Violente du début à la fin, l’histoire de saint Paul s’ouvre par une
scène terrible.
C’était au moment où les Douze, voyant l’urgence de diviser le ministère
temporel du spirituel, avaient décidé, «pour le service des tables[28]»,
l’élection des Sept.
[28] _Actes_ VI, 1.
Les disciples se souvenaient du conseil: «Ne vous inquiétez ni d’avoir
de quoi manger, ni d’avoir de quoi vous vêtir[29].» Afin de le suivre
comme un précepte, ils avaient mis en commun ce qu’ils possédaient. Les
riches avaient offert leurs revenus, vendu leurs terres, leurs maisons,
ou donné leur logis à des frères pauvres. De la sorte, il n’y avait plus
que des pauvres parmi les fidèles. Leur nombre croissait au delà des
ressources; suffire à tous les besoins devenait compliqué.
[29] _Math._ VI, 25.
Le dénûment, pour chacun, pouvait être une béatitude; pour la
communauté, même à Jérusalem où «cinq petits oiseaux coûtaient deux
as[30]» et une fiasque d’huile un as[31], il engendrait un malaise. La
volonté de perfection n’était pas égale chez tous. Certains se crurent
lésés dans le partage quotidien. Des veuves, peut-être chargées
d’enfants, réclamaient plus que d’autres; autour d’elles on excitait
leurs doléances.
[30] _Luc_ XII, 6. L’as valait 3 cent. 39.
[31] V. SCHWALM, _Vie privée du peuple juif_, p. 340.
Elles appartenaient à des familles de Juifs hellénistes, de ceux qui,
ayant séjourné en Cilicie, en Cyrénaïque, en Égypte, à Rome, parlaient
la langue internationale d’alors, le grec commun, la _koïné_.
Ces hellénistes, nous les retrouverons en face de Paul, remuants,
grondeurs, fanatiques. Comme ils étaient revenus de l’étranger dans la
ville sainte, ils faisaient sonner haut leur zèle religieux, et
formaient, sans doute malgré eux, bande à part vis-à-vis des
Palestiniens; ceux-ci les regardaient d’assez haut comme le fils de la
parabole, demeuré chez son père, dévisage son cadet, quand il rentre au
logis. Le nom même d’hellénistes qu’ils leur infligeaient accusait une
suspicion, comme si un long contact avec les païens et l’usage de leur
langue les entachaient d’impureté.
Hommes d’affaires, les hellénistes appliquaient sur leur judaïsme un
vernis grec, afin de mieux lui préparer un royaume universel; la culture
de l’intelligence leur était un moyen de conquête, comme la ruse et
l’argent. Eux seuls se targuaient de gagner des prosélytes. C’étaient
des nationalistes calculateurs; et ils devaient abominer une doctrine
qui, visant au règne de l’Esprit, excluait leurs grossiers moyens.
Même convertis,--car la foi nouvelle toucha leur élite,--ils
maintenaient leur humeur exigeante, toujours en défense et méfiants. Au
sujet des veuves de leur groupe ils murmurèrent, «grognèrent» avec
ensemble. Les Douze, voulant la paix dans l’unité et comprenant qu’il
fallait mieux organiser l’économie de la vie commune, prirent occasion
de cet incident pour l’institution des Sept[32].
[32] On a longuement épilogué sur la raison de ce nombre _sept_.
Marquait-il la subordination à l’égard des _Douze_? Correspondait-il
aux sept pains multipliés par Jésus, ou aux sept anges debout devant
Dieu (_Tob._ XII, 15)? Les repas en commun se prenaient-ils en sept
endroits de la ville? Un diacre présidait-il à chacun? Toutes ces
explications sont plausibles, non décisives. Il est probable que les
Sept, tous hellénistes, complétaient le ministère, devenu
insuffisant, d’autres diacres, élus déjà, et palestiniens.
L’assemblée des fidèles semble leur avoir proposé les noms à choisir.
Les sept élus portaient des noms grecs; tous Juifs de naissance, sauf
Nicolas, prosélyte d’Antioche. Les Douze, après avoir prié, leur
imposèrent les mains, les investissant de pouvoirs liturgiques. Car les
diacres ne devront pas seulement veiller à distribuer le pain; ils
participeront au mystère eucharistique; ils baptiseront; ils
enseigneront.
Préposé à des œuvres de charité, «comblé de grâce et de puissance»,
Étienne révéla des dons suréminents. Il opérait «au milieu du peuple des
miracles et des signes extraordinaires». Il prêchait aussi, catéchisait
les indigents qu’il soulageait, les infirmes qu’il guérissait.
On a conjecturé qu’il osa provoquer dans leurs synagogues les Juifs
hellénistes; d’où les fureurs liguées contre lui. S’arrogea-t-il cette
mission? Il est plus simple d’admettre qu’irrités des prodiges et des
conversions qu’il multipliait, les Juifs déléguèrent quelques orateurs
de synagogues, agressifs et retors, qui lui portèrent un défi public,
espérant l’humilier, abattre son prestige.
Certains d’entre ses contradicteurs fréquentaient la synagogue des
Ciliciens. Saul de Tarse devait en être. Né vers l’an 10 ou 12, il avait
en 36 vingt-trois ou vingt-cinq ans. Les pharisiens attaquèrent sans
doute Étienne sur la doctrine du Christ. Le débat tourna simplement à
leur confusion; ils ne purent tenir contre l’Esprit de sagesse qui
parlait en lui.
Alors ils ourdirent, pour le perdre, des calomnies décisives. Étienne
avait blasphémé contre Moïse, contre le Temple et la Loi.
_Contre le Temple!_ Nul grief ne pouvait être plus redoutable. C’était
le crime qu’on avait reproché à Jésus.
Le Temple signifiait le relèvement et la stabilité d’Israël. Tout
l’orgueil et toute l’opulence du peuple de Iahvé s’y concentraient. Lieu
saint unique, nombril du monde, la gloire de Dieu l’habitait. De très
loin il éblouissait, tel qu’une montagne de marbre, mais avec les
pointes dorées de sa toiture, les colonnes de ses portiques, ses neuf
portes plaquées d’or et d’argent, et la dixième en bronze de Corinthe,
si lourde qu’au dire de Josèphe[33] il fallait, pour la fermer, les bras
de vingt hommes. Du matin au soir, les victimes y montaient, le sang des
boucs et des taureaux éclaboussait les cornes de l’autel, la graisse des
holocaustes fumait sur les brasiers. Les appels des trompettes et des
cors, les clameurs des psaumes exaltaient au-dessus de la ville des
rythmes de piété guerrière. Enfin, le trésor, le Corban détenait des
richesses formidables et mystérieuses. On n’avait pas oublié la poutre
d’or cachée dans une solive de bois, et qui pesait, disait-on, trois
cents mines[34]. Sans le Temple, sans les pèlerinages et les sacrifices,
que seraient devenus les commerçants de Jérusalem, les éleveurs
palestiniens?
[33] _Bellum judaïcum_, II, 17.
[34] JOSÈPHE, _Antiquités juives_, XIV, XII. Les chiffres donnés par
Josèphe doivent souvent être accueillis avec une sévère méfiance.
Le dénigrer, parler de sa destruction possible, cette impiété devait
paraître aux Juifs monstrueuse et suprême, d’autant plus exaspérante
qu’au fond ils pressentaient les catastrophes prédites, suspendues sur
lui et sur eux.
Les ennemis d’Étienne déchaînèrent contre sa personne, peut-être au
Temple même, un tumulte de la populace. Rien n’était plus aisé dans une
ville pleine de mendiants, de pèlerins excitables, où des centaines de
synagogues pouvaient se communiquer le mot d’ordre d’une conjuration. Il
brava la foule, rendant témoignage au Juste, au Fils de l’homme
assassiné par les mêmes Israélites qui voulaient sa perte.
Ceux-ci prirent à témoin de son langage impie des anciens du peuple et
des scribes, des pharisiens; ils l’appréhendèrent, le jetèrent en
prison. L’accusé comparut ensuite devant le grand sanhédrin.
S’il fallait en croire le _Talmud_[35], «_quarante_ ans avant la
destruction du Temple, le droit de prononcer les sentences capitales fut
ôté à Israël». En fait, chaque fois qu’il sentait se relâcher la
pression romaine--or la mise en jugement d’Étienne dut concorder avec la
disgrâce et le départ de Pilate--le sanhédrin tendait à reprendre ses
pouvoirs juridiques. Les Romains lui reconnaissaient d’ailleurs le droit
de juger les crimes religieux. Seulement, les sentences avaient besoin
d’être validées par le procurateur; limitation humiliante que les
pharisiens ne désespéraient pas d’annuler.
[35] Trad. SCHWAB, t. XI, _Traité sanhédrin_, p. 238. Juster (_op.
cit._, t. II, p. 134) estime ce texte peu probant, et c’est aussi
l’avis du P. Lagrange (_Saint Étienne et son sanctuaire à
Jérusalem_, p. 29).
Dans l’affaire d’Étienne ils agiront comme envers Jésus avec une
combinaison de violence et d’hypocrisie. Pour brusquer le dénouement,
une émeute interviendra. L’accusé sera poussé au lieu du supplice avant
d’être régulièrement condamné. Quelque chose des formes légales
persistera dans son exécution. Cependant elle les démentira; sa mort
fera songer à celle d’Akhan, voleur du manteau rouge et des deux cents
sicles d’argent qui devaient être offerts au Seigneur, lapidé par tout
le peuple, dans la vallée d’Achor[36].
[36] _Josué_ VII, 18-26.
Le sanhédrin siégeait dans l’enclos du Temple. La salle était disposée
en demi-cercle; ainsi les soixante-dix juges pouvaient se voir, se
surveiller, échanger des clins d’yeux[37]. A droite et à gauche deux
scribes inscrivaient les opinions énoncées et leurs motifs. Au centre
trônait le grand prêtre, reconnaissable, peut-on croire, à la lame d’or
qui ceignait son front, aux gemmes du rational qu’il portait dans les
circonstances solennelles[38].
[37] C’est la raison donnée dans le _Talmud_ (_loc. cit._, p. 269).
[38] Sur le costume que portait le grand prêtre, _comme chef du peuple
juif_, nous n’avons aucune donnée ferme.
Devant les juges trois séries de disciples s’asseyaient, chacune de
vingt-trois membres, ayant leur place marquée. C’est parmi eux que nous
imaginons Saul, et les regards homicides qu’il envoyait sur Étienne.
L’accusé se dressa, magnifique de pureté candide. Quand les témoins
déclarèrent:
«Nous l’avons entendu dire: Ce Jésus le Nazaréen détruira ce lieu-ci et
changera les coutumes que nous transmit Moïse», il n’eut pas l’air
d’avoir écouté, mais parut en extase; la flamme des yeux furibonds
dardés contre son visage sembla s’y changer en un éclat angélique. Il se
présentait, comme jadis les prophètes devant les rois, accusateur et
juge de ses juges; lui et Jacques le Mineur, plus tard précipité du
Temple et lapidé, devaient être les derniers nabis.
Le grand prêtre l’interrogea comme s’il l’invitait à se défendre, mais
pensant bien l’accabler sous l’évidence de son crime:
«Tout cela est-il vrai?»
Étienne répondit par un discours sublime dont Paul comprit, dans la
suite, l’enseignement. Au lieu de se disculper, il représenta le passé
d’Israël depuis les promesses reçues par Abraham. Il essaya de faire
entendre qu’elles dépassaient l’existence du Temple, sinon le culte
mosaïque.
Israël, durant des siècles, avait adoré son Dieu, nomade comme lui, ici
ou là; et le tabernacle n’était qu’une tente dressée pour un soir, la
tente de bergers en marche. Le buisson en feu d’où était sortie, devant
Moïse, la voix du Seigneur, avait été vraiment «la terre sainte». Puis
les Hébreux avaient, dans le désert, servi des idoles, disant à Aaron:
«Fais-nous des dieux qui marchent devant nous.» Ils s’étaient prosternés
sous «l’armée des cieux». Salomon avait construit une demeure au Dieu de
Jacob; mais «le Très-Haut n’habite pas dans des maisons construites de
main d’homme... Le prophète a dit: «Le ciel m’est un trône, et la terre
un escabeau pour mes pieds; quelle maison me bâtirez-vous?...»
Dans cette histoire d’un peuple où les grands faits se découpent comme
des morceaux d’horizon, la nuit, sous les éclairs d’un orage prochain,
Étienne insérait des allusions crucifiantes au Juste méconnu et vendu,
renié par ses frères, dont Joseph et Moïse étaient les figures trop
intelligibles; il ne dissimulait pas qu’une foi toute matérielle au
Temple équivalait à une idolâtrie.
L’auditoire suivait son raisonnement assez pour en avoir horreur. Tous
ces vieux pharisiens, les bras croisés dans leurs longues manches,
commençaient à s’agiter; les jeunes trépignaient, murmuraient. Au début,
on avait écouté; les Juifs respectaient, chez l’accusé, le droit de
défense; ils se plaisaient inlassablement aux récits où les aventures de
leurs pères, commentées dans un sens prophétique, leur promettaient un
retour des gloires, une délivrance pareille à celles d’autrefois.
Étienne parlait, de même que son maître Jésus, non en scribe ni en
casuiste péroreur, mais «comme ayant une puissance». A mesure que son
exégèse devenait plus manifestement hostile, l’indignation grondait.
Loin de la prévenir, il la défia soudain par une apostrophe qu’on peut
croire transcrite jusqu’à nous, telle--ou à peu près--qu’il la proféra:
«Gens au cou raide, incirconcis de cœurs et d’oreilles, c’est toujours
vous qui résistez à l’Esprit saint: comme furent vos pères, ainsi vous
êtes. Quel est celui des prophètes que n’ont pas persécuté vos pères?
Ils ont tué ceux qui prophétisaient sur la venue du Juste envers qui
vous êtes maintenant devenus traîtres et assassins, vous qui avez reçu
la Loi en préceptes d’anges et ne l’avez pas gardée.»
Les auditeurs frémirent; chaque mot leur «sciait le cœur en deux»; ils
«grinçaient des dents». Quand on a vu, en Orient, des foules exaspérées,
il est facile de concevoir, dans ces formidables minutes, l’aspect du
sanhédrin: l’ondulation des manteaux blancs; les roulements d’yeux
féroces dont les feux se croisaient; les mâchoires tendues, les nez en
pince de crabe et les doigts crochus convergeant sur l’accusé comme pour
le mettre en pièces. Les sifflements de rage, les voix rauques se
heurtaient.
Rien ne troublait Étienne; percevait-il le souffle de mort qui grondait
autour de sa tête? Un ravissement l’enlevait ivre des joies promises,
ivre du Paradis; il se tenait immobile comme une colonne de lumière;
mais, tout d’un coup, éperdu d’apporter aux hommes la présence de son
Dieu, il cria, le front renversé, déployant ses bras vers des clartés
invisibles:
«Voici! Je contemple les cieux ouverts et le Fils de l’homme _debout_ à
la droite de Dieu.»
Blasphème! Il attestait comme une évidence la gloire du Nazaréen, sa
résurrection.
Les Juifs n’y tirent plus; ils se bouchèrent les oreilles, et toute la
salle se leva d’un seul élan frénétique, pour entraîner l’impie hors du
sanhédrin. Massé vers les portes, le peuple l’accueillit avec des
aboiements d’extermination. Pourtant il ne fut pas lapidé à l’endroit
même.
Le _Lévitique_ ordonnait: «Fais sortir le blasphémateur du camp[39].» On
emmena Étienne hors de la ville, et, probablement, sur une hauteur, au
nord de Jérusalem.
[39] XXIV, 14.
D’après la Loi[40], «à la distance d’environ dix coudées du lieu du
supplice», on déshabillait le condamné, on lui disait de se confesser;
«car tous les suppliciés se confessent, et celui qui se confesse aura sa
part dans le monde futur»... Le lieu de la lapidation devait avoir une
élévation double de la hauteur d’un homme. Les témoins imposaient leurs
mains au condamné comme à une victime expiatoire. Un des deux le
précipitait ensuite, de façon qu’il tombât au-dessous, et _sur le dos_,
non sur le ventre. «S’il était mort, on ne lui faisait plus rien; sinon,
l’autre témoin lui jetait une pierre sur le cœur; s’il n’était pas mort,
tous les assistants l’achevaient avec des pierres.»
[40] _Talmud, Traité sanhédrin_, p. 277-280.
Dans le supplice d’Étienne, il n’apparaît pas que les Juifs aient ainsi
procédé. Les deux témoins, pour être plus à l’aise, déposèrent leurs
manteaux «aux pieds d’un jeune homme qui se nommait Saul». Mais nous
apercevons, aussitôt après, le martyr assailli par les pierres, debout
jusqu’à l’instant où il _s’agenouille_ et succombe. Son exécution fut
donc tout ensemble rituelle et tumultuaire. Son martyre imita, en
abrégé, la Passion du Christ. En méditant son agonie, il s’était disposé
à mériter _la couronne_, comme son nom l’y prédestinait. Le disciple eut
infiniment moins à souffrir que le Maître. Il se contenta d’être, à son
tour, parfait dans l’immolation.
«Seigneur Jésus, disait-il, recevez mon esprit.» Et, s’étant mis à
genoux, il supplia d’_une voix puissante_: «Seigneur, ne leur imputez
pas ce péché.»
La doctrine du pardon était au fond même de la Rédemption: quand
l’Homme-Dieu a remis par son sang l’offense irrémissible, comment
l’homme oserait-il appeler sur ses ennemis une vengeance? Mais Étienne
ne se borna pas à pardonner; il s’offrait en hostie pour ses bourreaux,
pour quelqu’un surtout qu’il connaissait peut-être, Saul dont sa mort
préparait la mission.
On voudrait suivre Saul durant les phases du jugement et du supplice.
Son courroux contre Étienne partait d’un amour indigné: le blasphémateur
devait mourir; la Loi et les choses saintes réclamaient justice.
Reçut-il de sa dialectique un sourd ébranlement? Nous n’en pouvons rien
savoir. L’extase d’Étienne, son cri: «Je vois les cieux ouverts» lui
revinrent plus d’une fois, comme le témoignage scandaleux d’une illusion
qu’il ne voulait pas admettre. Mais, quand un fait contredit une
croyance vivace et plus forte que tout, il reste inexistant, du moins
pour les régions conscientes de la vie interne.
Pendant qu’autour du martyr la canaille vociférait, et que les
exécuteurs, faisant cercle, ramassaient pour l’abattre les cailloux de
la route, Saul regardait, pâle et palpitant d’une fureur contenue. Il ne
lança lui-même aucune pierre; assister ceux qui frappent lui suffisait.
Il considérait avec étonnement cet homme si calme qui ne cherchait pas à
se défendre; les projectiles déchiraient son front, ses mains étendues,
la nudité sanglante de sa poitrine et de ses reins meurtris; il ne
gémissait pas, il tressaillait à peine sous les coups; et la vigueur de
sa voix demeurait intacte, lorsqu’il jeta vers Dieu sa prière de victime
heureuse. Atteint, soit au cœur, soit à la tête, du choc mortel, il
s’étendit sur la terre, dans son sang, comme sur un lit doux pour le
sommeil[41]. Quel endurcissement intrépide! dut songer Saul. Il faudra,
contre l’erreur nazaréenne, une sévérité sans merci. Et, si quelque
pitié le sollicitait, il la réprima comme une faiblesse. Il rentra, plus
ferme encore dans sa haine.
[41] _Il s’endormit_, disent les _Actes_.
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