L'ancien islamisme a porté peu d'intérêt à l'éducation.--Une
enfance arabe;--fêtes de famille;--circoncision; respect des
parents.--Ecole musulmane populaire.
L'enseignement supérieur ancien;--les universités;--les savants
voyageurs.
Progrès de l'enseignement à l'époque contemporaine en Turquie, en
Egypte et en Algérie.--Comment la doctrine musulmane envisage la
science.
L'éducation est un sujet fort à la mode aujourd'hui parmi nous. On
aime à en traiter, à le discuter; on y consacre des études et des
observations; on propose des systèmes, on en expérimente. L'enfant
n'en devient pas toujours plus fort, plus savant, ni meilleur; mais
ces recherches intéressent les parents et les psychologues. Le
principal défaut de nos systèmes est qu'ils manquent de simplicité; il
en est ainsi par la force des choses, à cause du caractère de notre
civilisation qui est très compliquée.
Dans l'Orient musulman, on ne trouverait pas ce goût inné pour
l'éducation, cet attrait pour la recherche des méthodes, ce désir du
progrès dans les questions de cet ordre; du moins ne les aurait-on pas
trouvés jusqu'à ces derniers temps, car de nos jours les Musulmans
commencent à s'intéresser davantage à ce sujet.
L'islamisme ne s'est pas occupé de l'enfant autant que le
christianisme. L'enfance, en terre mahométane, est simple, et,
semble-t-il, assez heureuse. On a sur ce chapitre fort peu de
citations à tirer du Coran; le livre sacré contient seulement quelques
versets relatifs aux droits et à la protection des orphelins[97]. Les
anecdotes historiques concernant l'enfance sont aussi assez rares dans
la littérature musulmane. D'excellents traités d'éducation ont été
écrits en arabe au moyen âge; mais ils ont pour auteurs des arabes
chrétiens. Les penseurs mahométans ont un peu négligé ce sujet, ou ils
n'y ont apporté qu'une faible originalité. Ils ont connu les œuvres
écrites par les chrétiens ou étudiées par eux, par exemple un livre
sur l'éducation attribué à Platon, mais qui est probablement de
l'école de Plutarque, et dont un Arabe chrétien a donné une
traduction[98].
[97] V. surtout chap. IV, versets 2-11.
[98] V. notre _Gazali_, p. 134.
Les R. Pères Jésuites de Beyrouth ont publié des extraits de la
littérature arabe relatifs au sujet qui nous occupe. Le plus grand
nombre de ces morceaux, et les plus beaux, sont chrétiens[99].
[99] V. par exemple le _Madjâni el-edeb_, recueil de morceaux
choisis de littérature arabe en 6 volumes, Beyrouth, 1899.
Une idée presque dogmatique, qui se trouve opposée à la doctrine
chrétienne et à nos façons de sentir, diminue dans l'islam
l'importance de l'éducation: l'enfant y est censé naître bon: «Tout
enfant, selon une tradition, apporte en naissant une disposition
naturelle pour les dogmes sacrés de l'islam.»
Cette pensée est contraire à la théorie chrétienne du péché originel;
elle est opposée aussi au sentiment de certains sociologues modernes,
tels que Le Play, qui enseignent que le mal rentre continuellement
dans le monde par les enfants; d'où, selon eux, nécessité de
travailler le caractère de l'enfant, de le corriger, de le réformer,
c'est-à-dire d'éduquer.
L'idée et l'expression de «correction des caractères» sont d'origine
chrétienne. Elles sont entrées dans la morale musulmane où on les
rencontre souvent; mais les écrivains musulmans les appliquent en
général aux adultes; il est rare qu'ils en fassent une application
expresse aux enfants. Ces écrivains ne paraissent pas croire que
l'enfance soit plus propre qu'une autre période de la vie, au travail
moral de correction et de réforme que l'homme doit, en tout temps,
accomplir sur lui-même.
Puis donc que, sur ce chapitre, la doctrine et la théorie ne
fournissent qu'assez peu de chose, plaçons-nous plutôt au point de vue
de la pratique, et étudions les mœurs de l'islam relatives à
l'enfance. Les exemples que nous allons proposer, donneront lieu
peut-être à quelques remarques utiles.
I
On trouve de jolis détails sur l'enfance arabe dans un ouvrage
intitulé _Mémoires d'une princesse arabe_, ouvrage écrit par une
princesse d'Oman et de Zanzibar qui épousa un européen[100]. Le récit
est de l'époque contemporaine. L'auteur nous transporte dans un grand
château, rempli de serviteurs, de femmes, d'esclaves. C'est un
château qui est à lui seul, tout un village, et qui rappelle ce
qu'étaient chez nous au moyen âge les grandes demeures féodales. Les
principaux chefs ou _kâid_ du Maroc ont aussi des résidences de ce
genre.
[100] Emily RUETE, _Mémoires d'une princesse arabe_, trad. de
l'allemand, Paris, 1905; début.
La polygamie y est pratiquée. Comme le maître est riche, il a beaucoup
de femmes, et il lui naît souvent des enfants. Quatre ou cinq fois par
an, un nouvel être voit le jour. Ces naissances, et divers moments de
l'enfance sont célébrés par de jolies fêtes. La vie, dans cette vaste
résidence, est assez patriarcale. En dehors des périodes de troubles
ou de guerre, elle est douce, facile et amicale.
L'enfant qui vient de naître est lavé à l'eau chaude et poudré. On
l'enferme dans un bandage qui retient les bras et les jambes; il
restera ainsi captif quarante jours; deux fois par jour on le baigne.
Il est déposé dans un beau berceau, sous une moustiquaire, et bercé
par des esclaves.
Le soin de l'allaiter est confié à des nourrices; dans ce pays, ce
sont des nourrices noires.
A sept jours, on perce les oreilles des filles; on fait six trous à
chaque oreille pour y passer les anneaux d'or.
A quarante jours, on rase les premiers cheveux, tant des filles que
des garçons. On célèbre à cette occasion une petite fête; les cheveux
sont jetés à la mer ou cachés dans un vieux mur; on accompagne ce
rite de divers encensements. Cette cérémonie relative aux cheveux
rappelle des superstitions répandues chez les Arabes[101] et chez
beaucoup de peuples, mais qui ne dépendent pas de l'islam. L'enfant
arabe est à ce moment-là débarrassé de ses bandelettes. On lui met des
bijoux, de belles chemises de soie chamarrée et on le laisse voir:
jusqu'alors il avait été tenu caché. On lui pend aussi au cou des
amulettes destinées à le protéger contre tous les maux.
[101] Sur les superstitions relatives aux cheveux, v. FRAZER, _Le
Rameau d'or_, trad Stiébel, t. I. _Les Tabous_, p. 296.
Quand l'enfant fait ses premiers pas, ce progrès est célébré par de
nouvelles réjouissances; on fait cuire en son honneur des gâteaux
spéciaux, et l'on répand sur lui des boulettes de maïs mêlées à des
pièces d'argent. L'usage de jeter ainsi des friandises et de la
monnaie à l'occasion d'une fête, est aussi pratiqué dans les noces par
les Arabes[102] et par les Turcs; on observe chez nous une coutume
analogue en jetant des dragées et des sous aux baptêmes.
[102] Aux noces du khalife Mamoun avec Bourân, fille du vizir,
«on jeta au peuple des pièces d'or et d'argent, des vessies de
musc et des œufs d'ambre gris.» _Les Prairies d'or_ de MAÇOUDI,
t. VII, p. 65.
L'enfant mâle reste jusqu'à sept ans entre les mains des femmes; il
est alors soumis à la circoncision. C'était aussi à l'âge de sept ans
que, dans notre moyen âge, les jeunes garçons sortaient de la tutelle
des femmes pour être remis aux mains des hommes[103].
[103] Sur l'éducation des jeunes nobles du moyen âge, v. _La
Chevalerie_, par Léon GAUTIER.
Le rite de la circoncision, très important dans l'islam, y est comme
on sait, emprunté au judaïsme. Abraham l'institua, ainsi qu'on le lit
dans la _Genèse_ (chap. XVII, vt 10). Mahomet, qui paraît avoir cru
sincèrement que sa religion reproduisait celle de ce patriarche,
adopta cette coutume; il n'en est pas question cependant dans le
Coran.
La circoncision des jeunes enfants est, en pays musulman, l'occasion
de fêtes importantes. Elle est la cérémonie qui signifie leur entrée
dans la vie; c'est elle qui les fait membres de la communauté
nationale et religieuse. Dans la maison de l'un des jeunes circoncis,
on réunit des parents et des amis, d'autres enfants de familles
voisines sur lesquels doit être accompli le même rite, et quelquefois
même des enfants pauvres. On avance ou on retarde l'âge pour certains
d'entre eux, afin qu'un plus grand nombre se trouvent ensemble. Ces
enfants sont richement habillés; ils portent des turbans ornés de fils
d'or et d'argent et surmontés d'aigrettes. Ils endurent courageusement
la douleur causée par l'opération; on s'ingénie à la leur faire
oublier en les distrayant et en les promenant dans les bazars et dans
les rues.
Les familles riches distribuent des bienfaits à cette occasion. Il y
en a qui font immoler des agneaux ou des boucs, comme au jour de la
fête des sacrifices; ces animaux sont parés de banderoles, de colliers
et de plumes de hérons.
Les fêtes de la circoncision prennent chez les sultans un éclat tout
particulier; des invitations en style pompeux sont adressées aux plus
grands personnages[104].
[104] D'OHSSON, _Tableau_, II, 288.
A la même époque de sa vie, l'enfant, dans les grandes familles
arabes, reçoit un cadeau qui correspond à ce qu'est chez nous la
montre de première communion: on lui donne un cheval; à partir de ce
jour, on l'instruit avec soin et sévérité dans l'art de l'équitation,
et il devient vite un excellent écuyer.
Les jeunes garçons, dans les vieux pays arabes, ne font pas, comme
chez nous, des exercices méthodiques de gymnastique. Mais on les
entraîne à sauter, et ils deviennent très habiles dans cet exercice.
Beaucoup d'entre eux, âgés de dix ou douze ans, sautent sans peine
deux chevaux de front. En Turquie, à notre époque, la gymnastique est
à la mode; des sociétés de gymnastique existent dans les villes; les
exercices de force sont particulièrement en honneur.
Les combats simulés et le tir sont les divertissements favoris des
jeunes Arabes; leur vie rappelle beaucoup celle de nos jeunes nobles
au moyen âge; ils ne demandent pourtant pas des lances ou des
arbalètes, mais bien des fusils et des balles. De très jeunes gens en
pays arabe, sont armés comme des hommes, et cette habitude ne cause
guère d'accidents.
Vers l'âge de dix-huit ou vingt ans, les jeunes princes arabes
reçoivent du père de famille une maison personnelle. Le respect de
l'enfant pour le père, dans cette civilisation, est très grand; il est
d'ailleurs maintenu par la sévérité du chef de famille. Ce respect est
expressément recommandé dans le Coran, en des termes assez doux qui
rappellent plutôt certaines exhortations de la morale chrétienne, que
le commandement bref du décalogue:
«Dieu vous ordonne... de tenir une belle conduite envers vos père et
mère, soit que l'un d'eux ait atteint la vieillesse, ou qu'ils y
soient parvenus tous les deux et qu'ils restent avec vous. Gardez-vous
de leur témoigner du mépris, de leur faire des reproches, parlez-leur
avec respect.
«Soyez humbles avec eux et pleins de tendresse et adressez cette
prière à Dieu: Seigneur aie pitié d'eux, comme ils ont eu pitié de
moi, en m'élevant quand j'étais tout petit.» (C. XVII, 24-25.)
Les mœurs relatives au mariage, dont nous avons parlé, contribuent à
grandir l'autorité des parents, puisque les jeunes gens ne fixent pas
leur sort eux-mêmes, et qu'ils sont unis par le choix et presque par
l'ordre de leurs père et mère, la première fois qu'ils se marient.
* * * * *
L'école primaire dans les formes de l'ancienne vie arabe, est réduite
à bien peu de chose; elle n'est d'ailleurs destinée qu'aux enfants du
peuple; les enfants de grande famille sont élevés chez leurs parents
par des institutrices.
C'est vers l'âge de six ou sept ans que commence cette éducation
primaire, très simple et qui ne comprend guère que la lecture,
l'écriture et la numération jusqu'à mille. Tous les Français ont vu
des écoles musulmanes dans nos expositions coloniales. Les enfants
accroupis sur une grande natte, rangés en cercle devant le maître,
portent un encrier, une plume de roseau, et quelque morceau de papier
ou, selon une ancienne coutume, une omoplate de chameau qui leur tient
lieu d'ardoise. Le maître écrit sur un tableau un verset du Coran; de
sa férule, il indique les lettres tour à tour; les enfants prononcent
aussitôt après lui les noms des lettres ou les syllabes, d'un ton
chantant et nasillard. De temps à autre, la férule vient frapper les
doigts d'un élève inattentif.
Dans ce système, les jeunes enfants apprennent à lire en même temps
qu'à écrire. Les filles apprennent, en dehors de l'école, la couture
et la broderie; beaucoup d'entre elles y excellent.
* * * * *
Voilà la vieille éducation rudimentaire, celle qui forme depuis des
siècles la masse du peuple arabe. Cependant, à toute époque de
l'histoire de ce peuple, il y a eu des éducations d'exception; on en
trouve des exemples dans les anecdotes concernant les jeunes filles.
Les jeunes personnes bien douées que l'on pouvait destiner aux harems
des grands seigneurs, recevaient une éducation extrêmement soignée. On
cite l'histoire d'un khalife qui, près d'un puits, rencontra une jeune
campagnarde et lui demanda de l'eau; la rencontre avait été ménagée
peut-être par quelque courtisan: la jeune fille répondit au prince
avec grâce et causa avec lui d'une façon si spirituelle qu'il
l'épousa.--La «belle persane» des _Mille et une Nuits_ fournit le type
de ce que pouvait produire l'éducation des femmes formées pour les
grands harems: celle-là réunit tout ce qui peut charmer: la beauté du
physique, les attraits de l'esprit. Les frais de son éducation ont été
très élevés; il en est tenu compte par ses maîtres, qui demandent
d'elle dix mille pièces d'or. C'est une femme savante: «elle chante,
elle danse, elle écrit mieux que les écrivains les plus habiles, elle
fait des vers; il n'y a pas de livres qu'elle n'ait lus. On n'a pas
entendu dire que jamais esclave ait su autant de choses qu'elle en
sait[105].»
[105] Traduction GALLAND, édition de 1860, p. 408.
* * * * *
L'enseignement supérieur, s'adressant à une minorité d'esprits
d'élite, a toujours intéressé les Orientaux plus que l'enseignement
primaire. Sur ce chapitre les Musulmans ont continué les Alexandrins,
les Persans, les Syriens; ils eurent, on le sait, de grands penseurs,
des érudits, des médecins, des savants de divers genres; mais la
science propre à l'islam fut toujours celle du Coran et de son
interprétation faite à l'aide des traditions: ce fut, en d'autres
termes, la théologie, et la jurisprudence qui en découle. Donnons
quelques détails sur ce sujet.
Avant la conquête musulmane, la culture classique s'était conservée
dans les couvents chrétiens. L'Université syrienne d'Edesse, en Perse,
fut un centre florissant d'études sous les Sassanides.
Après l'islam, un autre centre subsista quelque temps en Mésopotanie,
chez les Sabéens de Harran. Les grands khalifes Abbassides
s'intéressèrent aux sciences, et ils favorisèrent l'étude des ouvrages
grecs; un bureau de traductions fut organisé, dans lequel
travaillèrent des chrétiens. Sous les Mongols, des universités furent
fondées à Bagdad, à Nîsâbour et à Basrah; on installa un observatoire
à Marâgah. Le père du khalife fatimide Hakem fonda, en Egypte,
l'université d'el-Azhar. De nombreux centres d'études se formèrent en
Espagne. De tous côtés dans le monde musulman, des princes
intelligents attirèrent à eux et patronnèrent les savants.
Dans ces anciennes universités musulmanes on enseignait l'ensemble des
sciences. Celles-ci étaient divisées et groupées selon les habitudes
de la scolastique, à peu près comme dans notre moyen âge; la théologie
les dominait toutes. On peut comparer, pour l'esprit et les mœurs,
ces grands foyers de science musulmane à une université telle que
celle de Paris, au temps d'Abélard ou d'Albert le Grand.
Avant la fondation des universités, des cours de religion islamique
avaient été organisés dans les mosquées. Beaucoup de princes
s'honorèrent de fonder des écoles dépendantes des mosquées; les
particuliers léguaient pour leur entretien des biens appelés _wakouf_.
On enseignait dans ces écoles, le Coran; on apprenait à le prononcer,
à le psalmodier en quelque sorte, à l'expliquer. Des cours de
tradition alternaient avec des cours de commentaires; il s'y joignait
aussi des leçons de droit, dans lesquelles se formaient les juges ou
_kâdis_. Le droit musulman dérive, comme on sait, tout entier du
Coran. Pour les futurs docteurs, il y avait des cours de dogme; les
maîtres qui enseignaient le dogme, disputaient comme nos scolastiques
et se divisaient en écoles.
Cette sorte d'enseignement subsiste encore aujourd'hui. Les
professeurs parlent dans les mosquées mêmes, ou quelquefois dans des
salles qui leur sont annexées; ils siègent sur des estrades basses,
adossées à des piliers ou disposées sous le milieu des arcades;
plusieurs maîtres parlent à la fois dans la même mosquée. Les
étudiants, jeunes gens venus de contrées diverses et souvent de fort
loin, ayant le visage diversement coloré, et portant les habits de
leurs nations respectives, se tiennent accroupis en cercle sur les
tapis, écoutent et prennent des notes. La gloire professorale est
connue en Orient et elle y est prisée très haut.
De tout temps dans l'islam ces cours fondamentaux de religion ont été
organisés d'une façon régulière. Pour les autres sciences ou arts tels
que les mathématiques, l'astronomie, la mécanique, la médecine, la
musique, l'enseignement était plus capricieux. Dans une éducation
comme celle d'Avicenne, qui se vantait d'avoir, à dix-neuf ans,
parcouru tout le cycle des connaissances humaines, on voit des maîtres
qui sont des passants; ce sont des savants voyageurs, colporteurs de
diverses sciences. Le père d'Avicenne reçoit l'un de ces hommes dans
sa maison, sans autrement le connaître; un autre maître du jeune
philosophe est un marchand de légumes qui demeure dans son voisinage.
Quelques années plus tard les rôles sont renversés: c'est Avicenne,
devenu savant, qui est logé par des personnages avides de recevoir ses
leçons. On trouverait des pratiques un peu analogues dans la vie de
certains savants d'Occident, par exemple dans celle de Galilée. Dans
les deux mondes, musulman et chrétien, le savant isolé et errant
qu'attirent et que reçoivent des amis et des grands seigneurs, existe
à côté du savant fixé dans les Universités. Les élèves aussi aiment
parfois à voyager; ils passent de maître en maître, d'université en
université, comme le font volontiers encore les jeunes Allemands
modernes. L'historien arabe Makrizi entendit, paraît-il, plus de six
cents maîtres.
[Illustration: IX.--Tombeaux de la famille de Tamerlan, à
Samarcande.]
Mais n'insistons pas outre mesure sur cette éducation de la période
médiévale; venons-en à l'époque moderne, qui est la plus intéressante
pour nous. On voit en approchant de l'âge contemporain, les principaux
pays islamiques suivre avec lenteur les transformations qui se
produisent chez nous. Voici quelques indications à ce sujet, pour la
Turquie et pour l'Egypte: