XXI.

La Porporina, jugeant que c'était un parti pris, chez son compagnon, de ne

point échanger une seule parole avec elle, crut ne pouvoir mieux faire que

de respecter le vœu bizarre qu'il semblait observer, à l'exemple des

antiques chevaliers errants. Pour échapper aux sombres images et aux

tristes réflexions que le récit de Karl lui suggérait, elle s'efforça de

ne penser qu'à l'avenir inconnu qui s'ouvrait devant elle; et peu à peu

elle tomba dans une rêverie pleine de charmes. Peu d'organisations

privilégiées ont seules le don de commander à leur pensée dans l'état

d'oisiveté contemplative. Consuelo avait eu souvent, et principalement

durant les trois mois d'isolement qu'elle venait de passer à Spandaw,

l'occasion d'exercer cette faculté, accordée d'ailleurs, moins aux heureux

de ce monde qu'à ceux qui disputent leur vie au travail, aux persécutions

et aux dangers. Car il faut bien reconnaître le mystère providentiel des

_grâces d'état_; sans quoi la force et la sérénité de certains infortunés

paraîtrait impossible à ceux qui n'ont guère connu le malheur.

Notre fugitive se trouvait, d'ailleurs, dans une situation assez bizarre

pour donner lieu à beaucoup de châteaux en Espagne. Ce mystère qui

l'enveloppait comme un nuage, cette fatalité qui l'attirait dans un monde

fantastique, cette sorte d'amour paternel qui l'environnait de miracles,

c'en était bien assez pour charmer une jeune imagination riche de poésie.

Elle se rappelait ces paroles de l'Écriture que, dans ses jours de

captivité, elle avait mises en musique.

«J'enverrai vers toi un de mes anges qui te portera dans ses bras, afin

que ton pied ne heurte point la pierre...

«... Je marche dans les ténèbres, et j'y marche sans crainte, parce que le

Seigneur est avec moi.»

Ces mots avaient désormais un sens plus clair et plus divin pour elle.

Dans un temps où l'on ne croit plus à la révélation directe et à la

manifestation sensible de la Divinité, la protection et le secours du ciel

se traduisent sous la forme d'assistance, d'affection et de dévouement de

la part de nos semblables. Il y a quelque chose de si doux à abandonner la

conduite de sa propre destinée à qui nous aime, et à se sentir, pour ainsi

dire, porté par autrui! C'est un bonheur si grand qu'il nous corromprait

vite, si nous ne nous combattions nous-mêmes pour ne pas en abuser. C'est

le bonheur de l'enfant, dont les songes dorés ne sont troublés, sur le

sein maternel, par aucune des appréhensions de la vie réelle.

Ces pensées, qui se présentaient comme un rêve à Consuelo, au sortir subit

et imprévu d'une existence si cruelle, la bercèrent d'une sainte volupté,

jusqu'à ce que le sommeil vint les noyer et les confondre dans cette sorte

de repos de l'âme et du corps qu'on pourrait appeler un néant senti et

savouré. Elle avait totalement oublié la présence de son muet compagnon de

voyage, lorsqu'elle se réveilla tout près de lui, la tête appuyée sur son

épaule. Elle ne pensa pas d'abord à se déranger; elle venait de rêver

qu'elle voyageait en charrette avec sa mère, et le bras qui la soutenait

lui semblait être celui de la Zingara. Un réveil plus complet lui fit

sentir la confusion de son inadvertance; mais le bras de l'inconnu

semblait être devenu une chaîne magique. Elle fit à la dérobée de vaines

tentatives pour s'en dégager; l'inconnu paraissait dormir lui-même et

avoir reçu machinalement sa compagne dans ses bras lorsque la fatigue et

le mouvement de la voiture l'y avaient fait glisser. Il avait joint ses

deux mains ensemble autour de la taille de Consuelo, comme pour se

préserver lui-même de la laisser tomber à ses pieds en s'endormant. Mais

son sommeil n'avait pas relâché la force de ses doigts entrelacés, et il

eût fallu, en essayant de les détacher, le réveiller complètement.

Consuelo ne l'osa pas. Elle espéra que de lui-même il lui rendrait sa

liberté sans le savoir, et qu'elle pourrait retourner à sa place sans

paraître avoir remarqué positivement toutes ces circonstances délicates de

leur tête-à-tête.

Mais en attendant que l'inconnu s'endormît plus profondément, Consuelo,

que le calme de sa respiration et l'immobilité de son repos avaient

rassurée, se rendormit elle-même, vaincue par l'épuisement qui succède aux

grandes agitations. Lorsqu'elle se réveilla de nouveau, la tête de son

compagnon s'était penchée sur la sienne, son masque s'était détaché, leurs

joues se touchaient, leurs haleines se confondaient. Elle fit un mouvement

brusque pour se retirer, sans songer à regarder les traits de l'inconnu,

ce qui, d'ailleurs, eût été assez difficile vu l'obscurité qui régnait au

dehors et surtout dans la voiture. L'inconnu rapprocha Consuelo de sa

poitrine, dont la chaleur embrasa magnétiquement la sienne, et lui ôta la

force et le désir de s'éloigner. Cependant il n'y avait rien de violent ni

de brutal dans l'étreinte douce et brûlante de cet homme. La chasteté ne

se sentait ni effrayée ni souillée par ses caresses; et Consuelo, comme si

un charme eût été jeté sur elle, oubliant la retenue, on pourrait même

dire la froideur virginale dont elle n'avait jamais été tentée de se

départir, même dans les bras du fougueux Anzoleto, rendit à l'inconnu le

baiser enthousiaste et pénétrant qu'il cherchait sur ses lèvres.

Comme tout était bizarre et insolite chez cet être mystérieux, le

transport involontaire de Consuelo ne parut ni le surprendre, ni

l'enhardir, ni l'enivrer. Il la pressa encore lentement contre son cœur;

et quoique ce fût avec une force extraordinaire, elle ne ressentit pas la

douleur qu'une violente pression cause toujours à un être délicat. Elle

n'éprouva pas non plus l'effroi et la honte qu'un si notable oubli de sa

pudeur accoutumée eût dû lui apporter après un instant de réflexion.

Aucune pensée ne vint troubler la sécurité ineffable de cet instant

d'amour senti et partagé comme par miracle. C'était le premier de sa vie.

Elle en avait l'instinct, ou plutôt la révélation; et le charme en était

si complet, si profond, si divin, que rien ne semblait pouvoir jamais

l'altérer. L'inconnu lui paraissait un être à part, quelque chose

d'angélique dont l'amour la sanctifiait. Il passa légèrement le bout de

ses doigts, plus doux que le tissu d'une fleur, sur les paupières de

Consuelo, et à l'instant elle se rendormit comme par enchantement. Il

resta éveillé cette fois, mais calme en apparence, comme s'il eût été

invincible, comme si les traits de la tentation n'eussent pu pénétrer son

armure. Il veillait en entraînant Consuelo vers des régions inconnues, tel

qu'un archange emportant sous son aile un jeune séraphin anéanti et

consumé par le rayonnement de la Divinité.

Le jour naissant et le froid du malin tirèrent enfin Consuelo de cette

espèce de léthargie. Elle se trouva seule dans la voiture, et se demanda

si elle avait rêvé qu'elle aimait. Elle essaya de baisser une des

jalousies: mais elles étaient toutes fermées par un verrou extérieur ou

par un ressort dont elle ne connaissait pas le jeu. Elle pouvait recevoir

l'air et voir courir en lignes brisées et confuses les marges blanches ou

vertes du chemin; mais elle ne pouvait rien discerner dans la campagne, ni

par conséquent faire aucune observation, aucune découverte sur la route

qu'elle tenait. Il y avait quelque chose d'absolu et de despotique dans la

protection étendue sur elle. Cela ressemblait à un enlèvement, elle

commença à en prendre souci et frayeur.

L'inconnu disparu, la pauvre pécheresse sentit arriver enfin toutes les

angoisses de la honte, toute la stupeur de l'étonnement. Il n'était

peut-être pas beaucoup de _filles d'Opéra_ (comme on appelait alors les

cantatrices et les danseuses) qui se fussent tourmentées pour un baiser

rendu dans les ténèbres à un inconnu fort discret, surtout avec la

garantie donnée par Karl à la Porporina que c'était un jeune homme d'une

prestance et d'une figure admirables. Mais cet acte de folie était

tellement en dehors des mœurs et des idées de la bonne et sage Consuelo,

qu'elle en fut profondément humiliée. Elle en demanda pardon aux mânes

d'Albert, et rougit jusqu'au fond de l'âme d'avoir été infidèle de cœur à

son souvenir d'une façon si brusque, et avec si peu de réflexion et de

dignité. Il faut, pensa-t-elle, que les évènements tragiques de la soirée

et la joie de ma délivrance m'aient donné un accès de délire. Autrement,

comment aurais-je pu me figurer que j'éprouvais de l'amour pour un homme

qui ne m'a pas adressé un seul mot, dont je ne sais pas le nom, et dont je

n'ai pas seulement vu les traits! Cela ressemble aux plus honteuses

aventures de bal masqué, à ces ridicules surprises des sens dont la

Corilla s'accusait devant moi, et dont je ne pouvais pas concevoir la

possibilité pour une autre femme qu'elle. Quel mépris cet homme doit avoir

conçu pour moi! S'il n'a pas abusé de mon égarement, c'est que j'étais

sous la garantie de son honneur, ou bien qu'un serment le lie sans doute à

des devoirs plus respectables, ou bien enfin qu'il m'a justement

dédaignée! Puisse-t-il avoir compris ou deviné que ce n'était de ma part

qu'un accès de fièvre, qu'un transport au cerveau!

Consuelo avait beau se faire tous ces reproches, elle ne pouvait se

défendre d'une amertume plus grande encore que toutes les railleries de sa

conscience: le regret d'avoir perdu ce compagnon du voyage qu'elle ne se

sentait le droit ni la force d'accuser ou de maudire. Il restait au fond

de sa pensée comme un être supérieur investi d'une puissance magique,

peut-être diabolique, mais à coup sûr irrésistible. Elle en avait peur, et

pourtant elle désirait n'en être pas si brusquement et à jamais séparée.

La voiture se mit au pas, et Karl vint ouvrir la jalousie. «Si vous voulez

marcher un peu, Signora, lui dit-il, _monsieur le chevalier_ vous y

engage. La montée est rude pour les chevaux, et nous sommes en plein bois;

il parait qu'il n'y a pas de danger.»

Consuelo s'appuya sur l'épaule de Karl, et sauta sur le sable sans lui

donner le temps de baisser le marchepied. Elle espérait voir son compagnon

de voyage, son amant improvisé. Elle le vit en effet, mais à trente pas

devant elle, le dos tourné par conséquent, et toujours drapé de ce vaste

manteau gris qu'il paraissait décidé à garder le jour comme la nuit. Sa

démarche et le peu qu'on apercevait de sa chevelure et de sa chaussure

annonçait une grande distinction, et l'élégance d'un homme soigneux de

rehausser par une toilette _galante_, comme on disait alors, _les

avantages de sa personne_. La poignée de son épée, recevant les rayons du

soleil levant, brillait à son flanc comme une étoile, et le parfum de la

poudre que les gens de bon ton choisissaient alors avec la plus grande

recherche, laissait derrière lui, dans l'atmosphère du matin, la trace

embaumée d'un homme _comme il faut_.

Hélas! mon Dieu, pensa Consuelo, c'est peut-être quelque fat, quelque

seigneur de contrebande, ou quelque noble orgueilleux. Quel qu'il soit,

il me tourne le dos ce matin, et il a bien raison!

«Pourquoi l'appelles-tu _le chevalier?_ demanda-t-elle à Karl en

continuant tout haut ses réflexions.

--C'est parce que je l'entends appeler ainsi par les postillons.

--Le chevalier de quoi?

--M. le chevalier tout court. Mais pourquoi cherchez-vous à le savoir,

Signora? Puisqu'il désire vous rester inconnu, il me semble qu'il vous

rend d'assez grands services au péril de sa vie, pour que vous ayez

l'obligeance de rester tranquille à cet égard. Quant à moi, je voyagerais

bien dix ans avec lui sans lui demander où il me mène. Il est si beau, si

brave, si bon, si gai!...

--Si gai? cet homme-là est gai?

--Certes. Il est si content de vous avoir sauvée, qu'il ne peut s'en

taire. Il me fait mille questions sur Spandaw, sur vous, sur Gottlieb, sur

moi, sur le roi de Prusse. Moi, je lui dis tout ce que je sais, tout ce

qui m'est arrivé, même l'aventure de Roswald! Cela fait tant de bien de

parler le bohémien et d'être écouté par un homme d'esprit qui vous

comprend, au lieu que tous ces ânes de Prussiens n'entendent que leur

chienne de langue.

--Il est donc Bohémien, lui?

--Je me suis permis de lui faire cette question, et il m'a répondu _non_

tout court, même un peu sèchement. Aussi j'avais tort de l'interroger,

lorsque son bon plaisir était de me faire répondre.

--Est-il toujours masqué?

--Seulement quand il s'approche de vous, Signora. Oh! c'est un plaisant;

il veut sans doute vous intriguer.»

L'enjouement et la confiance de Karl ne rassuraient pas entièrement

Consuelo. Elle voyait bien qu'il joignait à beaucoup de détermination et

de bravoure une droiture et une simplicité de cœur dont on pouvait

aisément abuser. N'avait-il pas compté sur la bonne foi de Mayer? Ne

l'avait-il pas poussée elle-même dans la chambre de ce misérable? Et

maintenant il se soumettait aveuglément à un inconnu pour enlever Consuelo,

et l'exposer peut-être à des séductions plus raffinées et plus

dangereuses! Elle se rappelait le billet des _invisibles_: «On te tend un

piège, un nouveau danger te menace. Méfie-toi de quiconque t'engagerait à

fuir avant que nous t'ayons donné des avis certains. Persévère dans ta

force, etc.» Aucun autre billet n'était venu confirmer celui-là, et

Consuelo, s'abandonnant à la joie de retrouver Karl, avait cru ce digne

serviteur suffisamment autorisé à la servir. L'inconnu n'était-il pas un

traître? Où la conduisait-il avec tant de mystère? Consuelo ne se

connaissait pas d'ami dont la ressemblance pût s'accommoder à la brillante

tournure du chevalier, à moins que ce ne fût Frédéric de Trenck. Mais Karl

connaissait parfaitement ce dernier, ce ne l'était donc pas. Le comte de

Saint-Germain était plus âgé, Cagliostro moins grand. À force de regarder

de loin l'inconnu pour tâcher de découvrir en lui un ancien ami, Consuelo

arriva à trouver qu'elle n'avait jamais vu personne marcher avec tant

d'aisance et de grâce. Albert seul eût été doué d'autant de majesté; mais

sa démarche lente et son abattement habituel excluaient cet air de force,

cette allure chevaleresque qui caractérisaient l'inconnu.

Le bois s'éclaircissait et les chevaux commençaient à trotter pour

rejoindre les voyageurs qui les avaient devancés. Le chevalier, sans se

retourner, étendit les bras, et secoua son mouchoir plus blanc que la

neige, Karl comprit ce signal, et fit remonter Consuelo en en voiture en

lui disant:

«À propos, Signora, vous trouverez dans de grands coffres, sous les

banquettes, du linge, des vêtements, et tout ce qu'il vous faudra pour

déjeuner et dîner au besoin. Il y aussi des livres. Enfin, il paraît que

c'est une hôtellerie roulante, et que vous n'en sortirez pas de si tôt.

--Karl, dit Consuelo, je te prie de demander à monsieur le chevalier si

je serai libre, lorsque nous aurons passé la frontière, de lui faire mes

remerciements et d'aller où bon me semblera.

--Oh! Signora, je n'oserai jamais dire une chose si désobligeante à un

homme si aimable!

--C'est égal, je l'exige. Tu me rendras sa réponse au prochain relais,

puisqu'il ne veut pas me parler.»

La réponse de l'inconnu fut que la voyageuse était parfaitement libre, et

que tous ses désirs seraient des ordres; mais qu'il y allait de son salut

et de la vie de son guide, ainsi que de celle de Karl, à ne pas contrarier

les desseins qu'on avait sur sa route, et sur le choix de son asile. Karl

ajouta, d'un air de reproche naïf, que cette méfiance avait paru faire

bien du mal au chevalier, et qu'il était devenu triste et morne. Elle en

eut des remords, et lui fit dire qu'elle remettait son sort entre les

mains des _invisibles_.

La journée entière se passa sans aucun incident. Enfermée et cachée dans

la voiture comme un prisonnier d'État, Consuelo ne put faire aucune

conjecture sur la direction de son voyage. Elle changea de toilette avec

la plus grande satisfaction; car elle avait aperçu au jour quelques

gouttes du sang noir de Mayer sur ses vêtements, et ces traces lui

faisaient horreur. Elle essaya de lire; mais son esprit était trop

préoccupé. Elle prit le parti de dormir le plus possible, espérant oublier

de plus en plus la mortification de sa dernière aventure. Mais lorsque la

nuit fut venue, et que l'inconnu resta sur le siège, elle éprouva une plus

grande confusion encore. Évidemment il n'avait rien oublié, lui, et sa

respectueuse délicatesse rendait Consuelo plus ridicule et plus coupable

encore à ses propres yeux. En même temps elle s'affligeait du malaise et

de la fatigue qu'il supportait sur ce siège, étroit pour deux personnes

côte à côte, lui qui paraissait si recherché, avec un soldat fort

proprement travesti en domestique, à la vérité, mais dont la conversation

confiante et prolixe pouvait bien lui peser à la longue; enfin, exposé au

frais de la nuit et privé de sommeil. Tant de courage ressemblait

peut-être aussi à de la présomption; se croyait-il irrésistible?

Pensait-il que Consuelo, revenue d'une première surprise de l'imagination,

ne se défendrait pas de sa familiarité par trop paternelle? La pauvre

enfant se disait tout cela pour consoler son orgueil abattu; mais le plus

certain, c'est qu'elle désirait le revoir, et craignait, par-dessus tout,

son dédain ou le triomphe d'un excès de vertu qui les eût à jamais rendus

étrangers l'un à l'autre.

Vers le milieu de la nuit, on s'arrêta dans une ravine. Le temps était

sombre. Le bruit du vent dans le feuillage ressemblait à celui d'une eau

courante: «Signora, dit Karl en ouvrant la portière, nous voici arrivés au

moment le moins commode de notre voyage: il nous faut passer la frontière.

Avec de l'audace et de l'argent, on se tire de tout, dit-on. Cependant il

ne serait pas prudent que vous fissiez cet essai par la grande route et

sous l'œil des gens de police. Je ne risque rien, moi qui ne suis rien.

Je vais conduire le carrosse au pas, avec un seul cheval, comme si je

menais cette nouvelle acquisition chez mes maîtres, à une campagne

voisine. Vous, vous prendrez la traverse avec monsieur le chevalier, et

vous passerez peut-être par des sentiers un peu difficiles. Vous

sentez-vous la force de faire une lieue à pied sur de mauvais chemins?»

Sur la réponse affirmative de Consuelo, elle trouva le bras du chevalier

prêt à recevoir le sien; Karl ajouta:

«Si vous arrivez avant moi au lieu du rendez-vous, vous m'attendrez sans

crainte, n'est-ce pas, Signora?

--Je ne crains rien, répondit Consuelo avec un mélange de tendresse et de

fierté envers l'inconnu, puisque je suis sous la protection de Monsieur.

Mais, mon pauvre Karl, ajouta-t-elle, n'y a-t-il point de danger pour toi?»

Karl haussa les épaules en baisant la main de Consuelo; puis il courut

procéder à l'arrangement du cheval; et Consuelo partit aussitôt à travers

champs avec son taciturne protecteur.

La comtesse de Rudolstadt · 第 25 / 51 题