Dans les premiers instants, Consuelo, passant d'une salle où brillait
l'éclat de cent flambeaux, dans un lieu qu'éclairait seule la lueur de sa
petite lampe, ne distingua rien qu'un brouillard lumineux répandu autour
d'elle, et que son regard ne pouvait percer. Mais peu à peu ses yeux
s'accoutumèrent aux ténèbres, et comme elle ne vit rien d'effrayant entre
elle et les parois d'une salle en tout semblable, pour l'étendue et la
forme octogone, à celle dont elle sortait, elle se rassura au point
d'aller examiner de près les étranges caractères qu'elle apercevait sur
les murailles. C'était une seule et longue inscription disposée sur
plusieurs lignes circulaires qui faisaient le tour de la salle, et que
n'interrompait aucune ouverture. En faisant cette observation, Consuelo ne
se demanda pas comment elle sortirait de ce cachot, mais quel pouvait
avoir été l'usage d'une pareille construction. Des idées sinistres qu'elle
repoussa d'abord lui vinrent à l'esprit; mais bientôt ces idées furent
confirmées par la lecture de l'inscription qu'elle lut en marchant
lentement et en promenant sa lampe à la hauteur des caractères.
«Contemple la beauté de ces murailles assises sur le roc, épaisses de
vingt-quatre pieds, et debout depuis mille ans, sans que ni les assauts de
la guerre, ni l'action du temps, ni les efforts de l'ouvrier aient pu les
entamer! Ce chef-d'œuvre de maçonnerie architecturale a été élevé par les
mains des esclaves, sans doute pour enfouir les trésors d'un maître
magnifique. Oui! pour enfouir dans les entrailles du rocher, dans les
profondeurs de la terre, des trésors de haine et de vengeance. Ici ont
péri, ici ont souffert, ici ont pleuré, rugi et blasphémé vingt
générations d'hommes, innocents pour la plupart, quelques-uns héroïques;
tous victimes ou martyrs: des prisonniers de guerre, des serfs révoltés ou
trop écrasés de taxes pour en payer de nouvelles, des novateurs religieux,
des hérétiques sublimes, des infortunés, des vaincus, des fanatiques, des
saints, des scélérats aussi, hommes dressés à la férocité des camps, à la
loi de meurtre et de pillage, soumis à leur tour à d'horribles
représailles. Voilà les catacombes de la féodalité, du despotisme
militaire ou religieux. Voilà les demeures que les hommes puissants ont
fait construire par des hommes asservis, pour étouffer les cris et cacher
les cadavres de leurs frères vaincus et enchaînés. Ici, point d'air pour
respirer, pas un rayon de jour, pas une pierre pour reposer sa tête;
seulement des anneaux de fer scellés au mur pour passer le bout de la
chaîne des prisonniers, et les empêcher de choisir une place pour reposer
sur le sol humide et glacé. Ici, de l'air, du jour et de la nourriture
quand il plaisait aux gardes postés dans la salle supérieure d'entr'ouvrir
un instant le caveau, et de jeter un morceau de pain à des centaines de
malheureux entassés les uns sur les autres, le lendemain d'une bataille,
blessés ou meurtris pour la plupart; et, chose plus affreuse encore!
quelquefois, un seul resté le dernier, et s'éteignant dans la souffrance
et le désespoir au milieu des cadavres putréfiés de ses compagnons,
quelquefois mangé des mêmes vers avant d'être mort tout à fait, et tombant
en putréfaction lui-même avant que le sentiment de la vie et l'horreur de
la réflexion fussent anéantis dans son cerveau. Voilà, ô néophyte, la
source des grandeurs humaines, que tu as peut-être contemplées avec
admiration et jalousie dans le monde des puissants! des crânes décharnés,
des os humains brisés et desséchés, des larmes, des taches de sang, voilà
ce que signifient les emblèmes de tes armoiries, si tes pères t'ont légué
la tache du patriciat; voilà ce qu'il faudrait représenter sur les
écussons des princes que tu as servis, ou que tu aspires à servir si tu es
sorti de la plèbe. Oui, voilà le fondement des titres de noblesse, voilà
la source des gloires et des richesses héréditaires de ce monde; voilà
comment s'est élevée et conservée une caste que les autres castes
redoutent, flattent et caressent encore. Voilà, voilà ce que les hommes
ont inventé pour s'élever de père en fils au-dessus des autres hommes!»
Après avoir lu cette inscription en faisant trois fois le tour de la geôle,
Consuelo, navrée de douleur et d'effroi, posa sa lampe à terre et se plia
sur ses genoux pour se reposer. Un profond silence régnait dans ce lieu
lugubre, et des réflexions épouvantables s'y éveillaient en foule. La vive
imagination de Consuelo évoquait autour d'elle de sombres visions. Elle
croyait voir des ombres livides et couvertes de plaies hideuses s'agiter
autour des murailles, ou ramper sur la terre à ses côtés. Elle croyait
entendre leurs gémissements lamentables, leur râle d'agonie, leurs faibles
soupirs, le grincement de leurs chaînes. Elle ressuscitait dans sa pensée
la vie du passé telle qu'elle devait être au moyen âge, telle qu'elle
avait été encore naguère durant les guerres de religion. Elle croyait
entendre au-dessus d'elle, dans la salle des gardes, le pas lourd et
sinistre de ces hommes chaussés de fer; le retentissement de leurs piques
sur le pavé, leurs rires grossiers, leurs chants d'orgie: leurs menaces et
leurs jurons quand la plainte des victimes montait jusqu'à eux, et venait
interrompre leur affreux sommeil; car ils avaient dormi, ces geôliers, ils
avaient dû, ils avaient pu dormir sur cette geôle, sur cet abîme infect,
d'où s'exhalaient les miasmes du tombeau et les rugissements de l'enfer.
Pâle, les yeux fixes, et les cheveux dressés par l'épouvante, Consuelo ne
voyait et n'entendait plus rien. Lorsqu'elle se rappela sa propre
existence, et qu'elle se releva pour échapper au froid qui la gagnait,
elle s'aperçut qu'une dalle du sol avait été déracinée et jetée en bas
durant sa pénible extase, et qu'un chemin nouveau s'ouvrait devant elle.
Elle en approcha, et vit un escalier étroit et rapide qu'elle descendit
avec peine, et qui la conduisit dans une nouvelle cave, plus étroite et
plus écrasée que la première. En touchant le sol, qui était doux et comme
mœlleux sous le pied, Consuelo baissa sa lampe pour regarder si elle ne
s'enfonçait pas dans la vase. Elle ne vit qu'une poussière grise, plus
fine que le sable le plus fin, et présentant ça et là pour accidents, en
guise de cailloux, une côte rompue, une tête de fémur, un débris de crâne,
une mâchoire encore garnie de dents blanches et solides, témoignage de la
jeunesse et de la force brusquement brisées par une mort violente.
Quelques squelettes presque entiers avaient été retirés de cette poussière,
et dressés contre les murs. Il y en avait un parfaitement conservé,
debout et enchaîné par le milieu du corps, comme s'il eût été condamné à
périr là sans pouvoir se coucher. Son corps, au lieu de se courber et de
tomber en avant, plié et disloqué, s'était roidi, ankylosé, et rejeté en
arrière dans une attitude de fierté superbe et d'implacable dédain. Les
ligaments de sa charpente et de ses membres s'étaient ossifiés. Sa tête,
renversée, semblait regarder la voûte, et ses dents, serrées par une
dernière contraction des mâchoires, paraissaient rire d'un rire terrible,
ou d'un élan de fanatisme sublime. Au-dessus de lui, son nom et son
histoire étaient écrits en gros caractères rouges sur la muraille. C'était
un obscur martyr de la persécution religieuse, et la dernière des victimes
immolées dans ce lieu. À ses pieds était agenouillé un squelette dont la
tête, détachée des vertèbres, gisait sur le pavé, mais dont les bras
roidis tenaient encore embrassés les genoux du martyr: c'était sa femme.
L'inscription portait, entre autres détails:
«N*** a péri ici avec sa femme, ses trois frères et ses deux enfants, pour
n'avoir pas voulu abjurer la foi de Luther, et pour avoir persisté, jusque
dans les tortures, à nier l'infaillibilité du pape. Il est mort debout et
desséché, pétrifié en quelque sorte, et sans pouvoir regarder à ses pieds
sa famille agonisante sur la cendre de ses amis et de ses pères.»
En face de cette inscription, on lisait celle-ci:
«Néophyte, le sol friable que tu foules est épais de vingt pieds. Ce n'est
ni du sable, ni de la terre, c'est de la poussière humaine. Ce lieu était
l'ossuaire du château. C'est ici qu'on jetait ceux qui avaient expiré dans
la geôle placée au-dessus, quand il n'y avait plus de place pour les
nouveaux venus. C'est la cendre de vingt générations de victimes. Heureux
et rares, les patriciens qui peuvent compter parmi leurs ancêtres vingt
générations d'assassins et de bourreaux!»
Consuelo fut moins épouvantée de l'aspect de ces objets funèbres qu'elle
ne l'avait été dans la geôle par les suggestions de son propre esprit. Il
y a quelque chose de trop grave et de trop solennel dans l'aspect de la
mort même, pour que les faiblesses de la peur et les déchirements de la
pitié puissent obscurcir l'enthousiasme ou la sérénité des âmes fortes et
croyantes. En présence de ces reliques la noble adepte de la religion
d'Albert sentit plus de respect et de charité que d'effroi ou de
consternation. Elle se mit à genoux devant la dépouille du martyr, et,
sentant revenir ses forces morales, elle s'écria en baisant cette main
décharnée:
«Oh! ce n'est pas l'auguste spectacle d'une glorieuse destruction qui peut
faire horreur ou pitié! c'est plutôt l'idée de la vie en lutte avec les
tourments de l'agonie. C'est la pensée de ce qui a dû se passer dans ces
âmes désolées, qui remplit d'amertume et de terreur la pensée des vivants!
Mais toi, malheureuse victime, morte debout, et la tête tournée vers le
ciel, tu n'es point à plaindre, car tu n'as point faibli, et ton âme s'est
exhalée dans un transport de ferveur qui me remplit de vénération.»
Consuelo se leva lentement et détacha avec une sorte de calme son voile de
mariée qui s'était accroché aux ossements de la femme agenouillée à ses
côtés. Une porte étroite et basse venait de s'ouvrir devant elle. Elle
reprit sa lampe, et, soigneuse de ne pas se retourner, elle entra dans un
couloir étroit et sombre qui descendait en pente rapide. À sa droite et à
sa gauche elle vit l'entrée de geôles étouffées sous la masse d'une
architecture vraiment sépulcrale. Ces cachots étaient trop bas pour qu'on
pût s'y tenir debout, et à peine assez longs pour que l'on pût s'y tenir
couché. Ils semblaient l'œuvre des cyclopes, tant ils étaient fortement
construits et ménagés avec art dans les massifs de la maçonnerie, comme
pour servir de loges à quelques animaux farouches et dangereux. Mais
Consuelo ne pouvait s'y tromper: elle avait vu les arènes de Vérone; elle
savait que les tigres et les ours réservés jadis aux amusements du cirque,
aux combats de gladiateurs, étaient mieux logés mille fois. D'ailleurs,
elle lisait sur les portes de fer, que ces cachots inexpugnables avaient
été réservés aux princes vaincus, aux vaillants capitaines, aux
prisonniers les plus importants et les plus redoutables par leur rang,
leur intelligence ou leur énergie. Des précautions si formidables contre
leur évasion témoignaient de l'amour ou du respect qu'ils avaient inspiré
à leurs partisans. Voilà où était venu s'éteindre le rugissement de ces
lions qui avaient fait tressaillir le monde à leur appel. Leur puissance
et leur volonté s'étaient brisées contre un angle de mur; leur poitrine
herculéenne s'était desséchée à chercher l'aspiration d'un peu d'air,
auprès d'une fente imperceptible, taillée en biseau dans vingt pieds de
mœllons. Leur regard d'aigle s'était usé à guetter une faible lueur dans
d'éternelles ténèbres. C'est là qu'on enterrait vivants les hommes qu'on
n'osait pas tuer au jour. Des têtes illustres, des cœurs magnanimes
avaient expié là l'exercice, et sans doute aussi l'abus des droits de la
force.
Après avoir erré quelque temps dans ces galeries obscures et humides qui
s'enfonçaient sous le roc, Consuelo entendit un bruit d'eau courante qui
lui rappela le redoutable torrent souterrain de Riesenburg; mais elle
était trop préoccupée des malheurs et des crimes de l'humanité, pour
songer longtemps à elle-même. Elle fut forcée de s'arrêter un peu pour
faire le tour d'un puisard à fleur de terre qu'une torche éclairait.
Au-dessous de la torche elle lut sur un poteau ce peu de mots, qui
n'avaient pas besoin de commentaires:
«C'est là qu'on les noyait!»
Consuelo se pencha pour regarder l'intérieur du puits. L'eau du ruisseau
sur lequel elle avait navigué si paisiblement il n'y avait qu'une heure,
s'engouffrait là dans une profondeur effrayante, et tournoyait en
rugissant, comme avide de saisir et d'entraîner une victime. La lueur
rouge de la torche de résine donnait à cette onde sinistre la couleur du
sang.
Enfin Consuelo arriva devant une porte massive qu'elle essaya vainement
d'ébranler. Elle se demanda si, comme dans les initiations des pyramides
d'Égypte, elle allait être enlevée dans les airs par des chaînes
invisibles, tandis qu'un gouffre s'ouvrirait sous ses pieds et qu'un vent
subit et violent éteindrait sa lampe. Une autre frayeur l'agitait plus
sérieusement; depuis qu'elle marchait dans la galerie, elle s'était
aperçue qu'elle n'était pas seule; quelqu'un marchait sur ses pas avec
tant de légèreté qu'elle n'entendait pas le moindre bruit; mais elle
croyait avoir senti le frôlement d'un vêtement auprès du sien, et
lorsqu'elle avait dépassé le puits, la lueur de la torche, en se trouvant
derrière elle, avait envoyé aux parois du mur qu'elle suivait, deux ombres
vacillantes au lieu d'une seule. Quel était donc ce redoutable compagnon
qu'il lui était défendu de regarder, sous peine de perdre le fruit de tous
ses travaux, et de ne jamais franchir le seuil du temple? Était-ce quelque
spectre effrayant dont la laideur eût glacé son courage et troublé sa
raison? Elle ne voyait plus son ombre, mais elle s'imaginait entendre le
bruit de sa respiration tout près d'elle; et cette porte fatale qui ne
voulait pas s'ouvrir! Les deux ou trois minutes qui s'écoulèrent dans
cette attente lui parurent un siècle. Ce muet acolyte lui faisait peur;
elle craignait qu'il ne voulût l'éprouver en lui parlant, en la forçant
par quelque ruse à le regarder. Son cœur battait avec violence; enfin
elle vit qu'il lui restait une inscription à lire au-dessus de la porte.
«C'est ici que t'attend la dernière épreuve, et c'est la plus cruelle. Si
ton courage est épuisé, frappe deux coups au battant gauche de cette porte;
sinon, frappes-en trois au battant de droite. Songe que la gloire de ton
initiation sera proportionnée à tes efforts.»
Consuelo n'hésita pas et frappa les trois coups à droite. Le battant de la
porte s'ouvrit comme de lui-même, et elle pénétra dans une vaste salle
éclairée de nombreux flambeaux. Il n'y avait personne, et d'abord elle ne
comprit rien aux objets bizarres rangés et alignés symétriquement autour
d'elle. C'étaient des machines de bois, de fer et de bronze dont l'usage
lui était inconnu; des armes étranges, étalées sur des tables ou pendues
à la muraille. Un instant elle se crut dans un musée d'artillerie; car il
y avait en effet des mousquets, des canons, des coulevrines, et tout un
attirail de machines de guerre servant de premier plan aux autres
instruments. On s'était plu à réunir là tous les moyens de destruction
inventés par les hommes pour s'immoler entre eux. Mais lorsque la néophyte
eut fait quelques pas en avant à travers cet arsenal, elle vit d'autres
objets d'une barbarie plus raffinée, des chevalets, des roues, des scies,
des cuves de fonte, des poulies, des crocs, tout un musée d'instruments de
torture; et sur un grand écriteau dressé au milieu et surmontant un
trophée formé de masses, de tenailles, de ciseaux, de limes, de haches
dentelées, et de tous les abominables outils du tourmenteur, on lisait:
«Ils sont tous fort précieux, tous authentiques; _ils ont tous servi_.»
Alors Consuelo sentit défaillir tout son être. Une sueur froide détrempait
les tresses de ses cheveux. Son cœur ne battait plus. Incapable de se
soustraire à l'horreur de ce spectacle et des visions sanglantes qui
l'assaillaient en foule, elle examinait ce qui était devant elle avec
cette curiosité stupide et funeste qui s'empare de nous dans l'excès de
l'épouvante. Au lieu de fermer les yeux, elle contemplait une sorte de
cloche de bronze qui avait une tête monstrueuse et un casque rond posés
sur un gros corps informe, sans jambes et tronqué à la hauteur des genoux.
Cela ressemblait à une statue colossale, d'un travail grossier, destiné à
orner un tombeau. Peu à peu Consuelo, sortant de sa torpeur, comprit, par
une intuition involontaire, qu'on mettait le patient accroupi sous cette
cloche. Le poids en était si terrible, qu'il ne pouvait, par aucun effort
humain, la soulever. La dimension intérieure était si juste, qu'il ne
pouvait y faire un mouvement. Cependant ce n'était pas avec le dessein de
l'étouffer qu'on le mettait là, car la visière du casque rabattue à
l'endroit du visage, et tout le pourtour de la tête étaient percés de
petits trous dans quelques-uns desquels étaient encore plantés des stylets
effilés. À l'aide de ces cruelles piqûres on tourmentait la victime pour
lui arracher l'aveu de son crime réel ou imaginaire, la délation contre
ses parents ou ses amis, la confession de sa foi politique ou
religieuse[12]. Sur le sommet du casque, on lisait, en caractères incisés
dans le métal, ces mots en langue espagnole:
_Vive la sainte inquisition!_
[Note 12: Tout le monde peut voir un instrument de ce genre avec cent
autres non moins ingénieux dans l'arsenal de Venise. Consuelo ne l'y avait
pas vu: ces horribles instruments de torture, ainsi que l'intérieur des
cachots du saint office et des plombs du palais ducal, n'ont été livrés à
l'examen du public, à l'intérieur, qu'à l'entrée des Français à Venise,
lors des guerres de la république.]
Et au-dessous, une prière qui semblait dictée par une compassion féroce,
mais qui était peut-être sortie du cœur et de la main du pauvre ouvrier
condamné à fabriquer cette infâme machine:
_Sainte mère de Dieu, priez pour le pauvre pécheur!_
Une touffe de cheveux, arrachée dans les tourments, et sans doute collée
par le sang, était restée au-dessous de cette prière, comme des stigmates
effrayants et indélébiles. Ils sortaient par un des trous, qu'avait élargi
le stylet. C'étaient des cheveux blancs!
Tout à coup, Consuelo ne vit plus rien et cessa de souffrir. Sans être
avertie par aucun sentiment de douleur physique, car son âme et son corps
n'existaient plus que dans le corps et l'âme de l'humanité violentée et
mutilée, elle tomba droite et raide sur le pavé comme une statue qui se
détacherait de son piédestal; mais au moment où sa tête allait frapper le
bronze de l'infernale machine, elle fut reçue dans les bras d'un homme
qu'elle ne vit pas. C'était Liverani.