La polygamie;--comment la loi musulmane cherche à parer aux
inconvénients de la polygamie;--la répudiation.
Le harem et le voile;--entraves apportées au travail de la
femme;--infériorité de ses droits civils.
Femmes remarquables de l'islam.
Une réforme de statut de la femme est-elle compatible avec la
doctrine coranique?
Nous avons à parler maintenant de la situation de la femme selon la
loi mahométane. Voilà le passage triste de ce livre, la plus grande
ombre à ce tableau; ou, pour employer une image de goût oriental,
voilà la tache obscure sur le visage de l'islam. C'est le côté par où
l'islam nous étonne, nous rebute, et nous éloigne le plus de lui. Ici
nous ne pouvons plus guère le comprendre; à peine pouvons-nous le
connaître. Il se voile à nos yeux; il se refuse à nos sympathies et se
soustrait à nos observations. Une moitié du règne humain, sur la
terre islamique, ne se montre pas. Vous ne la voyez pas; vous la
devinez derrière des grillages, au fond des jardins, dans l'ombre des
stores. Vous la cherchez dans les rues et dans les campagnes; vous
n'apercevez que des sortes de fantômes, tout couverts de soieries
blanches ou noires, riches de tissu, mais lourdes de forme; ils
glissent devant les balcons de bois gris chargés de glycine, ou ils
passent entre les prairies vertes, et vont errer sous les arbres de
Judée et sous les vieux cyprès. Les jours de fêtes, vous voyez ces
masses soyeuses emportées dans des charabans, pressées dans des
barques ou emplissant le fond des coupés. Dans les campagnes un peu
reculées, la rigueur de la coutume est moindre: les voiles sont moins
amples, et parfois la main les soulève laissant apercevoir un regard
curieux; mais la vision est rapide; le voile retombe et le fantôme
fuit.
L'islam se prive, et prive ses hôtes étrangers de ce qui fait ailleurs
la gaîté et le charme du monde; la grâce et la joie y sont étouffées
et captives; une sorte de deuil perpétuel couvre les terres soumises à
sa loi, et la mélancolie de ce deuil blanc ou noir l'emporte peut-être
dans nos impressions sur la beauté des paysages, la pompe des costumes
et l'éclat du soleil.
I