je fais

faire à cet appareil.

§. V.

_De la Combustion du Gaz hydrogène, & de la Formation de l'Eau._

La formation de l'eau a cela de particulier, que les deux substances

qui y concourent, l'oxygène & l'hydrogène, sont l'une & l'autre

dans l'état aériforme avant la combustion, & que l'une & l'autre se

transforment par le résultat de cette opération, en une substance

liquide qui est l'eau.

Cette combustion seroit donc fort simple & n'exigeroit pas des

appareils fort compliqués, s'il étoit possible de se procurer des

gaz oxygène & hydrogène parfaitement purs & qui fussent combustibles

sans reste. On pourroit alors opérer dans de très-petits vaisseaux;

& en y refournissant continuellement les deux gaz dans la proportion

convenable, on continueroit indéfiniment la combustion. Mais jusqu'ici

les Chimistes n'ont encore employé que du gaz oxygène mélangé de gaz

azote. Il en a résulté qu'ils n'ont pu entretenir que pendant un tems

limité & très-court la combustion du gaz hydrogène dans des vaisseaux

clos: & en effet, le résidu de gaz azote augmentant continuellement, la

flamme s'affoiblit & elle finit par s'éteindre. Cet inconvénient est

d'autant plus grand, que le gaz oxygène qu'on emploie est moins pur:

il faut alors, ou cesser la combustion & se résoudre à n'opérer que

sur de petites quantités, ou refaire le vuide pour se débarrasser du

gaz azote: mais dans ce dernier cas on vaporise une portion de l'eau

qui s'est formée, & il en résulte une erreur d'autant plus dangereuse,

qu'on n'a pas de moyen sûr de l'apprécier.

Ces réflexions me font désirer de pouvoir répéter un jour les

principales expériences de la Chimie pneumatique avec du gaz oxygène

absolument exempt de mêlange de gaz azote, & le sel muriatique oxygéné

de potasse en fournit les moyens. Le gaz oxygène qu'on en retire ne

paroît contenir de l'azote qu'accidentellement; en sorte qu'avec des

précautions on pourra l'obtenir parfaitement pur. En attendant que

j'aye pu reprendre cette suite d'expériences, voici l'appareil que nous

avons employé, M. Meusnier & moi, pour la combustion du gaz hydrogène.

Il n'y aura rien à y changer, lorsqu'on aura pu se procurer des gaz

purs, si ce n'est qu'on pourra diminuer la capacité du vase où se fait

la combustion.

J'ai pris un matras ou ballon à large ouverture A, _pl. IV, fig. 5_,

& j'y ai adapté une platine BC, à laquelle étoit soudée une douille

creuse de cuivre _g_FD, fermée par le haut & à laquelle venoient

aboutir trois tuyaux. Le premier _d_D_d'_ se terminoit en _d'_ par

une ouverture très-petite & à peine capable de laisser passer une

aiguille fine; il communiquoit avec le gazomètre représenté _pl. VIII,

fig. 1_, lequel étoit rempli de gaz hydrogène. Le tuyau opposé _gg_

communiquoit avec un autre gazomètre tout semblable, qui étoit rempli

de gaz oxygène: un troisième tuyau H_h_ s'adaptoit à une machine

pneumatique, pour qu'on pût faire le vuide dans le ballon A. Enfin la

platine BC étoit en outre percée d'un trou garni d'un tube de verre

à travers lequel passoit un fil de métal _g_L, à l'extrémité duquel

étoit adaptée une petite boule L de cuivre, afin qu'on pût tirer une

étincelle électrique de L en _d'_, & allumer ainsi le gaz hydrogène

amené par le tuyau _d_D_d'_.

Pour que les deux gaz arrivassent aussi secs qu'il étoit possible, on

avoit rempli deux tubes MM, NN, d'un pouce & demi de diamètre environ,

& d'un pied de longueur, avec de la potasse concrète bien dépouillée

d'acide carbonique & concassée en morceaux assez gros pour que les gaz

pussent passer librement entre les interstices. J'ai éprouvé depuis

que du nitrate ou du muriate de chaux bien secs & en poudre grossière,

étoient préférables à la potasse, & qu'ils enlevoient plus d'eau à une

quantité donnée d'air.

Pour opérer avec cet appareil, on commence par faire le vuide dans le

ballon A, au moyen de la pompe pneumatique adaptée au tuyau FH_h_;

après quoi on y introduit du gaz oxygène, en tournant le robinet _r_

du tube _gg_. Le degré du limbe du gazomètre observé avant & après

l'introduction du gaz, indique la quantité qui en est entrée dans le

ballon. On ouvre ensuite le robinet s du tube _d_D_d'_, afin de faire

arriver le gaz hydrogène; & aussitôt, soit avec une machine électrique,

soit avec une bouteille de Leyde, on fait passer une étincelle de la

boule L à l'extrémité _d'_ du tube par lequel se fait l'écoulement du

gaz hydrogène, & il s'allume aussitôt. Il faut, pour que la combustion

ne soit ni trop lente ni trop rapide, que le gaz hydrogène arrive

avec une pression d'un pouce & demi à deux pouces d'eau, & que le gaz

oxygène n'arrive au contraire qu'avec trois lignes au plus de pression.

La combustion ainsi commencée, elle se continue; mais en

s'affoiblissant à mesure que la quantité de gaz azote qui reste de la

combustion des deux gaz augmente. Il arrive enfin un moment où la

portion de gaz azote devient telle, que la combustion ne peut plus

avoir lieu, & alors la flamme s'éteint. Il faut faire en sorte de

prévenir cette extinction spontanée; parce qu'au moyen de ce qu'il y a

pression plus forte dans le réservoir de gaz hydrogène que dans celui

de gaz oxygène, il se feroit un mêlange des deux dans le ballon, & que

ce mêlange passeroit ensuite dans le réservoir de gaz oxygène. Il faut

donc arrêter la combustion en fermant le robinet du tuyau _d_D_d'_, dès

qu'on s'apperçoit que la flamme s'affoiblit à un certain point, & avoir

une grande attention pour ne point se laisser surprendre.

A une première combustion ainsi faite on peut en faire succéder une

seconde, une troisième, &c. On refait alors le vuide comme la première

fois; on remplit le ballon de gaz oxygène, on ouvre le robinet du tuyau

par lequel s'introduit le gaz hydrogène, & on allume par l'étincelle

électrique.

Pendant toutes ces opérations, l'eau qui se forme, se condense sur les

parois du ballon & ruisselle de toutes parts: elle se rassemble au

fond, & il est aisé d'en déterminer le poids quand on connoît celui du

ballon. Nous rendrons compte un jour, M. Meusnier & moi, des détails

de l'expérience que nous avons faite avec cet appareil, dans les mois

de janvier & de février 1785, en présence d'une grande partie des

membres de l'Académie. Nous avons tellement multiplié les précautions,

que nous avons lieu de la croire exacte. D'après le résultat que nous

avons obtenu, 100 parties d'eau en poids sont composées de 85 d'oxygène

& de 15 d'hydrogène.

Il est encore un autre appareil pour la combustion, avec lequel on ne

peut pas faire des expériences aussi exactes qu'avec les précédens,

mais qui présente un résultat très-frappant & très-propre à être

présenté dans un cours de Physique & de Chimie. Il consiste dans un

serpentin EF, _planche IX, figure 5_, renfermé dans un seau de métal

ABCD. A la partie supérieure E du tuyau de ce serpentin, on adapte une

cheminée GH composée d'un double tuyau; savoir, de la continuation du

serpentin & d'un tuyau de fer-blanc qui l'environne. Ces deux tuyaux

laissent entr'eux un intervalle d'un pouce environ, qu'on remplit avec

du sable.

A l'extrémité inférieure du tuyau intérieur K, s'adapte un tube de

verre, & au-dessous une lampe à esprit-de-vin LM, à la Quinquet.

Les choses ainsi préparées, & la quantité d'alkool contenue dans la

lampe ayant été bien déterminée, on allume. L'eau qui se forme pendant

la combustion de l'alkool, s'élève par le tube KE; elle se condense

dans le serpentin contenu dans le seau ABCD, & va ressortir en état

d'eau par l'extrémité F du tube où elle est reçue dans une bouteille P.

La double enveloppe GH est destinée à empêcher que le tube ne se

refroidisse dans sa partie montante, & que l'eau ne s'y condense.

Elle redescendroit le long du tube, sans qu'on pût en déterminer la

quantité; il pourroit d'ailleurs en retomber sur la mêche des gouttes,

qui ne manqueroient pas de l'éteindre. L'objet de cet appareil est

donc d'entretenir toujours chaude toute la partie GH que j'appelle

la cheminée, & toujours froide au contraire la partie qui forme le

serpentin proprement dit; en sorte que l'eau soit toujours dans

l'état de vapeurs dans la partie montante, & qu'elle se condense

sitôt qu'elle est engagée dans la partie descendante. Cet appareil a

été imaginé par M. Meusnier: j'en ai donné la description dans les

Mémoires de l'Académie, année 1784, page 593 & 594. On peut, en opérant

avec précaution, c'est-à-dire en entretenant l'eau qui environne le

serpentin, toujours froide, retirer près de 17 onces d'eau de la

combustion de 16 onces d'esprit-de-vin ou alkool.

§. VI.

_De l'Oxidation des Métaux._

On désigne principalement par le nom de calcination ou oxidation,

une opération dans laquelle les métaux exposés à un certain degré

de chaleur se convertissent en oxides, en absorbant l'oxygène de

l'air. Cette combinaison se fait en raison de ce que l'oxygène a plus

d'affinité, du moins à un certain degré de température, avec les

métaux, qu'il n'en a avec le calorique. En conséquence le calorique

devient libre & se dégage: mais comme l'opération, lorsqu'elle se fait

dans l'air commun, est successive & lente, le dégagement du calorique

est peu sensible. Il n'en est pas de même, lorsque la calcination

s'opère dans le gaz oxygène; elle se fait alors d'une manière beaucoup

plus rapide, elle est souvent accompagnée de chaleur & de lumière; en

sorte qu'on ne peut douter que les substances métalliques ne soient de

véritables corps combustibles.

Les métaux n'ont pas tous le même degré d'affinité pour l'oxygène.

L'or & l'argent, par exemple, & même le platine ne peuvent l'enlever

au calorique, à quelque degré de chaleur que ce soit. Quant aux autres

métaux, ils s'en chargent d'une quantité plus ou moins grande, &, en

général, ils en absorbent jusqu'à ce que ce principe soit en équilibre

entre la force du calorique qui le retient, & celle du métal qui

l'attire. Cet équilibre est une loi générale de la nature dans toutes

les combinaisons.

Dans les opérations de docimasie & dans toutes celles relatives aux

arts, on accélère l'oxidation du métal en donnant un libre accès à

l'air extérieur. Quelquefois même on y joint l'action d'un soufflet

dont le courant est dirigé sur la surface du métal. L'opération

est encore plus rapide, si on souffle du gaz oxygène; ce qui est

très-facile à l'aide du gazomètre dont j'ai donné la description.

(_Voyez_ page 346.) Alors le métal brûle avec flamme, & l'oxidation est

terminée en quelques instans: mais on ne peut employer ce dernier moyen

que pour des expériences très en petit, à cause de la cherté du gaz

oxygène.

Dans l'essai des mines & en général dans toutes les opérations

courantes des laboratoires, on est dans l'usage de calciner ou oxider

les métaux sur un plat ou soucoupe de terre cuite, _pl. IV, fig. 6_,

qu'on place sur un bon fourneau: on nomme ces plats ou soucoupes _têts

à rôtir_. De tems en tems on remue la matière qu'on veut calciner, afin

de renouveller les surfaces.

Toutes les fois qu'on opère sur une substance métallique qui n'est

pas volatile, & qu'il ne se dissipe rien pendant l'opération, il y

a augmentation de poids du métal. Mais des expériences faites ainsi

en plein air, n'auroient jamais conduit à reconnoître la cause de

l'augmentation du poids des métaux pendant leur oxidation. Ce n'est

que du moment où l'on a commencé à opérer dans des vaisseaux fermés

& dans des quantités déterminées d'air, qu'on a été véritablement

sur la voie de la découverte des causes de ce phénomène. Un premier

moyen qu'on doit à M. Priestley, consiste à exposer le métal qu'on se

propose de calciner, sur une capsule N de porcelaine, _planc. IV_,

_fig. 11_, placée sur un support un peu élevé IK; à le recouvrir avec

une cloche de cristal A plongée dans un bassin plein d'eau BCDE, & à

élever l'eau jusqu'en GH, en suçant l'air de la cloche avec un siphon

qu'on passe par-dessous: on fait ensuite tomber sur le métal le foyer

d'un verre ardent. En quelques minutes l'oxidation s'opère; une partie

de l'oxygène contenu dans l'air se combine avec le métal; il y a une

diminution proportionnée dans le volume de l'air, & ce qui reste n'est

plus que du gaz azote, encore mêlé cependant d'une petite quantité de

gaz oxygène. J'ai exposé le détail des expériences que j'ai faites

avec cet appareil dans mes opuscules physiques & chimiques, imprimées

en 1773, pages 283, 284, 285 & 286. On peut substituer le mercure à

l'eau, & l'expérience n'en est que plus concluante.

Un autre procédé dont j'ai exposé le résultat dans les Mémoires de

l'Académie, année 1774, page 351, & dont la première idée appartient à

Boyle, consiste à introduire le métal sur lequel on veut opérer dans

une cornue A, _pl. III_, _fig. 20_, dont on tire à la lampe l'extrémité

du col, & qu'on ferme hermétiquement en C. On oxide ensuite le métal,

en tenant la cornue sur un feu de charbon, & en la chauffant avec

précaution. Le poids du vaisseau & des matières qu'il contient, ne

change pas tant qu'on n'a pas rompu l'extrémité C du bec de la cornue;

mais sitôt qu'on procure à l'air extérieur une issue pour rentrer, il

le fait avec sifflement.

Cette opération ne seroit pas sans quelque danger, si on scelloit

hermétiquement la cornue sans avoir fait sortir auparavant une portion

de l'air qu'elle contenoit; la dilatation occasionnée par la chaleur

pourroit faire éclater le vaisseau, avec risque pour ceux qui le

tiendroient ou qui seroient dans le voisinage. Pour prévenir ce danger,

on doit faire chauffer la cornue avant de la sceller à la lampe & en

faire sortir une portion d'air qu'on reçoit sous une cloche dans

l'appareil pneumato-chimique, afin de pouvoir en déterminer la quantité.

Je n'ai point multiplié, autant que je l'aurois desiré, ces oxidations,

& je n'ai obtenu de résultats satisfaisans qu'avec l'étain: le plomb

ne m'a pas bien réussi. Il seroit à souhaiter que quelqu'un voulût

bien reprendre ce travail & tenter l'oxidation dans différens gaz;

il seroit, je crois, bien dédommagé des peines attachées à ce genre

d'expériences.

Tous les oxides de mercure étant susceptibles de se revivifier sans

addition, & de restituer dans son état de pureté l'oxygène qu'ils

ont absorbé, aucun métal n'étoit plus propre à devenir le sujet

d'expériences très-concluantes sur la calcination & l'oxidation des

métaux. J'avois d'abord tenté, pour opérer l'oxidation du mercure

dans les vaisseaux fermés, de remplir une cornue de gaz oxygène, d'y

introduire une petite portion de mercure & d'adapter à son col une

vessie à moitié remplie de gaz oxygène, comme on le voit représenté

_planche IV, fig. 12_. Je faisois ensuite chauffer le mercure de la

cornue; & en continuant très-long-tems l'opération, j'étois parvenu à

en oxider une petite portion, & à former de l'oxide rouge qui nageoit à

la surface: mais la quantité de mercure que je suis parvenu à oxider

de cette manière, étoit si petite, que la moindre erreur commise

dans la détermination des quantités de gaz oxygène avant & après

l'oxidation, auroit jetté la plus grande incertitude sur mes résultats.

J'étois toujours inquiet d'ailleurs, & non sans de justes raisons,

qu'il ne se fût échappé de l'air à travers des pores de la vessie,

d'autant plus qu'elle se racornit pendant l'opération par la chaleur du

fourneau dans lequel on opère, à moins qu'on ne la recouvre de linges

entretenus toujours humides.

On opère d'une manière plus sûre avec l'appareil représenté _planc. IV,

figure 2_. (_Voyez_ Mém. Acad. année 1775, page 580.) Il consiste

en une cornue A, au bec de laquelle on soude à la lampe d'émailleur

un tuyau de verre recourbé BCDE, de 10 à 12 lignes de diamètre, qui

s'engage sous une cloche FG contenue & retournée dans un bassin plein

d'eau ou de mercure. Cette cornue est soutenue sur les barres d'un

fourneau MMNN: on peut aussi se servir d'un bain de sable. On parvient

avec cet appareil à oxider en plusieurs jours un peu de mercure dans

l'air ordinaire, & à obtenir un peu d'oxide rouge qui nage à la

surface: on peut même le rassembler, le revivifier & comparer les

quantités de gaz obtenu avec l'absorption qui a eu lieu pendant la

calcination; (_voyez_ page 35 les détails que j'ai donnés sur cette

expérience) mais ce genre d'opérations ne pouvant se faire que très en

petit, il reste toujours de l'incertitude sur les quantités.

La combustion du fer dans le gaz oxygène étant une véritable oxidation,

je dois en faire mention ici. L'appareil qu'emploie M. Ingen-Housz pour

cette opération, est représenté _pl. IV, fig. 17_. J'en ai déjà donné

la description, page 41, & je ne puis qu'y renvoyer.

On peut aussi brûler & oxider du fer sous des cloches de verre remplies

de gaz oxygène, de la même manière qu'on brûle du phosphore ou du

charbon. On se sert également pour cette opération de l'appareil

représenté _planche IV, fig. 3_, & dont j'ai donné la description, p.

61. Il faut dans cette expérience, comme dans la combustion, attacher

à l'une des extrémités du fil de fer, ou des copeaux de fer qu'on se

propose de brûler, un petit morceau d'amadoue & un atôme de phosphore:

le fer chaud qu'on passe sous la cloche allume le phosphore; celui-ci

allume l'amadoue, & l'inflammation se communique au fer. M. Ingen-Housz

nous a appris qu'on pouvoit brûler ou oxider de la même manière tous

les métaux, à l'exception de l'or, de l'argent & du mercure. Il ne

s'agit que de se procurer ces métaux en fils très-fins ou en feuilles

minces coupées par bandes; on les tortille avec du fil de fer, & ce

dernier métal communique aux autres la propriété de s'enflammer & de

s'oxider.

Nous venons de voir comment on parvenoit à oxider de très-petites

quantités de mercure dans les vaisseaux fermés & dans des volumes d'air

limités: ce n'est de même qu'avec beaucoup de peine qu'on parvient à

oxider ce métal, même à l'air libre. On se sert ordinairement dans les

laboratoires pour cette opération d'un matras A, _planche IV, fig. 10_,

à cul très-plat, qui a un col BC très-allongé & terminé par une

très-petite ouverture: ce vaisseau porte le nom d'_enfer de Boyle_. On

y introduit assez de mercure pour couvrir son fond, & on le place sur

un bain de sable qu'on entretient à un degré de chaleur fort approchant

du mercure bouillant. En continuant ainsi pendant plusieurs mois,

avec cinq ou six de ces matras, & en renouvellant de tems en tems le

mercure, on parvient à obtenir quelques onces de cet oxide.

Cet appareil a un grand inconvénient, c'est que l'air ne s'y renouvelle

pas assez; mais, d'un autre côté, si on donnoit à l'air extérieur

une circulation trop libre, il emporteroit avec lui du mercure en

dissolution, & au bout de quelques jours on n'en retrouveroit plus

dans le vaisseau. Comme de toutes les expériences que l'on peut faire

sur l'oxidation des métaux, celles sur le mercure sont les plus

concluantes, il seroit à souhaiter qu'on pût imaginer un appareil

simple au moyen duquel on pût démontrer cette oxidation & les résultats

qu'on en obtient dans les cours publics. On y parviendroit, ce me

semble, par des moyens analogues à ceux que j'ai décrits pour la

combustion des huiles ou du charbon; mais je n'ai pu reprendre encore

ce genre d'expériences.

L'oxide de mercure se revivifie, comme je l'ai dit, sans addition;

il suffit de le faire chauffer à un degré de chaleur légèrement

rouge. L'oxygène à ce degré a plus d'affinité avec le calorique

qu'avec le mercure, & il se forme du gaz oxygène; mais ce gaz est

toujours mêlé d'un peu de gaz azote, ce qui indique que le mercure

en absorbe une petite portion pendant son oxidation. Il contient

aussi presque toujours un peu de gaz acide carbonique; ce qu'on doit

sans doute attribuer aux ordures qui s'y mêlent, qui se charbonnent

& qui convertissent ensuite une portion de gaz oxygène en gaz acide

carbonique.

Si les Chimistes étoient réduits à tirer de l'oxide de mercure fait

par voie de calcination, tout le gaz oxygène qu'ils emploient dans

leurs expériences, le prix excessif de cette préparation rendroit

absolument impraticables les expériences un peu en grand. Mais on

peut également oxygéner le mercure par l'acide nitrique, & on obtient

un oxide rouge plus pur que celui même qui a été fait par voie de

calcination. On le trouve tout préparé dans le commerce & à un prix

modéré: il faut choisir de préférence celui qui est en morceaux solides

& formé de lames douces au toucher & qui tiennent ensemble. Celui qui

est en poudre est quelquefois mêlangé d'oxide rouge de plomb: il ne

paroît pas que celui en morceaux solides soit susceptible de la même

altération. J'ai quelquefois essayé de préparer moi-même cet oxide par

l'acide nitrique: la dissolution du métal faite, j'évaporois jusqu'à

siccité, & je calcinois le sel, ou dans des cornues, ou dans des

capsules faites avec des fragmens de matras coupés par la méthode que

j'ai indiquée; mais jamais je n'ai pu parvenir à l'avoir aussi beau que

celui du commerce. On le tire, je crois, de Hollande.

Pour obtenir le gaz oxygène de l'oxide de mercure, j'ai coutume de me

servir d'une cornue de porcelaine à laquelle j'adapte un long tube de

verre qui s'engage sous des cloches dans l'appareil pneumato-chimique à

l'eau. Je place au bout du tube un vase plongé dans l'eau, dans lequel

se rassemble le mercure à mesure qu'il se revivifie. Le gaz oxygène ne

commence à passer que quand la cornue devient rouge. C'est un principe

général que M. Berthollet a bien établi, qu'une chaleur obscure ne

suffit pas pour former du gaz oxygène; il faut de la lumière: ce qui

semble prouver que la lumière est un de ses principes constituans. On

doit dans la revivification de l'oxide rouge de mercure rejeter les

premières portions de gaz qu'on obtient, parce qu'elles sont mêlées

d'air commun en raison de celui contenu dans le vuide des vaisseaux:

mais avec cette précaution même, on ne parvient pas à obtenir du

gaz oxygène parfaitement pur; il contient communément un dixième de

gaz azote, & presque toujours une très-petite portion de gaz acide

carbonique. On se débarrasse de ce dernier, au moyen d'une liqueur

alkaline caustique à travers laquelle on fait passer le gaz qu'on a

obtenu. A l'égard du gaz azote, on ne connoît aucun moyen de l'en

séparer; mais on peut en connoître la quantité, en laissant le gaz

oxygène pendant une quinzaine de jours en contact avec du sulfure de

soude ou de potasse. Le gaz oxygène est absorbé; il forme de l'acide

sulfurique avec le soufre, & il ne reste que le gaz azote seul.

Il y a beaucoup d'autres moyens de se procurer du gaz oxygène: on

peut le tirer de l'oxide noir de manganèse ou du nitrate de potasse

par une chaleur rouge, & l'appareil qu'on emploie est à peu près le

même que celui que j'ai décrit pour l'oxide rouge de mercure. Il faut

seulement un degré de chaleur plus fort & au moins égal à celui qui est

susceptible de ramollir le verre: on ne peut en conséquence employer

que des cornues de grès ou de porcelaine. Mais le meilleur de tous,

c'est-à-dire le plus pur, est celui qu'on dégage du muriate oxygéné

de potasse par la simple chaleur. Cette opération peut se faire dans

une cornue de verre, & le gaz qu'on obtient est absolument pur, pourvû

toutefois que l'on rejette les premières portions qui sont mêlées d'air

des vaisseaux.

§. VII.

_De la Détonation._

J'ai fait voir, Chapitre IX, page 103 & suiv. que l'oxygène, en se

combinant dans les différens corps, ne se dépouilloit pas toujours

de tout le calorique qui le constituoit dans l'état de gaz; qu'il

entroit, par exemple, avec presque tout son calorique dans la

combinaison qui forme l'acide nitrique & dans celle qui forme l'acide

muriatique oxygéné; en sorte que l'oxygène dans le nitre & sur-tout

dans le muriate oxygéné, étoit jusqu'à un certain point dans l'état de

gaz oxygène condensé & réduit au plus petit volume qu'il puisse occuper.

Le calorique dans ces combinaisons exerce un effort continuel sur

l'oxygène, pour le ramener à l'état de gaz: l'oxigène en conséquence

y tient peu; la moindre force suffit pour lui rendre la liberté, & il

reparoît souvent dans un instant presque indivisible dans l'état de

gaz. C'est ce passage brusque de l'état concret à l'état aériforme

qu'on a nommé détonation, parce qu'en effet il est ordinairement

accompagné de bruit & de fracas. Le plus communément ces détonations

s'opèrent par la combinaison du charbon, soit avec le nitre, soit avec

le muriate oxygéné. Quelquefois pour faciliter encore l'inflammation,

on y ajoute du soufre; & c'est ce mêlange fait dans de justes

proportions & avec des manipulations convenables, qui constitue la

poudre à canon.

L'oxygène par la détonation avec le charbon change de nature, & il se

convertit en acide carbonique. Ce n'est donc pas du gaz oxygène qui

se dégage, mais du gaz acide carbonique, du moins quand le mêlange a

été fait dans de justes proportions. Il se dégage en outre du gaz azote

dans la détonation du nitre, parce que l'azote est un des principes

constituans de l'acide nitrique.

Mais l'expansion subite & instantanée de ces gaz ne suffit pas pour

expliquer tous les phénomènes relatifs à la détonation. Si cette cause

y influoit seule, la poudre seroit d'autant plus forte que la quantité

de gaz dégagé dans un tems donné seroit plus considérable; ce qui ne

s'accorde pas toujours avec l'expérience. J'ai eu occasion d'éprouver

des espèces de poudre à tirer qui produisoient un effet presque

double de la poudre ordinaire, quoiqu'elles donnassent un sixième

de gaz de moins par la détonation. Il y a apparence que la quantité

de calorique qui se dégage au moment de la détonation, contribue

beaucoup à en augmenter l'effet, & on peut en concevoir plusieurs

raisons. Premièrement, quoique le calorique pénètre assez librement

à travers les pores de tous les corps, il ne peut cependant y passer

que successivement & en un tems donné: lors donc que la quantité qui

se dégage à la fois est trop considérable, & qu'elle est beaucoup plus

grande que celle qui peut se débiter, s'il est permis de se servir de

cette expression, par les pores des corps, il doit agir à la manière

des fluides élastiques ordinaires & renverser tout ce qui s'oppose à

son passage. Une partie de cet effet doit avoir lieu, lorsqu'on allume

de la poudre dans un canon: quoique le métal qui le compose soit

perméable pour le calorique, la quantité qui s'en dégage à la fois

est tellement grande, qu'elle ne trouve pas une issue assez prompte à

travers les pores du métal; elle fait donc un effort en tous sens, &

c'est cet effort qui est employé à chasser le boulet.

Secondement, le calorique produit nécessairement un second effet qui

dépend également de la force répulsive que ses molécules paroissent

exercer les unes sur les autres: il dilate les gaz qui se dégagent au

moment de l'inflammation de la poudre, & cette dilatation est d'autant

plus grande que la température est plus élevée.

Troisièmement, il est possible qu'il y ait décomposition de l'eau

dans l'inflammation de la poudre, & qu'elle fournisse de l'oxygène au

charbon pour former de l'acide carbonique. Si les choses se passent

ainsi, il doit se dégager rapidement, au moment de la détonation de

la poudre, une grande quantité de gaz hydrogène qui se débande & qui

contribue à augmenter la force de l'explosion. On sentira combien

cette circonstance doit contribuer à augmenter l'effet de la poudre,

si l'on considère que le gaz hydrogène ne pèse qu'un grain deux tiers

par pinte; qu'il n'en faut par conséquent qu'une très-petite quantité

en poids pour occuper un très-grand espace, & qu'il doit exercer une

force expansive prodigieuse, quand il passe de l'état liquide à l'état

aériforme.

Quatrièmement enfin une portion d'eau non décomposée doit se réduire

en vapeurs dans l'inflammation de la poudre, & l'on sait que dans

l'état de gaz elle occupe un volume 17 à 18 cent fois plus grand que

lorsqu'elle est dans l'état liquide.

J'ai déjà fait une assez grande suite d'expériences sur la nature

des fluides élastiques qui se dégagent de la détonation du nitre

avec le charbon & avec le soufre; j'en ai fait aussi quelques-unes

avec le muriate oxygéné de potasse. C'est un moyen qui conduit à des

connoissances assez précises sur les parties constituantes de ces

sels, & j'ai déjà donné, Tome XI du recueil des Mémoires présentés

à l'Académie par des savans étrangers, page 625, quelques résultats

principaux de mes expériences & des conséquences auxquelles elles m'ont

conduit relativement à l'analyse de l'acide nitrique. Maintenant que je

me suis procuré des appareils plus commodes, je me prépare à répéter

les mêmes expériences un peu plus en grand, & j'obtiendrai plus de

précision dans les résultats: en attendant, je vais rendre compte des

procédés que j'ai adoptés & employés jusqu'à présent. Je recommande

avec bien de l'instance à ceux qui voudront répéter quelques-unes de

ces expériences, d'y apporter une extrême prudence; de se méfier de

tout mêlange où il entre du salpêtre, du charbon & du soufre, & plus

encore de ceux dans lesquels il entre du sel muriatique oxygéné de

potasse combiné & mêlangé avec ces deux matières.

Je me suis prémuni de canons de pistolets de six pouces de longueur

environ & de cinq à six lignes de diamètre. J'en ai bouché la lumière

avec une pointe de clou frappée à force, cassée dans le trou même, &

sur laquelle j'ai fait couler un peu de soudure blanche de ferblantier,

afin qu'il ne restât aucune issue à l'air par cette ouverture. On

charge ces canons avec une pâte médiocrement humectée, faite avec des

quantités bien connues de salpêtre & de charbon réduits en poudre

impalpable, ou de tout autre mêlange susceptible de détoner. A chaque

portion de matière qu'on introduit dans le canon, on doit bourer

avec un bâton qui soit du même calibre, à peu près comme on charge

les fusées. La matière ne doit pas emplir le pistolet tout-à-fait

jusqu'à sa bouche; il est bon qu'il reste quatre ou cinq lignes de

vuide à l'extrémité: alors on ajoute un bout de 2 pouces de long

environ de mêche nommée _étoupille_. La seule difficulté de ce genre

d'expériences, sur-tout si l'on ajoute du soufre au mêlange, est de

saisir le point d'humectation convenable: si la matière est trop

humide, elle n'est point susceptible de s'allumer, si elle est trop

sèche, la détonation est trop vive & peut devenir dangereuse.

Quand on n'a pas pour objet de faire une expérience rigoureusement

exacte, on allume la mêche, & quand elle est près de communiquer

l'inflammation à la matière, on plonge le pistolet sous une grande

cloche d'eau dans l'appareil pneumato-chimique. La détonation

commencée, elle se continue sous l'eau, & le gaz se dégage avec plus ou

moins de rapidité, suivant que la matière est plus ou moins sèche. Il

faut, tant que la détonation dure, tenir le bout du pistolet incliné,

afin que l'eau ne rentre pas dans l'intérieur. J'ai quelquefois

recueilli ainsi le gaz produit par la détonation d'une once & demie ou

de deux onces de nitre.

Il n'est pas possible, dans cette manière d'opérer, de connoître

la quantité de gaz acide carbonique qui se dégage, parce qu'une

partie est absorbée par l'eau à mesure qu'il la traverse; mais

l'acide carbonique une fois absorbé, il reste le gaz azote; & si

on a la précaution de l'agiter pendant quelques minutes dans de la

potasse caustique en liqueur, on l'obtient pur, & il est aisé d'en

déterminer le volume & le poids. Il est même possible d'arriver par

cette méthode à une connoissance assez précise de la quantité de gaz

acide carbonique, en répétant l'expérience un grand nombre de fois &

en faisant varier les doses du charbon, jusqu'à ce qu'on soit arrivé

à la juste proportion qui fait détoner la totalité du nitre. Alors,

d'après le poids du charbon employé, on détermine celui d'oxygène qui a

été nécessaire pour le saturer, & on en conclut la quantité d'oxygène

contenu dans une quantité donnée de nitre.

Il est au surplus un autre moyen que j'ai pratiqué & qui conduit à des

résultats plus sûrs; c'est de recevoir dans des cloches remplies de

mercure le gaz qui se dégage. Le bain de mercure que j'ai maintenant,

est assez grand pour qu'on puisse y placer des cloches de douze à

quinze pintes de capacité. De pareilles cloches, comme l'on sent, ne

sont pas très-maniables quand elles sont remplies de mercure; aussi

faut-il employer pour les remplir des moyens particuliers que je

vais indiquer. On place la cloche sur le bain de mercure; on passe

par-dessous un siphon de verre dont on a adapté l'extrémité extérieure

à une petite pompe pneumatique: on fait jouer le piston, & on élève

le mercure jusqu'au haut de la cloche. Lorsqu'elle est ainsi remplie,

on y fait passer le gaz de la détonation de la même manière que dans

une cloche qui seroit remplie d'eau. Mais, je le répète, ce genre

d'expériences exige les plus grandes précautions. J'ai vu quelquefois,

quand le dégagement du gaz étoit trop rapide, des cloches pleines

de mercure pesant plus de 150 livres, s'enlever par la force de

l'explosion: le mercure jaillissoit au loin, & la cloche étoit brisée

en un grand nombre d'éclats.

Lorsque l'expérience a réussi & que le gaz est rassemblé sous la

cloche, on en détermine le volume comme je l'ai indiqué pages 361 &

362. On y introduit ensuite un peu d'eau, puis de la potasse dissoute

dans l'eau & dépouillée d'acide carbonique, & on parvient à en faire

une analyse rigoureuse, comme je l'ai enseigné pages 365 & suivantes.

Il me tarde d'avoir mis la dernière main aux expériences que j'ai

commencées sur les détonations, parce qu'elles ont un rapport

immédiat avec les objets dont je suis chargé, & qu'elles jetteront, à

ce que j'espère, quelques lumières sur les opérations relatives à la

fabrication de la poudre.

Traité élémentaire de chimie, tomes 1 & 2 Présenté dans un ordre nouveau et d'après les découvertes modernes; avec Figures · 第 98 / 120 题