D'APRÈS LES DIFFÉRENTES CROYANCES RELIGIEUSES AUXQUELLES ELLES
APPARTIENNENT.
Supputation de Szaffarick en 1842.
+----------------------+----------+---------+-------------+------------+-----------+
| | L'Église | Grecs | Catholiques.|Protestants.|Mahométans.|
| |grecque ou| unis à | | | |
| |d'Orient. | Rome. | | | |
+----------------------+----------+---------+-------------+------------+-----------+
|Grand-Russes ou | | | | | |
| Moscovites. |35,314,000| » | » | » | » |
|Petits-Russiens ou | | | | | |
| Malo-Russes. |10,154,000|2,900,000| » | » | » |
|Blanc-Russiens. | 2,376,000| » | 350,000| » | » |
|Bulgares. | 3,287,000| » | 50,000| » | 250,000|
|Serviens ou Illyriens.| 2,880,000| » | 1,864,000| » | 550,000|
|Croates. | » | » | 801,000| » | » |
|Carinthiens. | » | » | 1,138,000| 13,000| » |
|Polonais. | » | » | 8,923,000| 442,000| » |
|Bohémiens et Moraves. | » | » | 4,270,000| 144,000| » |
|Slovakes (dans le nord| | | | | |
| de la Hongrie). | » | » | 1,953,000| 800,000| » |
|Lusaciens ou Wendes | | | | | |
| (Haute-Lusace). | » | » | 10,000| 88,000| » |
| dº (Basse-Lusace).| » | » | » | 44,000| » |
| |----------|---------|-------------|------------|-----------|
| Totaux |54,011,000|2,900,000| 19,359,000| 1,531,00| 800,000|
+----------------------+----------+---------+-------------+------------+-----------+
Appendice B.
«L'État hongrois fut fondé au commencement du Xe siècle, à l'époque où
la nation asiatique des Hongrois ou Madgiares, venue d'un pays voisin
des monts Ourals, détruisit l'Empire slave de la Grande-Moravie[201]
et conquit le territoire de l'ancienne Dacie, habitée par les Slaves
et en partie par les Valaques qui sont les descendants des colons
romains établis dans ces régions au temps de la domination romaine. Le
Christianisme pénétra en Hongrie (de 972 à 997); les frontières de ce
pays furent considérablement augmentées, au commencement du XIIe
siècle, par le royaume slave de Croatie, qui, après l'extinction de sa
dynastie nationale, choisit volontairement pour monarque Coloman Ier,
roi de Hongrie. La nation hongroise se trouva ainsi composée de trois
populations différentes: les Hongrois proprement dits, les Slaves et
les Valaques, auxquels se joignirent un certain nombre d'Allemands qui
émigrèrent dans ce pays à différentes époques, mais principalement
sous la domination autrichienne.
[Note 201: Le royaume de la Grande-Moravie ne comprenait pas seulement
la province qui porte actuellement le nom de Moravie, il s'étendait
aussi sur la plus grande partie de la Hongrie actuelle et sur quelques
autres contrées adjacentes.]
»À une époque reculée, et peut-être contemporaine de l'établissement
de la Religion chrétienne, le latin fut adopté pour toutes les
transactions officielles de la Hongrie. C'était une mesure très sage,
en ce qu'elle établissait un lien commun de communication entre les
éléments hétérogènes de la population. Elle écartait la cause de
dissensions le plus active entre des nations d'une origine et d'un
langage entièrement différents, et consacrait une sorte d'égalité
entre le conquérant et le vaincu, en les plaçant l'un et l'autre sur
un terrain neutre. L'histoire nous enseigne que chaque fois qu'une
nation en a conquis une autre, une lutte s'est organisée entre les
deux races représentées pas leur langage, jusqu'à ce que la
nationalité du vaincu succombât sous les efforts du conquérant, comme
cela eut lieu à l'égard des Slaves de la Baltique, ou jusqu'à ce que
la nationalité des conquérants s'absorbât dans celle des vaincus qui
leur était supérieurs en nombre, comme nous le voyons avec les Francs
dans la Gaule, les Danois en Normandie, et en quelque sorte avec les
Normands français en Angleterre. Les annales de la Hongrie n'offrent
aucune lutte de ce genre; et bien que ce pays ait été en butte à la
conquête étrangère et aux commotions intérieures; les partis qui le
déchirèrent furent tous politiques ou religieux; mais nous ne voyons
aucune lutte s'élever entre les différentes races qui forment sa
population. La Hongrie offre un rare exemple dans l'histoire, d'un
État composé des populations les plus hétérogènes et unies seulement
par le lien d'un même langage, étranger à elles toutes, mais également
adopté par elles, et qui, malgré cette diversité d'éléments
constituants, soutint les plus terribles orages qui l'assaillirent à
l'extérieur et à l'intérieur. La Hongrie sut même conserver sa
constitution libre sous une série de monarques qui régnèrent d'une
manière absolue sur le reste de leurs États. Ce fait, peut-être sans
exemple dans l'histoire, doit être entièrement attribué, dans notre
opinion, à la circonstance qui avait enlevé la cause la plus active de
désunion entre les diverses races, et qui avait fait que les
Madgiares, les Slaves, les Valaques, pussent se considérer comme égaux
aux Hongrois et comme constituant politiquement une seule et même
nation.
»On aurait cru que l'expérience de leur propre histoire eût engagé les
hommes d'État de la Hongrie à continuer une ligne de politique qui
avait suffi à leurs ancêtres pour conserver l'intégrité de leur pays
et de sa constitution, malgré les éléments naturels de dissolution
qu'il renferme. Tel n'a pas été cependant le cas, et les Madgiares, ou
Hongrois proprement dits, ayant conçu récemment l'idée de remplacer
l'usage du latin par celui de leur idiome particulier (qui n'est pas
le langage de la grande majorité des habitants), des efforts pour
atteindre ce but se manifestèrent pour la première fois à la diète de
1830, et continuèrent pendant plusieurs diètes successives, jusqu'à ce
que celle de 1844 décrétât la résolution suivante, qui reçut la
sanction impériale: «La langue hongroise sera employée dans les
transactions officielles du pays; elle deviendra celle de
l'enseignement dans toutes les écoles publiques. Les diètes
délibéreront en hongrois.» Les députés des royaumes annexés (la
Croatie et la Slavonie) furent cependant autorisés, pour le cas où ils
ne comprendraient pas le hongrois, à donner leur vote en latin; mais
ce privilége ne devait avoir force de loi que pour les diètes qui
auraient lieu dans les six années suivantes. Les autorités des mêmes
royaumes annexés devaient recevoir la correspondance de celles de
Hongrie en langue hongroise, mais on leur permettait d'adresser la
leur en latin aux autorités hongroises. Le hongrois devait être
enseigné dans toutes les écoles des provinces ci-dessus mentionnées.
»Ces dispositions, calculées pour détruire la nationalité des
populations non madgiares, souleva une violente opposition parmi les
Slaves. Les provinces de Croatie et de Slavonie, qui ont l'avantage de
posséder une diète provinciale, prirent de fortes résolutions contre
l'introduction de la langue madgiare dans leurs provinces, et firent à
Vienne des représentations pressantes à cet effet, demandant même une
administration séparée. Elles finirent par déclarer leur ferme
résolution de substituer au latin dans leurs provinces, non le
madgiar, mais leur propre langue slave. Les Slovaques, qui n'ont pas
les moyens légaux des Croates pour s'opposer aux mesures prises contre
leur nationalité, essayèrent de lutter pour sa conservation par des
efforts individuels. Le parti national, composé de presque toute la
jeune génération de la classe instruite, essaya de répandre, par tous
les moyens possibles, la culture de la langue et de la littérature
nationales, et de défendre leur nationalité contre les envahissements
du madgiarisme. Le clergé catholique ou protestant multiplia ses
efforts en faveur de ce but patriotique. On peut remarquer aussi que
les Slovaques, qui ont adopté le pur bohémien pour leurs oeuvres
littéraires, possèdent une littérature de quelque importance. Deux des
écrivains bohémiens les plus éminents de nos jours, et que nous avons
déjà mentionnés comme les créateurs de l'idée du panslavisme, Kollar
et Szaffarik, appartiennent aux Slovaques. Il se fait aujourd'hui dans
la Croatie un mouvement littéraire très remarquable, que l'on doit
attribuer, en très grande partie, à Ludevit Gay, qui a posé les
fondements de la littérature périodique, dont l'influence se fait déjà
sentir d'une manière puissante sur les Slaves du sud de la Hongrie,
ainsi que sur ceux de la Dalmatie, et a déjà fait revivre un vif
sentiment de nationalité parmi eux.
»La diète de Croatie s'est déclarée indépendante de la Hongrie, et des
collisions se sont manifestées entre ses habitants et d'autres Slaves
du sud de la Hongrie, d'une part, et les Madgiares et les populations
allemandes d'autre part. Si l'on ne parvient pas à arrêter ce débat
par des moyens de conciliation, on peut s'attendre aux conséquences
les plus fatales pour la Hongrie. Un million environ de la population,
comprenant la frontière militaire qui s'étend le long des confins
turcs, se compose de Slaves. Ils sont dressés à la discipline et aux
habitudes guerrières. Un certain nombre d'entre eux prennent déjà part
aux débats si déplorablement soulevés, et, suivant toute apparence,
ils seront bientôt suivis du reste de leurs frères et soutenus par une
grande partie des habitants de la Servie. Les Slaves de la Hongrie
septentrionale, qui n'ont pas, comme les Croates, de diète provinciale
pour représenter les intérêts de leur nationalité, ne pouvaient pas
manifester leur opposition aux Madgiares de la même manière que leurs
frères du Sud. Il est cependant plus que probable que, s'ils
n'obtiennent pas une garantie complète pour les droits de leur
nationalité, ils se sépareront de la Hongrie, et que les Slovaques
s'uniront à la Bohême, avec laquelle ils ont déjà un lien commun
d'origine et de langage. La diète hongroise a fait aujourd'hui la
concession trop tardive, en faveur des Slaves de la Croatie, de
laisser à cette province l'usage du langage national dans les
transactions publiques; mais ce droit ayant été arraché plutôt
qu'accordé, il est très douteux que les Croates consentent à rester
unis à la Hongrie et à se joindre à ses diètes où ils seraient obligés
de délibérer en madgiar; il n'est pas non plus probable qu'ils
consentent à l'introduction de l'étude de cet idiome dans leurs
écoles, car le temps passé à l'apprendre peut être employé par les
élèves à acquérir des connaissances beaucoup plus utiles. Ce que nous
avons dit des Croates s'applique également à tous les Slaves de la
Hongrie. Nous craignons que ces circonstances ne conduisent fatalement
à une dissolution de la Hongrie comme État, et ce sera un bien triste
évènement, car aucun ami de la liberté ne peut retenir le juste tribut
d'éloges qui est dû aux Hongrois pour les efforts incessants qu'ils
ont faits depuis long-temps, afin de développer leurs libertés
constitutionnelles et de les étendre à toutes les classes d'habitants.
Nous, en particulier, comme Polonais, nous ne pouvons que porter le
plus vif intérêt à une nation qui a toujours manifesté la plus vive
sympathie pour notre pays. Espérons donc que la catastrophe qui semble
menacer aujourd'hui la Hongrie sera détournée de ce noble peuple,
malgré le sombre aspect de son horizon politique, qui présage une
tempête de la plus terrible espèce.» (_Panslavisme et Germanisme_, p.
178, 188.)
Appendice C.
«Une violente opposition à l'établissement de l'État confédéré en
question se manifestera infailliblement de la part des Madgiares, en
ce qu'ils seront obligés de se soumettre à un grand sacrifice de
nationalité, en devenant, d'État séparé, la partie d'un autre État, et
d'accepter ou plutôt de subir l'égalité avec les Slaves, sur lesquels
ils s'étaient efforcés d'établir leur domination, en leur imposant la
langue madgiare. Mais il ne sera pas possible de retenir plus
long-temps les Slaves de la Hongrie sous la domination de cet État;
ceux du Sud ayant déjà commencé à s'opposer à main armée à cet ordre
de choses, leur exemple sera très probablement suivi par leurs frères
du Nord, les Slovaques, à la première occasion favorable. Les
Madgiares sont trop faibles numériquement pour pouvoir maintenir une
existence politique indépendante au milieu des populations slaves qui
les entourent; ils n'auront, en conséquence, d'autre ressource que de
s'unir à l'empire confédéré, afin de continuer le développement de
leur propre nationalité en devenant partie constitutive de cet État.»
(_Panslavisme et Germanisme_, p. 319 et 320.)
Appendice D.
(Voyez appendice B, page 440).
Appendice E.
«Les rapides progrès du développement intellectuel en Europe ont
exercé aussi leur influence sur les nations slaves; la littérature a
marché graduellement, et toutes les branches des connaissances
humaines ont été cultivées à leur tour par ces nations. Les principaux
sujets cependant qui ont captivé l'attention des savants slaves, sont
l'histoire et les antiquités de leurs pays respectifs, étudiées
non-seulement dans leurs chroniques écrites, mais encore dans leurs
chants populaires, dans les traditions et les superstitions; la
culture et les progrès de leurs langages nationaux ont également fait
l'objet de leurs méditations et de leurs efforts. Il en résulta la
conviction universelle que toutes les nations slaves sont
non-seulement autant de rejetons d'une même tige et leurs idiomes
respectifs autant de dialectes d'une langue-mère, mais encore qu'il
existe une affinité évidente entre les principaux traits de leur
nature morale et physique. Bref, tous les Slaves, malgré les
modifications diverses résultant de l'influence du climat, de la
religion et de la forme du gouvernement, appartiennent par leur
essence à une seule et même nation. Cette conviction répandit parmi
tous les hommes de la même race un grand amour de nationalité, et les
savants qui avaient éveillé ce sentiment le propagèrent par leurs
écrits parmi tous leurs compatriotes. La pensée d'étendre leur
activité intellectuelle sur la race très nombreuse d'Europe, au lieu
de la limiter à la sphère comparativement étroite de leur propre
nation, parut des plus attrayantes aux écrivains slaves, dont les
ouvrages n'avaient eu qu'un cercle très restreint de lecteurs, à cause
du petit nombre d'habitants parlant le langage dans lequel leurs
ouvrages sont écrits. C'est surtout ce qui arrive avec la Bohême; car,
bien que ce pays possède aujourd'hui une littérature importante et
compte plusieurs auteurs du premier mérite, son public de lecteurs est
très limité. La population parlant le bohémien s'élève, y compris les
Slovaques de Hongrie, à plus de sept millions d'individus[202]; mais
comme presque toutes les classes instruites, surtout en Bohême, savent
l'allemand, la littérature nationale de ce pays a souvent à soutenir
une concurrence redoutable avec les productions d'Allemagne, et, en
conséquence, les ouvrages les plus importants publiés en bohémien
doivent, en général, leur appui bien plus au patriotisme éclairé de
quelques individus qu'à l'étendue de leur circulation. La littérature,
de nos jours, ne peut cependant atteindre un haut degré de prospérité
sans avoir un vaste champ ouvert à la renommée de ses écrivains et au
bénéfice de ses éditeurs, qui doivent pouvoir récompenser le travail
littéraire de manière à ce que les hommes de talent soient engagés à
se dévouer à la pénible carrière d'auteur. Les lettrés bohémiens
arrivèrent en conséquence à cette conclusion, que le moyen le plus sûr
d'atteindre ce but serait d'étendre l'activité intellectuelle de
chaque nation slave à la race tout entière, au lieu de la limiter,
comme on avait fait jusqu'ici, à telle ou telle branche. Kollar,
ecclésiastique protestant de la congrégation slave de Pesth, en
Hongrie, et qui s'y était acquis une réputation méritée par ses
productions littéraires, fut le premier qui mit en avant cette grande
idée d'une manière saisissable, au moyen de plusieurs écrits, mais
surtout par la dissertation qu'il publia en allemand, en 1828, sous le
titre de: _Wechselseitigkeit_, ou Réciprocité. Il adopta la langue
allemande pour cette publication, afin de lui préparer un accès plus
facile dans toutes les contrées slaves, auprès des classes les plus
instruites, qui comprennent généralement cette langue. Il proposa,
dans cet ouvrage, une réciprocité littéraire entre toutes les nations
slaves, c'est-à-dire que tout Slave instruit serait désormais versé
dans les langages et dans la littérature des principales branches de
la tige commune, et que tous les lettrés slaves posséderaient une
connaissance approfondie de tous les dialectes de leur race. Il prouva
en même temps que les divers dialectes slaves ne diffèrent pas plus
entre eux que les quatre principaux dialectes de l'ancienne Grèce
(l'Attique, l'Ionien, le Dorique et l'Éolien), et que les auteurs qui
écrivirent dans ces quatre dialectes furent également considérés comme
Grecs, malgré cette différence, et que leurs productions furent
revendiquées comme la propriété commune et la gloire de toute la
Grèce, et non comme appartenant exclusivement à la population dans le
dialecte de laquelle elles avaient été publiées. Si cette division de
langage en plusieurs dialectes n'a pas empêché les Grecs de créer la
plus brillante littérature du monde, pourquoi la même cause
agirait-elle comme une entrave sur celle des peuples d'origine slave?
Les avantages que toutes ces nations pourraient recueillir d'une
réciprocité de ce genre sont certainement très grands, car elle
donnerait un essor considérable à la littérature de toutes les
branches slaves, et en même temps une valeur intrinsèque plus grande à
leurs productions, en ouvrant aux auteurs un champ plus vaste à leur
renommée et plus de chance d'être rémunérés de leurs travaux.
[Note 202: Voyez l'appendice A.]
»Vers l'époque où Kollar émit l'idée d'une alliance littéraire entre
tous les Slaves, un autre écrivain bohémien, qui s'est acquis depuis
une réputation européenne par ses recherches sur l'ancienne histoire
slave, Szaffarik, publia une esquisse de tous les dialectes et de la
littérature de ces peuples. Cet ouvrage, publié aussi en allemand,
vint puissamment en aide aux projets de Kollar, en faisant comprendre
aux Slaves, à la fois joyeux et étonnés, toute leur importance comme
race. Ce fait, porté à la connaissance des autres nations par ce même
ouvrage, ne saurait plus être mis en question.
»La proposition de Kollar, appuyée par les écrits de Szaffarik,
rencontra un écho tout naturel parmi les hommes de lettres de toutes
les nations slaves. C'était une semence qui tombait dans une terre
préparée pour la recevoir par l'étude spéciale dont nous avons
parlé.--L'étude des divers langages et de la littérature slaves
devient de plus en plus générale parmi ces nations, et déjà
aujourd'hui il est peu d'écrivains de quelque mérite, appartenant à
cette race, qui ne soit pas versé dans les dialectes et dans les
lettres cultivées par toutes ses branches.
»C'est l'origine de ce qu'on appelle le Panslavisme, qui n'était, à sa
source, qu'une alliance littéraire entre les nations slaves; mais
était-il possible que ce mouvement, purement intellectuel dans son
principe, ne prît pas une direction politique! et n'était-il pas
naturel que les diverses nations de la même race, réunissant leurs
efforts séparés pour relever leur condition littéraire, arrivassent,
par une succession naturelle de raisonnements, à l'idée et au désir
d'acquérir une importance politique, en réunissant toutes les branches
de leur tronc en un puissant empire ou confédération, qui leur assurât
une prépondérance décisive sur les affaires de l'Europe! Il n'y a donc
pas lieu de s'étonner que ce résultat naturel de circonstances que
nous avons décrites, commence déjà à se manifester avec une énergie
croissante, en éveillant, d'une part, les plus brillantes espérances
et la perspective la plus éblouissante dans l'esprit de plus d'un
Slave, et en suggérant, d'un autre côté, dans une proportion
correspondante, les craintes et les appréhensions les plus fortes
parmi un grand nombre d'Allemands, dont le pays, par sa position
géographique, doit être nécessairement le premier à éprouver les
effets d'une telle combinaison.» (_Panslavisme et Germanisme_, p.
109, 112.)
Appendice F.
«L'Allemagne subit en ce moment une crise importante. La résolution de
la diète de Francfort, d'abolir la souveraineté des trente-huit États
indépendants qui ont composé la Confédération germanique, afin
d'établir un seul empire allemand, est, en effet, une entreprise
hardie. Il est cependant beaucoup plus facile de prendre une
résolution de ce genre que de la mettre à exécution, car il n'est pas
aisé d'admettre que tous ces États, surtout les plus grands, résignent
volontairement leur existence indépendante pour se fondre dans un seul
État où beaucoup d'intérêts locaux ou individuels disparaîtraient
devant l'intérêt général. Les intérêts commerciaux de l'Allemagne
septentrionale, qui ont empêché sa jonction au Zollverein, devraient
être sacrifiés à ceux des contrées manufacturières du Sud. Vienne,
Berlin, et d'autres capitales, tombent au rang de villes principales,
et un grand nombre d'individus qui remplissent aujourd'hui des
fonctions plus ou moins hautes dans les ministères, dans les
ambassades étrangères, etc., des différents États, se trouveraient
sans emplois. Les monarques eux-mêmes deviennent tout au plus des
gouverneurs héréditaires de leurs États respectifs, et c'est à peine
s'ils peuvent raisonnablement espérer de conserver long-temps cette
position subordonnée, leur emploi devant être reconnu bientôt
tout-à-fait inutile et remplacé par des magistratures beaucoup moins
onéreuses. L'unité allemande, décrétée à Francfort, rencontrera donc
l'opposition la plus sérieuse de la part de tous ces intérêts
militants. Le Hanovre s'est déjà déclaré contre cette décision; la
Prusse ne semble pas le moins du monde disposée à résigner
l'importante position que ses monarques et ses hommes d'État ont si
long-temps et si heureusement travaillé à lui conquérir. Il est plus
que probable que le parlement autrichien, assemblé en ce moment à
Vienne, ne se soumettra pas à celui de Francfort.» (_Panslavisme et
Germanisme_, p. 331 et 332.)
* * * * *
_N. B._--Toutes ces observations furent imprimées en mai et juin 1848,
à l'époque où les Hongrois étaient, en apparence, dans les meilleurs
termes avec le cabinet autrichien, et la diète de Francfort au zénith
de sa gloire.
Appendice G.