Depuis cinq mois que la suspension d'armes existait, l'Autri

Produced by Mireille Harmelin, Hélène de Mink, and the

Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net

(This file was produced from images generously made

available by the Bibliothèque nationale de France

(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)

Notes de transcription: Les erreurs clairement introduites par le

typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine, et notamment

celle des noms propres, a été conservée et n'a pas été harmonisée.

Dans le chapitre «ÉGYPTE.--USAGES, SCIENCES ET ARTS», la numérotation

des sections saute de II à IV.

MÉMOIRES

DE NAPOLÉON.

_Se trouve aussi à Paris_,

A LA GALERIE DE BOSSANGE PÈRE,

Libraire de S. A. S. Monseigneur le duc d'Orléans,

RUE DE RICHELIEU, No 60.

DE L'IMPRIMERIE DE FIRMIN DIDOT.

MÉMOIRES

POUR SERVIR

A L'HISTOIRE DE FRANCE,

SOUS NAPOLÉON,

ÉCRITS A SAINTE-HÉLÈNE,

Par les généraux qui ont partagé sa captivité,

ET PUBLIÉS SUR LES MANUSCRITS ENTIÈREMENT CORRIGÉS DE LA MAIN

DE NAPOLÉON.

TOME DEUXIÈME,

ÉCRIT PAR LE GÉNÉRAL GOURGAUD.

PARIS,

FIRMIN DIDOT, PÈRE ET FILS, LIBRAIRES.

BOSSANGE FRÈRES, LIBRAIRES.

G. REIMER, A BERLIN.

1823.

[Illustration: Manuscrit]

MÉMOIRES DE NAPOLÉON.

DIPLOMATIE.--GUERRE.

1800 ET 1801.

Préliminaires de paix signés par le comte de

Saint-Julien.--Négociations avec l'Angleterre, pour un

armistice naval.--Commencement des négociations de

Lunéville.--Affaires d'Italie; invasion de la

Toscane.--Positions des armées.--Opérations de l'armée

Gallo-Batave. Combat de Burg-Eberach.--Opérations de l'armée

du Rhin. Bataille de Hohenlinden.--Passage de l'Inn, de la

Salza. Armistice du 25 décembre 1800.--Observations.--Armée

des Grisons; passage du Splugen; marche sur Botzen.--Armée

d'Italie; passage du Mincio; passage de l'Adige.--Suspension

d'armes de Trévise, le 16 janvier 1801; Mantoue cédée le 26

janvier.--Corps d'observation du Midi. Armistice avec Naples,

signé à Foligno, le 28 février 1801.

§ Ier.

Le lieutenant général comte de Saint-Julien arriva à Paris, le 21

juillet 1800, porteur d'une lettre de l'empereur d'Allemagne, au

premier consul. Il s'annonça comme plénipotentiaire chargé de

négocier, conclure et signer des préliminaires de paix. La lettre de

l'empereur était précise; elle contenait des pouvoirs, car il y était

dit: _Vous ajouterez foi à tout ce que vous dira de ma part le comte

de Saint-Julien, et je ratifierai tout ce qu'il fera_. Le premier

consul chargea M. de Talleyrand de négocier avec le plénipotentiaire

autrichien, et en peu de jours les préliminaires furent arrêtés et

signés. Par ces préliminaires, il était convenu que la paix serait

établie sur les conditions du traité de Campo-Formio, que l'Autriche

recevrait, en Italie, les indemnités que ce traité lui accordait en

Allemagne; que jusqu'à la signature de la paix définitive, les armées

des deux puissances resteraient, tant en Italie qu'en Allemagne, dans

leur situation actuelle; que la levée en masse des insurgés de la

Toscane ne recevrait aucun accroissement, et qu'aucune troupe

étrangère ne serait débarquée dans ce pays.

Le rang élevé du plénipotentiaire, la lettre de l'empereur dont il

était porteur, les instructions qu'il disait avoir, son ton

d'assurance, tout portait à regarder la paix comme signée; mais en

août, on reçut des nouvelles de Vienne: le comte de Saint-Julien

était désavoué et rappelé; le baron de Thugut, ministre des affaires

étrangères d'Autriche, faisait connaître que, par un traité conclu

entre l'Angleterre et l'Autriche, cette dernière s'était engagée à ne

traiter de la paix, que conjointement avec l'Angleterre, et qu'ainsi

l'empereur ne pouvait ratifier les préliminaires du comte de

Saint-Julien, mais que ce monarque desirait la paix; que l'Angleterre

la desirait également, comme le constatait la lettre de lord Minto,

ministre anglais à Vienne, au baron de Thugut. Ce lord disait que

l'Angleterre était prête à envoyer un plénipotentiaire pour traiter,

conjointement avec le ministre autrichien, de la paix définitive entre

ces deux puissances et la France.

Dans une telle circonstance, ce que la république avait de mieux à

faire, c'était de recommencer les hostilités. Cependant le premier

consul ne voulut négliger aucune des chances qui pouvaient rétablir la

paix avec l'Autriche et l'Angleterre; et, pour parvenir à ce but, il

consentit, 1º à oublier l'affront que venait de faire à la république

le cabinet de Vienne, en désavouant les préliminaires qui avaient

été signés par le comte de Saint-Julien; 2º à admettre des

plénipotentiaires anglais et autrichiens au congrès; 3º à prolonger

l'armistice existant entre la France et l'Allemagne, pourvu que, de

son côté, l'Angleterre consentît à un armistice naval, puisqu'il

n'était pas juste que la France traitât avec deux puissances alliées,

étant en armistice avec l'une et en guerre avec l'autre.

§ II.

Un courrier fut expédié à M. Otto, qui résidait à Londres comme

commissaire français, chargé de l'échange des prisonniers. Le 24 août,

il adressa une note au lord Grenville, en lui faisant connaître que

lord Minto ayant déclaré l'intention où était le gouvernement anglais,

de participer aux négociations qui allaient s'ouvrir avec l'Autriche,

pour le rétablissement de la paix définitive entre l'Autriche et la

France, le premier consul consentait à admettre le ministre anglais

aux négociations; mais que l'oeuvre de la paix en devenait plus

difficile; que les intérêts à traiter étant plus compliqués et plus

nombreux, les négociations en éprouveraient nécessairement des

longueurs; et qu'il n'était pas conforme aux intérêts de la république

que l'armistice conclu à Marengo, et celui conclu à Bayarsdorf,

continuassent plus long-temps, à moins que, par compensation, on

n'établît aussi un armistice naval.

Les dépêches de lord Minto n'étaient pas encore arrivées à Londres, et

lord Grenville, fort étonné de la note qu'il recevait, envoya le chef

du transport-office, prier M. Otto de remettre les pièces qui y

avaient donné lieu, ce qu'il fit aussitôt. Mais peu après, le cabinet

de Saint-James reçut son courrier de Vienne; lord Grenville répondit à

M. Otto, que l'idée d'un armistice applicable aux opérations navales,

était neuve dans l'histoire des nations. Du reste, il déclara qu'il

était prêt à envoyer un plénipotentiaire au lieu qui serait désigné

pour la tenue du congrès; il fit connaître que ce plénipotentiaire

serait son frère Thomas Grenville, et demanda les passe-ports pour

qu'il pût se rendre en France. C'était éluder la question; et M. Otto,

le 30 août, réclama une réponse catégorique avant le 3 septembre, vu

que, le 10, les hostilités devaient recommencer en Allemagne et en

Italie. Lord Grenville, le 4 septembre, fit demander un projet par

écrit, attendu qu'il avait peine à comprendre ce qu'on entendait par

un armistice applicable aux opérations navales. M. Otto envoya le

projet du gouvernement français rédigé. Les principales dispositions

étaient celles-ci: 1º les vaisseaux de guerre et de commerce des deux

nations, jouiront d'une libre navigation, sans être soumis à aucune

espèce de visite; 2º les escadres, qui bloquent les ports de Toulon,

Brest, Rochefort et Cadix, rentreront dans leurs ports respectifs; 3º

les places de Malte, Alexandrie et Belle-Isle en mer, seront

assimilées aux places d'Ulm, Philipsbourg et Ingolstadt; et, en

conséquence, tous les vaisseaux français et neutres pourront y entrer

librement.

Le 7 septembre, M. Grenville répondit que S. M. Britannique admettait

le principe d'un armistice applicable aux opérations navales, quoique

cela fût contraire aux intérêts de l'Angleterre; que c'était un

sacrifice que cette puissance voulait faire en faveur de la paix et de

son alliée l'Autriche; mais qu'aucun des articles du projet français

n'était admissible; et il proposa d'établir les négociations sur un

contre-projet qu'il envoya. Ce contre-projet portait: 1º les

hostilités cesseront sur mer; 2º on accordera aux places de Malte,

Alexandrie et Belle-Isle, des vivres pour quatorze jours à la fois, et

d'après le nombre d'hommes qu'elles ont pour garnison; 3º le blocus de

Brest et des autres ports français ou alliés sera levé; mais aucun des

vaisseaux de guerre, qui y sont, n'en pourra sortir pendant toute la

durée de l'armistice; et les escadres anglaises resteront à la vue de

ces ports.

Le commissaire français répondit le 16 septembre, que son gouvernement

offrait le choix à S. M. Britannique, que les négociations

s'ouvrissent à Lunéville, que les plénipotentiaires anglais et

autrichiens fussent admis à traiter ensemble, et que pendant ce

temps-là la guerre eût lieu sur terre comme sur mer; ou bien qu'il y

eût armistice sur terre et sur mer; ou enfin, qu'il y eût armistice

avec l'Autriche, et qu'on ne traitât à Lunéville qu'avec elle; qu'on

traitât à Londres ou à Paris avec l'Angleterre, et que l'on continuât

à se battre sur mer. Il observait que l'armistice naval devait offrir

à la France des compensations pour ce qu'elle perdait par la

prolongation de l'armistice sur le continent, pendant lequel

l'Autriche réorganisait ses armées et son matériel, en même temps que

l'impression des victoires de Marengo et de Moeskirch s'effaçait du

moral de ses soldats; que, pendant cette prolongation, le royaume de

Naples, qui était en proie à toutes les dissensions et à toutes les

calamités, se réorganisait et levait une armée; qu'enfin c'était à la

faveur de l'armistice, que des levées d'hommes se faisaient en Toscane

et dans la marche d'Ancône.

Le vainqueur n'avait accordé au vaincu tous ces avantages, que sur sa

promesse formelle de conclure sans délai une paix séparée. Ceux que la

France pouvait trouver dans le principe d'un armistice naval, ne

pouvaient consister dans l'approvisionnement des ports de la

république, qui certes ne manquait pas de moyens intérieurs de

circulation, mais bien dans le rétablissement de ses communications

avec l'Égypte, Malte et l'Ile-de-France. M. Grenville fit demander, le

20 septembre, de nouvelles explications; et M. Otto lui fit savoir le

lendemain, que le premier consul consentait à modifier son premier

projet; que les escadres françaises ou alliées ne pourraient changer

de positions pendant la durée de l'armistice; qu'il ne serait

autorisé, avec Malte, que les communications nécessaires pour fournir

à la fois pour quinze jours de vivres, à raison de dix mille rations

par jour; qu'Alexandrie n'étant pas bloquée par terre et ayant des

vivres en assez grande abondance pour pouvoir en envoyer même à

l'Angleterre, la France aurait la faculté d'expédier six frégates qui,

partant de Toulon, se rendraient à Alexandrie, et en reviendraient

sans être visitées, et ayant à bord un officier anglais parlementaire.

C'étaient là les deux seuls avantages que la république pût retirer

d'une suspension d'armes maritime. Ces six frégates armées en flûte

auraient pu porter 3,600 hommes de renfort; on n'y eût mis que le

nombre de matelots strictement nécessaire pour leur navigation, et

elles auraient même pu porter quelques milliers de fusils et une bonne

quantité de munitions de guerre et d'objets nécessaires à l'armée

d'Égypte.

La négociation ainsi engagée, lord Grenville crut devoir autoriser M.

Ammon, sous-secrétaire d'état, à conférer avec M. Otto, afin de voir

s'il n'y aurait pas quelque moyen de conciliation. M. Ammon vit M.

Otto, et lui proposa l'évacuation de l'Égypte par l'armée française,

comme une conséquence du traité d'El-Arich, conclu le 24 janvier, et

rompu le 18 mars, au reçu de la décision du gouvernement britannique,

qui s'était refusé à reconnaître cette convention. Une telle

proposition ne demandait aucune réponse; M. Ammon n'insista pas. Les

deux commissaires, après quelques jours de discussion, se mirent

d'accord sur toutes les difficultés, excepté sur l'envoi des six

frégates françaises à Alexandrie. Le 25 septembre, M. Otto déclara que

cet envoi de six frégates était le _Sine quâ non_; et le 9 octobre, M.

Ammon lui écrivit pour lui annoncer la rupture des négociations.

§ III.

Dans les pourparlers qui avaient eu lieu, on n'avait pas tardé à

s'appercevoir que le cabinet anglais ne voulait que gagner du temps,

et que jamais il ne consentirait à faire, à la république française,

aucun sacrifice, ou à lui accorder aucun avantage qui pût l'indemniser

des pertes que lui faisait éprouver la prolongation de l'armistice

avec l'empereur d'Allemagne. Les généraux en chef des armées du Rhin

et d'Italie avaient donc reçu l'ordre de dénoncer l'armistice le 1er

septembre, et de reprendre sur le champ les hostilités. Brune avait

remplacé, au commandement de l'armée d'Italie, Masséna, qui ne pouvait

s'entendre avec le gouvernement de la république cisalpine. Le général

Moreau, qui commandait l'armée du Rhin, avait son quartier-général à

Nimphenbourg, maison de plaisance de l'électeur de Bavière, auprès de

Munich. Le 19 septembre, il commença les hostilités. Cependant le

comte de Lerbach, arrivé sur l'Inn, sollicitait vivement la

continuation de l'armistice; il promettait que son maître allait

sincèrement entamer des négociations pour la paix; et, comme garantie

de la sincérité de ses dispositions, il consentait à remettre les

trois places d'Ulm, Philipsbourg et Ingolstadt. En conséquence, de ces

propositions, une convention signée à Hohenlinden, le 20 septembre,

prolongea l'armistice de quarante-cinq jours.

La mauvaise foi de la cour de Vienne était évidente; elle ne voulait

que gagner la saison pluvieuse, afin d'avoir ensuite tout l'hiver pour

rétablir ses armées. Mais la possession par l'armée française, de ces

trois places, était regardée comme de la plus haute importance; elles

assuraient cette armée en Allemagne, en lui donnant des points

d'appui. D'ailleurs, si l'Autriche employait le temps de l'armistice à

recruter et à rétablir ses armées, la France de son côté mettrait tout

en oeuvre pour lever de nouvelles armées; et les nombreuses

populations de la Hollande, de la France et de l'Italie, permettraient

de faire des efforts plus considérables que ceux que pouvait faire la

maison d'Autriche. Pendant ces quarante-cinq jours de trève, l'armée

d'Italie gagnerait la soumission de Rome, de Naples et de la Toscane,

qui, n'étant pas comprises dans l'armistice, se trouvaient abandonnées

à leurs propres forces. La soumission de ces pays, qui pouvaient

inquiéter les derrières et les flancs de l'armée, était également

utile.

Le ministre Thugut, qui dirigeait le cabinet de Vienne, était sous

l'influence anglaise. On lui reprochait des fautes politiques et des

fautes militaires, qui avaient compromis et compromettaient encore

l'existence de la monarchie. Sa politique avait mis obstacle au retour

du pape, du grand duc de Toscane, et du roi de Sardaigne, dans leurs

états; ce qui avait achevé d'indisposer le czar. Ce ministre avait

conclu avec le cabinet de Saint-James un traité de subsides, au moment

où il était facile de prévoir que la maison d'Autriche serait

contrainte à faire une paix séparée. On attribuait à ses plans les

désastres de la campagne; on le blâmait d'avoir fait de l'armée

d'Italie l'armée principale; c'était sur le Rhin, disait-on, qu'il eût

dû réunir les grandes forces de la monarchie. Il avait cherché, en

cela, à complaire à l'Angleterre, qui voulait incendier Toulon, et par

là faire tomber l'expédition d'Égypte; enfin, il venait de

compromettre la majesté de son souverain, en le faisant aller à ses

armées sur l'Inn, pour y donner lui-même l'ordre déshonorant de livrer

les trois boulevards de l'Allemagne. Thugut fut renvoyé du ministère.

Le comte de Cobentzell, le négociateur de Campo-Formio, fut élevé à

la dignité de vice-chancelier d'état, qui, à Vienne, équivaut à celle

de premier ministre. Tout ce qui pouvait faire espérer le

rétablissement de la paix, était fort populaire à Vienne, et

sanctionné par l'opinion publique.

Le comte de Cobentzell s'annonçait comme l'homme de la paix, le

partisan de la France; il se prévalait hautement de son titre de

négociateur de Campo-Formio, et de la confiance dont l'honorait le

premier consul; c'est à cette même confiance qu'il devait le poste

important qu'il occupait. L'état de 1756 allait renaître; ce temps de

gloire où Marie-Thérèse traîna la France après son char, est une des

époques les plus brillantes de la monarchie autrichienne. Le comte de

Cobentzell informa le cabinet des Tuileries que le comte de Lerbach

allait se rendre à Lunéville. Peu après, il fit connaître qu'il ne

voulait s'en rapporter à personne pour une mission aussi importante,

et partit de Vienne avec une nombreuse légation. Mais il voyagea

lentement; arrivé à Lunéville, il saisit le prétexte que le

plénipotentiaire français n'y était pas encore, pour venir à Paris

payer ses respects au premier magistrat de la république. Tout lui

était bon pour gagner du temps. Il fut présenté aux Tuileries, et

traité de la manière la plus distinguée. Mais interpellé le

lendemain, par le ministre des affaires étrangères, de montrer ses

pouvoirs, il balbutia. Il fut dès lors évident qu'il avait voulu

amuser le cabinet français, et que sa cour, malgré le changement de

ministère, persistait dans le même systême. Le premier consul avait

nommé Joseph Bonaparte plénipotentiaire au congrès de Lunéville, le

comte de Laforêt son secrétaire de légation, et le général Clarke,

commandant de Lunéville et du département de la Meurthe. Il exigea que

les négociations s'ouvrissent sans délai. Les plénipotentiaires se

rendirent à Lunéville; et le 6 novembre, les pouvoirs furent échangés.

Ceux du comte de Cobentzell étaient simples, ils furent admis. Mais à

l'ouverture du protocole, ce ministre déclara qu'il ne pouvait traiter

sans le concours d'un ministre anglais. Or, un ministre anglais ne

pouvait être reçu au congrès, qu'autant qu'il adhérerait au principe

de l'application de l'armistice aux opérations navales. Quelques

courriers furent échangés entre Paris et Vienne; et aussitôt que la

mauvaise foi du cabinet autrichien fut bien reconnue, les généraux en

chef des armées de la république reçurent l'ordre de dénoncer

l'armistice et de commencer aussitôt les hostilités: ce qui eut lieu

le 17 novembre à l'armée d'Italie, et le 27 à celle du Rhin.

Cependant les négociateurs continuèrent à se voir, signèrent tous les

jours un protocole, et se donnèrent réciproquement des fêtes.

§ IV.

L'évêque d'Imola, cardinal Chiaramonti, avait été placé par le sacré

collége sur le siége Saint-Pierre, à Venise, le 18 mars 1800. Mais la

maison d'Autriche, qui était alors maîtresse de toute l'Italie, avait

suivi, à l'égard du pape, la même politique qu'envers le roi de

Piémont; elle s'était constamment refusée à le remettre en possession

de la ville de Rome, satisfaite de le tenir à Venise, sous son

influence immédiate. Ce ne fut qu'après Marengo, que le baron de

Thugut, voyant qu'il perdait son influence en Italie, se hâta de

diriger le pape sur Rome; mais Ancône, la Romague, étaient restés au

pouvoir de l'Autriche, qui y avait un corps de troupes. L'armée de

vingt mille Anglais, formée dans l'île de Mahon pour seconder les

opérations de Mélas en 1800, était enfin réunie dans cette île; mais

les victoires des Français avaient déjoué ce plan. La convention de

Marengo, par laquelle Gênes fut remise aux Français, laissait dans une

inaction absolue cette armée anglaise. Le traité qui unissait

l'Angleterre et l'Autriche, et par lequel ces deux puissances étaient

convenues de ne faire la paix avec la France que conjointement,

maintenait leur état d'alliance.

L'Autriche demanda donc le secours de l'armée de Mahon pour son armée

d'Italie; et il fut convenu qu'elle débarquerait en Toscane, et

occuperait Livourne, ce qui obligerait les Français à une diversion

considérable. Dans la convention de Marengo, il n'avait pas été

question de la Toscane, mais il avait été stipulé que les Autrichiens

conserveraient Ferrare et sa citadelle. L'autorité du grand-duc avait

été rétablie dans ce pays, et le général autrichien Sommariva y

commandait une division autrichienne et toutes les troupes toscanes.

Les deux mois d'août et de septembre, en entier, furent employés à

former l'armée toscane, ainsi que celle du pape. Des officiers

autrichiens commandaient les différents bataillons, les Anglais

accordaient des subsides; et une partie des émigrés, qui étaient dans

le corps anglais destiné à agir contre la Provence, et à la tête

desquels était Willot, furent placés dans l'armée toscane. L'état

d'armistice, où se trouvaient les armées françaises et autrichiennes,

pendant le courant de juillet, août et septembre, ne permit pas aux

Anglais d'opérer leur débarquement en Toscane, puisque cela serait

devenu une cause certaine de rupture, et qu'on aurait alors cessé

d'espérer la paix. D'ailleurs, l'empereur avait grand intérêt à

prolonger le plus possible la durée de l'armistice, pendant lequel ses

armées se réorganisaient, et perdaient le souvenir de leurs défaites

en Italie et en Allemagne.

Le 7 septembre, Brune annonça la reprise des hostilités, et le 11, il

porta son quartier-général à Crémone: mais la suspension d'armes de

Hohenlinden, du 20 septembre, s'étant étendue en Italie, le général

Brune signa de son côté, le 29, l'armistice de Castiglione. Cependant

la concentration de toute l'armée d'Italie, sur la rive gauche du Pô,

avait nécessité le rappel sur Bologne de la division du général Pino,

qui occupait la ligne du Rubicon. Dans cet état de choses, les troupes

du pape, celles de Toscane, et les insurgés du Ferrarais, se

répandirent dans la Romagne, et établirent la communication entre

Ferrare et la Toscane. Le général Dupont, instruit de cette invasion,

repassa le Pô; les insurgés furent attaqués en Romagne, battus dans

diverses directions par les généraux Pino et Ferrand, et poursuivis

jusque auprès de Ferrare, d'Arrezzo et des débouchés des Apennins. Les

gardes nationales de Ravenne et des autres villes principales

secondèrent les mouvements des troupes françaises et cisalpines.

Cependant les insurgés se maintenaient toujours en Toscane. Cet état

de choses dura jusqu'en octobre, où, persuadé que la cour de Vienne ne

voulait pas sincèrement la paix, et voyant qu'il n'y avait plus rien à

espérer pour une suspension d'armes navale, Brune somma le général

Sommariva de faire désarmer la levée en masse de Toscane. Sur son

refus, le 10 octobre, le général Dupont entra dans ce pays; le 15, il

occupa Florence, et le 16, le général Clément entra à Livourne. Le

général Monnier ne put réussir, le 18, à s'emparer d'Arrezzo, foyer de

l'insurrection; mais le lendemain, après une vive résistance, cette

ville fut enlevée d'assaut, et presque tous les insurgés qui la

défendaient, furent passés au fil de l'épée. Le général Sommariva et

les troupes autrichiennes se retirèrent sur Ancône. La levée en masse

fut désarmée et dissoute, la Toscane entièrement conquise et soumise,

et les marchandises anglaises confisquées partout où l'on en trouva.

Dans cette expédition, de grandes dilapidations furent commises et

donnèrent lieu à de vives réclamations.

Les ôtages toscans, qui étaient depuis un an en France, furent

renvoyés dans leur patrie. Ils avaient été très-bien traités, et ne

portèrent en Toscane que des sentiments favorables aux Français.

Cependant la cour de Naples continuait à réorganiser son armée; et,

dans le mois de novembre, elle put envoyer, sous les ordres de M.

Roger de Damas, une division de 8 à 10 mille hommes, pour couvrir

Rome, conjointement avec le corps autrichien du général Sommariva. La

plus grande anarchie régnait dans les états du pape; ils étaient

livrés à toute espèce de désordre.

§ V.

Depuis cinq mois que la suspension d'armes existait, l'Autriche avait

reçu de l'Angleterre soixante millions qu'elle avait bien employés.

Elle comptait en ligne 280 mille hommes présents sous les armes, y

compris les contingents de l'empire, du roi de Naples et de l'armée

anglaise, savoir: 130 mille hommes en Allemagne, sous les ordres de

l'archiduc Jean; l'insurrection mayençaise, le corps d'Albini et la

division Simbschen, 20,000 hommes sur le Mein; Les corps sur le Danube

et l'Inn 80,000 hommes; celui du prince de Reutz, dans le Tyrol,

20,000 hommes. 120,000 hommes étaient en Italie, sous les ordres du

feld-maréchal Bellegarde; savoir: le corps de Davidowich, dans le

Tyrol italien, 20,000; le corps cantonné derrière le Mincio, 70,000;

dans Ancône et la Toscane, 10,000; les troupes napolitaines,

l'insurrection toscane, etc., 20,000. Une armée anglaise de 30,000

hommes, sous les ordres des généraux Abercombry et Pulteney, était

dans la Méditerranée, embarquée sur des transports et prête à se

porter partout.

La France avait en ligne 175,000 hommes en Allemagne; savoir: l'armée

gallo-batave, commandée par le général Augereau, 20,000 h.; la grande

armée d'Allemagne, commandée par le général Moreau, 140,000 hommes;

l'armée des Grisons, commandée par le général Macdonald, 15,000. En

Italie, elle avait 90,000 hommes sous le général Brune, et le corps

d'observation du midi, sous le général Murat, 10,000. L'effectif des

armées de la république s'élevait à 500,000 hommes, mais 40,000 se

trouvaient en Orient, à Malte et aux Colonies; 45,000 étaient

gendarmes, vétérans ou gardes-côtes; et l'on comptait 140,000 hommes

en Hollande, sur les côtes, dans les garnisons de l'intérieur, aux

dépôts ou aux hôpitaux.

La cour de Vienne fut consternée, lorsqu'elle apprit que les généraux

français avaient dénoncé les hostilités. Elle se flattait qu'ils ne

voudraient pas entreprendre une campagne d'hiver dans un climat aussi

âpre que celui de la haute Autriche. Le conseil aulique décida que

l'armée d'Italie resterait sur la défensive, derrière le Mincio, la

gauche appuyée à Mantoue, la droite à Peschiera; que l'armée

d'Allemagne prendrait l'offensive et chasserait les Français au-delà

du Lech.

Le premier consul était résolu de marcher sur Vienne, malgré la

rigueur de la saison. Il voulait profiter des brouilleries qui

s'étaient élevées entre la Russie et l'Angleterre; le caractère

inconstant de l'empereur Paul, lui faisait craindre un changement pour

la campagne prochaine. L'armée du Rhin, sous les ordres du général

Moreau, était destinée à passer l'Inn et à marcher sur Vienne par la

vallée du Danube. L'armée gallo-batave, commandée par le général

Augereau, devait agir sur le Mein et la Rednitz, tant pour combattre

les insurgés de Westphalie conduits par le baron d'Albini, que pour

servir de réserve dans tous les cas imprévus, donner de l'inquiétude à

l'Autriche sur la Bohême, dans le temps que l'armée du Rhin passerait

l'Inn, et assurer les derrières de la gauche de cette dernière armée.

Elle était composée de toutes les troupes qu'on avait pu tirer de la

Hollande, que la saison mettait à l'abri de toute invasion.

C'était pour n'avoir pas ajouté foi à la force de l'armée de réserve

que la maison d'Autriche avait perdu l'Italie à Marengo. Une nouvelle

armée ayant des états-majors pour six divisions, quoique seulement de

15,000 hommes, fut réunie en juillet à Dijon, sous le nom d'armée de

réserve. Le général Brune en eut le commandement. Plus tard, il passa

au commandement de l'armée d'Italie, et fut remplacé par le général

Macdonald, qui, sur la fin d'août, se mit en marche, traversa la

Suisse et se porta, avec l'armée de réserve, dans les Grisons,

occupant le Voralberg par sa droite, et l'Engadine par sa gauche. Tous

les regards de l'Europe furent dirigés sur cette armée; on la crut

destinée à porter quelque coup de jarnac comme la première armée de

réserve. On la supposa forte de 50,000 hommes, elle tint en échec deux

corps d'armée autrichiens de 40,000 hommes.

L'armée d'Italie, sous les ordres du général Brune, qui, ainsi qu'on

l'a vu, avait remplacé dans le commandement le général Masséna, devait

passer le Mincio et l'Adige, et se porter sur les Alpes noriques. Le

corps d'armée commandé par le général Murat, qui avait d'abord porté

le nom de corps de grenadiers et éclaireurs, ensuite de troupes du

camp d'Amiens, de grande-armée de réserve, prit enfin celui de corps

d'observation du midi. Il était destiné à servir de réserve à l'armée

d'Italie et à flanquer sa droite.

Deux grandes armées et deux petites allaient ainsi se diriger sur

Vienne, formant un ensemble de 250 mille combattants présents sous les

armes; et une cinquième était en réserve, en Italie, pour s'opposer

aux insurgés et aux Napolitains. Les troupes françaises étaient bien

habillées, bien armées, munies d'une nombreuse artillerie et dans la

plus grande abondance; jamais la république n'avait eu un état

militaire aussi réellement redoutable. Il avait été plus nombreux en

1793; mais alors la plupart des troupes étaient des recrues mal

habillées, non aguerries; et une partie était employée dans la Vendée

et dans l'intérieur.

§ VI.

L'armée gallo-batave était sous les ordres du général Augereau, qui

avait le général Andréossy pour chef d'état-major. Le général

Treillard commandait la cavalerie; le général Macors l'artillerie.

Cette armée était forte de deux divisions françaises, Barbou et

Duhesme, et de la division hollandaise Dumonceau; en tout, 20,000

hommes. A la fin de novembre, le quartier-général était à Francfort.

L'armée mayençaise, commandée par le baron d'Albini, était composée,

1º d'une division de 10,000 insurgés des états de l'électeur de

Mayence et de l'évêché de Wurtzbourg, troupes qui augmentaient ou

diminuaient selon les circonstances et l'esprit public de ces

contrées; 2º d'une division autrichienne de 10,000 hommes sous les

ordres du général Simbschen. L'armée gallo-batave avait donc 20,000

hommes, mais 20,000 h. de mauvaises troupes devant elle. Son général

dénonça, le 2 novembre, les hostilités pour le 24. Le baron Albini,

qui était à Aschaffembourg, voulut essayer, avant de se retirer, de

surprendre le corps qui lui était opposé. Il passa le pont à deux

heures du matin, mais après un moment de succès il fut repoussé. Le

quartier-général français arriva à Aschaffembourg, le 25. Albini se

retira sur Fulde, Simbschen sur Schweinfurth; la division Dumonceau

entra dans Wurtzbourg, le 28, et cerna la garnison qui se renferma

dans la citadelle. L'armée de Simbschen, réduite à 13,000 hommes, prit

une belle position à Burg-Eberach pour couvrir Bamberg. Le 3

décembre, Augereau se porta à sa rencontre. Le général Duhesme attaqua

avec cette intrépidité dont il a donné tant de preuves; et après une

assez vive résistance, l'ennemi opéra sa retraite sur Forcheim. Le

baron Albini resta sur la rive droite du Mein, entre Schweinfurth et

Bamberg, afin d'agir en partisan. Le lendemain, l'armée gallo-batave

prit possession de Bamberg, passa la Rednitz, et poussa des partis sur

Ingolstadt, pour se mettre en communication avec les flanqueurs de la

grande armée. Ce même jour, 3 décembre, l'armée du Rhin était

victorieuse à Hohenlinden. Le général Klenau, avec une division de

10,000 hommes, qui n'avait pas donné à la bataille, fut envoyé sur le

Danube pour couvrir la Bohême; il se joignit, à Bamberg, au corps de

Simbschen, et avec 20,000 hommes, il marcha contre l'armée française

pour la rejeter derrière la Rednitz. Il attaqua la division Barbou

dans le temps que Simbschen attaquait celle de Duhesme; le combat fut

vif. Toute la journée du 18 décembre, les troupes françaises

suppléèrent au nombre par leur intrépidité, et rendirent vaines toutes

les tentatives de l'ennemi; elles se maintinrent, sur la rive droite

de la Rednitz, en possession de Nuremberg. Mais le 21, Klenau ayant

continué son mouvement, le général Augereau repassa sans combat la

Rednitz. Sur ces entrefaites, le corps de Klenau ayant été rappelé en

Bohême, l'armée gallo-batave rentra dans Nuremberg, et reprit ses

anciennes positions, où elle reçut la nouvelle de l'armistice de

Steyer.

Ainsi, avec 20,000 hommes, dont 8,000 Hollandais, le général Augereau

occupa tout le pays entre le Rhin et la Bohême, et désarma

l'insurrection mayençaise. Il contint, indépendamment du corps du

général Simbschen, la division Klenau; ce qui affaiblit de 30,000

hommes l'armée de l'archiduc Jean, qui l'était aussi sur sa gauche de

20,000 hommes détachés dans le Tyrol, sous les ordres du général

Hiller, pour s'opposer à l'armée des Grisons. Ce furent donc 50,000

hommes de moins que la grande-armée française eut à combattre; au lieu

de 130,000 hommes, l'archiduc Jean n'en opposa à Moreau que 80,000.

§ VII.

La grande-armée du Rhin était divisée en quatre corps, chacun de trois

divisions d'infanterie et d'une brigade de cavalerie; la grosse

cavalerie formait une réserve. Le général Lecourbe commandait la

droite composée des divisions Montrichard, Gudin, Molitor; le général

en chef commandait en personne la réserve, formée des divisions

Grandjean (depuis Grouchy), Decaen, Richepanse; le général Grenier

commandait le centre, formé des divisions Ney, Legrand, Hardy (depuis

Bastoul, depuis Bonnet); le général Sainte-Suzanne commandait la

gauche, formée des divisions Souham, Colaud, Laborde; le général

d'Hautpoult commandait toute la cavalerie, le général Eblé

l'artillerie. L'effectif était de 150,000 hommes, y compris les

garnisons et les hommes aux hôpitaux. 140,000 étaient disponibles et

présents sous les armes. L'armée française était donc d'un tiers plus

nombreuse que l'armée ennemie; elle était en outre fort supérieure par

le moral et la qualité des troupes.

Les hostilités commencèrent le 28 novembre; l'armée marcha sur l'Inn.

Le général Lecourbe laissa la division Molitor aux débouchés du Tyrol,

et se porta sur Rosenheim avec deux divisions. Les trois divisions de

la réserve se dirigèrent par Ebersberg, savoir, le général Decaen sur

Roth, le général Richepanse sur Wasserbourg, le général Grandjean en

réserve sur la chaussée de Mühldorf. Les trois divisions du centre

marchèrent, celle de Ney en rasant la chaussée de Mühldorf, celle de

Hardy en réserve, et celle de Legrand par la vallée de l'Issen. Le

colonel Durosnel, avec un corps de flanqueurs fort de deux bataillons

d'infanterie et de quelques escadrons, prit position à Wils-Bibourg,

en avant de Landshut; les trois divisions de la gauche, sous le

lieutenant-général Sainte-Suzanne, se concentrèrent entre l'Altmühl et

le Danube. Moreau s'avançait ainsi sur l'Inn avec huit divisions en

six colonnes, et laissant ses quatre autres divisions, pour observer

ses flancs, le Tyrol et le Danube.

Le 28 novembre, tous les avant-postes de l'ennemi furent reployés;

Lecourbe entra à Rosenheim; Richepanse rejeta sur la rive droite de

l'Inn ou dans Wasserbourg tout ce qu'il rencontra; mais il échoua dans

sa tentative pour enlever cette tête de pont. La division Legrand

déposta, de Dorfen au débouché de l'Issen, une avant-garde de

l'archiduc. Le lieutenant-général Grenier prit position sur les

hauteurs d'Ampfingen, Ney à la droite, Hardy au centre, Legrand à la

gauche un peu en arrière; le camp avait trois mille toises. Ces huit

divisions de l'armée française garnissaient, sur la rive gauche de

l'Inn, une étendue de quinze lieues, depuis Rosenheim jusque auprès de

Mühldorf. Ampfingen est à quinze lieues de Munich, dont l'Inn

s'approche à dix lieues. La gauche de l'armée française se trouvait

donc prêter le flanc au fleuve, pendant l'espace de cinq lieues. Il

était bien délicat et fort dangereux d'en aborder ainsi le passage.

L'archiduc Jean avait porté son quartier-général à Oetting: il avait

chargé le corps de Condé, renforcé de quelques bataillons autrichiens,

de défendre la rive droite depuis Rosenheim jusqu'à Kuffstein, et de

maintenir ses communications avec le général Hiller, qui était dans le

Tyrol avec un corps de 20,000 h. Il avait placé le général Klenau avec

10,000 hommes à Ratisbonne, afin de soutenir l'armée mayençaise,

insuffisante pour s'opposer à la marche d'Augereau. Son projet était,

avec le reste de son armée (80,000 hommes) de déboucher par

Wasserbourg, Craybourg, Mühldorf, Oetting et Braunau, qui avaient de

bonnes têtes de pont, de prendre l'offensive et d'attaquer l'armée

française. Il passa l'Inn, fit un quart de conversion à droite sur la

tête de pont de Mühldorf, et se plaça en bataille, la gauche à

Mühldorf, la droite à Landshut sur l'Iser. Le général Kienmayer, avec

ses flanqueurs de droite, attaqua le colonel Durosnel, qui se retira

derrière l'Iser. Le quartier-général autrichien fut successivement

porté à Eggenfelden et à Neumarkt sur la Roth, à mi-chemin de Mühldorf

à Landshut. L'armée de l'archiduc occupa, par ce mouvement, une ligne

perpendiculaire sur l'extrême gauche de l'armée française; son extrême

droite se trouva à Landshut à douze lieues de Munich, plus près de

trois lieues que la gauche française, qui en était à quinze lieues.

C'était par sa droite qu'il voulait manoeuvrer, débouchant par les

vallées de l'Issen, de la Roth et de l'Iser.

Le 1er décembre, à la pointe du jour, l'archiduc déploya 60,000 hommes

devant les hauteurs d'Ampfingen, et attaqua de front le

lieutenant-général Grenier, qui n'avait que 25,000 hommes, dans le

temps qu'une autre de ses colonnes, débouchant par le pont de

Craybourg, se porta sur les hauteurs d'Achau, en arrière et sur le

flanc droit de Grenier. Le général Ney, d'abord forcé de céder au

nombre, se reforma, remarcha en avant et enfonça huit bataillons; mais

l'ennemi continuant à déployer ses grandes forces, et débouchant par

les vallées de l'Issen, le lieutenant-général Grenier fut contraint à

la retraite. La division Grandjean, de la réserve, s'avança pour le

soutenir; Grenier prit position à la nuit sur les hauteurs de Haag.

L'alarme fut grande dans l'armée française, le général en chef fut

déconcerté. Il était pris en flagrant délit; l'ennemi attaquait, avec

une forte masse, ses divisions séparées et éparpillées. Le général

Legrand, après avoir soutenu un combat très-vif dans la vallée de

l'Issen, avait évacué Dorfen.

Cette manoeuvre de l'armée autrichienne était fort belle, et ce

premier succès lui en promettait de bien importants. Mais l'archiduc

ne sut pas tirer parti des circonstances, il n'attaqua pas avec

vigueur le corps de Grenier, qui ne perdit que quelques centaines de

prisonniers et deux pièces de canon. Le lendemain 2 décembre, il ne

fit que de petits mouvements, ne dépassa pas Haag, et donna le temps à

l'armée française de se rallier et de revenir de son étonnement. Il

paya cher cette faute, qui fut la première cause de la catastrophe du

lendemain.

Moreau ayant eu la journée du 2 pour se reconnaître, espéra avoir le

temps de réunir son armée. Il envoya l'ordre à Sainte-Suzanne, qu'il

avait mal à propos laissé sur le Danube, de se porter avec ses trois

divisions sur Freisingen; elles ne pouvaient y être arrivées que le 5;

à Lecourbe, de marcher toute la journée du 3 pour s'approcher sur la

droite et prendre, à Ebersberg, les positions qu'occupait Richepanse,

afin de masquer le débouché de Wasserbourg; il ne pouvait y arriver

que dans la journée du 4; à Richepanse et à Decaen, de se porter au

débouché de la forêt de Hohenlinden, au village de Altenpot; ils

devaient opérer ce mouvement dans la nuit pour y prévenir l'ennemi; le

premier n'avait que deux lieues à faire, le deuxième que quatre. Le

corps de Grenier prit position sur la gauche de Hohenlinden: la

division Ney appuya sa droite à la chaussée, la division Hardy au

centre, la division Legrand observa Lendorf et les débouchés de

l'Issen; la division Grandjean, dont le général Grouchy avait pris le

commandement, coupa la chaussée, appuyant la gauche à Hohenlinden et

refusant la droite le long de la lisière du bois. Par ces

dispositions, le général Moreau devait avoir, le 4, huit divisions en

ligne; le 5, il en aurait eu dix. Mais l'archiduc Jean, qui avait déja

commis cette grande faute de perdre la journée du 2, ne commit pas

celle de perdre la journée du 3. A la pointe du jour, il se mit en

mouvement; et les dispositions du général français pour réunir son

armée devinrent inutiles; ni le corps de Lecourbe, ni celui de

Sainte-Suzanne ne purent assister à la bataille; la division

Richepanse et celle de Decaen combattirent désunies; elles arrivèrent

trop tard, le 3, pour défendre l'entrée de la forêt de Hohenlinden.

L'armée autrichienne marcha au combat sur trois colonnes: la colonne

de gauche de 10,000 hommes, entre l'Inn et la chaussée de Munich, se

dirigeant sur Albichengen et Saint-Christophe; celle du centre, forte

de 40,000 hommes, suivit la chaussée de Mühldorf à Munich, par Haag

vers Hohenlinden; le grand parc, les équipages, les embarras suivirent

cette route, la seule qui fut ferrée. La colonne de droite, forte de

25,000 hommes, commandée par le général Latour, devait marcher sur

Bruckrain; Kienmayer, qui, avec ses flanqueurs de droite, faisait

partie de ce corps, devait se porter de Dorfen sur Schauben, tourner

tous les défilés et être en mesure de déboucher dans la plaine

d'Amzing, où l'archiduc comptait camper le soir, et attendre le corps

de Klenau, qui s'y rendait en remontant la rive droite de l'Iser.

Les chemins étaient défoncés, comme ils le sont au mois de décembre;

les colonnes de droite et de gauche cheminaient par des routes de

traverse impraticables; la neige tombait à gros flocons. La colonne du

centre, suivie par les parcs et les bagages, marchait sur la chaussée;

elle devança bientôt les deux autres; sa tête pénétra sans obstacle

dans la forêt. Richepanse, qui la devait défendre à Altenpot, n'était

pas arrivé; mais elle fut arrêtée au village de Hohenlinden, où

s'appuyait la gauche de Ney, et où était la division Grouchy. La ligne

française, qui se croyait couverte, fut d'abord surprise, plusieurs

bataillons furent rompus, il y eut du désordre. Ney accourut, le

terrible pas de charge porta la mort et l'effroi dans une tête de

colonne de grenadiers autrichiens; le général Spanochi fut fait

prisonnier. Dans ce moment, l'avant-garde de la droite autrichienne

déboucha des hauteurs de Bruckrain. Ney fut obligé d'accourir sur sa

gauche pour y faire face; il eût été insuffisant, si le corps de

Latour eut appuyé son avant-garde; mais il en était éloigné de deux

lieues. Cependant les divisions Richepanse et Decaen, qui auraient dû

arriver avant le jour au débouché de la forêt, au village de Altenpot,

engagées, au milieu de la nuit, dans des chemins horribles et par un

temps affreux, errèrent sur la lisière de la forêt une partie de la

nuit. Richepanse, qui marchait en tête, n'arriva qu'à 7 heures du

matin à Saint-Christophe, encore à deux lieues de Altenpot. Convaincu

de l'importance du mouvement qu'il opérait, il activa sa marche avec

sa première brigade, laissant fort en arrière la deuxième. Lorsque la

colonne autrichienne de gauche atteignit le village de

Saint-Christophe, elle le coupa de cette deuxième brigade; le général

Drouet qui la commandait se déploya. La position de Richepanse

devenait affreuse; il était à mi-chemin de Saint-Christophe à

Altenpot; il se décida à continuer son mouvement, afin d'occuper le

débouché de la forêt, si l'ennemi n'y était pas encore, ou de retarder

sa marche et de concourir à l'attaque générale, en se jetant sur son

flanc, si déja, comme tout semblait l'annoncer, l'archiduc avait

pénétré dans la forêt. Arrivé au village de Altenpot, avec la

huitième, la quarante-huitième de ligne et le premier de chasseurs, il

se trouva sur les derrières des parcs et de toute l'artillerie

ennemie, qui avaient défilé. Il traversa le village, et se mit en

bataille sur les hauteurs. Huit escadrons de cavalerie ennemie, qui

formaient l'arrière-garde, se déployèrent; la canonnade s'engagea, le

premier de chasseurs chargea et fut ramené. La situation du général

Richepanse était toujours très-critique; il ne tarda pas à être

instruit qu'il ne devait pas compter sur Drouet, qui était arrêté par

des forces considérables, et n'avait aucune nouvelle de Decaen. Dans

cette horrible position, il prit conseil de son désespoir: il laissa

le général Walter avec la cavalerie, pour contenir les cuirassiers

ennemis, et à la tête des 48e et 8e de ligne, il entra dans la forêt

de Hohenlinden. Trois bataillons de grenadiers hongrois, qui

composaient l'escorte des parcs, se formèrent; ils s'avancèrent à la

baïonnette contre Richepanse qu'ils prenaient pour un partisan. La

48e les culbuta. Ce petit combat décida de toute la journée. Le

désordre et l'alarme se mirent dans le convoi: les charretiers

coupèrent leurs traits, et se sauvèrent, abandonnant 87 pièces de

canon et 300 voitures. Le désordre de la queue se communiqua à la

tête. Ces colonnes, profondément entrées dans les défilés, se

désorganisèrent; elles étaient frappées des désastres de la campagne

d'été, et d'ailleurs composées d'un grand nombre de recrues. Ney et

Richepanse se réunirent. L'archiduc Jean fit sa retraite en désordre

et en toute hâte sur Haag, avec les débris de son corps.

Le général Decaen avait dégagé le général Drouet. Il avait contenu,

avec une de ses brigades, la colonne de gauche de l'ennemi à

Saint-Christophe, et s'était porté dans la forêt, avec la seconde

brigade, pour achever la déroute des bataillons, qui s'y étaient

réfugiés. Il ne restait plus de l'armée autrichienne, que la colonne

de droite, commandée par le général Latour, qui fût entière; elle

s'était réunie avec Kienmayer, qui avait débouché sur sa droite par la

vallée de l'Issen, ignorant ce qui s'était passé au centre. Elle

marcha contre le lieutenant-général Grenier, qui avait dans la main

les divisions Legrand et Bastoul et la cavalerie du général

d'Hautpoult. Le combat fut fort opiniâtre; le général Legrand rejeta

le corps de Kienmayer dans le défilé de Lendorf, sur l'Issen; le

général Latour fut repoussé et perdit du canon; il se mit en retraite

et abandonna le champ de bataille, aussitôt qu'il fut instruit du

désastre du principal corps de son armée. La gauche de l'armée

autrichienne repassa l'Inn sur le pont de Wasserbourg, le centre sur

les ponts de Craybourg et de Mühldorf, la droite sur le pont

d'Oetting. Le général Klenau, qui s'était mis en mouvement pour

s'approcher de l'Inn, se reporta sur le Danube, pour couvrir la

Bohême, menacer et combattre l'armée gallo-batave. Le soir de la

bataille, le quartier-général de l'armée française fut porté à Haag.

Dans cette journée, qui décida du sort de la campagne, six divisions

françaises, la moitié de l'armée, combattirent seules contre presque

toute l'armée autrichienne. Les forces se trouvèrent à peu près égales

sur le champ de bataille, 70,000 hommes de chaque côté. Mais il était

impossible à l'archiduc Jean d'avoir plus de troupes réunies, et

Moreau pouvait en avoir le double. La perte de l'armée française fut

de 10,000 hommes tués, blessés ou prisonniers, soit au combat de

Dorfen, soit à celui d'Ampfingen, soit à la bataille. Celle de

l'ennemi fut de 25,000 hommes, sans compter les déserteurs; 7,000

prisonniers, parmi lesquels 2 généraux, 100 pièces de canon et une

immense quantité de voitures, furent les trophées de cette journée.

§ VIII.

Lecourbe, qui n'était pas arrivé à temps pour prendre part à la

bataille, se reporta sur Rosenheim; il n'en était qu'à peu de lieues.

Decaen marcha sur la tête de pont de Wasserbourg qu'il bloqua

étroitement; Grouchy resta en réserve à Haag; Richepanse se porta à

Romering, vis-à-vis le pont de Craybourg; Grenier, avec ses trois

divisions, passa l'Issen et se dirigea sur la Roth, à la poursuite de

Latour et de Kienmayer, qui s'étaient retirés sur le bas Inn. Le

général Kienmayer occupa les retranchements de Mühldorf, sur la gauche

de l'Inn; le général Baillet Latour s'établit derrière Wasserbourg et

Riesch, sur la route de Rosenheim à Salzbourg.

Mémoires pour servir à l'Histoire de France sous Napoléon, Tome 2/2 Écrits à Sainte-Hélène par les généraux qui ont partagé sa captivité · 第 1 / 19 段