Les Turcs sont un peuple essentiellement militaire; l'éducation
militaire les intéressa de tout temps. Sous ce rapport, un des faits
les plus connus est la formation du corps des Janissaires. Il fut créé
sous Orkhan, l'ancêtre esclaves de guerre; c'étaient de jeunes
adolescents, pris dans les provinces grecques et dans les îles; on en
faisait des bergers ou des pages, tandis qu'on destinait les filles à
être esclaves ou épouses. Ils abjuraient le christianisme, et ils
devenaient des Musulmans très fanatiques.
Leur milice avait pour symboles une pièce d'étoffe flottant derrière
le turban, et une cuillère de bois qui tenait lieu d'aigrette; une
marmite leur servait de tambour; sur leur étendard étaient un
croissant et un sabre à deux pointes.
Les Janissaires peuvent être comparés aux pages ou gardes turcs, dont
s'entouraient, avant l'époque des Osmanlis, les khalifes arabes de
Bagdad.
L'éducation des pages particuliers du sultan à Constantinople était
très soignée. Les historiens en donnent de jolies descriptions. Les
pages étaient élevés au vieux sérail, dans un pavillon richement
sculpté; ils avaient pour chambres des sortes de niches en bois,
travaillées comme les stalles de nos cathédrales, disposées autour
d'une salle pavée de mosaïque, qu'abritait un plafond somptueux. On
leur affectait des esclaves; leurs récréations se passaient dans un
kiosque, entre des fontaines; étendus sur des divans, ils fumaient,
buvaient des sorbets ou jouaient aux échecs[106].
[106] LAMARTINE, _Voyage en Orient_, II, 406.
L'imprimerie ne fut introduite en Turquie qu'au XVIIIe siècle, sous
Ahmed III. Un renégat, Basmadji Ibrahim, fit un projet où il exposait
tous les avantages de l'imprimerie. On consulta les _Ulémas_ (les
docteurs); d'après leur avis le _mufti_ rendit une décision, selon
laquelle l'imprimerie devait être permise et même encouragée, sauf
pour le Coran: celui-ci ayant été donné aux Arabes dans la forme
manuscrite, devait être transmis tel à la postérité. A la suite de ce
jugement, le sultan accorda un _Khatti chérîf_ contenant de fort
belles considérations, par lequel il autorisait l'établissement de
l'imprimerie en l'année 1727. Quelques années après, le promoteur de
ce progrès étant mort, ainsi que son associé, l'établissement fut
supprimé. Abd ul-Hamid le rétablit en 1784, en lui accordant des
privilèges, et il ne cessa pas d'exister depuis lors[107].
[107] D'OHSSON, _Tableau_, II, 495.
La transformation de l'enseignement est plus récente dans l'empire que
l'adoption de l'imprimerie. Elle date du règne d'Abd ul-Medjid. En
1845, ce sultan rendit un _Khatti chérîf_, par lequel il se proposait
de réorganiser l'enseignement d'après des méthodes modernes[108].
Lamartine a parlé d'une façon intéressante des efforts de ce
prince[109]. Il assista à une visite que fit Ab ul-Medjid dans une
école militaire. Les élèves, âgés de quatorze à vingt ans étaient
debout, en uniforme. Le sultan prit place sous un dai, ayant à ses
côtés le cheïkh ul-islam et le pacha directeur de l'école. Un
professeur monta sur l'estrade, appela un élève au tableau,
l'interrogea; le sultan intervint quelquefois dans l'examen, et posa
lui-même plusieurs questions. L'enseignement était très moderne; il
portait sur la physique et la chimie, sur la théorie des armes et la
fortification. Ces jeunes gens avaient étudié aussi les campagnes de
Frédéric et de Napoléon; ils parlaient le français qui était alors
très en honneur en Turquie; beaucoup d'entre eux traduisaient du turc
en français à livre ouvert. Au moment où il tentait cette expérience,
le sultan Abd ul-Medjid n'était âgé que de vingt-sept ans.
[108] V. un intéressant chapitre de L. ROUSSEAU, _L'effort
ottoman_, 1907, première partie, _Du développement intellectuel
et social_, et la préface de Réchid Safvet Bey.
[109] _Nouveau voyage en Orient_, 1863, p. 74 et suiv.
La France a joué un grand rôle dans l'organisation de l'enseignement
en Turquie. C'est sur un programme de Duruy que Abd el-Áziz fonda en
1868, à Constantinople, le beau lycée de Galata Séraï; il mit à sa
tête un Français, M. d'Hollys, et il lui donna des maîtres qui avaient
pris leurs grades en France.
L'empire ottoman possédait, dans ces dernières années, des écoles
militaires dans plusieurs villes, notamment à Constantinople,
Andrinople, Salonique, Damas et Beyrouth; une école de marine très
bien tenue est installée sur la rive de la Corne d'or. La capitale de
l'empire possède encore une institution remarquable pour
l'enseignement des langues et des sciences, appelée _Dâr el-malumât_,
la maison des connaissances. Pour ces différentes écoles, des ouvrages
classiques sont rédigés en turc, à l'imitation des ouvrages allemands
ou français. Un maître d'école dans un bourg d'Asie-Mineure, me montra
un jour le volume d'après lequel il enseignait la géographie à ses
élèves; j'y cherchai la place de la France; il y avait: «La France,
capitale Paris; villes principales: Lyon, Marseille et Bordeaux.»
C'était peu; mais les livres à l'usage des grandes institutions
secondaires donnent de notre pays une idée plus complète.
Les écoles primaires n'ont cessé de se multiplier dans l'empire. On
sait d'ailleurs que des enfants musulmans des deux sexes sont souvent
confiés aux maîtres étrangers et en particulier aux missionnaires
catholiques des divers ordres[110]: Frères de la Doctrine chrétienne,
Lazaristes, Assomptionnistes, etc.
[110] V. le _Bulletin des œuvres d'Orient, passim_.
En janvier 1908, un supérieur de mission à Tauris, en Perse, montrait
l'utilité qu'il y aurait à ouvrir, à côté d'une école déjà existante
pour les Arméniens, une école spéciale pour les Musulmans. Les
missionnaires n'obtiennent sans doute pas ainsi de conversions; les
familles musulmanes ne le permettraient pas; mais ils consolident les
liens entre les peuples de l'islam et la France; les élèves conçoivent
de l'affection pour leurs maîtres et la reportent sur notre pays. Il
est triste que, par suite de l'affaiblissement de notre politique en
Orient, le drapeau français soit quelquefois ôté de la porte des
écoles européennes et remplacé par quelque autre non hostile
peut-être, mais différent, changement que suivent bientôt la
désaffection à l'égard de notre patrie et l'oubli de notre langue.
* * * * *
En Egypte, la grande université d'el-Azhar, au Caire, que nous avons
déjà citée, existe depuis plusieurs siècles; elle continue à être un
centre florissant d'études islamiques.
L'instruction a été largement répandue dans cette contrée au moyen
âge; il s'y trouvait de nombreuses bibliothèques. On raconte que des
Bédouins en ayant un jour pillé une, prirent les reliures pour s'en
faire des souliers; puis ils abandonnèrent les livres dans le désert;
il y en avait une telle quantité qu'il s'en forma une butte, à
laquelle on donna le nom de _Tell_ _el-Kotoub_, la colline des
livres. Léon l'Africain qui visita l'Egypte au XVIe siècle, remarque
«l'infinité de collèges d'excellente structure et de merveilleuse
grandeur, qui signalaient tous les quartiers du Caire». On rencontrait
en outre une multitude de petites écoles dans les villes et dans les
bourgades.
Les _ulémas_ jouirent d'une grande influence en Egypte, jusqu'à
l'époque de l'expédition française. Lorsque Bonaparte entra au Caire
en 1798, c'est au _cheïkh_ de l'université d'el-Azhar qu'il s'adressa,
comme au représentant naturel de la population. Mais le contact avec
la civilisation occidentale qu'eut l'Egypte à cette occasion, y amena
un peu de scepticisme et porta atteinte à quelques traditions. Il faut
pourtant descendre jusqu'à nos jours pour rencontrer dans ce pays un
premier essai d'organisation de l'enseignement, selon les notions
modernes.
C'est de 1895 à 1900 que le khédive tenta cette réforme. Il institua à
el-Azhar une autorité centrale, de laquelle devaient dépendre toutes
les mosquées; il réglementa les études, les examens, la nomination des
professeurs, toute la vie sociale et intellectuelle de l'université.
Un professeur du Caire, M. Arminjon[111], nous donne l'idée de ce
qu'est la vie d'un étudiant dans cette grande école supérieure
musulmane, par une monographie rédigée à la manière de Le Play.
[111] Pierre ARMINJON, _L'enseignement, la doctrine et la vie
dans les universités musulmanes d'Egypte_, Paris, 1907.
Il nous présente un enfant né dans un village d'Egypte, plein de force
et de santé. Quand cet enfant a atteint l'âge de six ans, qui est
celui où doit commencer l'éducation, selon les mœurs de l'islam, son
père décide qu'il sera docteur. Il réunit les membres de la famille,
leur fait part de sa volonté; des protestations s'élèvent du côté des
hommes qui trouvent que ce garçon robuste est né pour être un bon
agriculteur; la mère, prévoyant un long éloignement, se met à pleurer.
Mais peu importe; on obéit.
L'enfant entre d'abord à l'école du village; il y étudie pendant neuf
ans; il y apprend à lire, à écrire, à compter un peu; il arrive à
savoir tout le Coran par cœur. Il est alors envoyé à l'Université; un
oncle qu'il avait au Caire, le reçoit. Il commence par apprendre à
psalmodier le Coran; à ses moments perdus, il étudie la grammaire et
le droit; puis, un beau jour, il se marie. Cet événement n'interrompt
pas le cours de ses travaux; sa femme continue à demeurer chez ses
propres parents, où il va la voir une fois par mois. Quant à lui, il
habite, avec deux camarades, une modeste chambre, qu'il loue dans un
immeuble très pauvre, tout rempli d'étudiants. Sa vie est bien réglée:
Levé avant l'aube, il fait ses ablutions, récite la première prière,
et se rend à l'université pour assister au cours de tradition. Ce
cours commence à quatre heures du matin; il finit au lever du soleil.
Notre étudiant assiste ensuite à un cours de droit, rentre chez lui,
et déjeune. Vers 11 heures, il va prendre une leçon de calligraphie,
que suit une leçon de grammaire. Il a récréation vers midi. A 4
heures, il étudie l'arithmétique. Il fait la prière du coucher du
soleil, et va suivre un cours de logique. Enfin ses camarades et lui
font la dernière prière; ils rentrent pour dîner, s'amusent un peu et
se couchent.
Le jeudi les étudiants ont congé; ils en profitent pour aller au bain,
et pour se promener dans la campagne ou dans les foires.
D'après ce tableau, on voit que l'enseignement, dans la grande
université musulmane, a gardé le cachet scolastique. La théologie,
accompagnée de près par le droit, la grammaire et la logique,
remplissent presque tout le temps des études; l'arithmétique et
l'algèbre n'y tiennent qu'une place infime; on n'y entend presque
point parler de physique, non plus que de géographie ni d'histoire. Le
caractère et la fin de cet enseignement sont tout religieux; cette
université, au fond, est un séminaire.
La réforme de l'instruction a donc, jusqu'aujourd'hui progressé
beaucoup moins vite en Egypte qu'en Turquie; mais il est possible que
ce progrès s'accélère: le parti national égyptien s'occupe en ce
moment de fonder une véritable université, au sens moderne du mot, où
toutes les branches soient représentées, et dans laquelle, la religion
étant d'ailleurs respectée, le but immédiat des études soit la culture
même des sciences.
* * * * *
Il peut être intéressant d'ajouter à ces notes sur deux pays
musulmans, quelques indications sur l'histoire de l'enseignement dans
une contrée islamique depuis longtemps soumise à la domination
européenne, l'Algérie.
Avant l'occupation française, l'Algérie comptait quelques «savants»,
selon le sens oriental de ce titre. C'étaient des personnalités
isolées; un enseignement religieux et scolastique était aussi donné
dans les monastères; mais la masse du peuple était livrée à
l'ignorance. Dès le début de la conquête, la France s'occupa de
développer l'instruction chez les Musulmans, dans les villes, dans les
campagnes et jusque dans les montagnes.
Déjà en 1836, 1837 et 1841, il existait à Alger, à Bône et à Oran,
des écoles où l'on apprenait le français aux Israélites et aux
Mahométans. En 1847, on fit une tentative plus importante: on fonda
deux collèges arabes français, dans chacun desquels on fit entrer cent
boursiers indigènes internes. Ces collèges étaient mixtes: ils
recevaient des externes européens et musulmans. On fonda aussi des
bourses pour indigènes, à l'école de médecine et de pharmacie d'Alger.
Les résultats obtenus furent médiocres; l'intention de la France fut
mal comprise par les familles arabes. Celles-ci croyaient leurs
enfants retenus comme otages,--c'étaient pour la plupart des fils de
notables ou de kaïds,--et elles les réclamaient dès qu'elles
pouvaient. Néanmoins un certain nombre de jeunes gens formés dans ces
écoles entrèrent ensuite à Saint-Cyr et à Saumur.
Cet échec relatif fit naître des préjugés hostiles à l'instruction des
indigènes. Les essais en ce genre furent à peu près arrêtés jusqu'en
1870.
Après cette date, on s'occupa de nouveau de répandre l'instruction
chez les Musulmans, surtout dans les classes populaires. On essaya
alors de mêler dans les écoles primaires les enfants des cultivateurs
européens et musulmans. Un résultat clair fut obtenu: la diffusion de
la langue française et la pénétration de beaucoup de mots français
dans l'arabe; mais la fusion des deux races, même purement
intellectuelle, rencontra bien des obstacles.
Il y a deux points de vue dans cette question de l'instruction des
indigènes: on doit en juger diversement selon qu'on envisage
l'enseignement primaire ou l'enseignement secondaire. Certes, au degré
secondaire, on a vu se former beaucoup d'indigènes, devenus des hommes
distingués dans les divers emplois, qui ont servi ou servent encore
très loyalement la France, et qui manifestent pour elle une affection
dont nul n'a le droit de douter. Jusqu'à quel point l'influence
atavique de la race et l'influence toujours actuelle de la religion
leur permettent-elles de se confondre avec nous? Cela est difficile à
préciser; certaines personnes ne croient pas l'assimilation très
profonde; c'est là un problème de psychologie un peu obscur.
Au point de vue de l'enseignement primaire, des administrateurs et des
politiciens sont d'avis qu'il est dangereux d'instruire les enfants
indigènes, qu'ils font mauvais usage de leur instruction, que l'école
prépare des déclassés, et ouvre la porte aux vices de notre
civilisation plutôt qu'à ses bienfaits. D'autres hommes politiques, au
contraire, font une propagande active en faveur de l'instruction des
indigènes, et ils cherchent, par l'école, à répandre l'amour de la
France et à promouvoir la civilisation.
Nous n'avons pas à prendre parti entre ces deux manières de voir; la
question nous semble être d'ailleurs moins de théorie que de tact. Il
paraît impossible de soutenir, en principe, que l'extension de
l'instruction puisse être autre chose qu'un bienfait. Cependant encore
faut-il que l'instruction soit réglée avec sagesse, qu'elle soit
adaptée à quelque fin pratique telle que la vie agricole ou des
métiers déterminés, et surtout qu'elle soit accompagnée et complétée
par l'éducation[112].
[112] V. _L'Algérie_, par Paul GAFFAREL, 1883, chapitre sur
l'_instruction publique_, p. 626 et suiv.; Ismaïl HAMET, _Les
Musulmans français de l'Afrique du Nord_, p. 182 et suiv.
* * * * *
Dans ce chapitre, nous avons surtout étudié des faits; la résultante
de cette étude est qu'il s'est produit à l'époque contemporaine une
pénétration assez lente de nos sciences et de nos procédés
d'instruction dans le monde musulman; la pénétration a été plus rapide
en Turquie qu'ailleurs. Mais quelle idée devons-nous garder de la
doctrine musulmane sur ce chapitre; c'est-à-dire quelle est
l'attitude de l'islam à l'égard de la science et du progrès
scientifique?
Le Coran ne fournit rien à ce sujet. La science, au sens où nous
entendons ce mot, n'est pas son but, et elle n'existait pas dans le
milieu où il a été promulgué.
Dans l'histoire musulmane, on voit que lorsque la science grecque fut
introduite dans le monde arabe, on ne fit pas à son étude d'objection
de principe; elle ne fut pas mal vue des théologiens en tant que
science; quelquefois seulement les docteurs exprimèrent la crainte que
l'importance donnée par la science à la raison n'amenât une diminution
du rôle de la foi; ils la blâmèrent aussi un peu comme une curiosité
vaine.
Le Coran parle quelque part des mystères «que Dieu s'est réservés»;
Proclus pensait de même que la Physique terrestre est accessible à
l'homme, mais que les secrets de la Physique céleste sont réservés à
l'intelligence divine[113]. Quoique tant de secrets aient été
aujourd'hui découverts, la nature ou Dieu s'en réserveront toujours;
l'idée coranique est qu'il faut mettre une certaine discrétion à les
sonder.
[113] P. DUHEM, _Essai sur la notion de Théorie physique de
Platon à Galilée_, p. 137.
La notion de progrès scientifique est pour nous-même assez moderne;
elle n'est devenue bien nette qu'à l'époque de la Renaissance; la
phrase où Pascal compare l'humanité à un seul homme qui étudie sans
cesse et avance continuellement, était encore assez originale de son
temps. Cette notion ne saurait donc se trouver dans la théologie
musulmane, qui était achevée longtemps avant le XVIe siècle, et déjà
engourdie à ce moment-là. Aussi ne peut-on pas dire que la doctrine de
l'islam loue ou blâme le progrès.
La thèse d'après laquelle la culture scientifique et le goût du
progrès seraient incompatibles avec cette doctrine, est impossible à
soutenir. Il peut être vrai de dire qu'il s'est formé une psychologie
musulmane dans laquelle la science est fort dédaignée; mais cette
psychologie n'a pas de consécration religieuse authentique; c'est elle
que l'on trouve exprimée, par exemple, dans ce passage des _Mémoires
d'une princesse arabe_ (p. 77):
«Je suis persuadée que c'est une grande erreur de croire qu'il est de
l'intérêt d'un peuple de l'instruire et de l'éclairer... Il y a dans
les sciences cultivées en Europe des éléments incompatibles avec les
croyances religieuses mahométanes... On blessera profondément le pieux
arabe si l'on commence son éducation par les sciences naturelles...
Tout son être se révoltera au simple énoncé des lois de la nature; il
ne les comprendra pas et ne les acceptera pas, lui qui, jusque dans
les plus petits détails de la vie universelle, voit la toute-puissance
de Dieu présidant à tout et gouvernant tout.»
De telles lignes, quoique assez joliment écrites, n'expriment qu'une
dévotion musulmane fort mal entendue. Non, l'islamisme ne proscrit pas
la science, et la physique n'est pas contraire au sentiment que nous
devons avoir de la toute-puissance de Dieu; mais l'islam reconnaît
certains dangers de la science, qui sont de développer à l'excès chez
ceux qui la cultivent les passions intellectuelles d'orgueil et de
curiosité, ou de les pousser à une recherche trop âpre de progrès
matériels; et les docteurs musulmans placent au-dessus des sciences
techniques, qui ont pour objet la matière, la science véritable qui a
pour objet l'âme et pour but sa félicité. Cette conception reproduit
absolument la conception chrétienne; et, là encore, l'islam ne fait
que refléter, sans en avoir conscience apparemment, la pensée du
christianisme.
[Illustration: X.--Femmes en barque, à Batoum.]