Guillaume le Conquérant veut un château.--Édouard III a trouvé un
moyen de s’en construire un plus grand.--Le parc.--La terrasse.--La
forêt.--Les appartements privés de la reine.--Les appartements
d’apparat.--La salle de Waterloo.--Jean de France et
Louis-Philippe.--Les étendards de Crécy et de Waterloo.
Dans l’espace de temps qui s’écoula entre son avènement et son mariage,
la reine n’était jamais si heureuse que lorsqu’elle pouvait quitter
Windsor pour revenir à Londres, à Buckingham Palace, et c’était toujours
avec tristesse qu’elle abandonnait la capitale pour retourner à ce
qu’elle ne considérait alors que comme une villégiature. Ses sentiments
ne devaient pas tarder à se modifier profondément.
[Illustration:
Buckingham.--Le petit salon de la Reine. Phot. H. N. King.
]
Les tracas du pouvoir et les intrigues des partis devaient bientôt lui
faire prendre en dégoût, malgré leur splendeur, l’une et l’autre de ses
demeures officielles et la faire désirer posséder un home
Où de n’être plus reine on eût la liberté.
Une description sommaire du palais de Buckingham, une évocation des
souvenirs qu’il renferme, permettra de mieux suivre les événements qui
s’y sont déroulés.
Le lieu sur lequel a été bâti le palais s’appelait, à la fin du XVIIe
siècle, Mulberry Gardens, à cause de la nature plantureuse de ses
mûriers. Lord Artington y avait fait bâtir une maison de campagne,
d’aspect simple, sans prétention, célèbre par la première tasse de thé
importé en Angleterre et qui a été bue dans ses murs. Lord Artington
avait rapporté de Hollande une livre de ces feuilles précieuses qu’il
avait payée trois livres, 75 francs, et il avait invité une bande d’amis
à venir goûter à cette boisson chinoise. C’est là le point de départ en
Angleterre d’un usage qui défierait aujourd’hui toutes les révolutions,
tant il fait partie intégrante de la vie anglaise. L’usage de cette
boisson a dans beaucoup de maisons tourné à l’excès et c’est à la
consommation excessive du thé que les dames anglaises doivent leur
sveltesse et aussi, affirme-t-on, leur teint couperosé.
En 1703, le duc de Buckingham acquit la propriété de lord Artington et
bâtit, sur l’emplacement de la maison, une demeure beaucoup plus
importante, d’un aspect princier. George III, devenu roi, s’en éprit et
en offrit au duc £ 21.000. Le marché fut aussitôt conclu et le roi put
quitter le vieux palais de Saint-James pour venir habiter ce qui
s’appelait déjà Buckingham Palace ou le palais du duc de Buckingham. En
1775, il fut donné à la reine Charlotte par acte du Parlement et c’est à
partir de ce moment que la reine y tint ses drawing-rooms.
[Illustration:
Phot. H. N. King.