On arrive un peu plus loin à la station des Cumbres, sommet de la chaîne
des _Conejos_ et à une altitude de 10,015 pieds, où l'on commence la
descente qui se fait à peu près dans les mêmes conditions que
l'ascension. On passe sans s'arrêter Chama, Amorgo où l'on prend la
diligence pour les sources de Pagosa. Ces sources étaient célèbres parmi
les Indiens, longtemps avant l'arrivée des blancs dans le pays. Un peu
plus loin, à Ignacio, se trouve située la réserve des _Utes_, ou de la
tribu des _Enfants_, comme les appelaient les trappeurs canadiens qui
faisaient la chasse et la traite dans ce pays. Des fenêtres du wagon, on
aperçoit les wigwams de la tribu et l'on est certain de rencontrer, à la
gare, des sauvages qui vous offrent en vente des arcs, des flèches et
des casse-têtes, comme souvenirs de voyage. Ces Indiens ressemblent
absolument à nos sauvages du Nord-Ouest canadien et sont soumis à la
tutelle du gouvernement américain, qui les nourrit et qui les
entretient.
On arrive enfin à Durango, qui est le centre commercial des régions
agricoles de Farmington et de Bloomfield, aussi bien que des vallées
fertiles du _Rio de las animas perdidas_--rivière des âmes perdues--et
du _Rio Florida_. Ici, comme partout ailleurs dans les régions
montagneuses du Colorado, le rendement des mines est très considérable,
et l'exploitation de nouveaux gisements d'argent et de houille promet
beaucoup pour l'avenir. Durango compte déjà une population de 4,000
habitants. La ville est située à 450 milles de Denver et à une altitude
de 6,250 pieds. Le chemin de fer, en quittant Durango, se dirige
directement au nord en suivant la vallée du _Rio de las animas_. On
traverse encore des gorges profondes et on escalade de nouveau des
sommets élevés avant d'arriver à Silverton, petite ville de 3,000
habitants, qui a expédié, pendant les trois dernières années, pour plus
de $2,000,000 de minerai d'argent aux fonderies de Denver et de Pueblo.
L'exploitation de nouveaux gisements se fait tous les jours et le
rendement augmente en conséquence. Les hommes du métier prédisent pour
Silverton un avenir brillant et prospère, et un vieux mineur
d'expérience avec qui je causais des ressources du pays, me disait dans
son langage pittoresque, en me montrant les montagnes environnantes:
_all those mountains are fairly rotten with silver_.--toutes ces
montagnes-là sont réellement pourries d'argent.
Le pays qui sépare Silverton de Ouray offrait des difficultés
extraordinaires pour la construction d'un chemin de fer; mais on est
parvenu à vaincre tous les obstacles en portant la ligne jusqu'à
Ironton, après avoir escaladé des sommets de 12,000 pieds d'altitude. Il
reste encore une distance de huit milles à construire, et que l'on
parcourt aujourd'hui en diligence, à travers les sites les plus
pittoresques et les plus accidentés.
Ouray qui est aussi une ville minière admirablement située dans une
vallée fertile, sur les bords de la rivière Uncompahgre, promet de
devenir, avant longtemps, la rivale de Leadville et d'Aspen pour
l'exploitation des mines d'or et d'argent, qui abondent dans les
environs. Les capitalistes de l'Est ayant reconnu la richesse des filons
et l'abondance du minerai, ont formé des sociétés minières, avec de
forts capitaux, et l'on construit actuellement de vastes établissements
pour la réduction des métaux. Ouray possède déjà un hôtel de première
classe, comme on n'en voit guère, excepté dans les grandes villes, et un
système d'écoles publiques que la plupart de nos villes canadiennes
pourraient lui envier. Là, comme partout ailleurs dans les pays de
l'Ouest, la ville est éclairée à la lumière électrique, et les
communications postales et télégraphiques ne laissent rien à désirer.
Le chemin de fer en partant d'Ouray rejoint à Montrose la ligne
principale de Denver à _Salt Lake City_. Nous retournerons d'abord à
Antonito pour nous rendre à Santa-Fé du Nouveau-Mexique, avant de
voyager plus loin vers l'ouest, en repassant par là.
[Illustration 086]
"LOS PICACHOS".