NOTES

[1: Formule du serment. «Je jure d'exercer loyalement l'autorité qui

m'est confiée par Sa Majesté l'empereur des Français et roi d'Italie, de

ne m'en servir que pour le maintien de l'ordre et de la tranquillité

publique, de concourir de tout mon pouvoir à l'exécution des mesures qui

seront ordonnées pour le service de l'armée française, et de

n'entretenir aucune correspondance avec les ennemis.»]

[2: _Extrait des minutes de la secrétairerie d'État_.

En notre camp impérial de Berlin, le 21 novembre 1806.

«NAPOLÉON, empereur des Français et roi d'Italie, considérant,

«1° Que l'Angleterre n'admet point le droit des gens suivi

universellement par tous les peuples policés;

«2° Qu'elle répute ennemi tout individu appartenant à l'État ennemi, et

fait, en conséquence, prisonniers de guerre, non seulement les équipages

des vaisseaux armés en guerre, mais encore les équipages des vaisseaux

de commerce et des navires marchands, et même les facteurs de commerce

et les négocians qui voyagent pour les affaires de leur négoce;

«3° Qu'elle étend aux bâtimens et marchandises du commerce et aux

propriétés des particuliers le droit de conquête, qui ne peut

s'appliquer qu'à ce qui appartient à l'État ennemi;

«4° Qu'elle étend aux villes et ports de commerce non fortifiés, aux

havres et aux embouchures de rivières, le droit de blocus, qui, d'après

la raison et l'usage des peuples policés, n'est applicable qu'aux places

fortes;

«5° Qu'elle déclare bloquées des places devant lesquelles elle n'a pas

même un seul bâtiment de guerre, quoiqu'une place ne soit bloquée que

quand elle est tellement investie, qu'on ne puisse tenter de s'en

approcher sans un danger imminent;

«6° Qu'elle déclare même en état de blocus, des lieux que toutes ses

forces réunies seraient incapables de bloquer, des côtes entières et

tout un empire;

«7° Que cet abus monstrueux du droit de blocus n'a d'autre but que

d'empêcher les communications entre les peuples, et d'élever le commerce

et l'industrie de l'Angleterre sur la ruine et l'industrie du continent;

«8° Que tel étant le but évident de l'Angleterre, quiconque fait sur le

continent le commerce de marchandises anglaises, favorise par là ses

desseins et s'en rend complice;

«9° Que cette conduite de l'Angleterre, digne en tout des premiers âges

de la barbarie, a profité à cette puissance au détriment de toutes les

autres;

«10° Qu'il est de droit naturel d'opposer à l'ennemi les armes dont il

se sert, et de le combattre de la manière qu'il combat, lorsqu'il

méconnaît toutes les idées de justice et tous les sentimens libéraux,

résultat de la civilisation parmi les hommes;

«Nous avons résolu d'appliquer à l'Angleterre les usages qu'elle a

consacrés dans sa législation maritime.

«Les dispositions du présent décret seront constamment considérées comme

principe fondamental de l'empire, jusqu'à ce que l'Angleterre ait

reconnu que le droit de la guerre est un, et le même sur terre que sur

mer; qu'il ne peut s'étendre, ni aux propriétés privées, quelles

qu'elles soient, ni à la personne des individus étrangers à la

profession des armes, et que le droit de blocus doit être restreint aux

places fortes réellement investies par des forces suffisantes.

«Nous avons en conséquence décrété et décrétons ce qui suit:

Art. 1er. «Les îles britanniques sont déclarées en état de blocus.

Art. 2. «Tout commerce et toute correspondance avec les îles

britanniques sont interdits. En conséquence, les lettres ou paquets

adressés ou en Angleterre ou à un Anglais, ou écrits en langue anglaise,

n'auront pas cours aux postes, et seront saisis.

Art. 3. «Tout individu de l'Angleterre, de quelque état ou condition

qu'il soit, qui sera trouvé dans les pays occupés par nos troupes ou par

celles de nos alliés, sera fait prisonnier de guerre.

Art. 4. «Tout magasin, toute marchandise, toute propriété, de quelque

nature qu'elle puisse être, appartenant à un sujet de l'Angleterre, ou

provenant de ses fabriques ou de ses colonies, est déclarée de bonne

prise.

Art. 5. «Le commerce des marchandises anglaises est défendu; et toute

marchandise appartenant à l'Angleterre, ou provenant de ses fabriques et

de ses colonies, est déclarée de bonne prise.

Art. 6. «La moitié du produit de la confiscation des marchandises et

propriétés déclarées de bonne prise par les articles précédens, sera

employée à indemniser les négocians des pertes qu'ils ont éprouvées par

la prise des bâtimens de commerce qui ont été enlevés par les croisières

anglaises.

Art. 7. «Aucun bâtiment venant directement de l'Angleterre ou des

colonies anglaises, ou y ayant été depuis la publication du présent

décret, ne sera reçu dans aucun port.

Art. 8. «Tout bâtiment qui, au moyen d'une fausse déclaration,

contreviendra à la disposition ci-dessus, sera saisi; et le navire et la

cargaison seront confisqués comme s'ils étaient propriété anglaise.

Art. 9. «Notre tribunal des prises de Paris est chargé du jugement

définitif de toutes les contestations qui pourront survenir dans notre

empire ou dans les pays occupés par l'armée française, relativement à

l'exécution du présent décret. Notre tribunal des prises à Milan sera

chargé du jugement définitif desdites contestations qui pourront

survenir dans l'étendue de notre royaume d'Italie.

Art. 10. «Communication du présent décret sera donnée, par notre

ministre des relations extérieures, aux rois d'Espagne, de Naples, de

Hollande et d'Étrurie, et à nos autres alliés dont les sujets sont

victimes, comme les nôtres, de l'injustice et de la barbarie de la

législation maritime anglaise.

Art. 11. «Nos ministres des relations extérieures, de la guerre, de la

marine, des finances, de la police, et nos directeurs généraux des

postes, sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du

présent décret.»

_Signé_, NAPOLÉON.

]

[3: On peut juger de l'influence que M. Maret acquit dans cette

campagne: l'empereur resta dix mois absent, à quatre portefeuilles par

mois.]

[4: Le _Bug_ sépare le pays de la rive gauche de la Narew d'avec la

Gallicie.]

[5:

_Au général Savary._

Liebstadt, le 21 février.

«Vous recevrez demain, général, les avancements que vous avez demandés à

l'empereur pour votre corps d'armée. Je reçois votre lettre du 17, trois

heures après midi, que, par erreur, on avait datée du 28. Je vous dirai

de confiance, mon cher Savary, que l'empereur trouve vos dépêches

obscures, parce qu'il n'y a pas de division. Il faut d'abord raconter

les faits, présenter la position respective des deux armées, au moment

où vous écrivez: vous pouvez alors expliquer quelle est votre position,

mais en raisonnant il faut avoir soin de distinguer les différentes

hypothèses. Songez que la lettre à laquelle vous répondez est déjà loin

de la mémoire de l'empereur, et qu'en discutant ces lettres, il faut

poser les questions. Vous sentez que ce que je vous dis tient à mon

ancienne amitié pour vous et à ma vieille expérience.

«L'empereur est fâché que le général Oudinot vous ait quitté, parce

qu'ayant trouvé l'ennemi, il aurait fallu faire une demi-marche sur lui.

Il serait fâcheux pour vous qu'instruit du départ du général Oudinot, il

se reportât en avant pour se rapprocher de vous, et fît en quelque sorte

disparaître le fruit de votre victoire. Puisque vous avez envoyé le

général Suchet à Willenberg, et que les communications étaient libres,

vous deviez sentir que le départ du général Oudinot n'était plus d'une

pressante utilité.

«La saison, la leçon qu'a reçue le général Essen, le détermineront

vraisemblablement à se tenir tranquille; mais soyez bien persuadé qu'il

n'a que vingt mille hommes.

«Si vous pouvez vivre à Ostrolenka, l'intention de l'empereur est que

vous y réunissiez votre corps d'armée, d'abord parce qu'il faut évacuer

tous vos blessés. Faites quelques détachemens de cavalerie et quelques

détachemens d'infanterie pour soutenir les hommes à cheval, et qu'ils ne

puissent être compromis. Ces détachemens appuieront et soutiendront les

lignes de l'Omulew et même celle de la Wkra.

«Si vous ne pouvez pas vivre à Ostrolenka, l'intention de Sa Majesté est

que vous portiez votre quartier-général à Pultusk, occupant toujours

Ostrolenka par un corps composé d'infanterie, de cavalerie et

d'artillerie. Vous garderez la ligne de l'Omulew par des piquets

d'infanterie et de cavalerie détachés du corps d'observation

d'Ostrolenka.

«Au premier mouvement offensif que l'ennemi ferait sur Ostrolenka, le

corps d'observation se jetterait sur la rive droite de la Narew et

derrière l'Omulew, et s'il était forcé dans cette position, il se

retirerait derrière la petite rivière d'Orezyc. Dans cette circonstance,

vous manoeuvreriez de manière à soutenir vos postes de l'Orezyc, puisque

vos postes sur cette rivière couvriraient la communication de l'armée;

mais enfin, si les forces de l'ennemi étaient considérables, et que vous

crussiez devoir avec avantage le combattre à Pultusk, vous repasseriez

la Narew en gardant en force Siérock, dont les fortifications doivent

déjà avoir acquis un caractère de force imposant.

«Telle est votre instruction générale: vos opérations ne doivent jamais

être liées à celles de la grande armée; votre rôle est de défendre

Varsovie en défendant, autant que possible, Siérock et la Narew, et si

vous étiez forcé dans ces positions, vous défendriez Praga et la

Vistule. Vous sentez assez, général, que ceci n'est que dans le cas où

l'ennemi tenterait une grande opération sur vous, ce qui n'est pas

probable, car la position qu'une partie de la grande armée occupe à

Osterode et à Guttstadt lui en imposerait trop.

«Si l'ennemi, de son côté, se tient en observation, vous devez, comme je

vous l'ai dit, agir de manière à le tenir éloigné de nos communications,

et garder par un corps d'observation de cavalerie, d'infanterie et

d'artillerie, Ostrolenka et l'Omulew. Un seul régiment que le maréchal

Davout a laissé avec le général Grandeau à Mysziniec, en a tellement

imposé à l'ennemi, qu'il a maintenu les communications pendant quinze

jours, et cependant ce régiment se trouvait éloigné de vingt lieues, et

n'avait aucune ligne pour le couvrir.

«L'empereur, général, désire que vous cantonniez vos troupes, afin

qu'elles se reposent des fatigues qu'elles ont éprouvées. Vous pouvez

même les étendre jusqu'à Praznitz, où il y a une manutention; il y en a

aussi à Makow. La petite ville de Pultusk, Nasielzk et tous les pays

environnans sont à votre disposition. Vous pouvez donc en tirer ce qui

est nécessaire pour bien faire vivre votre armée, etc.

«Une division de dix mille Bavarois est en marche pour se rendre de la

Silésie à Varsovie; elle sera réunie à votre corps d'armée et concourra

au même but. L'empereur regarderait comme une chose nécessaire que vous

pussiez occuper Wiskowo. La légion polonaise qui se réunit à Varsovie

pourrait être chargée d'occuper ce point.

«Vous voyez, général, par le système d'opérations qui vous est prescrit,

que vous ne devez avoir aucun embarras d'équipages, bagages, etc., même

à Pultusk. Il suffit que vous y ayez seulement en magasin des farines,

du pain et de l'eau-de-vie pour votre corps d'armée pendant quinze

jours. Occupez vous essentiellement de l'administration, afin que votre

armée soit bien nourrie; faites reposer la division de dragons du

général Becker; enfin ayez de bons espions; tendez quelques embuscades,

et ordonnez quelques surprises, afin de faire quelques prisonniers; par

là vous obtiendrez des nouvelles. Écrivez-moi tous les jours, et

envoyez-moi l'état de vos cantonnemens.

«Je crois devoir vous observer, général, qu'en vous disant que vos

opérations n'ont rien de commun avec la grande armée cela n'a rapport

qu'aux grandes opérations militaires; car vous devez toujours avoir

l'oeil et porter un grand soin pour couvrir les communications de

Varsovie à Osterode, et, par conséquent, vous devez correspondre avec le

général Davout, qui aura des postes à Neidenburg. Vous voyez que cette

instruction se divise en deux: en grande opération de guerre, en cas que

l'ennemi prenne l'offensive, et en opération ordinaire pour rester en

observation, et couvrir les communications de Varsovie.

«Dans la première supposition, vous agissez seul;

«Dans la seconde il faut que vous ayez soin de couvrir les

communications de Varsovie.

«Vous trouverez ci-jointe la route de l'armée, qui se trouve défendue

par l'Omulew et la Wkra.» ]

[6:

_Monsieur Decrès,_

«En lisant avec attention l'état de la marine du 1er avril, je vois avec

satisfaction le bon état de mon escadre de Cadix. Je vois avec peine

qu'à Toulon vous n'ayez pas encore fait armer _le Robuste_ et _le

Commerce de Paris_. Je voudrais savoir ces deux vaisseaux en rade, ce

qui me ferait cinq vaisseaux avec _l'Annibal_, _le Génevois_ et _le

Borée_.

«Le grand-seigneur me demande à force d'envoyer cinq vaisseaux devant

Constantinople, pour, avec son escadre, faire des incursions dans la mer

Noire. Il a, lui, quinze vaisseaux armés: faites donc sans retard, je

vous prie, mettre ces deux vaisseaux en rade; faites aussi commencer

_l'Ulm_ et _le Danube_; faites achever _le Donawerth_ et _le Superbe_ à

Gênes. Si _le Donawerth_ pouvait être fini, cela me donnerait six

vaisseaux de mon escadre de Toulon, six de celle de Cadix, cela me

ferait douze vaisseaux. Faites donc finir à Rochefort _le Tonnant_, afin

que j'aie là bientôt sept vaisseaux; faites finir à Lorient _l'Alcide_,

afin qu'avec _le Vétéran_ cela me fasse trois vaisseaux. Il faut que les

sept vaisseaux que j'ai à Brest soient mis en état de faire toute espèce

d'entreprises, même d'aller aux Indes. Je désire donc qu'au mois de

septembre je puisse disposer et faire partir, dans vingt-quatre heures,

pour les missions les plus éloignées, sept vaisseaux de Brest, trois de

Lorient, sept de Rochefort: total de l'Océan, dix-sept vaisseaux; six de

Cadix, compris _l'Espagnol_, six de Toulon: total de la Méditerranée,

douze. Total général, vingt-neuf vaisseaux. Le roi de Hollande aura

également sept vaisseaux propres à toute expédition; mais, pour arriver

à ce but, il n'y a pas un moment à perdre, puisque nous voilà déjà en

mai. Vous n'avez donc plus que quatre ou cinq mois. Ces vingt-neuf

vaisseaux ne me seront pas inutiles pour la guerre dans laquelle je suis

engagé. Je vous prie de faire des recherches, et de me faire une note

sur une expédition en Perse. Quatre mille hommes d'infanterie, dix mille

fusils, et une cinquantaine de pièces de canon sont désirés par

l'empereur de Perse. Quand pourraient-ils partir et où pourraient-ils

débarquer? Ils feraient un point d'appui, donneraient de la vigueur à

quatre-vingt mille hommes de cavalerie qu'il a, et obligeraient les

Russes à une diversion considérable. Je vous dirai, pour vous seul, que

j'envoie en ambassade extraordinaire le général Gardanne, mon

aide-de-camp; des officiers d'artillerie et du génie. Un ingénieur de la

marine, qui ne serait pas très utile en France, qui verrait les ports,

serait d'une grande utilité dans cette ambassade.

«J'ai vu avec plaisir le bon état de la petite division qui est à

Bordeaux. Ces quatre frégates paraissent être bonnes à toute espèce de

missions. La frégate qui est au port du Passage y restera-t-elle donc

perpétuellement? Quand les deux frégates qui sont au Havre iront-elles à

Cherbourg? Nous aurions là une division qui serait prête à tout. La

division qui est à Saint-Malo est-elle prête à tout? Cela nous ferait

dix frégates disponibles. Il y a deux ans nous avions fait partir

plusieurs frégates une à une pour nos îles. Ce serait-il le cas cette

année? Vous pouvez, à ce que je vois, augmenter la division de

Saint-Malo de _l'Avranches_. Je n'ai pas vu dans tous ces états de

situation _la Thétis_, qui revient de la Martinique. Il faudrait bien

cependant, si cela était possible, envoyer quelque chose à

Saint-Domingue, et à la Martinique quelque brick ou bâtimens légers.

«Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.

«_Signé_, NAPOLÉON.»

Finkenstein, 22 avril 1807.

]

[7: Le maréchal Lannes, après s'être rétabli à Varsovie, était venu

rejoindre l'empereur, et il avait pris le commandement d'un corps formé

avec des troupes qui venaient du siége de Dantzick et avec les

grenadiers réunis.]

[8: Quand on connaît l'accoutrement du soldat russe, on ne peut en être

étonné.]

[9: La garde russe, à cette époque-là, était composée

du régiment Fréologinski fort de 4 bataillons.

du régiment Semonwski 2

du régiment Ismullowski 2

d'un bataillon de chasseurs 1

des grenadiers du corps 2

Total 11 bataillons.

Les régimens Semonwski, Ismullowski et les grenadiers du corps furent

engagés à Friedland et souffrirent aussi; de sorte qu'il n'y avait que 5

bataillons qui fussent réellement intacts, chaque bataillon russe n'a

pas plus de 500 hommes.

Il y avait en cavalerie:

Les cosaques du corps 100 hommes.

La garde à cheval, 5 escadrons 500

Les chevaliers-gardes, 5 escadrons 500

Les hussards du corps 500

Le régiment des hussards, du grand-duc,

10 escadrons 1000

Total 2600 hommes.

C'était cette troupe qui formait les 22 escadrons qui couvrirent la

retraite des Russes, après la bataille de Friedland.]

[10: Il est appelé en Russie Labanow Rostoski.]

[11: L'attention alla jusqu'à des cuisiniers, domestiques et autres

détails de ce genre.]

[12: On trouve dans toutes les maisons grecques un peu aisées, les

portraits des membres de la famille impériale russe, et de tous les

généraux des armées de ce même pays.]

[13: Avec lui il faut comprendre les Arméniens et les Juifs; dans

l'empire ottoman d'Europe, ces trois classes réunies égalent celle des

Turcs.]

[14: Le lecteur ne doit pas oublier que ces Mémoires étaient écrits

avant la mort de l'empereur Alexandre.]

[15: Lorsque l'on verra les Russes maîtres de Byzance, on se rappellera

les prédictions de l'empereur Napoléon, et l'on s'expliquera mieux

pourquoi il fit la guerre à la Russie, après qu'elle se fut elle-même

détachée de son alliance; pourquoi il s'était allié à l'Autriche;

pourquoi il avait fait entrer l'Espagne dans son système, et enfin de

quelle importance était l'occupation de l'Égypte à laquelle il pouvait

toujours atteindre ayant Ancône et Corfou.

Lorsque ce moment arrivera, que dira le commerce maritime de France et

que deviendra-t-il? n'ayant point de colonies, il rencontrera partout la

concurrence des étrangers, et il se trouvera grevé de plusieurs droits

de douane à leur profit, avant de rapporter dans la métropole des

denrées de retour, qui y seront apportées de tout côté à meilleur

compte.

Il sera bien temps alors de reconnaître l'erreur dans laquelle on est

tombé; on paiera cher l'égarement où l'on s'est laissé entraîner en

1814.]

[16: L'empereur ayant su que la reine de Prusse venait le voir (elle le

lui avait fait demander), envoya ses voitures, ses chevaux, ses écuyers

et ses gardes pour l'accompagner, la conduire jusqu'à Tilsit et ensuite

la ramener chez elle.]

[17: L'empereur rendit la liberté aux paysans et abolit le servage dans

le duché de Varsovie; ce bienfait, qui s'étendra sans doute aux autres

parties de la Pologne, date de l'entrée de l'empereur dans ce pays.]

[18: Je tiens d'un témoin qu'à Tilsit même, M. de Nowosilsow, employé à

la chancellerie russe, et fort attaché à l'empereur Alexandre, avait dit

à ce prince: «Sire, je dois vous rappeler le sort de votre père»; et que

l'empereur lui avait répondu: «Eh mon Dieu! je le sais, je le vois, mais

que voulez-vous que je fasse contre la destinée qui m'y conduit?» En

Russie les nobles sont-ils donc comme les janissaires à Constantinople,

faut-il leur plaire ou mourir?]

[19: _État des contributions de divers genres imposées aux pays conquis

dans la campagne._

Recouvrées au 31 octobre 1808.

Contribution extraordinaire de guerre... 311,661,982 f. 75 c.

Impositions ordinaires.................. 76,676,960 66

Saisies des caisses..................... 16,171,587 62

Ventes.................................. 66,842,119 50

Total..... 471,352,650 f. 53 c.

À recouvrer.

_Royaume de Westphalie._

Contributions de guerre................. 7,065,437 f. 63 c.

Impositions ordinaires.................. 6,917,692 61

_Dantzick._

Contributions de guerre................. 1,229,643 14

Intérêts des obligations................ 2,446,369 16

Comté de Hanau.......................... 2,428 58

_Bayreuth._

Contributions de guerre................. 1,628 53

Pour les domaines suivant

le traité du 15 octobre............... 15,000,000 00

Les fournitures pour

l'armée............................... 2,000,000 00

Poméranie suédoise,

contributions de guerre............... 1,728,559 97

Villes anséatiques, _ibid_......... 3,000,000 00

39,391,759 f. 62 c.

Total général..... 510,744,410 f. 15 c.

_Report_..... 510,744,410 f. 15 c.

Aperçu estimatif de la valeur des fournitures

prises sur l'ennemi ou faites par le pays et

non imputées sur les contributions

Subsistances........................... 55,333,926 f. 44 c.

Hôpitaux............................... 18,177,957 50

Habillemens............................ 7,636,950 43

Chevaux................................ 6,840,920 00

_Artillerie._

3,000 pièces d'arbres à 75 fr.

225,000 fr. des dépôts des mines,

812,706 fr. 8 c...................... 1,037,706 08

Bois de chauffage, à Berlin............ 1,373,935 49

Porcelaine............................. 65,860 00

Métaux trouvés à la monnaie............ 16,256 00

90,483,511 f. 94 c.

Total général..... 601,227,922 f. 09 c.

]

[20: J'avais été informé que, très peu de jours auparavant, elle avait

dit dans son intérieur: «Je m'attends à apprendre un de ces jours que ce

petit Jérôme sera mon neveu»; et si on avait voulu en faire une mauvaise

plaisanterie, cela ne serait pas arrivé plus à propos.]

[21: Je sens que ces détails sont hardis; mais ils se débitaient

publiquement à Saint-Pétersbourg, encore pendant mon séjour; je les

rapporte tels qu'ils m'ont été donnés, comme je l'ai dit: je dois

ajouter que j'ai lu à la même époque, dans ce pays, des détails non

moins graves sur l'empereur Napoléon, et ils étaient faux.]

[22: Un gentilhomme digne de foi m'a rapporté que les conjurés avaient

envoyé sur-le-champ chercher le docteur W..., premier chirurgien actuel

de l'empereur de Russie, et lui avaient ordonné d'arranger cette plaie

et de tâcher de donner au visage un air d'apoplexie; que W... s'était

ensuite rendu chez le grand-duc, et lui avait dit que tout était fini.

«A-t-il abdiqué? demanda le grand-duc.--Il n'a pas voulu, répondit W...,

et il est mort.» La vérité se montra alors au grand-duc, mais il était

lui-même sous les poignards et il feignit de ne se douter de rien.]

[23: Meurtriers de l'empereur Paul.]

[24: Il est bon de remarquer que pendant mon séjour en Russie, j'avais

contracté des liaisons avec l'ambassadeur de Naples, le duc de

Serra-Capriola, qui était inconsolable du malheur arrivé à ses maîtres,

et qui chaque fois que nous conversions ensemble me priait ou de ne pas

les lui nommer, ou de le faire toujours d'une manière à ménager sa

douleur: je voulais savoir de lui comment sa cour avait pu se décider à

se jeter dans la coalition de 1805, où elle n'avait rien à gagner, et où

elle pouvait tout perdre; il me répondit nettement que ce n'était pas sa

cour qui s'y était jetée, qu'on l'y avait forcée; qu'il avait eu beau la

défendre ici; qu'il n'y avait rien gagné, et qu'en un mot, c'était de

Saint-Pétersbourg qu'ils avaient reçu l'ordre d'ouvrir leurs ports et de

marcher, m'observant qu'ils en recevaient une bien triste récompense.

L'ambassadeur d'Autriche, qui était M. le comte de Meerfeld, me disait à

peu près les mêmes choses à la même occasion; nous causions souvent de

guerre, et je lui demandais où ils avaient pu trouver un motif à celle

de 1805; eux surtout, les Autrichiens, qui étaient si épuisés des

guerres précédentes. Il me répondit que ce n'étaient pas eux qui y

avaient pensé; qu'ils s'en étaient au contraire défendus tant qu'ils

avaient pu, et que ce n'était que par suite des instigations de la

Russie qu'ils s'étaient enfin rendus, en ajoutant malicieusement: «Vous

verrez, vous verrez, dans quelques mois.»]

[25: M. de Laval est un émigré français qui a épousé une dame russe.]

[26: Je rapporte les propres expressions dans lesquelles il me l'a

raconté lui-même, dans ces derniers temps, en mai ou juin 1815, à

l'Élysée, à Paris.]

[27: «Après avoir inutilement fait tous mes efforts pour conserver la

neutralité, à l'avantage de nos vassaux chéris et fidèles; après avoir

fait, pour obtenir ce but, le sacrifice de tous mes trésors, m'être même

porté, au grand préjudice de mes sujets, à fermer mes ports à mon ancien

et loyal allié le roi de la Grande-Bretagne, je vois s'avancer vers

l'intérieur de mes États les troupes de S. M. l'empereur des Français.

Son territoire ne m'étant pas contigu, je croyais être à l'abri de toute

attaque de sa part; ces troupes se dirigent sur ma capitale. Considérant

l'inutilité d'une défense, et voulant éviter une effusion de sang sans

probabilité d'aucun résultat utile, et présumant que mes fidèles vassaux

souffriront moins dans ces circonstances si je m'absente de ce royaume,

je me suis déterminé, pour leur avantage, à passer avec la reine et

toute ma famille dans mes États d'Amérique, et à m'établir dans la ville

de Rio-Janeiro jusqu'à la paix générale. Considérant qu'il est de mon

devoir, comme de l'intérêt de mes sujets, de laisser à ce pays un

gouvernement qui veille à leur bien-être, j'ai nommé, tant que durera

mon absence... (ici est détaillée la composition du gouvernement).

D'après la confiance que j'ai en eux tous, et à la longue expérience

qu'ils ont des affaires, je tiens pour certain qu'ils rempliront leurs

devoirs avec exactitude; qu'ils administreront la justice avec

impartialité; qu'ils distribueront les récompenses et les châtimens

suivant les mérites de chacun; que mes peuples seront gouvernés d'une

manière qui décharge ma conscience.

«Les gouverneurs le tiendront pour dit; ils se conformeront au présent

décret, ainsi qu'aux instructions qui y sont jointes, et les

communiqueront aux autorités compétentes.

«Donné au palais de Notre-Dame d'Aduja, le 26 novembre 1807.

«LE PRINCE.»

_Instructions._

«Les gouverneurs du royaume nommés par mon décret de ce jour, prêteront

le serment d'usage entre les mains du cardinal-patriarche.

«Ils maintiendront la rigoureuse observance des lois du royaume.

«Ils conserveront aux nationaux tous les priviléges qui leur ont été

accordés par moi et par mes ancêtres.

«Ils décideront à la pluralité des voix les questions qui leur seront

soumises par les tribunaux respectifs.

«Ils pourvoieront aux emplois d'administration et de finances, aux

offices de justice, dans la forme pratiquée jusqu'à ce jour.

«Ils défendront les personnes et les biens de mes fidèles sujets.

«Ils feront choix pour les emplois militaires de personnes dont ils

connaîtront les bons services.

«Ils auront soin de conserver, autant que possible, la paix dans le

pays; que les troupes de l'empereur des Français aient de bons logemens;

qu'elles soient pourvues de tout ce qui leur sera nécessaire pendant

leur séjour dans ce royaume; qu'il ne leur soit fait aucune insulte, et

ce, sous les peines les plus rigoureuses, conservant toujours la bonne

harmonie qui doit exister entre nous et les armées des nations avec

lesquelles nous nous trouvons unis sur le continent.

«En cas de vacance par mort ou autrement d'une des charges de gouverneur

du royaume, il sera pourvu au remplacement à la pluralité des voix; je

me confie en leurs sentimens d'honneur et de vertu. J'espère que mes

peuples ne souffriront pas de mon absence, et que, revenant bientôt

parmi eux avec la permission de Dieu, je les trouverai contens,

satisfaits et animés du même esprit qui les rend si dignes de mes soins

paternels.

«LE PRINCE.»

«Donné au palais de Notre-Dame d'Aduja, le 26 novembre 1807.»]

[28: _Lettre de Charles IV à l'empereur Napoléon._

«Monsieur mon frère,

«Dans le moment où je ne m'occupais que des moyens de coopérer à la

destruction de notre ennemi commun, quand je croyais que tous les

complots de la ci-devant reine de Naples avaient été ensevelis avec sa

fille, je vois avec une horreur qui me fait frémir, que l'esprit

d'intrigue la plus horrible a pénétré jusque dans le sein de mon palais;

hélas! mon coeur saigne en faisant le récit d'un attentat si affreux! mon

fils aîné, l'héritier présomptif de mon trône, avait formé le complot

horrible de me détrôner; il s'était porté jusqu'à l'excès d'attenter

contre la vie de sa mère. Un attentat si affreux doit être puni avec la

rigueur la plus exemplaire des lois. _La loi qui l'appelait à la

succession doit être révoquée; un de ses frères sera plus digne de le

remplacer et dans mon coeur et sur le trône_. Je suis dans ce moment à la

recherche de ses complices, pour approfondir ce plan de la plus noire

scélératesse, et je ne veux pas perdre un seul moment pour en instruire

V. M. I. et R., en la priant de m'aider de ses lumières et de ses

conseils.

«Sur quoi je prie, etc.

«CHARLES.

«À Saint-Laurent, ce 29 novembre 1807.»

]

[29: Le maréchal de Turenne est né à Sedan, et c'est lui qui a fondé

l'hôpital militaire de cette ville.]

[30: _Voyez_ ci-dessus la lettre de Charles IV, note 28.]

[31: _Lettre de la reine d'Espagne au grand-duc_ (écrite en français).

«Monsieur mon frère,

«Je n'ai aucun ami, sinon V.A.I.; mon cher mari vous écrit, vous demande

votre amitié: seulement en vous et en votre amitié, nous nous confions

mon mari et moi. Nous nous unissons pour vous demander que vous nous

donniez la preuve la plus forte de votre amitié pour nous, qui est de

faire que l'empereur connaisse notre sincère amitié, de même que nous

avons toujours eue pour lui et pour vous, de même que pour les Français.

Le pauvre prince de la Paix, qui se trouve emprisonné et blessé pour

être notre ami, et qui vous est dévoué, de même qu'à toute la France, se

trouve ici pour cela, et pour avoir désiré vos troupes, de même parce

qu'il est notre unique ami. Il désirait et voulait aller voir V.A.I., et

actuellement il ne cesse de le désirer et l'espérer. V.A.I.,

obtenez-nous que nous puissions finir nos jours tranquilles dans un

endroit convenable à la santé du roi, qui est délicate, de même que la

mienne, avec notre ami, unique ami, l'ami de V.A.I., le pauvre prince de

la Paix, pour finir nos jours tranquillement. Ma fille sera mon

interprète, si je n'ai pas la satisfaction de pouvoir connaître et

parler à V.A.I.; pourrait-elle faire tous ses efforts pour nous voir?

quoique ce fût un instant de nuit, comme elle voudrait.

«L'adjudant-commandant de V.A.I. vous dira tout ce que nous lui avons

dit. J'espère que V.A.I. nous obtiendra ce que nous désirons et

demandons, et que V.A.I. pardonne nos griffonnages et oubli de lui

donner de l'altesse, car je ne sais où je suis, et croyez que ce n'est

pas pour lui manquer; l'assurance de toute mon amitié.

«Je prie Dieu, etc.

«Votre très affectionnée,

«LOUISE.»

]

[32: Mémoire publié au commencement de 1809.]

[33: Dernière ville d'Espagne du côté de Bayonne.]

[34: Dernière ville de France.]

[35: M. de Cevallos, dans son Mémoire, présente à ses lecteurs, comme le

motif qui a déterminé le roi à aller à Bayonne, la réponse qui termine

ici mon dialogue avec lui. Il la présente même d'une manière qui

prêterait à rire plutôt qu'elle ne paraîtrait un motif suffisant pour

avoir autorisé le départ du roi.

M. de Cevallos sait bien mieux que personne qu'il a obscurci la vérité,

dans la manière dont il a rapporté ce fait. Qui mieux que lui pouvait

savoir si le roi était dans l'intention de satisfaire la France? Il

n'ignorait pas ce que la France pouvait exiger et désirer de la part de

l'Espagne, dont il avait suivi les relations politiques les plus intimes

avec cette même France; et dès-lors qui est-ce qui pouvait mieux juger

que lui où se trouverait la difficulté, s'il devait y en avoir une? Je

ne lui ferai pas l'injure de croire qu'il l'ignorait ou qu'il ne l'avait

pas aperçu: il a donné trop de preuves de sa perspicacité en ce genre.

C'est sans doute parce qu'il connaissait les deux revers de la médaille

qu'il s'efforçait de m'exposer des difficultés sur lesquelles j'avais

l'avantage d'un homme qui, n'ayant rien à cacher, avait un argument

franc plus fort que le sien. M. de Cevallos avait trop d'esprit, sans

doute, pour être la dupe de qui que ce fût, mais ce n'était pas une

raison pour que je fusse la sienne.

En supposant que la réponse qu'il me prête soit vraie, il savait mieux

que moi si je m'abusais moi-même ou si je le trompais, puisqu'il

connaissait nos affaires avec son pays; dès-lors comment se

justifiera-t-il d'être parti d'un argument qu'il savait ne pouvoir être

vrai, pour avoir consenti au départ du roi? Il y a là quelque chose qui

ne peut s'expliquer que de ces deux manières: ou M. de Cevallos a

dénaturé ma réponse, et c'est ce que j'atteste; ou bien il a trahi le

roi dans l'intérêt d'une nouvelle fortune à laquelle il voulait

s'attacher, et dès-lors son Mémoire n'est qu'un pamphlet qu'il a écrit à

la hâte, pour se mettre à l'abri du ressentiment de ses compatriotes;

car on verra par la suite de ces Mémoires qu'il pouvait y être exposé.]

[37: Pour comprendre ceci, il faut connaître la manière dont on attelle

en Espagne; chaque mule d'un attelage a ses traits attachés à

l'avant-train de la voiture, de sorte que les mules de la tête de

l'attelage ont des traits de quarante pieds de long. Or, comme elles

sont accouplées deux à d'eux, il en résulte qu'il y avait une réunion de

seize traits à l'avant-train de la voiture du roi, en sorte que toutes

les mules furent dételées par le seul coup de serpe qui coupa les

traits.]

[38: Je ne pus le suivre ce jour-là, et ne le rejoignis que le lendemain

matin, après avoir marché toute la nuit.]

[39: Le roi Charles IV avait toujours à la main une très longue canne,

de laquelle il avait besoin pour marcher; ce vieillard était si indigné,

qu'il nous semblait qu'il allait s'oublier jusqu'à la lever sur son

fils, qui conservait une physionomie imperturbable. Nous pouvions

l'apercevoir par plusieurs ouvertures qu'il y avait à la porte du salon

où la scène se passait.]

[40: Elle s'approcha de lui en levant la main comme pour lui donner un

soufflet.]

[41: Le ministère espagnol à Madrid obéissait au lieutenant-général du

royaume nommé par Charles IV, et c'était le grand-duc de Berg.]

[42: Le 8 octobre 1805, le roi de Naples avait ratifié, à Portici, le

traité de neutralité conclu le 21 septembre précédent par son

ambassadeur à Paris, et le 20 novembre suivant, une escadre anglo-russe

débarquait à Naples 12,000 hommes de troupes.]

[43: Lorsque, par ordre de l'empereur, l'on me demanda des détails sur

les ordres que je pouvais avoir donnés au général Dupont, la copie de

cette lettre figurait parmi les pièces qui devaient servir à commencer

l'information sur la conduite du général Dupont; mais lors du jugement

prononcé au conseil d'État sur l'exposé de cette affaire, cette pièce

avait disparu. Je suis bien aise que cela ait été utile au général

Dupont; mais c'est une chose coupable que de servir l'un, en mettant

l'autre dans le cas d'être accusé d'imprévoyance.]

[44: Les lieues d'Espagne sont beaucoup plus fortes que celles de

France.]

[45: Le général Dupont assure n'avoir eu aucune nouvelle de ce

mouvement: c'est donc à Dufour de l'expliquer.]

[46: Andujar, Baylen et la Caroline sont distans entre eux d'une marche

ordinaire de troupes.]

[47: On prétend qu'on les employa à la garde de caissons contenant des

objets particuliers qui étaient la propriété de quelques généraux.]

[48: Vedel avait pris, au contraire, le régiment espagnol de Jaen: à la

vérité, il avait reçu ordre de le rendre.]

[49: M. de Villoutray était écuyer de l'empereur; il avait témoigné le

désir de servir militairement, et on l'avait envoyé en Espagne.]

[50: J'ai dit plus haut qu'après la bataille d'Eylau, l'empereur avait

réclamé le secours d'un corps d'armée espagnol qui devait être mis à sa

disposition par suite d'une stipulation antérieure avec Charles IV. Ce

corps, après avoir traversé la France pour venir jusque sur l'Elbe, se

trouvait dans les environs de Hambourg, lorsque les Anglais vinrent

attaquer Copenhague et prendre la flotte danoise. Il fit partie des

premières troupes que l'empereur fit marcher, sous le maréchal

Bernadotte, au secours des Danois, et il était encore dans ces parages

lorsque la révolution d Espagne commença. L'empereur, voyant la tournure

qu'elle prenait, manda au maréchal Bernadotte de prendre garde que les

Anglais n'embarquassent à l'improviste ce corps espagnol, commandé par

le marquis de la Romana. Bernadotte répondit qu'il était en mesure, et

qu'il garantissait les sentimens du marquis de la Romana. Cependant,

huit jours après, il fut obligé de rendre compte que les Anglais étaient

venus sur la côte et avaient embarqué le marquis de la Romana avec sept

mille hommes de son corps d'armée, dont nous apprîmes bientôt après

l'arrivée à la Corogne.

Le reste devait être embarqué peu de jours après; mais on prit des

mesures pour l'empêcher.]

[51: J'ai su depuis le motif pour lequel M. Villoutray s'était fait

escorter par une garde espagnole, et pourquoi il revenait à petites

journées: c'est parce qu'il voyageait dans une calèche à lui, conduite

par ses propres chevaux, et sa calèche était chargée d'objets non soumis

à la visite. Ce sont les seuls qui aient été sauvés de tout le corps

d'armée.]

[52: On a vu, plus haut, que le général Junot avait dissous l'armée

portugaise; l'empereur lui ordonna, depuis, de la réorganiser et de

l'envoyer à Bayonne. Il en déserta une bonne moitié en chemin, et l'on

forma du reste six beaux bataillons et un régiment de chasseurs à

cheval; ils servirent avec l'armée française de manière à mériter sa

confiance et son estime.]

[53: Nous étions capitaines ensemble à l'armée du Rhin, et fûmes tous

deux promus au grade de chef de bataillon à la même affaire, le second

passage du Rhin, de vive force, où je commandai les troupes du premier

débarquement qui prirent pied à la rive droite; depuis, Foy a suivi la

fortune de Moreau, et moi celle de l'empereur.]

[54: Il avait d'abord fait partir pour Naples le grand-duc de Berg, et,

à son retour d'Erfurth, il fit partir la grande-duchesse, qui était

restée de quelques semaines en arrière.]

[55:

«Monsieur mon frère,

«Mon ambassadeur à Paris m'apprend que V. M. L. se rend à Erfurth, où

elle se rencontrera avec l'empereur Alexandre. Je saisis avec

empressement l'occasion qui la rapproche de ma frontière, pour lui

renouveler le témoignage de l'amitié et de la haute estime que je lui ai

vouée, et j'envoie auprès d'elle mon lieutenant-général le baron de

Vincent, pour vous porter, monsieur mon frère, l'assurance de ces

sentimens invariables. Je me flatte que V. M. n'a jamais cessé d'en être

convaincue, et que si de fausses représentations qu'on avait répandues

sur les institutions intérieures organiques que j'ai établies dans ma

monarchie lui ont laissé, pendant un moment, des doutes sur la

persévérance de mes intentions, les explications que le comte de

Metternich a présentées à ce sujet à son ministre les auront entièrement

dissipées. Le baron de Vincent se trouve à même de confirmer à V. M. ces

détails et d'y ajouter tous les éclaircissemens qu'elle pourra désirer.

Je la prie de lui accorder la même bienveillance avec laquelle elle a

bien voulu le recevoir à Paris et à Varsovie. Les nouvelles marques

qu'elle lui en donnera me seront un gage non équivoque de l'entière

réciprocité de ses sentimens, et elles mettront le sceau à cette entière

confiance qui ne laissera rien à ajouter à la satisfaction mutuelle.

«Veuillez agréer l'assurance de l'inaltérable attachement et de la

considération avec laquelle je suis, monsieur mon frère,

«De V. M. I. et R. le bon frère et ami.

«FRANÇOIS.»

Mémoires du duc de Rovigo, pour servir à l'histoire de l'empereur Napoléon, Tome 3 · 第 37 / 38 题