Deux espèces de fatalisme.--Le fatalisme moral;--la question ne
se pose pas tout-à-fait de même que dans le
christianisme;--passages du Coran qui paraissent exprimer le
fatalisme;--cette interprétation rejetée par les théologiens.
Le fatalisme physique dans l'antiquité et dans l'islam.
On admet généralement que le fatalisme est un des caractères de la
religion musulmane, et la disposition au fatalisme un des traits
essentiels de la psychologie des peuples orientaux. Il y a en effet
deux aspects sous lesquels on peut envisager le fatalisme: on peut le
considérer comme une disposition psychologique, ou comme une thèse
dogmatique. On peut y voir une croyance instinctive selon laquelle
l'homme dépend étroitement de certaines puissances supérieures telles
que le hasard, le destin, ou bien une opinion de théologie
philosophique, d'après laquelle la part de Dieu serait si grande dans
les actes humains que la liberté de l'homme en serait presque
anéantie. En d'autres termes il est possible d'étudier le fatalisme
dans sa double application soit à la vie physique, soit à la vie
morale. Cette division, qui correspond à la division classique du mal
en mal physique et en mal moral, est commode pour traiter la question.
Nous parlerons d'abord du fatalisme moral. Cette partie du sujet est
un peu philosophique et ardue; mais elle est bien importante, et assez
intéressante certes pour mériter un léger effort d'attention.
L'analyse de l'idée du fatalisme physique sera plus aisée, et nous
n'aurons pas de peine à l'illustrer au moyen d'exemples concrets. Afin
de rendre au lecteur cette étude plus facile à suivre, nous indiquons
tout de suite les conclusions que nous croyons devoir adopter: Il
n'est pas vraiment exact que la doctrine de l'islam orthodoxe enseigne
le fatalisme moral; mais il est vrai que les peuples musulmans se
laissent volontiers aller au fatalisme physique.
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